République Démocratique du Congo Le guide de la médecine et de la santé en RDC  


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Chapitre I. Exposé sommaire sur le personnage de Lokondo

1. Lokondo et son milieu d'enfance

Né à Bomongo (RD Congo) en 1958 des parents modestes, Lokondo effectuera très tôt un déplacement en famille à Mbandaka où il séjournera jusqu'en 1964, alors qu'il avait l'âge de 6 ans, année au cours de laquelle il reviendra à Dongo, le sol de ses ancêtres, à la suite de la rébellion muleliste.
Situé au bord de la rivière Oubangui en face de la République soeur de Congo Brazzaville, Dongo est, du point de vue administratif, un Secteur du Territoire de Kungu, au sein du District du Sud Oubangui (chef-lieu Gemena), le tout dans l'immense province de l'Equateur (chef-lieu Mbandaka) en République Démocratique du Congo. Géographiquement, Dongo, cette petite bourgade en ruine qui fait figure de centre extracoutumier, se place à l'extrême nord-ouest du pays. A la sortie sud de Dongo, 60 km séparent cette modeste agglomération à Bokonzi, village d'origine de Lokondo, appartenant à un peuple minoritaire appelé Bomboma (parlant la langue Boba).

Ces précisions revêtent une importance considérable et méritent de ce fait d'être soulignés et retenues à ce niveau, car ce milieu ci-haut décrit et l'axe Dongo-Bomboma, du reste réputé pour son profond attachement aux mystères traditionnels, va servir désormais de couloir d'intenses activités de la vie de votre serviteur, Lokondo. De ses études primaires et secondaires à sa vie de guérisseur en passant par sa vie villageoise, Lokondo, devenu aujourd'hui un transfuge citadin, est naturellement un paysan d'origine par ses parents et par lui-même.
Très tôt dans son enfance, à l'instar de tous les enfants du monde, Lokondo s'est lancé dans les études primaires à Dongo en 1966 pour les finir à Bokonzi en 1972. Il franchit les rubiconds en 1973, à l'âge de 14 ans pour accéder au niveau secondaire de ses études effectuées tour à tour à Dongo, à Bokonzi et à Bomboma centre, qu'il ne pourra guère terminer, essentiellement pour avoir perdu son père, se trouvant ainsi privé non seulement de l'affection paternelle, mais aussi et surtout de l'encadrement et de la prise en charge des études d'un fils aîné qui n'aura pas démérité en allant jusqu'en 5ème année secondaire, l'équivalent de seconde/première. Pour ces raisons contingentes, et non des moindres, l'histoire ramènera le destin de votre serviteur, Lokondo, sur un autre terrain qui n'est décidément pas celui des études, ni d'une paysannerie ordinairement vécue, mais plutôt sur le terrain pas trop différent de celui que Descartes appela, naguère, "l'expérience personnelle", profondément enracinée dans les pénombres de la vie villageoise africaine, et qui nie hier, aujourd'hui et demain, ici et là-bas.
En effet, en quoi consiste cette expérience dite personnelle pour votre serviteur, Lokondo ?

2. Sur le sentier de l'experience personnelle

En 1977, votre serviteur, Lokondo, se trouva devant son destin comme un voyageur placé au croisé de chemin. Tel que dit ci-dessus, l'histoire, dans l'accomplissement de ses lois implacables, portera son destin sur le chemin le plus délicat de l'évolution du réel, inexorablement, celui de la connaissance de la métaphysique, de ses lois infinies qui se cachent derrière le rideau de fer de l'histoire et telles qu'elles sont en fait, transcrites dans le tréfonds des végétaux. Le vocable métaphysique étant pris ici dans son acception primitive, ou si l'on veut, dans son acception primaire en tant que domaine du mystère. Car il n'y a rien de mystérieux que l'ensemble des vertus médicinales (alimentaires et...) incarnées dans la profondeur des plantes et dont la pénétration par l'intelligence humaine ne saurait être considérée autrement que par des procédés relevant du secret de la métaphysique.
Il est évident que sur ce point nous nous sommes déjà entendus, pas plus que sur le fait que le débat académique ne trouvera que peu d'espace dans cet exposé, sinon rien du tout, pour s'atteler essentiellement à la pratique.

A ce niveau, il convient de noter qu'il y a de cela plus de 26 ans environ que votre serviteur, Lokondo, a amorcé ses tous premiers pas sur le sentier dont il se réclame aujourd'hui détenir le secret insoupçonnable pour s'élever jusqu'à un niveau lui permettant d'opérer comme un véritable tradiphytothérapeute. Lentement mais sûrement, le destin de notre guérisseur traditionnel s'est frayé petit à petit un espace sur ce sentier par la faveur des ressources familiales très immenses que possédait le lignage clanique dont il représente actuellement le dernier maillon vivant. En effet, inscrit dans le processus de pleine réalisation, Lokondo doit, cependant, sa maturité professionnelle à un parcours assez long et truffé d'énormes embûches pour un métier qui articule les aspects biosomatiques de la guérison à ceux relevant, pour la même fin, des pratiques culturelles. On se retrouve ici devant une option rigoureusement restrictive dans laquelle devait s'inscrire forcément votre serviteur, Lokondo, ayant permis à celui-ci de s'installer confortablement après plusieurs années d'âpres efforts, dans ses fonctions contre une certaine volonté manifestement perverse et agressive des forces négatives, dont il n'en a pas moins souffert.

Voici alors comment se présentent les étapes du processus historique parcourues pour devenir ce qu'il est aujourd'hui.

1ère phase : Héritage familial

Dès son plus jeune âge, Lokondo, votre serviteur, a été en contacts permanents avec les pratiques curatives par des procédés traditionnels basés sur l'utilisation des plantes. Son père, Lokondo Lubaluba, détenait déjà le secret de la guérison d'hépatite, et il l'exerçait effectivement. En plus, toujours par les vertus imprégnées dans les plantes, son père détenait aussi le pouvoir de chance d'avoir un emploi rémunéré et le maintenir le plus longtemps possible, qu'il pouvait volontiers pourvoir à un client qui en exprimait le besoin. Il était également détenteur des pouvoirs (appelés piipii en Boba et en lingala, espèce d'onomatopée qui signifie vulgairement éteignement du feu) lui permettant d'effacer des mémoires humaines l'ampleur d'une affaire apparaissant comme grave (judiciaire ou non) à charge d'un client, au-delà de ceux qui le rendaient invulnérable aux coups de balles tirés à bout portant et ceux de faire venir à volonté par un simple coup de sifflet traditionnel, tous les éléphants d'une forêt afin d'immobiliser celui destiné à l'abattage. Lokondo Lubaluba (décédé), détenait tous ces secrets de son propre père, dénommé Boembe Mokenyo (décédé également). Il en va sans dire que ce dernier est le grand-père de Lokondo Hamed, votre serviteur.
De son côté, Mwaseke Nyatembe, la mère de Lokondo Hamed, détenait, quant à elle, le secret de traitement de l'hémorroïde (externe et ou interne) aussi par les vertus des plantes.
Dans les deux cas de traitements administrés par son père ou par sa mère, le couple recourait régulièrement aux services du jeune et fils aîné, qui jouait le rôle d'aide chargé de prélèvement des plantes mises à contribution, de préparation des potions et autres substances curatives et même leur administration aux malades.
Ce rôle d'aide dans l'administration des soins aux patients, impliquait celui de percepteur des frais (en argent et très souvent en nature) de santé auprès des malades. On assistera donc à l'émergence d'un jeune gens qui assure désormais le rôle d'un intermédiaire incontournable dans un système médical ayant comme acteurs principaux ses parents guérisseurs et les malades. Ce rôle sera d'une essence particulièrement significative pour le devenir de Lokondo, votre serviteur, car il suscitera dans le chef du jeunehomme une impulsion se manifestant à deux vitesses. Il s'agit du goût de gain d'argent qui se réveilla en lui, lequel ne saurait être satisfait autrement que par la maîtrise parfaite des secrets curatifs enfouis dans les plantes. Seule option à son avis, de s'assurer, dès lors, d'une source crédible génératrice de revenus pour sa survie et celle de son futur ménage. Instinct de survie compensatoire à une certaine réussite scolaire qui s'annonçait de moins en moins probable ? Sans doute.
Aussi pouvons-nous nous interdire le droit de constater que goût lucratif rime bien avec maîtrise de la science tradiphytothérapeutique ? Pas du tout. Au contraire, la parfaite harmonie entre ces deux grandeurs d'une même unité a permis à votre serviteur, Lokondo, de bénéficier en plus de ce qu'il reçut de son propre père, d'un lègue tout à fait magnifique de la part de son grand-père, Boembe Mokenyo. Il s'est agit d'un gri-gri sous forme d'amulette cousue en peau de bête sacrée. Ayant pour but de rendre élargies les connaissances sur le secret des plantes médicinales curatives, l'octroi de ce gri-gri dénommé Ngundu en langue Boba (dont Lokondo est un locuteur natif), s'accompagnera d'un rite initiatique léguant la source de ces connaissances à Lokondo, qui s'estime aujourd'hui être le représentant authentique.

L'héritage naturel d'un patrimonial aussi sensible que subtile que sont ces connaissances ésotériques, n'est pas moins un signe révélateur d'un passé familial visiblement complexe, souvent ponctué de quelques événements manifestement insolites. Tel est effectivement le cas du lignage Bozabango, dont relève le clan du même nom avec comme ancêtre principal, Zabango. Où, le père cadet (comme on dit en RDCongo pour désigner le frère cadet du père), le benjamin donc de la famille du père de votre serviteur, constitue un cas historique vivant au village Bokonzi et au-delà. En effet, son père cadet du nom de Baziki Ebuke, alors bébé, se levait pour manger la nourriture de sa mère à l'absence de celle-ci. Après avoir remarqué la disparition de la nourriture à la maison où ne restait que le seul bébé Baziki Ebuke, sa mère, Madjula avait monté un dispositif pour guetter le malin qui avait pris l'habitude de vider, contre toute attente, sa nourriture à son absence. Elle finit par découvrir qu'il ne s'agissait pas de quelqu'un d'autre que son propre bébé qui, par l'occasion, se transformait en un adulte afin d'avaler la nourriture avant de revenir bébé en retrouvant sa position sur le lit à l'approche de sa mère. Malheureusement, les incommensurables pouvoirs qui le mettaient dans ces états ont été tournés vers des buts obscurs, si bien que le père cadet, Ebuke, est finalement devenu un véritable danger pour le village et sa propre famille. Reconnu comme l'un des plus puissants et ignobles "mangeurs d'hommes" (dont ses 4 frères et 2 soeurs parmi lesquels le père de votre serviteur, Lokondo), Biziki Ebuke, plus connu sous son deuxième nom et actuellement vivant, en paie aujourd'hui les frais sur les plans physique (victime d'une forme absurde de lèpre ayant mutilé les dix doigts des membres supérieurs et les dix orteils des membres inférieurs), social (paria pour sa femme, ses enfants, tout le village Bokonzi et au-delà), parapsychologique (dépression mentale, hallucinations photophobiques des images de ses victimes, qu'il cite nominalement, ...).

Pareille parenthèse ouverte ici à titre strictement indicatif, mérite d'être très vite fermée pour deux raisons :
1) elle pourrait consolider les attitudes réfractaires des sceptiques sans vérification des faits du terrain : nous évitons d'en leur donner l'occasion ici,
2) elle pourrait désorienter l'exposé en l'inscrivant sur un terrain glissant et dangereux.
Revenons sur notre lancée pour dire que l'héritage familial ainsi accumulée s'est dressée finalement comme un véritable socle, sur lequel s'élèvera plus tard les ressources et le savoir-faire de Lokondo, qui, en tout état de cause, sut mettre en valeur ces acquis pour le moins naturels, à travers des multiples réalisations significatives accomplies dans le domaine de traitements traditionnels à base des plantes.

2ème phase : Partage et renforcement d'expériences

Cette phase d'acquisition des connaissances de son métier, est venue apporter un complément important aux acquis de la phase antérieure. Elle est dominée particulièrement par d'intenses activités de partage d'expériences avec des collègues de métier venus de contrées voisines. L'essentiel de ces activités tournait autour d'une plate-forme de collaboration instituée à cet effet, ayant servi de cadre où étaient effectués, à tour de rôle, en forêt pendant deux mois, sur les connaissances des vertus des plantes médicinales. Deux mois d'échanges d'expériences en forêt étaient consacrés à un travail dur, celui qui consistait à faire l'association et la classification des plantes en rapport avec les maladies correspondantes à soigner. Au cours de ces séances de travail, chaque membre était convié à déterminer tour à tour les différentes maladies dont il était capable de soigner et, par conséquent, à en faire a priori le diagnostic. Il était aussi question, dans le même ordre d'idée, de préciser les différents éléments de plantes qui entrent en combinaison dans la prescription et la préparation des médicaments destinés aux traitements. Cet exercice effectué sur des procédés très pratiques en pleine forêt, avait intégré aussi les autres détails inhérents au processus du traitement, tels que les modes de préparation effective des médicaments, leur posologie ainsi que le suivi de l'évolution de l'état de santé du malade.

Notons à ce niveau que l'élément forêt était désigné ici uniquement comme cadre de retraite et d'isolement, assurant, pour ainsi dire, la sécurité et la quiétude dans le travail des participants. En plus de cette fonction pour le moins fondamentale, la forêt était choisie également en tant que cadre d'approvisionnement de proximité en plantes médicinales demandées à cet effet.
Recourant chaque fois à quelques bouts de papiers sur lesquels sont écrits certains remèdes en Boba en et Lingala (sa seconde langue de travail) pendant les séances de discussion et d'échange pour la collecte d'informations en vue de la confection de ce document, Lokondo affirme qu'il s'agit là des notes prises naguère aux différentes occasions de tenue des séances d'explication et d'expérimentation réussies faites par ses collègues. Il ajoute que cet acte (la prise de notes) le distingue de ceux-ci (ses collègues de métier) et traduit en effet, son attitude prévoyante, qui ne pouvait que conduire inexorablement à une publication comme celle-ci, ne serait-ce que, faute de mieux.
Très satisfait des acquis de ce travail, Lokondo se félicite de sa participation à ces séances et, à l'occasion, avoue que cette phase de formation constitue une expérience véritablement riche de mise à niveau pour attaquer la phase suivante.

3ème phase : L'approfondissement

La phase précédente consacrée au renforcement des acquis, tient tout son sens dans le fait qu'elle a permis de savoir que nul ne détient le monopole dans le domaine des connaissances des secrets de la guérison par les plantes. Chacun dans ses acquis et limites peut saisir des occasions comme celle-là, pour compléter son expérience personnelle. En d'autres termes, on a toujours besoin de quelque chose de nouveau à apprendre, même auprès d'un plus petit que soit.
Cette évidence devenue de nos jours de plus en plus largement partagée, et fort valable en ce qui concerne les échanges d'expériences avec ses collègues de métier, l'est encore davantage pour ce qui est de l'ascension aux niveaux les plus subtiles de l'acquisition des secrets de l'art traditionnel de traitements des maladies. Les capacités de la voyance et des recettes détenues par les vétérans sont de puissants acquis à subtiliser et à conserver si l'on veut conforter ces pratiques de guérisseur traditionnel. C'est ainsi qu'en 1998, des voyants et vétérans du métier étaient rassemblés dans un village sous la houlette de Lokondo, alors chef de service de culture et arts de secteur de Dongo, sous la tutelle de qui opéraient ces professionnels tradipraticiens de coutumes Bomboma. Etaient présents à cette réunion les voyants et vétérans du métier de guérisseur des villages Mondongo (Bokonzi), Mangbalangbata et Lokombo (riverain). Le but de cette rencontre était de procéder à un inventaire systématique des connaissances ésotériques à récupérer auprès de ce vieil avant-garde en voie de disparition. Au cours de ces travaux, un aspect capital du métier était soulevé, précisément la jonction à faire entre les maladies essentiellement biosomatiques et celles dites culturelles, c'est-à-dire relevant de la manipulation psychologique et spirituelle de la victime malade. Comme l'on sait, l'une et l'autre forme de maladie nécessitent des soins appropriés et conséquents.

Cette réunion constituera un moment indispensable ayant permis d'approfondir les acquis par la conjugaison des dimensions spirito-somatiques (si on peut se permettre cette expression) des maladies et de leur guérison au moyen des pratiques tradi-phytothérapeutiques. Dès lors, se posera dans son parcours une nouvelle problématique à aborder dans la phase suivante du processus d'acquisition des connaissances de sa profession, dont il a très vite pris conscience.

4ème Phase : La maîtrise de la voyance

En Afrique et surtout aux villages, la plupart des maladies sont considérées à tort ou à raison comme étant causées par les mauvais sorts jetés sur l'individu alité. aux aspects bios somatiques des maladies s'ajoutent les dimensions magico-religieuses provoquées par les sorts jetés par des sorciers malveillants sur les victimes.
En tout état de cause, l'articulation de ces deux facettes de la maladie et de l'art de guérison constitue, par sa singularité, un paramètre déterminant dans le cursus de formation Lokondo Hamed Bilambo. Ce dernier avoue que cette distinction (entre maladie somatique et maladie culturelle) qui mérite une attention particulière, trouve toute sa nécessité dans un contexte socio-sanitaire caractérisé par les interférences excessives des pratiques d'envoûtement au-delà de la morbidité ayant pour cause principale la précarité des conditions de vie en général et hygiéniques en particulier. Les milieux villageois africains (périurbains et même urbains) résignés dans l'obscurantisme, l'arriération mentale et la ruine matérielle, sont devenus le théâtre de la prolifération des actes de sortilège de tous genres. Les courses à la survie réduites au niveau élémentaire, liées à la recherche de petits intérêts individuels des personnes et des groupes, le tout reposant sur le mépris des normes rigoureuses officielles et des critères objectifs de mobilité sociale, alimentent abondamment les pratiques de ces genres. Il faudra verser dans le même compte les limites et insuccès, les égarements et les insatisfactions personnels mal digérés qui poussent les personnes détentrices des pouvoirs maléfiques ou celles qui n'en possèdent pas mais qui en font recours sur leur demande et l'offre des sorciers, à abuser de la quiétude des victimes parmi lesquelles on trouvent les méritants et les innocents.

L'assimilation de la dimension invisible des maladies et leurs traitements, notamment celles qui sont dites culturelles et causées par les envoûtements, méritent d'être soulignée à ce niveau. D'autant plus qu'elle a apporté un nouvel élément supplémentaire très indispensable ayant servi à renforcer les capacités des soins dans un système (traditionnel) médical qui n'en avait pas moins besoin. Il s'agit précisément d'un Laboratoire traditionnel à deux foyers, institué à cet effet. Le premier foyer, appelé Zombé en langue Boba, est l'endroit où se fait la consultation afin de déterminer la nature de la maladie, bio somatique ou culturelle, ou les deux à la fois. De ce fait, Zombé, garni d'un dispositif matériel conséquent, constitue donc un instrument qui facilite l'expertise pendant le diagnostic, le dépistage et l'analyse des agents pathogènes qui en sont à la base. Bénéficiant de l'appui manifestement volontariste des forces supramentales, Zombé est également le lieu où s'établit la prescription des médicaments, du mode de leur préparation, du traitement, du suivi des soins et de la surveillance de l'évolution de l'état du patient et même de la durée du traitement. Au pire de cas, certains malades qui le méritent sont orientés à l'hôpital qui, à son tour, nous envoie aussi des cas. Tandis que le deuxième foyer, dénommé Likôkô, est le lieu où se concentrent les remèdes de base conservables destinés aux premiers soins de mise en équilibre : soins urgents, intensifs, de rupture des liens d'envoûtements, etc.

Le succès des traitements qui aboutissent pour la plupart des cas, tient sa force de la justesse de l'identification dans le Zombe de la nature (ou de l'origine) de la maladie en vue des soins appropriés et conséquents. A cela s'ajoute la technique subtile qui consiste à couper les liens entre la victime et l'auteur de la maladie avant de soumettre le patient aux soins proprement dits, surtout lors qu'il s'agit des traitements des souffrances causées par les malveillances des sorciers ou des esprits impurs.
Voilà pourquoi la voyance est considérée dans ce système sanitaire comme le maillon médical important, dont la maîtrise n'en contribue pas moins à la consécration de l'oeuvre de guérison par les connaissances traditionnelles.
Elle est d'autant plus importante qu'elle développe dans le psychisme du guérisseur initié des pouvoirs d'attraction sympathique vers les plantes avec lesquelles il communique volontiers en émettant et en recevant des signaux particuliers des végétaux. C'est pourquoi, déclare-il banalement, professeur, me nomme-t-il, on doit savoir que les "plantes possèdent aussi un esprit ou une âme", exactement comme les hommes. D'où, nécessité, en tant que phytothérapeute traditionnel, de passer par l'initiation pour une maîtrise parfaite des secrets de la nature cachés dans les arcanes des plantes.

Grâce à cette science, on découvre qu'une seule plante ou les composantes qui relèvent d'elles peuvent être utiles pour le traitement d'une ou plusieurs maladies. Cela est rendu possible non seulement par les multiples vertus que peut renfermer une plante, mais aussi et surtout par ce qu'il conviendrait d'appeler ici à titre tout à fait exceptionnel "l'ethnophytothérapie", c'est-à-dire ce qui pourrait être considéré comme la répartition des connaissances des vertus des plantes et des remèdes inhérents par ethnie en fonction de l'ethnobotanique. En d'autres termes, les variétés chez les Bomboma, chez les Ngombe, chez les Lobala de Kungu et chez les Ngbaka Minagende de Gemena en RDC, d'une part et celles des Mondjombo et Mbati du nord-est du Congo Brazzaville et du sud-ouest de Centrafrique, par exemple, tel que cela est le cas partout ailleurs, d'autre part, trouvent tout leur sens différentiel dans cette espèce d'"ethnophytothérapie". La particularité et l'avantage de votre serviteur, Lokondo Bilambo (dit Hamed après sa conversion à l'islam) reposent dans le cumule de larges connaissances "ethnophytothérapiques" ; lesquelles ont été acquises, outre les possessions reçues de l'héritage familial et celles découvertes sur l'impulsion de son gri-gri dénommé Ngundu légué par son grand-père, Boembe Mokenyo, au fur et à mesure qu'il effectuait, tour à tour, des multiples déplacements dans les différentes agglomérations de la contrée située dans la zone d'extrême nord-ouest de l'immense province de l'Equateur en République Démocratique du Congo. Déplacements et tournées, de même nature qui l'ont conduit dans les agglomérations du nord-est de Congo Brazzaville et de sud-ouest de Centrafrique, pendant lesquelles il acquiert ces richesses dans ses nombreux contacts par achat, échange ou à titre gratuit en guise de reconnaissance, de sympathie et de don auprès des tiers. Une autre technique très compliquée, celui-là par son caractère insolite, d'accumulation de ces connaissances consiste à subtiliser les informations pendant la nuit auprès d'un sorcier au cours d'opération de sorcellerie, après l'avoir immobilisé et menacé de le maintenir jusqu'au matin et à la journée au vu au su du public. A cette occasion le sorcier pris dans cet état, se trouver obligé de livrer toutes les données nécessaires concernant le (s) traitement (s) de la (ou des maladies) demandées par le guérisseur. Il décrit par la circonstance avec précision les différentes composantes qui entrent en combinaison dans la fabrication des médicaments demandés : le mode d'extraction, le procédé de préparation, de traitement, d'administration et le suivi du malade et même la durée du traitement. A l'entendre parler, il semble que cette forme d'acquisition des connaissances en voie d'abandon semble être dangereuse à cause des mécontentements et représailles des sorciers, agissant souvent en groupe, qui dirigent des expéditions punitives contre celui qu'ils considèrent désormais comme un élément gênant. A ce propos, votre serviteur Lokondo n'a pas été épargné, affirme-t-il, pour avoir immobilisé entre autres Paul Nyamazoko au village Mondongo à Bokonzi chez les Bomboma, Ekokola et Bapeli au village Sombe chez les Boliba de Kungu. Il doit son salut à la maîtrise de soi et à son habilité professionnelle qui le placent souvent dans un seuil supérieur dans le monde astral inférieur visité par les sorciers, le rendant ainsi moins invulnérable. Mais il faut ici signaler en passant que, autant que lui-même, son entourage familial le plus immédiat n'en souffre pas moins ; la plupart de ses progénitures sont décimées par ce genre de représailles.

5ème phase. : La consécration de l'oeuvre

Dès 1973, dans son très jeune âge, Lokondo, parvint à administrer ses premiers soins aux malades. Ces faits augurent une réalité vraie mais non perceptible à première vue, ce que ses premiers contacts avec les pratiques curatives remarquablement précoces, remontent au-delà de l'année 73. Disons qu'elles ont même accompagné toute son enfance en tant que fils aîné, par conséquent naturellement ressenti héritier de ce patrimoine familial légendaire.
De 1973, l'année qui inaugura ses tous premiers soins donnés aux malades, jusqu'aujourd'hui, décidément pendant une durée pratiquement de 30 ans, Lokondo, avoue qu'il s'agit là d'un véritable parcours du combattant. Pour un métier à très hauts risques que celui du guérisseur traditionnel doublé de voyant, c'est-à-dire un guérisseur (par les plantes) et un détenteur de secrets anti-charmes malveillants (envoûtements) oeuvrant aux villages et dans les étroites agglomérations qui prolongent la vie villageoise africaine, il est conscient que les risques ne peuvent qu'être doubles.

Mais, il faut cependant reconnaître également que cette durée de 30 ans qui coïncide avec toute la période de sa jeunesse dédiée à ce travail à la fois opiniâtre, épuisant et noble, constitue une longue expérience historique très significative. Une expérience jalonnée d'énormes sacrifices, synonyme d'un apprentissage rigoureux sur le sentier de la connaissance et de multiples services rendus dont la portée n'a rien de proportionnel avec les bénéfices matériels (et financiers) extrêmement modestes tirés.
Il s'agit là, incontestablement d'une véritable vocation professionnelle qui a fait ses preuves au-delà de ses imperfections, ayant conduit votre serviteur, Lokondo, tour à tour, à des multiples déplacements dans les différentes agglomérations de la contrée située dans la zone d'extrême nord-ouest de l'immense province de l'Equateur en République Démocratique du Congo. Les localités suivantes ont réellement fait l'objet de ses visites de campagne sanitaire : Dongo, Kungu, Boyazala, Bozene, Bomboma centre, Bwamanda, Tandala, Bobito, Lipoko, Sombe, Likata, Bonyange, Gemena, Karawa, Gbado-Lite, Zongo, etc. Comme nous venons de le voir, abstraction faite aux différentes tournées de travail effectuées dans de nombreux villages de la contrée, d'autres déplacements de même nature l'ont conduit au Congo Brazzaville. Plus précisément dans les localités du nord de cette république soeur, telles que Egnélé, Boyélé, Ifondo, Dongou, Epéna et Bérandjokou.

Pour un tradipraticien établi dans une modeste bourgade comme Dongo (RDCongo), une pareille réalisation ne peut être considérée, à juste titre, que comme une consécration professionnelle. Ce qui a valu à votre serviteur, Lokondo, une élévation aux fonctions administratives de chef de poste de Culture et Art pour le Secteur de Dongo. Cette nomination aux fonctions administratives intervenue en 1998, lui donnait la charge de superviser et coordonner les activités de ses collègues et tous les autres petits artisans établis dans sa juridiction.
A ce jour, votre serviteur, Lokondo, est établi à Bangui en République Centrafricaine, où il est arrivé depuis le 10 septembre 2002. Il a décidé donc de quitter son Dongo habituel en vue d'étendre son expérience au bénéfice d'un public de plus en plus vaste et cosmopolite.
Il a décidé par-là de tenter une expérience internationale de l'offre de ses services. Le premier pas de cette nouvelle expérience lui a permis de faire, à travers un exposé écrit, la présentation au public de ses pratiques dans le "volume" 1 de ce document, dont il porte seul les responsabilités. Leur compétitivité, impliquant ainsi une réelle efficacité dans le travail, a valu deux sollicitations, et pas de moindre, non abouties malheureusement à cause de certaines entraves d'ordre administratif indépendantes à notre volonté.

Déterminé d'élargir la présentation détaillée des traitements traditionnels qu'il propose aux nombreux malades qui les sollicitent, il a jugé utile de contribuer à l'approfondissement de l'exposé sur ses traitements dans ce document pour plus de crédibilité.
Donc, en plus de dix maladies exposées dans le "volume" précédent, la liste est élargi à 79 cas assortis d'au moins d'un traitement pour chacun d'eux. Il convient de souligner, en tout état de cause, que la liste de 150 maladies reste à compléter. Un déplacement sur Dongo est nécessaire, pour retrouver auprès de certains professionnels de santé locuteurs natifs de la langue Boba, la traduction française des noms des maladies difficiles à traduire à partir de la description clinique donnée par le guérisseur. Le déplacement sera mis à profit également pour retrouver auprès des spécialistes villageois, les noms des plantes médicamenteuses perdu de vue soit par l'oubli, soit par l'ignorance tels décrits ci-haut.

 

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