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1. Lokondo et son milieu d'enfance
Né à Bomongo (RD Congo) en 1958 des parents modestes, Lokondo effectuera
très tôt un déplacement en famille à Mbandaka où il séjournera jusqu'en
1964, alors qu'il avait l'âge de 6 ans, année au cours de laquelle
il reviendra à Dongo, le sol de ses ancêtres, à la suite de la rébellion
muleliste.
Situé au bord de la rivière Oubangui en face de la République soeur
de Congo Brazzaville, Dongo est, du point de vue administratif,
un Secteur du Territoire de Kungu, au sein du District du Sud Oubangui
(chef-lieu Gemena), le tout dans l'immense province de l'Equateur
(chef-lieu Mbandaka) en République Démocratique du Congo. Géographiquement,
Dongo, cette petite bourgade en ruine qui fait figure de centre
extracoutumier, se place à l'extrême nord-ouest du pays. A la sortie
sud de Dongo, 60 km séparent cette modeste agglomération à Bokonzi,
village d'origine de Lokondo, appartenant à un peuple minoritaire
appelé Bomboma (parlant la langue Boba).
Ces précisions revêtent une importance considérable et méritent
de ce fait d'être soulignés et retenues à ce niveau, car ce milieu
ci-haut décrit et l'axe Dongo-Bomboma, du reste réputé pour son
profond attachement aux mystères traditionnels, va servir désormais
de couloir d'intenses activités de la vie de votre serviteur, Lokondo.
De ses études primaires et secondaires à sa vie de guérisseur en
passant par sa vie villageoise, Lokondo, devenu aujourd'hui un transfuge
citadin, est naturellement un paysan d'origine par ses parents et
par lui-même.
Très tôt dans son enfance, à l'instar de tous les enfants du monde,
Lokondo s'est lancé dans les études primaires à Dongo en 1966 pour
les finir à Bokonzi en 1972. Il franchit les rubiconds en 1973,
à l'âge de 14 ans pour accéder au niveau secondaire de ses études
effectuées tour à tour à Dongo, à Bokonzi et à Bomboma centre, qu'il
ne pourra guère terminer, essentiellement pour avoir perdu son père,
se trouvant ainsi privé non seulement de l'affection paternelle,
mais aussi et surtout de l'encadrement et de la prise en charge
des études d'un fils aîné qui n'aura pas démérité en allant jusqu'en
5ème année secondaire, l'équivalent de seconde/première. Pour ces
raisons contingentes, et non des moindres, l'histoire ramènera le
destin de votre serviteur, Lokondo, sur un autre terrain qui n'est
décidément pas celui des études, ni d'une paysannerie ordinairement
vécue, mais plutôt sur le terrain pas trop différent de celui que
Descartes appela, naguère, "l'expérience
personnelle", profondément enracinée dans les pénombres de
la vie villageoise africaine, et qui nie hier, aujourd'hui et demain,
ici et là-bas.
En effet, en quoi consiste cette expérience dite personnelle pour
votre serviteur, Lokondo ?
2. Sur le sentier de l'experience personnelle
En 1977, votre serviteur, Lokondo, se trouva devant son destin
comme un voyageur placé au croisé de chemin. Tel que dit ci-dessus,
l'histoire, dans l'accomplissement de ses lois implacables, portera
son destin sur le chemin le plus délicat de l'évolution du réel,
inexorablement, celui de la connaissance de la métaphysique, de
ses lois infinies qui se cachent derrière le rideau de fer de l'histoire
et telles qu'elles sont en fait, transcrites dans le tréfonds des
végétaux. Le vocable métaphysique étant pris ici dans son acception
primitive, ou si l'on veut, dans son acception primaire en tant
que domaine du mystère. Car il n'y a rien de mystérieux que l'ensemble
des vertus médicinales (alimentaires et...) incarnées dans la profondeur
des plantes et dont la pénétration par l'intelligence humaine ne
saurait être considérée autrement que par des procédés relevant
du secret de la métaphysique.
Il est évident que sur ce point nous nous sommes déjà entendus,
pas plus que sur le fait que le débat académique ne trouvera que
peu d'espace dans cet exposé, sinon rien du tout, pour s'atteler
essentiellement à la pratique.
A ce niveau, il convient de noter qu'il y a de cela plus de 26
ans environ que votre serviteur, Lokondo, a amorcé ses tous premiers
pas sur le sentier dont il se réclame aujourd'hui détenir le secret
insoupçonnable pour s'élever jusqu'à un niveau lui permettant d'opérer
comme un véritable tradiphytothérapeute. Lentement mais sûrement,
le destin de notre guérisseur traditionnel s'est frayé petit à petit
un espace sur ce sentier par la faveur des ressources familiales
très immenses que possédait le lignage clanique dont il représente
actuellement le dernier maillon vivant. En effet, inscrit dans le
processus de pleine réalisation, Lokondo doit, cependant, sa maturité
professionnelle à un parcours assez long et truffé d'énormes embûches
pour un métier qui articule les aspects biosomatiques de la guérison
à ceux relevant, pour la même fin, des pratiques culturelles. On
se retrouve ici devant une option rigoureusement restrictive dans
laquelle devait s'inscrire forcément votre serviteur, Lokondo, ayant
permis à celui-ci de s'installer confortablement après plusieurs
années d'âpres efforts, dans ses fonctions contre une certaine volonté
manifestement perverse et agressive des forces négatives, dont il
n'en a pas moins souffert.
Voici alors comment se présentent les étapes du processus historique
parcourues pour devenir ce qu'il est aujourd'hui.
1ère phase : Héritage familial
Dès son plus jeune âge, Lokondo, votre serviteur, a été en contacts
permanents avec les pratiques curatives par des procédés traditionnels
basés sur l'utilisation des plantes. Son père, Lokondo Lubaluba,
détenait déjà le secret de la guérison d'hépatite, et il l'exerçait
effectivement. En plus, toujours par les vertus imprégnées dans
les plantes, son père détenait aussi le pouvoir de chance d'avoir
un emploi rémunéré et le maintenir le plus longtemps possible,
qu'il pouvait volontiers pourvoir à un client qui en exprimait
le besoin. Il était également détenteur des pouvoirs (appelés
piipii en Boba et en lingala, espèce
d'onomatopée qui signifie vulgairement éteignement
du feu) lui permettant d'effacer des mémoires humaines
l'ampleur d'une affaire apparaissant comme grave (judiciaire ou
non) à charge d'un client, au-delà de ceux qui le rendaient invulnérable
aux coups de balles tirés à bout portant et ceux de faire venir
à volonté par un simple coup de sifflet traditionnel, tous les
éléphants d'une forêt afin d'immobiliser celui destiné à l'abattage.
Lokondo Lubaluba (décédé), détenait tous ces secrets de son propre
père, dénommé Boembe Mokenyo (décédé également). Il en va sans
dire que ce dernier est le grand-père de Lokondo Hamed, votre
serviteur.
De son côté, Mwaseke Nyatembe, la mère de Lokondo Hamed, détenait,
quant à elle, le secret de traitement de l'hémorroïde (externe
et ou interne) aussi par les vertus des plantes.
Dans les deux cas de traitements administrés par son père ou par
sa mère, le couple recourait régulièrement aux services du jeune
et fils aîné, qui jouait le rôle d'aide chargé de prélèvement
des plantes mises à contribution, de préparation des potions et
autres substances curatives et même leur administration aux malades.
Ce rôle d'aide dans l'administration des soins aux patients, impliquait
celui de percepteur des frais (en argent et très souvent en nature)
de santé auprès des malades. On assistera donc à l'émergence d'un
jeune gens qui assure désormais le rôle d'un intermédiaire incontournable
dans un système médical ayant comme acteurs principaux ses parents
guérisseurs et les malades. Ce rôle sera d'une essence particulièrement
significative pour le devenir de Lokondo, votre serviteur, car
il suscitera dans le chef du jeunehomme une impulsion se manifestant
à deux vitesses. Il s'agit du goût de gain d'argent qui se réveilla
en lui, lequel ne saurait être satisfait autrement que par la
maîtrise parfaite des secrets curatifs enfouis dans les plantes.
Seule option à son avis, de s'assurer, dès lors, d'une source
crédible génératrice de revenus pour sa survie et celle de son
futur ménage. Instinct de survie compensatoire à une certaine
réussite scolaire qui s'annonçait de moins en moins probable ?
Sans doute.
Aussi pouvons-nous nous interdire le droit de constater que goût
lucratif rime bien avec maîtrise de la science tradiphytothérapeutique
? Pas du tout. Au contraire, la parfaite harmonie entre ces deux
grandeurs d'une même unité a permis à votre serviteur, Lokondo,
de bénéficier en plus de ce qu'il reçut de son propre père, d'un
lègue tout à fait magnifique de la part de son grand-père, Boembe
Mokenyo. Il s'est agit d'un gri-gri sous forme d'amulette cousue
en peau de bête sacrée. Ayant pour but de rendre élargies les
connaissances sur le secret des plantes médicinales curatives,
l'octroi de ce gri-gri dénommé Ngundu
en langue Boba (dont Lokondo est un locuteur natif), s'accompagnera
d'un rite initiatique léguant la source de ces connaissances à
Lokondo, qui s'estime aujourd'hui être le représentant authentique.
L'héritage naturel d'un patrimonial aussi sensible que subtile
que sont ces connaissances ésotériques, n'est pas moins un signe
révélateur d'un passé familial visiblement complexe, souvent ponctué
de quelques événements manifestement insolites. Tel est effectivement
le cas du lignage Bozabango, dont relève le clan du même nom avec
comme ancêtre principal, Zabango. Où, le père cadet (comme on
dit en RDCongo pour désigner le frère cadet du père), le benjamin
donc de la famille du père de votre serviteur, constitue un cas
historique vivant au village Bokonzi
et au-delà. En effet, son père cadet du nom de Baziki Ebuke, alors
bébé, se levait pour manger la nourriture de sa mère à l'absence
de celle-ci. Après avoir remarqué la disparition de la nourriture
à la maison où ne restait que le seul bébé Baziki Ebuke, sa mère,
Madjula avait monté un dispositif pour guetter le malin qui avait
pris l'habitude de vider, contre toute attente, sa nourriture
à son absence. Elle finit par découvrir qu'il ne s'agissait pas
de quelqu'un d'autre que son propre bébé qui, par l'occasion,
se transformait en un adulte afin d'avaler la nourriture avant
de revenir bébé en retrouvant sa position sur le lit à l'approche
de sa mère. Malheureusement, les incommensurables pouvoirs qui
le mettaient dans ces états ont été tournés vers des buts obscurs,
si bien que le père cadet, Ebuke, est finalement devenu un véritable
danger pour le village et sa propre famille. Reconnu comme l'un
des plus puissants et ignobles "mangeurs d'hommes" (dont ses 4
frères et 2 soeurs parmi lesquels le père de votre serviteur, Lokondo),
Biziki Ebuke, plus connu sous son deuxième nom et actuellement
vivant, en paie aujourd'hui les frais sur les plans physique
(victime d'une forme absurde de lèpre ayant mutilé les dix doigts
des membres supérieurs et les dix orteils des membres inférieurs),
social (paria pour sa femme, ses enfants, tout le village Bokonzi
et au-delà), parapsychologique (dépression mentale, hallucinations
photophobiques des images de ses victimes, qu'il cite nominalement,
...).
Pareille parenthèse ouverte ici à titre strictement indicatif,
mérite d'être très vite fermée pour deux raisons :
1) elle pourrait consolider les attitudes réfractaires des sceptiques
sans vérification des faits du terrain : nous évitons d'en leur
donner l'occasion ici,
2) elle pourrait désorienter l'exposé en l'inscrivant sur un terrain
glissant et dangereux.
Revenons sur notre lancée pour dire que l'héritage familial ainsi
accumulée s'est dressée finalement comme un véritable socle, sur
lequel s'élèvera plus tard les ressources et le savoir-faire de
Lokondo, qui, en tout état de cause, sut mettre en valeur ces
acquis pour le moins naturels, à travers des multiples réalisations
significatives accomplies dans le domaine de traitements traditionnels
à base des plantes.
2ème phase : Partage et renforcement d'expériences
Cette phase d'acquisition des connaissances de son métier, est
venue apporter un complément important aux acquis de la phase
antérieure. Elle est dominée particulièrement par d'intenses activités
de partage d'expériences avec des collègues de métier venus de
contrées voisines. L'essentiel de ces activités tournait autour
d'une plate-forme de collaboration instituée à cet effet, ayant
servi de cadre où étaient effectués, à tour de rôle, en forêt
pendant deux mois, sur les connaissances des vertus des plantes
médicinales. Deux mois d'échanges d'expériences en forêt étaient
consacrés à un travail dur, celui qui consistait à faire l'association
et la classification des plantes en rapport avec les maladies
correspondantes à soigner. Au cours de ces séances de travail,
chaque membre était convié à déterminer tour à tour les différentes
maladies dont il était capable de soigner et, par conséquent,
à en faire a priori le diagnostic. Il était aussi question, dans
le même ordre d'idée, de préciser les différents éléments de plantes
qui entrent en combinaison dans la prescription et la préparation
des médicaments destinés aux traitements. Cet exercice effectué
sur des procédés très pratiques en pleine forêt, avait intégré
aussi les autres détails inhérents au processus du traitement,
tels que les modes de préparation effective des médicaments, leur
posologie ainsi que le suivi de l'évolution de l'état de santé
du malade.
Notons à ce niveau que l'élément forêt était désigné ici uniquement
comme cadre de retraite et d'isolement, assurant, pour ainsi dire,
la sécurité et la quiétude dans le travail des participants. En
plus de cette fonction pour le moins fondamentale, la forêt était
choisie également en tant que cadre d'approvisionnement de proximité
en plantes médicinales demandées à cet effet.
Recourant chaque fois à quelques bouts de papiers sur lesquels
sont écrits certains remèdes en Boba en et Lingala (sa seconde
langue de travail) pendant les séances de discussion et d'échange
pour la collecte d'informations en vue de la confection de ce
document, Lokondo affirme qu'il s'agit là des notes prises naguère
aux différentes occasions de tenue des séances d'explication et
d'expérimentation réussies faites par ses collègues. Il ajoute
que cet acte (la prise de notes) le distingue de ceux-ci (ses
collègues de métier) et traduit en effet, son attitude prévoyante,
qui ne pouvait que conduire inexorablement à une publication comme
celle-ci, ne serait-ce que, faute de mieux.
Très satisfait des acquis de ce travail, Lokondo se félicite de
sa participation à ces séances et, à l'occasion, avoue que cette
phase de formation constitue une expérience véritablement riche
de mise à niveau pour attaquer la phase suivante.
3ème phase : L'approfondissement
La phase précédente consacrée au renforcement des acquis, tient
tout son sens dans le fait qu'elle a permis de savoir que nul
ne détient le monopole dans le domaine des connaissances des secrets
de la guérison par les plantes. Chacun dans ses acquis et limites
peut saisir des occasions comme celle-là, pour compléter son expérience
personnelle. En d'autres termes, on a toujours besoin de quelque
chose de nouveau à apprendre, même auprès d'un plus petit que
soit.
Cette évidence devenue de nos jours de plus en plus largement
partagée, et fort valable en ce qui concerne les échanges d'expériences
avec ses collègues de métier, l'est encore davantage pour ce qui
est de l'ascension aux niveaux les plus subtiles de l'acquisition
des secrets de l'art traditionnel de traitements des maladies.
Les capacités de la voyance et des recettes détenues par les vétérans
sont de puissants acquis à subtiliser et à conserver si l'on veut
conforter ces pratiques de guérisseur traditionnel. C'est ainsi
qu'en 1998, des voyants et vétérans du métier étaient rassemblés
dans un village sous la houlette de Lokondo, alors chef de service
de culture et arts de secteur de Dongo, sous la tutelle de qui
opéraient ces professionnels tradipraticiens de coutumes Bomboma.
Etaient présents à cette réunion les voyants et vétérans du métier
de guérisseur des villages Mondongo (Bokonzi), Mangbalangbata
et Lokombo (riverain). Le but de cette rencontre était de procéder
à un inventaire systématique des connaissances ésotériques à récupérer
auprès de ce vieil avant-garde en voie de disparition. Au cours
de ces travaux, un aspect capital du métier était soulevé, précisément
la jonction à faire entre les maladies essentiellement biosomatiques
et celles dites culturelles, c'est-à-dire relevant de la manipulation
psychologique et spirituelle de la victime malade. Comme l'on
sait, l'une et l'autre forme de maladie nécessitent des soins
appropriés et conséquents.
Cette réunion constituera un moment indispensable ayant permis
d'approfondir les acquis par la conjugaison des dimensions spirito-somatiques
(si on peut se permettre cette expression) des maladies et de
leur guérison au moyen des pratiques tradi-phytothérapeutiques.
Dès lors, se posera dans son parcours une nouvelle problématique
à aborder dans la phase suivante du processus d'acquisition des
connaissances de sa profession, dont il a très vite pris conscience.
4ème Phase : La maîtrise de la voyance
En Afrique et surtout aux villages, la plupart des maladies sont
considérées à tort ou à raison comme étant causées par les mauvais
sorts jetés sur l'individu alité. aux aspects bios somatiques
des maladies s'ajoutent les dimensions magico-religieuses provoquées
par les sorts jetés par des sorciers malveillants sur les victimes.
En tout état de cause, l'articulation de ces deux facettes de
la maladie et de l'art de guérison constitue, par sa singularité,
un paramètre déterminant dans le cursus de formation Lokondo Hamed
Bilambo. Ce dernier avoue que cette distinction (entre maladie
somatique et maladie culturelle) qui mérite une attention particulière,
trouve toute sa nécessité dans un contexte socio-sanitaire caractérisé
par les interférences excessives des pratiques d'envoûtement au-delà
de la morbidité ayant pour cause principale la précarité des conditions
de vie en général et hygiéniques en particulier. Les milieux villageois
africains (périurbains et même urbains) résignés dans l'obscurantisme,
l'arriération mentale et la ruine matérielle, sont devenus le
théâtre de la prolifération des actes de sortilège de tous genres.
Les courses à la survie réduites au niveau élémentaire, liées
à la recherche de petits intérêts individuels des personnes et
des groupes, le tout reposant sur le mépris des normes rigoureuses
officielles et des critères objectifs de mobilité sociale, alimentent
abondamment les pratiques de ces genres. Il faudra verser dans
le même compte les limites et insuccès, les égarements et les
insatisfactions personnels mal digérés qui poussent les personnes
détentrices des pouvoirs maléfiques ou celles qui n'en possèdent
pas mais qui en font recours sur leur demande et l'offre des sorciers,
à abuser de la quiétude des victimes parmi lesquelles on trouvent
les méritants et les innocents.
L'assimilation de la dimension invisible des maladies et leurs
traitements, notamment celles qui sont dites culturelles et causées
par les envoûtements, méritent d'être soulignée à ce niveau. D'autant
plus qu'elle a apporté un nouvel élément supplémentaire très indispensable
ayant servi à renforcer les capacités des soins dans un système
(traditionnel) médical qui n'en avait pas moins besoin. Il s'agit
précisément d'un Laboratoire traditionnel à deux foyers, institué
à cet effet. Le premier foyer, appelé Zombé
en langue Boba, est l'endroit où se fait la consultation afin
de déterminer la nature de la maladie, bio somatique ou culturelle,
ou les deux à la fois. De ce fait, Zombé, garni d'un dispositif
matériel conséquent, constitue donc un instrument qui facilite
l'expertise pendant le diagnostic, le dépistage et l'analyse des
agents pathogènes qui en sont à la base. Bénéficiant de l'appui
manifestement volontariste des forces supramentales, Zombé est
également le lieu où s'établit la prescription des médicaments,
du mode de leur préparation, du traitement, du suivi des soins
et de la surveillance de l'évolution de l'état du patient et même
de la durée du traitement. Au pire de cas, certains malades qui
le méritent sont orientés à l'hôpital qui, à son tour, nous envoie
aussi des cas. Tandis que le deuxième foyer, dénommé Likôkô, est
le lieu où se concentrent les remèdes de base conservables destinés
aux premiers soins de mise en équilibre : soins urgents, intensifs,
de rupture des liens d'envoûtements, etc.
Le succès des traitements qui aboutissent pour la plupart des
cas, tient sa force de la justesse de l'identification dans le
Zombe de la nature (ou de l'origine) de la maladie en vue des
soins appropriés et conséquents. A cela s'ajoute la technique
subtile qui consiste à couper les liens entre la victime et l'auteur
de la maladie avant de soumettre le patient aux soins proprement
dits, surtout lors qu'il s'agit des traitements des souffrances
causées par les malveillances des sorciers ou des esprits impurs.
Voilà pourquoi la voyance est considérée dans ce système sanitaire
comme le maillon médical important, dont la maîtrise n'en contribue
pas moins à la consécration de l'oeuvre de guérison par les connaissances
traditionnelles.
Elle est d'autant plus importante qu'elle développe dans le psychisme
du guérisseur initié des pouvoirs d'attraction sympathique vers
les plantes avec lesquelles il communique volontiers en émettant
et en recevant des signaux particuliers des végétaux. C'est pourquoi,
déclare-il banalement, professeur, me nomme-t-il, on doit savoir
que les "plantes possèdent aussi un esprit
ou une âme", exactement comme les hommes. D'où, nécessité,
en tant que phytothérapeute traditionnel, de passer par l'initiation
pour une maîtrise parfaite des secrets de la nature cachés dans
les arcanes des plantes.
Grâce à cette science, on découvre qu'une seule plante ou les
composantes qui relèvent d'elles peuvent être utiles pour le traitement
d'une ou plusieurs maladies. Cela est rendu possible non seulement
par les multiples vertus que peut renfermer une plante, mais aussi
et surtout par ce qu'il conviendrait d'appeler ici à titre tout
à fait exceptionnel "l'ethnophytothérapie",
c'est-à-dire ce qui pourrait être considéré comme la répartition
des connaissances des vertus des plantes et des remèdes inhérents
par ethnie en fonction de l'ethnobotanique. En d'autres termes,
les variétés chez les Bomboma, chez les Ngombe, chez les Lobala
de Kungu et chez les Ngbaka Minagende de Gemena en RDC, d'une
part et celles des Mondjombo et Mbati du nord-est du Congo Brazzaville
et du sud-ouest de Centrafrique, par exemple, tel que cela est
le cas partout ailleurs, d'autre part, trouvent tout leur sens
différentiel dans cette espèce d'"ethnophytothérapie".
La particularité et l'avantage de votre serviteur, Lokondo Bilambo
(dit Hamed après sa conversion à l'islam) reposent dans le cumule
de larges connaissances "ethnophytothérapiques"
; lesquelles ont été acquises, outre les possessions reçues de
l'héritage familial et celles découvertes sur l'impulsion de son
gri-gri dénommé Ngundu légué par son grand-père, Boembe Mokenyo,
au fur et à mesure qu'il effectuait, tour à tour, des multiples
déplacements dans les différentes agglomérations de la contrée
située dans la zone d'extrême nord-ouest de l'immense province
de l'Equateur en République Démocratique du Congo. Déplacements
et tournées, de même nature qui l'ont conduit dans les agglomérations
du nord-est de Congo Brazzaville et de sud-ouest de Centrafrique,
pendant lesquelles il acquiert ces richesses dans ses nombreux
contacts par achat, échange ou à titre gratuit en guise de reconnaissance,
de sympathie et de don auprès des tiers. Une autre technique très
compliquée, celui-là par son caractère insolite, d'accumulation
de ces connaissances consiste à subtiliser les informations pendant
la nuit auprès d'un sorcier au cours d'opération de sorcellerie,
après l'avoir immobilisé et menacé de le maintenir jusqu'au matin
et à la journée au vu au su du public. A cette occasion le sorcier
pris dans cet état, se trouver obligé de livrer toutes les données
nécessaires concernant le (s) traitement (s) de la (ou des maladies)
demandées par le guérisseur. Il décrit par la circonstance avec
précision les différentes composantes qui entrent en combinaison
dans la fabrication des médicaments demandés : le mode d'extraction,
le procédé de préparation, de traitement, d'administration et
le suivi du malade et même la durée du traitement. A l'entendre
parler, il semble que cette forme d'acquisition des connaissances
en voie d'abandon semble être dangereuse à cause des mécontentements
et représailles des sorciers, agissant souvent en groupe, qui
dirigent des expéditions punitives contre celui qu'ils considèrent
désormais comme un élément gênant. A ce propos, votre serviteur
Lokondo n'a pas été épargné, affirme-t-il, pour avoir immobilisé
entre autres Paul Nyamazoko au village Mondongo à Bokonzi chez
les Bomboma, Ekokola et Bapeli au village Sombe chez les Boliba
de Kungu. Il doit son salut à la maîtrise de soi et à son habilité
professionnelle qui le placent souvent dans un seuil supérieur
dans le monde astral inférieur visité par les sorciers, le rendant
ainsi moins invulnérable. Mais il faut ici signaler en passant
que, autant que lui-même, son entourage familial le plus immédiat
n'en souffre pas moins ; la plupart de ses progénitures sont décimées
par ce genre de représailles.
5ème phase. : La consécration de l'oeuvre
Dès 1973, dans son très jeune âge, Lokondo, parvint à administrer
ses premiers soins aux malades. Ces faits augurent une réalité
vraie mais non perceptible à première vue, ce que ses premiers
contacts avec les pratiques curatives remarquablement précoces,
remontent au-delà de l'année 73. Disons qu'elles ont même accompagné
toute son enfance en tant que fils aîné, par conséquent naturellement
ressenti héritier de ce patrimoine familial légendaire.
De 1973, l'année qui inaugura ses tous premiers soins donnés aux
malades, jusqu'aujourd'hui, décidément pendant une durée pratiquement
de 30 ans, Lokondo, avoue qu'il s'agit là d'un véritable parcours
du combattant. Pour un métier à très hauts risques que celui du
guérisseur traditionnel doublé de voyant, c'est-à-dire un guérisseur
(par les plantes) et un détenteur de secrets anti-charmes malveillants
(envoûtements) oeuvrant aux villages et dans les étroites agglomérations
qui prolongent la vie villageoise africaine, il est conscient
que les risques ne peuvent qu'être doubles.
Mais, il faut cependant reconnaître également que cette durée
de 30 ans qui coïncide avec toute la période de sa jeunesse dédiée
à ce travail à la fois opiniâtre, épuisant et noble, constitue
une longue expérience historique très significative. Une expérience
jalonnée d'énormes sacrifices, synonyme d'un apprentissage rigoureux
sur le sentier de la connaissance et de multiples services rendus
dont la portée n'a rien de proportionnel avec les bénéfices matériels
(et financiers) extrêmement modestes tirés.
Il s'agit là, incontestablement d'une véritable vocation professionnelle
qui a fait ses preuves au-delà de ses imperfections, ayant conduit
votre serviteur, Lokondo, tour à tour, à des multiples déplacements
dans les différentes agglomérations de la contrée située dans
la zone d'extrême nord-ouest de l'immense province de l'Equateur
en République Démocratique du Congo. Les localités suivantes ont
réellement fait l'objet de ses visites de campagne sanitaire :
Dongo, Kungu, Boyazala, Bozene, Bomboma centre, Bwamanda, Tandala,
Bobito, Lipoko, Sombe, Likata, Bonyange, Gemena, Karawa, Gbado-Lite,
Zongo, etc. Comme nous venons de le voir, abstraction faite aux
différentes tournées de travail effectuées dans de nombreux villages
de la contrée, d'autres déplacements de même nature l'ont conduit
au Congo Brazzaville. Plus précisément dans les localités du nord
de cette république soeur, telles que Egnélé, Boyélé, Ifondo,
Dongou, Epéna et Bérandjokou.
Pour un tradipraticien établi dans une modeste bourgade comme
Dongo (RDCongo), une pareille réalisation ne peut être considérée,
à juste titre, que comme une consécration professionnelle. Ce
qui a valu à votre serviteur, Lokondo, une élévation aux fonctions
administratives de chef de poste de Culture et Art pour le Secteur
de Dongo. Cette nomination aux fonctions administratives intervenue
en 1998, lui donnait la charge de superviser et coordonner les
activités de ses collègues et tous les autres petits artisans
établis dans sa juridiction.
A ce jour, votre serviteur, Lokondo, est établi à Bangui en République
Centrafricaine, où il est arrivé depuis le 10 septembre 2002.
Il a décidé donc de quitter son Dongo habituel en vue d'étendre
son expérience au bénéfice d'un public de plus en plus vaste et
cosmopolite.
Il a décidé par-là de tenter une expérience internationale de
l'offre de ses services. Le premier pas de cette nouvelle expérience
lui a permis de faire, à travers un exposé écrit, la présentation
au public de ses pratiques dans le "volume" 1 de ce document,
dont il porte seul les responsabilités. Leur compétitivité, impliquant
ainsi une réelle efficacité dans le travail, a valu deux sollicitations,
et pas de moindre, non abouties malheureusement à cause de certaines
entraves d'ordre administratif indépendantes à notre volonté.
Déterminé d'élargir la présentation détaillée des traitements
traditionnels qu'il propose aux nombreux malades qui les sollicitent,
il a jugé utile de contribuer à l'approfondissement de l'exposé
sur ses traitements dans ce document pour plus de crédibilité.
Donc, en plus de dix maladies exposées dans le "volume" précédent,
la liste est élargi à 79 cas assortis d'au moins d'un traitement
pour chacun d'eux. Il convient de souligner, en tout état de cause,
que la liste de 150 maladies reste à compléter. Un déplacement
sur Dongo est nécessaire, pour retrouver auprès de certains professionnels
de santé locuteurs natifs de la langue Boba, la traduction française
des noms des maladies difficiles à traduire à partir de la description
clinique donnée par le guérisseur. Le déplacement sera mis à profit
également pour retrouver auprès des spécialistes villageois, les
noms des plantes médicamenteuses perdu de vue soit par l'oubli,
soit par l'ignorance tels décrits ci-haut.
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