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Introduction
Le paludisme à Plasmodium falciparum est l'une
des infections à protozoaires les plus dangereux pour l'homme. Il
constitue un grand problème de santé publique dans plus de 100 pays
du globe (environ 40% de la population mondiale). Il a été estimé
à 300 millions de cas cliniques chaque année, avec plus de 90% de
cas en Afrique tropicale. Il est la cause de mort d'environ 1 million
de morts par an à travers le monde [1]. Les principaux antimalariques
utilisés aujourd'hui comprennent entre autre les 4-methanolquinoléines
dont la quinine et la méfloquine, les 4-aminoquinoléines dont la
chloroquine et l'amodiaquine, les 8-aminoquinoléine dont la primaquine,
les biguanides dont le proguanil, les sulfonamides associées aux
diaminopyrimidines dont la sulfadoxine/pyriméthamine, les
sesquiterpènes lactones dont l'artemisinine et dérivés …
La résistance à la chloroquine est quasi générale
à travers le monde, celle à la sulfadoxine/pyriméthamine
apparue dans les années 1970 en Thaïlande, s'est répandue
très rapidement dans d'autres régions d'Amérique du sud et
de l'Afrique de l'Est. La résistance à la quinine et à la méfloquine
a été aussi notée dans certaines régions. L'émergence du
Plasmodium falciparum multirésistant dans certaines régions du globe
fait craindre le pire, alors que pratiquement les recherches pour
les nouvelles molécules ne sont à vrai dire pas avancées.
Il est impératif de connaître la distribution géographique de résistance
pour l'établissement des mesures adéquates de lutte. Avec nulle
intention de constituer un dossier type polycopie pour nos étudiants
ni d'être exhaustive, parlons brièvement de quelques éléments pharmacologiques
de antipaludéens utilisés dans nos régions intertropicales.
Quinine
Cet extrait de l'écorce de quinquina existe
sous différentes formes : base, sulfate et chlorure. Administré
per os, la quinine est complètement absorbée dans le tractus gastro-intestinal
avec une concentration maximale (Cmax) atteinte entre 1 et 3 heures
[3]. La Cmax est de l'ordre de 2 à 4 µg/ml après administration
orale de 500 mg de quinine base. Après injection intraveineuse rapide
sur 5 minutes de 5 mg/kg, Cmax moyenne est de l'ordre de 5 µg/ml
[2]. Le degré de liaison aux protéines plasmatiques est estimé à
70% chez les volontaires sains et peut atteindre 90% chez les sujets
impaludés [3]. La quinine non liée, donc responsable de l'efficacité
et de la toxicité de la molécule ne représente que environ 15% de
la quinine totale [2]. Les concentrations dans le liquide céphalo-rachidien
de l'ordre de 2-7% à celles dans le plasma ont été rapportées [3].
L'accès palustre modifie significativement les facteurs pharmacocinétiques
de la molécule. Selon les résultats d'une étude thaïlandaise, après
ingestion per os de 10 mg/kg de sulfate de quinine, les concentrations
plasmatiques de quinine étaient environ 50% plus élevées chez les
patients avec accès palustre non compliqué comparées à celles des
patients en convalescence. Les pics de concentration atteignent
en moyenne 8.4 µg/ml durant l'accès palustre, et 5.7µg/ml en période
de convalescence [4]. La quinine est essentiellement métabolisée
par le foie (~80%) est rapidement excrétée par voie urinaire. La
molécule excrétée dans l'urine sous forme inchangée est évaluée
entre 5 et 20%. L'excrétion est accrue par l'urine acide. On peut
trouver une petite quantité dans la bile et la salive, elle peut
passer dans le lait maternel et le cordon ombilical. Le temps d'élimination
est d'environ 11 heures chez les sujets sains [3], mais il peut
aller jusqu'à 18 heures chez les sujets traités pour neuropaludisme
[4].
Cela s'explique en partie par le fait que, chez ces sujets, le volume
de distribution se contracte et la clairance hépatique diminuée.
Il faut donc ajuster la dose pour éviter une toxicité cumulative.
Le mode d'action exact de la quinine est mal connu. Au niveau cellulaire
elle entraînerait une modification du métabolisme de l'hématie parasitée
et une rupture des membranes parasitaires.
La toxicité de la quinine est dose-dépendante et
commence à apparaître avec des taux sériques > 15 mg/L. Elle augmente
l'intervalle QT, les troubles du rythme ventriculaires, parfois
fatales si le patient avait au préalable cette intervalle prolongée
[28]. L'effet plus connu est le cinchonisme, réaction qui associe
acouphènes, vertiges, céphalées, nausées, troubles de la vision
et baisse aiguë de l'acuité auditive. Il faut signaler aussi le
risque d'anémie hémolytique aiguë compliquée ou non d'insuffisance
rénale aiguë dont le mécanisme n'est pas connu [27]. Injectée en
intramusculaire (300 mg/ml) une dilution est nécessaire si non la
solution provoque une nécrose tissulaire [26]. Des effets cardio-vasculaires,
gastro-intestinaux ou neurologiques centraux peuvent se produire.
La quinine peut potentialiser les effet des médicaments cardio-actifs,
la prudence s'impose s'il faut la prescrire aux patients qui prennent
des bêtabloquants, de la digoxine ou des inhibiteurs calciques,
surtout s'ils souffrent de cardiopathie. En cas de surdosage l'action
cardiotoxique de la quinine peut provoquer des arythmies, une hypotension
et un arrêt cardiaque. Dans de tels cas une dépression du système
nerveux central et des convulsions peuvent survenir.
La quinine reste le premier choix pour le traitement
du paludisme polypharmacorésistant. Il appartient aux responsables
de la politique nationale de déterminer si la quinine constitue
une option valable. Les options d'associer la quinine à de la tétracycline,
ou de la doxycycline ou de la clindamycine sont envisageables dans
des régions où la sensibilité de Plasmodium falciparum à la quinine
est sensiblement réduite [39].
Sulfadoxine/pyriméthamine
La pyriméthamine est une antifolinique d'action
lente. L'action antiplasmodiale est potentialisée par l'association
avec la sulfadoxine, sulfamide à action prolongée. Les deux donc
agissent en synergie comme inhibiteurs enzymatiques pour bloquer
la synthèse des nucléotides du parasite aux différents niveaux de
synthèse [30].
La pyriméthamine administrée en raison de 25 mg per os est bien
absorbée, les concentrations plasmatiques d'environ 200 mg/ml sont
atteintes entre 2 et 6 heures. Environ 80-90% sont liés aux protéines
plasmatiques. Elle est principalement métabolisée dans le foie et
lentement excrétée par voie urinaire, avec une demi-vie d'élimination
d'environ 4 jours. Une étude menée sur les sujets impaludés, suite
à une administration de 1g et 50 mg de sulfadoxine et pyriméthamine
respectivement, et de 650 mg/8 h de quinine, les concentrations
se situant entre 300 et 600 µg/L (= mg/ml ) ont été observée pendant
au moins deux semaines et l'élimination pendant au moins un mois
après la prise [5,6]. Cela fait qu'on l'administre en dose unique.
Les effets secondaires dont les réactions cutanées, la toxicité
hématologique (leucopénie, agranulocytose, thrombopénie...), des
cas de toxicité hépatique avec ictère, toxicité respiratoire, ont
été signalés [2,3]. Etant des inhibiteurs de l'acide folinique,
la prudence s'impose chez les malades carencés en cet acide ou traités
aux médicaments susceptibles de diminuer l'acide folinique, le cas
entre autre des anti-convulsivants, du trimethoprime... Aussi chez
les enfants il pourrait provoquer l'ictère suite à l'immaturité
de leur système enzymatique. A doses élevées, la combinaison peut
être mortelle, avec des symptômes tels que céphalées, anorexie,
nausées, vomissements, excitation et éventuellement convulsions
et anomalies hématologiques. Dans de tels cas l'administration de
diazépam peut aider à maîtriser les convulsions. L'injection de
l'acide folinique peut corriger la dyscrasie sanguine, mais dans
tous les cas il faut faire vomir le malade et procéder le plus rapidement
à un lavage de l'estomac.
Amodiaquine
Cette molécule est de la famille des 4-aminoquinoléines,
elle existe sous forme de sel chlorure. Elle a une structure et
une action antipaludique semblable à celle de la chloroquine. Tout
comme la chloroquine, elle possède des propriétés antipyrétiques
et anti-inflammatoires. Cependant elle est active sur certaines
couches chloroquino-résistantes. Une analyse systématique en Afrique
sur le traitement du paludisme à falciparum non compliqué, elle
s'est avérée sensiblement plus efficace que la chloroquine sur l'aspect
réduction de la parasitémie, permettant par là une récupération
clinique plus rapide.
Elle est absorbée dans le tractus gastro-intestinal, transformée
en un métabolite actif la désethylamodiaquine. Les effets secondaires
hépatiques et une grande incidence d'agranulocytose, ont été rapportés.
Administrée à une grande dose, il a été rapporté qu'elle peut provoquer
des effets dont la syncope, la spasticité et des convulsions [7].
Suite à ces effets et la résistance qui s'était avérée, l'amodiaquine
avait été abandonnée. Cependant, récemment les études ont montré
que l'association amodiaquine et sulfadoxine/pyriméthamine
aboutissait à de meilleurs résultats cliniques et parasitologiques
que ceux obtenus une fois administrés séparément [33-38]. L'amodiaquine,
possède un effet fébrifuge rapide que la sulfadoxine / pyriméthamine,
son action contre la parasitémie est identique à celle de sulfadoxine/pyriméthamine
du moins jusqu'au 7ème jour. En association elles agissent en synergie,
la sulfadoxine/pyriméthamine prolonge cette action par son
séjour plus long dans l'organisme du patient. Cependant, aucune
étude toxicologique n'a été menée pour s'assurer du rapport efficacité/toxicité.
Aussi étant donné que le mode d'action d'amodiaquine est semblable
à celui de la chloroquine, la résistance croisée partielle avec
la chloroquine fait craindre que la durée de validité thérapeutique
de l'association amodiaquine - sulfadoxine/pyriméthamine
ne soit réduite à une courte période. L'association doit être utilisée
comme solution transitoire pour retarder la résistance à la sulfadoxine/pyriméthamine
là où elle est encore efficace.
Artémisinine et dérivés
L'artémisinine est un sesquiterpène lactone extrait
d'une plante Artemisia annua, plante utilisée depuis longtemps en
médecine traditionnelle chinoise. Elle est active contre les souches
de Plasmodium falciparum aussi bien sensibles que résistant à la
chloroquine. La molécule est peu soluble dans l'eau, pour résoudre
ce problème de solubilité, un certain nombre de dérivés semi-synthétiques
hydrosolubles dont l'hydroartémisinine et artésunate ont été développés.
Les dérivés liposolubles dont l'artémeter et artéether sont aussi
employés.
L'avantage d'utiliser l'artémisinine et ses dérivés réside dans
leur vitesse d'action. Ils peuvent réduire sensiblement la parasitémie
plus que la quinine [8,15] ou la méfloquine [9], d'où leur premier
choix en cas de paludisme cérébral [10].
Selon K.T Batty et col.(1998), après injection intraveineuse de
120 mg d'artésunate, la Cmax est d'environ 11µg/ml, le temps de
demi-vie de 2.7 minutes, la clairance d'environ 2.33 L/h/kg. Le
temps de demi-vie d'élimination de la dihydroartémisinine (en effet
l'artésunate est très vite transformée in vivo en dihydroartémisinine)
est de 40 minutes, la Cmax de 0.74 µg/ml après administration orale
de 100 mg d'artésunate, la biodisponibilité relative est bonne (82%).
Ils ont trouvé que le temps nécessaire pour diminuer la parasitémie
de moitié (PCT50) était d'environ 6.5 heures et environ 24 heures
pour la baisse sensible de la température, après administration
orale de 2 mg/kg d'artésunate [14]. Cependant, le taux de recrudescence
est élevé lorsque ces médicaments sont utilisés en monothérapie.
Ce taux est fonction de la dose administrée, de la durée de traitement
et de la gravité de la maladie. En effet, des taux de recrudescence
beaucoup trop élevés ont été constatés après un traitement de moins
de sept jours [39]. Il serait plus prudent de prescrire en parallèle
les molécules à longue durée d'action, ou prolonger la durée de
traitement à au moins sept jours avec une dose supérieure à 600
mg.
Chez l'animal, l'artémisinine et ses dérivés sont responsables de
la toxicité neurologique, cardiaque et hématologique. Chez l'homme
cette toxicité est peu documentée, mais de rares observations de
bradycardie sinusale, de bloc auriculaire du premier degré et d'extrasystoles
auriculaires ont été rapportées. Ces anomalies sont modérées et
transitoires et aucune n'a pas nécessité le traitement spécifique
[28]. Faute de données suffisantes sur l'usage de ces produits au
cours de la grossesse, toute utilisation doit s'effectuer sous surveillance.
Tout résultat clinique favorable ou non doit être notifié à l'autorité
de contrôle [39].
Halofantrine
L'halofantrine est un phénanthrène-méthanol
appartenant à la famille des aryl-amino alcools dont fait parti
la quinine et la méfloquine. Le pic de concentration, l'aire sous
la courbe (AUC) augmente de façon proportionnelle à la dose administrée
pour des doses allant de 250 à 500 mg Au delà de 500 mg il n'y a
plus de proportionnalité entre biodisponibilité et dose. La concentration
maximale est atteinte environ 6 heures après la prise, mais le temps
est soumis à plusieurs variations individuelles. La molécule est
rapidement métabolisée en N-débutylhalofantrine, actif contre le
Plasmodium falciparum et dont le pic de concentration suit celui
de la molécule mère. Son métabolisme in vivo est peu connu, l'élimination
est essentiellement digestive, la demi-vie est soumise à une grande
variabilité interindividuelle [2]. Elle est entre 24 et 48 heures
pour la molécule mère, deux fois pour le métabolite. L'absorption
d'halofantrine est potentialisée par la prise du repas riche en
graisse [39]. Une étude sur les enfants kenyan avec accès palustre
non compliqué, a révélé que l'halofantrine peut être utilisée pour
des cas de malaria non compliquée, mais elle reste inefficace contre
les cas graves [18]. Sa toxicité cardiaque a été longuement discutée.
Selon les résultats de plusieurs études elle est responsable de
l'allongement de l'espace QTc [19, 20, 21, 22, 23, 24], d'où le
risque des troubles du rythme ventriculaire. Ces études faisaient
suite à de nombreux cas de mort subite ou d'arrêt cardiaque chez
les patients traités par halofantrine. L'halofantrine ne doit donc
être délivrée que sur ordonnance. Elle n'est pas recommandée pour
le traitement de réserve, et aux enfants de moins de 10 kg suite
à une faible quantité de données sur les enfants de ce poids. Les
pouvoirs publics doivent exercer un contrôle strict sur son importation,
sa distribution et son utilisation. [39]. Du fait que le repas favorise
l'absorption, et que les taux sanguins élevés sont responsables
de l'allongement de l'espace QTc, il ne faut pas recommander la
prise du médicament au cours du repas croyant mieux guérir le patient
! La prescription simultanée de la quinine ou de la méfloquine est
contre-indiquée, pour leurs effets sur l'intervalle QTc.
Des études sur les rongeurs, il ressort que la prescription aux
femmes enceintes ou allaitantes, aux enfants de moins de 1 an est
contre-indiquée [39].
Méfloquine [24, 25]
C'est un dérivé 4-quinoléine-méthanol, de
structure et mode d'action proche de la quinine. La formulation
a évoluée avec le temps et la biodisponibilité est évaluée à près
de 90%. Le pic de concentration varie en moyenne entre 25µg/ml et
1000µg/ml après prise unique de 250 mg et 1000 mg, respectivement,
chez les sujets sains non asiatiques. Des concentrations doubles
ont été rapportées chez les sujets asiatiques, mais les raisons
n'ont pas été recherchées. L'absorption n'est pas modifiée chez
les sujets impaludés. L'alimentation augmente et accélère significativement
l'absorption de la méfloquine : Une étude impliquant 20 sujets sains
ayant pris un petit déjeuner riche en lipides 30 minutes avant l'administration
orale de 750 mg de méfloquine, a révélé une augmentation de la concentration
maximale de 868µg/L à 1500µg/L, avec une augmentation AUC, diminution
du Tmax de 36 heure à 17 heures.
Le Tmax varie entre 6 et 24 heures. La méfloquine se fixe intensément
sur les protéines plasmatiques ( > 98%). Son élimination est digestive,
l'excrétion urinaire sous forme inchangée s'évalue entre 1.5% et
8.7% chez les sujets caucasiens, et 5.2-13.1% chez les africains.
Elle possède une longue demi-vie d'élimination qui varie entre 10
et 40 jours. Le principal métabolite inactif contre le paludisme
est le 4-carboxyméfloquine, qui apparaît 2 à 4 heures après la prise
du médicament.
Les effets secondaires dont la diarrhée et vomissement peuvent en
modifier la biodisponibilité et provoquer l'échec de traitement.
La co-administration avec un antiémétique s'avère une bonne suggestion.
Les réactions neuropsychiatriques dont insomnie et cauchemar ont
été rapportées. Il ne faut pas administrer l'halofantrine aux personnes
qui ont pris récemment de la méfloquine suite à sa contribution
à l'allongement de l'espace QTc. Les taux sanguins se trouvent augmentés
si on administre simultanément la quinine et la méfloquine. Il serait
plus prudent de n'administrer la méfloquine que après plus de 12
heures après la dernière dose de quinine.
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