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Cancer de la prostate : « Un homme sain ne se réveille pas plus de 2 fois pour aller uriner » (Dr Bienvenue Désiré Ky, urologue) - 17/01/2017 - L'observateur - Congo-KinshasaEnvoyer cette page par e-mail Ajouter cette page à mes favoris

Il peut survenir sournoisement, c’est-à-dire sans aucun signe d’alerte. Il peut aussi se signaler à travers les urines qui, doivent être de bonne qualité : l’homme ne doit pas ressentir de douleur quand il urine, il ne doit pas faire d’effort, il doit avoir un bon jet d’urine ; il ne doit pas se réveiller plus de 2 fois pour se soulager…

Vous l’aurez compris, nous parlons bien du cancer de la prostate, une maladie de l’homme qui se manifeste autour de 45 ans. Même si ce cancer a parfois des conséquences irréversibles, il peut être guéri s’il est diagnostiqué précocement. Plus de précisions sur ce mal dans cette interview du Dr Bienvenue Désiré Ky, Chirurgien urologue à Yalgado.

Qu’est-ce que la prostate ?

C’est une glande mâle qui est située au carrefour des voies urinaires qui la traversent et des voies spermatiques qui s’y terminent. La prostate intervient également dans la procréation, notamment la fabrication du sperme.

Quelles sont les pathologies liées à la prostate ?

Ce sont essentiellement :

  • l’hyperplasie bénigne, qui est une augmentation du volume de la prostate. Cette affection ne produit pas de cellules tumorales. C’est l’évolution normale de la glande ;
  • le cancer de la prostate, qui est une néoformation maligne, c'est-à-dire un développement des cellules anarchiques au détriment de la glande prostatique. Autrement dit, ce sont des cellules rebelles, qui ne respectent rien selon la norme de la multiplication cellulaire ;
  • les prostatites, qui sont une inflammation de la glande prostatique. L’inflammation peut être aiguë (survenue brutale) ou chronique (conséquence d’une inflammation aiguë mal traitée).

Le cancer de la prostate est-il très grave ?

Oui, il est grave s’il n’est pas diagnostiqué tôt. Cela peut avoir des conséquences graves car le cancer peut dépasser la glande prostatique et aller se greffer à d’autres organes ; on parle alors de métastase. Or si le cancer atteint ce niveau, on ne peut que ralentir l’évolution de la maladie, on ne peut pas la guérir totalement.

Quels sont les facteurs de risque du cancer de la prostate ?

Il y a 3 facteurs principaux :

Tout d’abord, la race. La race noire fait plus de cancer de la prostate que celle blanche. Et cette dernière en fait plus que la race jaune. A cela s’ajoutent les facteurs environnementaux. Par exemple, une comparaison des Japonais qui vivent au Japon et de leurs compatriotes qui ont migré aux Etats-Unis a permis de se rendre compte que ceux qui ont émigré font plus de cancer. Cela doit être dû au climat et à l’alimentation.

Il y a ensuite le facteur génétique : si un père fait le cancer de la prostate, son fils est susceptible de le faire aussi.

Enfin il y a les hormones, en l’occurrence l’hormone mâle ou testostérone impliquée dans la multiplication des cellules. Les testicules vont secréter la testostérone, laquelle sera transformée par une autre hormone qui est dans la prostate et appelée la cinq alpha réductase en Dihydrotestostérone. Cette Dihydrotestostérone va pénétrer les cellules prostatiques qui, si elles se trouvent être cancéreuses, vont se multiplier de façon anarchique.

Comment se fait le diagnostic ?

Il faut savoir que le cancer peut rester en état de quiescence, c'est-à-dire sans aucune manifestation, aucun signe, alors qu’on le développe. Cela revient à dire qu’à partir d’un certain âge il faut consulter un urologue et faire le diagnostic. Il y a aussi des signes urinaires : par exemple quand on urine et que ça fait mal ; quand on se réveille plus de 2 fois pour uriner ; l’urgenturie ou quand on ne peut pas retenir ses urines ; quand le jet d’urine n’est pas bon ; quand on urine en plusieurs temps ; quand on doit faire un effort pour que les urines sortent, quand on finit d’uriner et qu’il y a des gouttes qui reviennent ou quand on n’arrive pas du tout à pisser (rétention complète d’urines). C’est vrai que ces signes peuvent se retrouver dans d’autres pathologies comme l’hyperplasie bénigne, le calcul de vessie ou le rétrécissement de l’urètre, mais le mieux est de consulter un médecin dès qu’ils se présentent pour être situé. Il vous sera demandé de faire un examen pour déterminer le taux de l’antigène spécifique de la prostate appelé PSA (de l’anglais Prostate specific antigen). Lorsque ce taux est supérieur à 4, on fait systématiquement une biopsie prostatique (c'est-à-dire un prélèvement de la prostate pour une analyse anatomopathologique) ou on fait des examens d’urines pour voir s’il n’y a pas d’infection. Si oui, on traite l’infection en question et on refait l’examen. L’examen pour déterminer le taux de PSA doit être réalisé chaque année à partir d’un certain âge.

Quelle est donc la tranche d’âge concernée ?

Ce qui est préconisé, pour ceux dont le père a déjà fait un cancer de la prostate, c’est de faire un bilan à partir de 45 ans. Mais il est recommandé à tout homme, à partir de 50 ans, de le faire également.

La fréquence des rapports sexuels aurait un effet sur la survenue d’un cancer de la prostate. Que répondez-vous à cela ?

C’est en effet ce qui se raconte dans notre contexte ici au Burkina. Mais les rapports sexuels n’ont rien à voir dans la survenue ou non du cancer de la prostate.

Pourtant beaucoup s’accordent à dire que peu de rapports sexuels expose l’homme au risque du cancer de la prostate !

(Rires). Oh non, il n’y a aucun lien. Tout ce qui peut arriver quand un homme ne fait pas de rapports sexuels, c’est un engorgement de la prostate qui peut entrainer à la longue des cas d’inflammation, compte tenu du fait que la quantité de substance contenue dans la prostate n’est pas évacuée. Mais il faut noter que l’organisme, d’une manière ou d’une autre essaie de réguler cela, c’est pourquoi il arrive à l’homme, pendant son sommeil, d’éjaculer sans pour autant avoir fait de rapports sexuels.

Y a-t-il un traitement contre le cancer de la prostate ?

Oui pour le cancer localisé à la prostate, on fait une prostatectomie totale qui consiste à enlever toute la prostate avec sa coque et les vésicules séminales. Cette technique permet d’extirper la tumeur.

On peut aussi procéder à une curiethérapie, c'est-à-dire qu’on met des particules ionisantes dans la zone où se trouve la tumeur, lesquelles vont détruire les cellules cancéreuses. On peut également faire une radiothérapie conformationnelle qui consiste à envoyer des rayons X sur la tumeur pour la détruire.

Cependant lorsque le cancer est à un stade avancé, c'est-à-dire s’il a dépassé le cadre de la prostate il devient métastasique et atteint d’autres organes comme les os (ceux de la colonne vertébrale sont sa zone de prédilection), le foie ou les poumons. On fait alors une pulpectomie. Cette technique consiste à l’ablation des testicules ou en leur ouverture pour en vider le contenu. C’est ainsi qu’on arrête l’évolution de la maladie. Mais dans ce cas, il n’y a plus de sécrétion de testostérone, donc plus d’érection et l’intéressé ne peut plus avoir de rapports sexuels, encore moins procréer. Toutefois, à ceux qui veulent garder leur fonction érectile on fait une hormonothérapie chimique. Il s’agit d’injections périodiques pour bloquer la fabrication de la testostérone dans les testicules. Cela peut durer deux ans. Il y a en plus des traitements médicamenteux (chimiothérapie).

Y a-t-il une hygiène de vie à observer par les hommes pour éviter le cancer de la prostate ?

La principale précaution à prendre, c’est de consulter très tôt un médecin. Tout homme, à partir de 50 ans, doit voir un urologue une fois l’an pour réaliser un check-up, car le cancer de la prostate détecté tôt peut être guéri.

Propos recueillis par Alima Séogo Koanda

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