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Revue de presse

Vaincu, mais la surveillance s’impose - 30/05/2006 - Fraternité matin - Côte d'IvoireEnvoyer cette page par e-mail Ajouter cette page à mes favoris

En 1993, 12 600 cas de ver de Guinée ont été déclarés en Côte d'Ivoire. Les villages du Zanzan, et particulièrement ceux de Kouassi Datékro faisaient partie des 503 villages endémiques formellement identifiés. Il a fallu treize ans de lutte sans relâche pour arriver, aujourd'hui, à la situation "zéro cas". Mais selon les spécialistes, ce résultat flatteur ne doit pas faire oublier la surveillance de ces villages endémiques pour éviter toute autre contamination. Car, pour emprunter au Dr Sonh Kah Denis, Directeur régional de la santé du Zanzan, "un seul cas de ver de Guinée est une urgence médicale".

Dans le cadre de la mise en œuvre des recommandations de la 8e réunion annuelle de revue des programmes nationaux d'éradication du ver de Guinée des pays endémiques francophones qui s'est tenue du 28 au 30 octobre 2002 à Nouakchott (Mauritanie), le programme national d'éradication du ver de Guinée de la Côte d'Ivoire (PNEVG-CI) s'est donné comme urgence le renforcement des ressources humaines et les moyens logistiques au niveau du district de Tanda. Cela, pour s'assurer qu'aucun cas de ver de Guinée notifié au cours de la saison de transmission (octobre 2002-juin 2004) ne soit à l'origine de transmission ultérieure. Avec l'incertitude du maintien de l'acquis de "zéro cas" dans le district de Bouna, le centre Carter a sollicité auprès du PNEVG -CI l'implication d'agent renfort dans les activités de lutte contre le ver de Guinée, dans les districts sanitaires de Tanda, Bondoukou et Bouna. C'est dans cette intelligence que M. Boguinard Jean, "agent renfort" de Carter Center, qui, déjà, avait fait ses preuves avec réussite en matière de lutte contre le ver de Guinée, dans les districts sanitaires de Bouaflé - Zuénoula, Séguéla et Mankono a été désigné pour le Zanzan.

Six ans après l'implication de l'agent Carter Center dans la lutte contre le ver de Guinée, la maladie provoquée par la redoutable filaire de Médine a disparu. Les dernières poches de résistance ont été vaincues. C'est le lieu de lever un coin du voile sur la situation endémique de Bouna. Tout le monde s'est focalisé sur Kouassi-Datékro pendant une décennie et l'on a peu parlé de Bouna. Or en 1999, un an avant l'intervention de Carter Center dans le district sanitaire de Bouna, 112 cas de ver de Guinée étaient diagnostiqués. "C'est dans le village de Sipertéon que le premier cas a été notifié. Une femme, venue du Ghana, était porteuse du ver. L'unique pompe du village étant en panne, elle a fréquenté, comme les autres femmes du village, le marigot où l'on puisait l'eau". Conséquence : "l'année suivante, 48 personnes souffraient du ver", fait savoir M. Boguinard Jean de Carter Center. A Djatiédouo, un autre village, "le ver a fait son introduction par un jeune homme qui l'a importé du Ghana. L'année d'après, deux cas autochtones étaient enregistrés", poursuit-il. Indiquons, pour mémoire, que selon un rapport de l'OMS, le Ghana comptait en 2003, 8 288 cas de ver de Guinée, réduits, à l'heure actuelle, à 4 000 cas.

Enfin, concernant un autre cas de contamination signalé à Téhini, à Lenangnora: "le sujet porteur du ver est venu de Zuénoula en 1996. Un an après, tous ceux qui ont bu l'eau des marigots dans lesquels il avait trempé ses pieds avec le ver de Guinée en émergence ont tous eu le ver", précise l'agent renfort de Carter Center. Voilà comment Bouna est un foyer endémique dont on parle peu. Sinon, pas du tout.

Au bout de deux ans de présence de Carter Center par l'entremise de M. Boguinard Jean à Bouna, de 112 cas recensés en juin 1999, les indicateurs se sont stabilisés à "zéro cas" en 2002.  La lutte du Centre Carter s'est alors tournée vers les départements de Bondoukou et de Tanda, avec l'ouverture du bureau régional de coordination des actions de Carter Center (à Bondoukou) qui a renforcé les capacités des intervenants (infirmiers, agents de développement sanitaires, coordonnateurs départementaux) sur le terrain. Mieux, de 202 à 203, 4 338 ménages ont reçu des tamis filtres. 17 352 autres tamis filtres ont été distribués en 2004. L'année d'après, 1 433 ménages ont bénéficié du don de 5 744 tamis filtres. Examinons un détail qui ne manque pas d'importance, car, il s'agit de villages fortement endémiques. 336 ménages de N'Dakro Banon ont été servis. 204 ménages de N'Dakro Bini ont reçu ces précieux objets, de même que 279 ménages de Missoumihan 1.  Au plan national, 72 % des 42 cas notifiés en Côte d'Ivoire en 2003 se trouvaient dans la direction régionale de la santé de Bondoukou. Au total, 40 cas : 29 cas dans le district sanitaire de Tanda et les 11 autres, dans le district sanitaire de Bondoukou (Sandégué). Missoumihan 1, dans le district de Tanda, s'est singularisé avec 14 cas.
Descendons l'échelle du temps pour nous arrêter sur la période comprise entre 1995 et 2000. Au cours de cette période, 98 cas ont été décelés dans 27 villages du Zanzan. Kouassi-Datékro comptait, à lui seul, 23 villages avec, comme villages plus touchés, Sénandé et Bokasso 2. En 1991, c'était beaucoup plus préoccupant. Avec la sécheresse qui a sévi un an plus tôt, 174 cas de ver de Guinée ont été notifiés dans 10 villages de Tanda. Notamment, 64 cas à Dodoassué, 59 cas à Broukro Banon, et 35 cas de N'dakro Bonan et 7 cas à Kouakoukrakro. Pour ne citer que ces villages.
A cette époque, la plupart des pompes villageoises étaient en panne et les sources d'approvisionnement en eau étaient, pendant longtemps, les eaux des deux cours d'eau à cycles instables : la Baya et le N'djoré. Ce long rappel, pour souligner que la lutte contre le ver de Guinée dans les villages du Zanzan n'a pas été une sinécure.
Pour M. Boguinard, "tant que le ver de Guinée sévit au Burkina Faso et au Ghana, la lutte continue et il ne faut pas baisser les bras".

L'abate, la solution efficiente ?

Sans consommation d'eau contenant des cyclops infectés, point de ver de Guinée à développer. La localité de Kouassi Datékro se singularise dans le Zanzan par la pauvreté de son sous-sol en nappes aquifères. Les sources de contamination sont, pendant la saison sèche, les rivières Baya et N'Djoré. Alors que  " la transmission du ver, des cyclops à l'homme se fait pendant la saison sèche, quand l'eau ne coule plus", explique le Dr Sonh Kah. Carter Center a donc fait venir régulièrement des tamis filtres pour les distribuer aux ménages des villages endémiques. Les points d'eau ont été traités avec un produit dénommé l'Abate. "Ce produit neutralise les cyclops pendant trente jours ", indique M. Boguinard. Pour parvenir à l'excellent résultat obtenu, il a fait traiter tous les points d'eau suspects à l'Abate. "Après cinq mois de traitement ininterrompu, les cyclops du point d'eau traité meurent et l'eau ne présente plus de risques à la consommation", renchérit l'agent renfort Carter Center.

Le Dr Sonh Kah, pour sa part, insiste sur l'organisation des comités de gestion des pompes villageoises. Par son plaidoyer, il a réussi à convaincre le Projet de Développement Rural dans la Région du Zanzan (PDRZ) de la nécessité de réparer les pompes en panne dans les villages endémiques ou de réaliser des forages quand besoin était.
Sur le terrain, pour la période de surveillance des villages endémiques où il n'y a pas de cas aujourd'hui, 120 agents de santé communautaire (ASC) veillent, de même que deux agents de développement sanitaires et quatre infirmiers, dans la sous-préfecture de Kouassi-Datékro. Toutes ces sentinelles sont sous la tutelle hiérarchique du directeur régional de la santé. Mais voilà. Dans l'organigramme de la lutte contre le ver de Guinée, élaboré par le PNEVG/EA, le Directeur régional de la santé du Zanzan a été omis. Et cela n'a jamais été corrigé.

A titre de rappel, le Directeur régional de la santé du Zanzan a déjà fait arrêter deux séminaires organisés par des institutions extérieures au ministère de la santé, parce que celles-ci ne l'ont pas avisé avant de convoquer les agents dont il est le premier supérieur hiérarchique régional. En matière de lutte contre le ver de Guinée, tout part de la direction régionale de la santé du Zanzan et tout y revient, comme nous l'avons constaté au cours de notre enquête. A preuve, c'est dans les locaux de la direction régionale que le coordonnateur régional du Centre Carter a son bureau.

Ces filaires invalidantes

La filaire est un ver nématode parasite des vertébrés, y compris de l'homme. Les filaires sont responsables de maladies groupées sous le nom de filarioses. Leur cycle de vie se déroule en trois étapes, dans deux hôtes successifs : tout d'abord un vertébré (hôte principal), puis un arthropode (hôte intermédiaire), généralement un insecte piqueur (moustique et mouche surtout) ou un crustacé, puis à nouveau un vertébré. L'hôte principal est l'organisme dans lequel séjournent les adultes et où a lieu la reproduction. Les œufs fécondés se développent dans l'utérus de la femelle et libèrent, peu après la ponte, des larves appelées microfilaires. Ces microfilaires quittent l'hôte vertébré pour subir quelques étapes de leur développement dans l'organisme d'un hôte arthropode. Après cette étape, les microfilaires pénètrent à nouveau dans un hôte vertébré, où elles achèvent leur développement et deviennent des filaires adultes. Ces dernières sont minces et transparentes, le mâle étant habituellement deux fois plus petit que la femelle. Ils mesurent généralement quelques centimètres de long, mais le ver de Guinée peut atteindre près de 1 m. Ils sont localisés dans le système lymphatique (vaisseaux et ganglions) de l'hôte vertébré, provoquant alors les filarioses dites lymphatiques, ou dans ses tissus conjonctifs (sous la peau notamment). En ce qui concerne le cycle du ver de Guinée, un parasite de l'espèce humaine, l'hôte intermédiaire est un petit crustacé (un copépode, le cyclops). Lors de la reproduction, la femelle perfore la peau de son hôte humain et libère ses œufs, qui peuvent tomber dans un plan d'eau, où ils sont absorbés par les crustacés. L'homme se contamine en consommant des eaux contenant des cyclops infestés par les microfilaires. Une fois absorbées, ces dernières perforent la paroi du tube digestif, puis elles se rendent dans les tissus conjonctifs sous-cutanés où elles achèvent leur développement.

Il existe de nombreuses espèces de filaires responsables de filarioses dans l'espèce humaine. Elles sont endémiques dans certaines régions d'Afrique, d'Espagne, d'Amérique du Sud, de l'est de l'Asie, des Caraïbes et de certaines îles du Pacifique. L'infection peut être dépourvue de symptômes cliniques ou, au contraire, se manifester par des œdèmes, des irritations et des démangeaisons (filaires localisées sous la peau), ou par une inflammation du système lymphatique (filarioses lymphatiques). Le ver de Guinée, ou filaire de Médine, se traduit par l'apparition de cloques et d'ampoules (correspondant à la perforation de la peau par la femelle au moment de la ponte), qui peuvent être le siège d'une surinfection bactérienne.

Les filaires de Bancroft et de Malaisie sont responsables des filarioses lymphatiques. Elles sont transmises par des moustiques et sont endémiques dans de nombreux pays tropicaux. La maladie se traduit tout d'abord par une inflammation des vaisseaux lymphatiques (lymphangite), puis par un gonflement et un épaississement des tissus dus à une obstruction des vaisseaux lymphatiques : c'est l'éléphantiasis.

L'onchocercose, ou cécité des rivières, est due à l'infection par le ver Onchocerca volvulus. L'onchocercose sévit en Amérique centrale et en Amérique du Sud, mais est surtout répandue en Afrique tropicale. Localisés dans les tissus sous-cutanés et dans la cornée, ces vers provoquent des irritations et des démangeaisons de la peau, ainsi que des lésions sous-cutanées et oculaires. Ces dernières aboutissent, au bout d'une dizaine d'années, à une cécité complète.

KADER Sébastien

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