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Santé Rwanda

Editorial janvier 2008

C’est avec plaisir que j’introduis cette étude comme un éditorial de janvier 2008 au nom de toute l’équipe qui, avec l’auteur principal, a fait un travail de qualité dans un domaine de santé de la reproduction au Rwanda. Cet éditorial ouvre toute une série d’autres travaux originaux qui seront publié dans la presse avant une publication dans un journal scientifique.


Par Dr Marc Twagirumukiza, coordinateur du groupe
ambassadeur de Santé Tropicale au Rwanda et
Responsable rédactionnel des pages de Santé Tropicale au Rwanda.

Identification de déterminants psychosociaux sous-jacents à l’intention d’utiliser le préservatif auprès des jeunes scolarisés rwandais

Rumenge Nt. Alain*, Coté Françoise**, Gaston Godin**, Sarah Amélie**

* Kigali Health Institute, département de Sciences infirmières, Kigali Rwanda
** Faculté de sciences infirmières, Université Laval, Québec Canada

 

Résumé

Cette recherche a permis d’identifier les déterminants psychosociaux sous-jacents à l’intention d’utiliser le préservatif auprès des jeunes scolarisés rwandais. Une analyse de la régression logistique entre l’intention d’utiliser le condom et les variables de la théorie du comportement planifié [TCP] d’Ajzen (1988) et d’autres variables externes à la théorie a été utilisée. Au total 199 étudiants du Kigali Health Institute (100 du sexe masculin et 99 du sexe féminin), âgé de 18 à 35 ans, sélectionnés par randomisation ont rempli le questionnaire. Les résultats indiquent que la perception du contrôle comportemental (c² = 23.2, p = <0,0001), l’efficacité personnelle (c² = 14, p = 0,0002) et la motivation à se conformer (c² = 12, p =0,0005) avec la fréquence d’utiliser le préservatif (c² = 3.14, p = 0.0762) comme variable externe au modèle sont les construits éligibles comme prédicteurs de l’intention d’utiliser le préservatif par les participants. De plus, l’analyse discriminante a permis de délinéer les facteurs qui rehausser le sentiment de l’efficacité personnelle et les référents normatifs qui ont une influence sur ces jeunes pour l’adoption du comportement. Ainsi, les items « relation sexuelle même à l’improviste » (R² =.25, p=<.0001) et « disponibilité du préservatif » (R² =.037, p=<.0060) expliquent la grande part de la variance de l’efficacité personnelle. Tandis que, les items « professionnels de santé » (R² =.15, p=<.0001) et « collègues » (R² = .04, p=0.0048) sont ceux qui l’expliquent pour la motivation à se conformer. Il est recommandé que des efforts doivent être fournis dans les interventions en organisant des campagnes afin de renforcer l’efficacité personnelle. D’autres études sont indispensables dans le but de mieux cerner la problématique.
Mots clés : Préservatif, jeunes scolarisés, déterminants, intention, comportement, attitude, norme subjective, perception du contrôle comportemental, efficacité personnelle.

Problématique

Il y a un besoin urgent de contrôler l’épidémie du VIH au Rwanda. Ce pays situé dans la région des Grands Lacs Africains a une population de 8,7 millions d’habitants. À la veille de son accession à l’indépendance, les conflits ethniques intermittents entre les Hutus majoritaires (80%) et les Tutsis minoritaires (15%) ont débouché sur une guerre qui s’est terminée avec le génocide de ± 800 000 personnes en 1994. Le système de santé n’a jamais était recouvert et affiche un manque criant d’activités préventives.

A la fin de 1999, il y avait eu 40 000 décès liés à cette affection et le sida était la deuxième cause de mortalité après la malaria en 2000 [¹]. En 2003, la prévalence du VIH/SIDA dans la population en général était estimée à 13,6% selon un rapport du ministère rwandais de la Santé [2]. A ce titre le (JHU/CCP) [¹], stipulait que des données statistiques révèlent qu’une facette de la réalité, peu d’études ayant été réalisées auprès des jeunes, notamment, celles portant spécifiquement sur les aspects comportementaux du VIH/SIDA. Celles qui ont été réalisées n’ont pas fourni des données sur la capacité des jeunes à négocier en matière de sexualité. Des attitudes négatives vis-à-vis du préservatif ont été relevées [3].

Des facteurs associés à la propagation de cette pandémie au Rwanda sont avérés. Le niveau de connaissances en rapport avec les modes de transmission et de prévention sont relativement élevées [4]. Par ailleurs, bien qu’au Rwanda la promotion et l’émancipation féminine soient privilégiées, des inégalités sociales persistent avec comme corollaire la dépendance quasi totale de la femme à l’homme, l’exposition aux multiples sollicitations est grande et par conséquent, au multi-partenariat qui contribue pour sa part dans la propagation de la maladie. Les rwandaises sont souvent obligées de respecter les desiderata de leurs partenaires masculins, qui sont plus portés à avoir des rapports sexuels avec multiples partenaires [5]. D’autres part, certaines pratiques sexuelles culturelles constituent des comportements à risque [9]. S’ajoute à ces pratiques l’incirconcision dont la relation avec la transmission du VIH est établie [10], la circoncision étant peu fréquente au Rwanda.

Certaines banlieues sont considérées comme des sanctuaires aux femmes qualifiées de « mœurs basses », bien que le travail du sexe ne soit pas légalisé. Cette pratique se fait de façon larvée, vu la précocité des relations sexuelles l’on ne sait pas à quelle échelle. Pourtant, dans cette catégorie sociale les chiffres sont faramineux. Sur 882 prostituées dont la moitié est âgée de moins de 20 ans, 76 % furent diagnostiquées séropositives lors d'un dépistage réalisé par le Ministère de la Famille, du Genre et des Affaires Sociales (1998) [6]. Seulement la moitié de celles-ci utilisaient le préservatif, 60% de celles qui ne l'utilisaient pas, se conformaient à la décision du client. Son exigence dépendait des besoins matériels ressentis et/ou le montant offert. Le premier client était servi quelles que soient ses conditions si les enfants n’avaient rien à manger. Une femme au foyer sur dix se prostitue selon la même source. Il est fait état de proxénétisme dans deux provinces [7].

Déjà en 1983, 74,5 % des séropositives ont été diagnostiquées lors des examens rétrospectifs de 53 prostituées atteintes des IST dans un centre semi-urbain du pays [8]. Qui plus est, les jeunes hommes avec les militaires et les routiers, constituent la principale clientèle des prostituées au Rwanda [¹].

Spécifiquement, bien qu’insuffisamment documenté, un fameux phénomène dit, de : « Chèque, chic, choc » chez certains étudiants rwandais est un facteur susceptible de propager le VIH. Le CCISD/ONUSIDA [7] a révélé que des femmes veuves et riches attirent de jeunes élèves, qu’elles entretiennent. Or, dans pareil contexte, l’exigence de l’usage du préservatif est suspecte et tributaire du risque de perte de confiance mutuelle. De plus, les conditions de vie sur les campus (i. e : surpopulation, promiscuité et logements mixtes) exposent les étudiants au multi-partenariat sexuel.

Toutefois, ces jeunes scolarisés sont ipso facto à la fois exposés, mais susceptibles de galvaniser l’ensemble des jeunes à l’adoption des comportements favorables à la santé. Futurs agents de changement dans leur communauté, notamment, en raison de leur formation scolaire et de leurs contacts interculturels multiformes, ils peuvent en outre servir de modèles pour un changement durable. Ces jeunes constituent la population-cible de la présente étude.

Comme au Rwanda la transmission du VIH se fait surtout par le biais de rapports sexuels non protégés, les interventions pourraient cibler l’utilisation du condom lors de ces rapports. D’ailleurs, une étude a révélé que seulement le tiers des personnes sexuellement actives au Rwanda a déclaré avoir utilisé au moins une fois le condom au cours de leur vie [11]. Cet aspect, est le point focal de cette recherche. En ce sens, la question de recherche se formule comme suit : « Quels sont les facteurs psychosociaux sous-jacents à l’intention d'utiliser régulièrement le préservatif lors des relations sexuelles vaginales avec pénétration chez des jeunes rwandais scolarisés ?

Cette étude visait donc les objectifs suivants : a) améliorer nos connaissances quant aux raisons pour lesquelles des jeunes rwandais scolarisés utilisent ou non le préservatif ; b) évaluer la pertinence de segmenter cette population cible en fonction du genre et, c) identifier des pistes d’interventions relatives à des messages persuasifs à développer.

Cadre de référence et méthodes

Cette recherche en est une corrélationnelle prédictive. Le cadre théorique de la présente recherche prend assises principalement sur la théorie du comportement planifié de Ajzen (1988)[12].

Figure 1. Théorie du comportement planifié (Ajzen, 1988, p. 133)
Figure 1. Théorie du comportement planifié (Ajzen, 1988, p. 133).

 

Les données de cette recherche ont été collectées auprès de 199 étudiants en santé, du Kigali Health Institute [KHI] au mois de mai.2005. Un échantillon initial, probabiliste aléatoire sans remise, stratifié pour le sexe a permis de sélectionner une proportion représentative de 330 étudiants sur 838, soit 39,4% de la population accessible. Les critères d’inclusion étaient les suivants : a) être un étudiant inscrit à temps plein dans l’institution, b) avoir entre 18 et 35 ans, c) lire et comprendre correctement le français.

Le questionnaire principal de l’étude a été élaboré en trois étapes selon les prémisses de la TCP.

En premier lieu, il a été question d’identifier les croyances saillantes individuelles à l’aide d’un questionnaire auto-administré auprès de 30 personnes, à parité égale par sexe et choisies aléatoirement. Les croyances saillantes dont le total des fréquences atteignait 75% ont été retenues [13]. Elles ont permis à élaborer trois listes : 1) les conséquences, 2) les référents normatifs ou les personnes significatives et, 3) les barrières et facteurs facilitant.

En second lieu, ces listes ont permis d'élaborer les items de mesure des construits de la TCP, échelonnés selon la méthode de Likert [14], avec des valeurs de 1 à 6. Par la suite, une pré-expérimentation de ce questionnaire principal a été faite auprès de six étudiants (3 filles et 3 garçons) volontaires.

Enfin, une étude de fidélité a été menée auprès de 30 étudiants, également choisis aléatoirement et à parité égale par sexe. L'analyse des données a montré de très bonnes qualités métrologiques des construits du modèle (coefficient alpha de Cronbach allant de .63 à .94). A ces construits de la TCP, étaient greffées des questions fermées relatives aux caractéristiques individuelles et sociodémographiques des participants.

La cueillette des données de l’étude principale a été effectuée à l’aide d’un questionnaire auto-administré. Les aspects éthiques étaient expliqués, spécifiés et garantis dans une lettre de présentation accompagnant chaque questionnaire dans une enveloppe pré-adressée. Les questionnaires étaient récupérés 2 jours après, auprès du chef de chaque classe.

Mesure des variables

Intention
La mesure de l’intention (a = 0.94) a été obtenue par la sommaire de trois items. Ces items interrogeaient l’individu sur : 1) l`intention d’utiliser un préservatif, 2) l’évaluation des chances de l’utiliser et, 3) la probabilité de planifier son utilisation lors de chacune de ses relations sexuelles au cours du prochain mois. Les réponses de ces items allaient de : « tout à fait improbable » (1) à « tout à fait probable » (6), de : « tout à fait faibles » (1) à « tout à fait fortes » (6) et de : « tout à fait improbable » (1) à « tout à fait probable » (6).

Attitude
La mesure directe de l’attitude (a = 0.90) a été réalisée à l’aide de la question suivante : « Au cours du prochain mois, utiliser un préservatif lors de chacune de mes relations sexuelles serait pour moi… ». Trois items s’intéressaient à l’aspect cognitif et demandaient à l'individu d’indiquer si utiliser un préservatif lui semblait, « utile », « prudent » et « sécurisant ». Trois autres concernaient l’aspect affectif, le répondant devait indiquer si cela lui semblait, « plaisant », « gênant » et « agréable ».

Par ailleurs, la mesure indirecte de croyances comportementales (a = 0.80) et leur évaluation (e) (a = 0.63) a été obtenue en demandant au répondant si : « Au cours du prochain mois, utiliser un préservatif lors de chacune de ses relations sexuelles … » : 1) lui protégerait contre les IST, 2) le VIH/SIDA, 3) lui éviterait une grossesse indésirable, 4) diminuerait le plaisir sexuel et, 5) augmenterait la fréquence de ses rapports sexuels. Le choix des réponses se faisait de : tout à fait improbable (1) à tout à fait probable (6). Par la suite, il devait indiquer la valeur qu`il accorde à ces faits, en répondant si cela était : tout à fait indésirable (1) ou tout à fait désirable (6).

Norme subjective
La mesure directe de la norme subjective (a = 0.94) a été obtenue par la somme de trois items. Le répondant devait se prononcer sur une échelle allant de tout à fait improbable (1) à tout à fait probable (6), en répondant qu'il utiliserait un préservatif lors de chacune de ses relations sexuelles si : a) les personnes les plus importantes et b) celles dont l’opinion importe le plus, le pensent et, c) si ces personnes plus importantes, l’approuveraient.

La mesure indirecte a été effectuée à l’aide de dix énoncés. Concernant la croyance normative (nb) (a = 0.64), l`individu devait se prononcer sur le fait que les référents normatifs suivants : 1) les collègues, 2) les professionnels de santé, 3) les parents, 4) le (la) conjoint (e) et, 5) les religieux, approuveraient le fait qu'il utilise un préservatif lors de chacune de ses relations sexuelles. Les réponses aux items s’échelonnaient de : tout à fait improbable (1) à tout à fait probable (6). En second lieu, pour la motivation à se conformer (mc) (a = 0.83), il devait indiquer à quel point il était en désaccord (1) ou d`accord (6) avec l’opinion de ses référents normatifs ci-haut cités.

Perception du contrôle comportemental
La mesure directe (a = 0.91) de cette composante a été effectuée par quatre items. Le participant devait dire s’il est difficile pour lui et s’il est capable d’utiliser un préservatif lors de chacune de ses relations sexuelles au cours du prochain mois. Il devait par la suite indiquer, à quel point, il croyait exercer un contrôle sur ce fait.

Le construit indirect (a = 0.91) a été mesuré au moyen de quatre énoncés allant de : tout à fait improbable (1) à tout à fait probable (6). Le répondant devait se prononcer sur la probabilité d’utiliser un préservatif au cours du prochain mois : 1) même s’il s’agit de relations à l’improviste, 2) si les préservatifs sont disponibles, 3) même lors de relations sexuelles sans amour, et 4) si une (un) partenaire refuse d’utiliser un préservatif.

Les statistiques descriptives des construits théoriques du modèle ont montré des scores moyens qui variaient entre 3,7 et 5,13 sur une échelle dont les valeurs étaient de 1 à 6.

Les variables externes
Elles concernaient les habitudes sexuelles antérieures et les caractéristiques sociodémographiques. D’une échelle de (0) pour le « non » à (1) pour le « oui », le participant devait répondre à la question suivante : « Au cours de votre vie, avez-vous eu des relations sexuelles ? ». En outre, il devait indiquer la fréquence correspondant à ses relations sexuelles au cours du dernier mois, comme suit : (0) pour jamais, (1) pour une fois la semaine, (2) pour deux fois par semaine et (3) pour trois fois par semaine et plus. Par la suite, la fréquence d’utilisation du préservatif lors de ses relations sexuelles correspondait aux mentions suivantes : jamais (0), rarement (1), quelques fois (2), souvent (3) et, tout le temps (4). Enfin, les caractéristiques sociodémographiques suivantes : l’âge, le sexe, le statut civil, le campus fréquenté, le lieu de résidence ainsi que le département et le niveau d’études étaient demandées.

Plan d’analyse des données

L’analyse des données a été faite à l’aide du logiciel SAS (version 9.1). Le seuil de signification a été fixé à [alpha] = 0,05. Les données ont été dichotomisées de part et d’autre de la médiane (median split), car le test de normalité sur les variables a montré une distribution dissymétrique. Ainsi, la régression logistique a été préférée à la régression linéaire. Les variables explicatives étaient introduites dans le modèle suivant la procédure d’inclusion pas à pas (critère d’entrée dans le modèle : p [alpha] 0.16 de Hosmer et Lemeshow, critère de rétention dans le modèle : p [alpha] 0.05). Enfin, une analyse discriminante des items de chaque construit théorique indirect éligible a été réalisée.

Analyses et résultats

Analyse d’attrition
Au départ, 330 participants (39,4%) sur 838 étudiants ont été sélectionnés. De ce nombre, 18 (5,5%) n’ont pas été retrouvés. Sur les 312 questionnaires distribués, 264 (84,6%) ont été retournés. Cependant, 65 (24,6%) ont été éliminés de l’étude parce qu’ils présentaient plus de 25% de valeurs manquantes sur les construits théoriques.

La comparaison des sujets retenus versus rejetés sur les fréquences des construits théoriques a montré, une légère différence significative sur la variable « intention » (n = 252, p = 0.0251). Pour les autres construits, la différence était non significative. Le tableau 1 montre les caractéristiques sociodémographiques des participants.

 

Tableau 1 : Les fréquences manquantes sur les construits théoriques (n = 264)

Construits
Fréquences manquantes*
%
Intention (I)
12
4,5
Attitude (Aact)
35
13,2
Norme sociale (NS)
17
6,4
Perception du contrôle (PCC)
14
5,3
Croyances comportementales (b)
13
5,0
Évaluation croyances comportementales (e)
6
2,3
Croyances normatives (nb)
13
5,0
Motivation à se conformer (mc)
20
7,5
Efficacité personnelle (p)
10
3,8

* La somme des fréquences manquantes dépasse le nombre total de sujets éliminés (n = 65),
car certains sujets étaient éliminés sur la base de plus d’un construit incomplet.

 

Par ailleurs, les données du Tableau 2 montrent que les participants éliminés ne diffèrent pas significativement des participants retenus en ce qui concerne le report de relations sexuelles, le fait d’avoir été sexuellement actifs au cours du dernier mois et d'avoir fait usage du préservatif.

 

Tableau 2 : Répartition des participants selon les caractéristiques sociodémographiques

Variables

Fréquence
(n = 199)

%
% cumuléª
Age

24 ans et moins 138 69,4 69,4
25-29 ans 46 92,5 92,5
30 ans et plus 15 100 100
Statut civil Célibataire 186 93;5 93,5
Marié(e), conjoint(e) de fait 13 100 100
Genre Homme 100 50,2 50,2
Femme 99 100 100
Campus Kigali 87 43,7 43,7
Nyamishaba 112 56,3 100
Résidence Domicile 30 15 15
Campus 169 85 100
Département Anesthésie 21 10,5 10,5
Dentisterie 10 5 15,6
Laboratoire 35 17,6 33,2
Physiothérapie 20 10 43,2
Radiologie 11 5,5 48,7
Santé Santé environnement 32 16 64,8
Santé mentale 11 5,5 70,3
Sciences infirmières 59 29,6 99,9
Niveau d’études 1ère année 99 49,7 49,7
2ème année 74 37,2 86,9
3ème année 26 13,1 100

ª La procédure d’arrondissement des décimales fait en sorte que certains totaux sont inférieurs ou supérieurs à 100%.

 

Quant à la fréquence d’utilisation du préservatif, on constate que, le tiers des participants a rapporté ne l’avoir jamais utilisé. Le même pourcentage des participants affirme, qu’ils en on fait usage tout le temps.

 

Tableau 3 : Fréquences comparées pour les variables dichotomisées
du comportement antérieur auto-rapporté chez les sujets retenus versus éliminés

Variables dichotomisées

Retenus
(n = 199)

Éliminés
(n = 65)

Valeur-p
Effectif % Effectif %

Relations sexuelles vieª

Non 98 50 32 55,2 0,4888
Oui 98 50 26 44,8
Rel. sexuelles dernier mois Non 181 91 54 83 0,0778
Oui 18 9 11 17
Utilisation du préservatif

Jamais/rarement/quelques fois

166 83,4 60 92,3 0,0763
Souvent/tout le temps 33 16,6 5 7,7

ª Valeurs manquantes pour la variable « relations sexuelles vie » chez les participants retenus (n = 196),
chez ceux qui sont éliminés (n = 58).


Analyses univariées

Les analyses univariées faites, lient significativement toutes les variables du modèle théorique à l’intention d’utiliser le préservatif. Toutes ces associations étaient positives. A contrario, la plupart des variables sociodémographiques mesurées n’étaient pas significativement liées à l’intention de porter le préservatif. Seuls la fréquence d’utilisation du préservatif (p=0,0054) et le statut civil (p= 0,0481) y étaient significativement associés.

Analyses multivariées

Prédiction de l’intention
La régression logistique (Tableau 4) indique que trois construits de la TCP sont liés de façon significative à l’intention des participants d’utiliser le préservatif. De plus, bien qu’elle soit à la limite de la signification sur le plan strict de la statistique, la variable externe fréquence d’utilisation du préservatif (p=0.0762) a été retenue comme éligible à cause de sa signification du point de vue clinique.

 

Tableau 4 : Fréquences d’utilisation du préservatifª auto-rapportée (n = 97)

Utilisation du préservatif…
Fréquences
%
% cumulé
Jamais

33
3,4
34
Rarement
6
6,2
40,2
Quelques fois
7
7,2
47,4
Souvent
18
18,6
65,8
Tout le temps 33
34
99,8

ª n = 97 en raison de la réponse précédente sur les relations sexuelles

 

Analyses discriminantes pour les items

Les analyses des items de construits théoriques indirects ont porté respectivement sur, quatre items pour « efficacité personnelle » et cinq pour « motivation à se conformer ».

 

  Tableau 5 : Régression logistique des variables prédictives théoriques et externes

Variables
c²
OR1
95% IC2 Valeur-p
Perception du contrôle comportemental

23.2
6
[3 ; 12] <0,0001
Efficacité personnelle
14
4
[2 ; 8] 0,0002
Motivation à se conformer
12
3.6
[2 ; 8] 0,0005
Fréquence d’utilisation du préservatif
3.14
2.8
[1 ; 9] 0.0762

¹ OR : Odds ratio   ² IC : intervalle de confiance

 

Les résultats du Tableau 5 montrent que les deux items « relations sexuelles même à l’improviste » et « disponibilité des préservatifs » obtiennent les meilleurs scores. Ces résultats permettent de constater que les référents normatifs qui ont plus de poids sur l’intention des répondants d’utiliser le préservatif sont d’abord, les « professionnels de santé » suivis des « collègues ». Toutefois, il demeure intéressant de constater que le (la) conjoint(e) contribue à une part de la variation dans l’intention d’utiliser un préservatif.

 

Tableau 6 : Analyse discriminante des items mesurant
les variables « efficacité personnelle » et « motivation à se conformer » sur l’intention

Variables/ Items

Valeur-p
Efficacité personnelle

 

Relations sexuelles même à l’improviste 0.25 <0.0001
Les préservatifs disponibles 0.037 0.0060
Refus du partenaire de l’utiliser 0.016 0.0757
Relations sexuelles sans amour 0.011 0.1367
Relations sexuelles dernier mois Les professionnels de santé 0.15 < 0.0001
Les collègues 0.04 0.0048
Le (la) conjoint(e) 0.0211 0.0510
Les parents 0.0063 0.2889
Les religieux 0.0000 0.9495

 

Discussion

Les résultats de la présente étude indiquent que la moitié des participants a rapporté des relations sexuelles dans leur vie. Ces taux se rapprochent de ceux de Rahlenbeck et Uhagaze (2004) [3] qui ont trouvé 44% dans une population d’élèves du secondaire rwandais. L’âge et le niveau d’études expliquent l’écart entre les deux études.

Parmi ceux qui ont déclaré avoir des expériences sexuelles, 34% rapportent utiliser régulièrement le préservatif, 32% déclarent l’utiliser de façon irrégulière, alors que 34% indiquent ne l’avoir jamais utilisé. Ces taux concordent avec les études réalisées au Rwanda et en Côte d’Ivoire [15] ; [3] ; [11]. Ces faibles taux, interpellent tous les intervenants en santé vu le niveau des connaissances tel que relatés dans la littérature.

La régression logistique a montré que, la perception du contrôle comportemental est la variable qui explique la plus grande part de la variance de l’intention. Ce résultat est en accord avec d’autres études [16] ; [17]. De manière intéressante, on remarque que l’utilisation du préservatif ne relève pas du seul contrôle de la personne. Ce comportement serait tributaire d'autres facteurs, telle la disponibilité du préservatif.

D'autre part, l’efficacité personnelle est la deuxième variable éligible. Ce résultat corrobore également d'autres études [18] ; [19] ; [20]. En effet, il est intéressant de constater que les étudiants qui ont une forte perception de leur efficacité personnelle, même dans une situation à risque telle « relations sexuelles même à l’improviste », sont ceux qui ont aussi une forte intention d’utiliser un préservatif. Egalement, on constate que la « disponibilité des préservatifs » a un impact important sur l’intention des étudiants à l’utiliser. Malgré l’embarras causé par son achat chez les jeunes [17] ; [21] ou les considérations culturelles (e.g. les relations sexuelles réservées au mariage, parler du préservatif est un péché, l’usage du préservatif va de pair avec une vie de débauche) [22], sa disponibilité pourrait faire une différence dans son utilisation.

En regard de la motivation à se conformer, les « professionnels de la santé » et les « collègues » sont les référents significatifs qui ont une influence sur les jeunes. Cependant, son éligibilité semble plus difficile à corroborer d’autres études, la littérature étant muette à ce sujet, quoique certaines aient tout de même identifié les normes subjectives [23] ; [24]. Vu que les répondants sont de futurs professionnels de santé, il est plausible de croire qu’ils accordent beaucoup d’importance à leur rôle dans la prévention du VIH/SIDA.

Par ailleurs, contrairement à d’autres études, force est de constater que les parents ne sont pas identifiés comme de référents significatifs. Les considérations culturelles rendent le sexe un sujet tabou, les parents rwandais ne le discutent point avec leurs enfants. Pourtant, Sunmola [21] a montré que, l’information sur l’usage du préservatif provenant d’un membre de famille est un prédicteur majeur de son utilisation chez des étudiants nigérianes. Hutchinson, & al. [25] ont trouvé que les adolescentes qui dialoguaient avec leurs mères sur la sexualité adoptaient une approche sécuritaire (e.g. l'utilisation du préservatif).

La dernière variable, externe au modèle, qui influence l’intention d’utiliser le préservatif dans cette étude est la « fréquence d’utilisation du préservatif ». Bien que non significative au strict plan de la statistique, il n’en demeure pas moins que cette variable est significative au point de vue clinique. Ce résultat concorde avec la théorie des comportements interpersonnels de Triandis [26] qui postule que le comportement passé est un facteur prédictif d’un comportement lié à la santé. D’autres auteurs ont trouvé également que l’histoire comportementale permet d’expliquer l’intention actuelle [3] ; [21]. Godin et Côté [27] rappellent que le processus par lequel un comportement passé contrôle un comportement futur s’effectue habituellement de façon non consciente et est appelé habitude, certaines situations environnementales servent à le déclencher automatiquement.

Points forts et limites de l’étude

Cette étude a les mérites d’avoir utilisé une théorie qui a déjà prouvé sa robustesse dans la prédiction et l’explication des comportements liés à la santé, d’adopter une démarche limpide pour l’élaboration de l’instrument de mesure, d’utiliser un questionnaire vu la nature intime du comportement à l'étude afin de laisser moins de place aux biais. De plus, le devis corrélationnel prédictif est approprié, car il permet d’explorer et d’expliquer les relations entre les variables et de vérifier les modèles théoriques [29]. Enfin, le taux de réponse dénote probablement un intérêt marqué à la problématique du VIH/SIDA par cette communauté. Il est également un indicateur-clé de la neutralité du questionnaire [30].

Cependant, la taille de l’échantillon constitue une limite pour cette étude. De même, cette étude peut avoir été affectée par le biais de la désirabilité sociale, inhérent à toute recherche incluant un volet comportemental, celle dont les questions sont sensibles et touchent à l’intimité des sujets [31]. Enfin, la forme recto-verso du questionnaire a contribué à la prévalence des valeurs manquantes et par conséquent, à la perte de plusieurs sujets et le fait que le chercheur principal soit employé dans l’institution pourrait avoir sa part dans la limite de l’étude. Toutefois, nous pensons que les garanties éthiques et les caractères d’avertis des participants ont contribué à réduire ces facteurs.

Pistes d’interventions et de recherche

A court terme, la communication des résultats de la présente étude aux participants et aux autorités du KHI permettra à ces dernières de mieux orienter les actions qu’ils poseront, face à la prévention des IST et du VIH/SIDA. Les étudiants prendront conscience de risques éventuels. Il est utile que les autorités du Kigali Health Institute s’assurent que, le système de distribution des préservatifs au sein des campus est fonctionnel. Il est également adéquat, d’ajouter des séances de formation dans leur cursus scolaire. A ce titre, au niveau individuel, certaines activités de formation pourraient cibler directement le renforcement ou le maintien de l’efficacité personnelle.

Le Conseil national de lutte contre le SIDA sera informé de ces résultats. Des campagnes publicitaires de masse pourraient cibler les parents et les professionnels de la santé. Les parents rwandais devront être sensibilisés à l’importance de devenir des personnes ressources de leurs enfants pour des questions de sexualité. Cette intervention est un véritable défi à relever pour le long terme. Ensuite, les messages pourraient signaler aux professionnels de la santé toute l’importance de leur rôle aux yeux des jeunes, et que l’utilisation répétée du préservatif contribue à maintenir ce comportement. Dès lors, ils devraient être incités à renforcer positivement ce comportement lorsque l’occasion se présente.

Finalement, une large diffusion des résultats, par l’entremise de journaux locaux, est indispensable, afin de faire profiter d’autres milieux impliqués dans l’éducation sanitaire auprès des jeunes.
Une étude similaire à celle-ci, portant sur un échantillon plus large est indispensable, afin de généraliser les résultats. Également, des études d’évaluation d’interventions basées sur des résultats de recherche devraient être réalisées rapidement. Enfin, il serait intéressant de mener des études avec de plus gros échantillons et en vérifiant d’éventuelles différences selon le genre, sachant que les jeunes filles et les femmes sont particulièrement vulnérables à la transmission du VIH/SIDA. Finalement, d'autres études dont la finalité serait l’élaboration des programmes destinés aux parents et aux futurs travailleurs de la santé sont indispensables.

Conclusion

Bref, notons que trois construits du modèle ont été déterminés comme facteurs de prédiction de l’intention d’utiliser le préservatif des jeunes rwandais scolarisés. Contrairement aux prémisses de la TCP, deux construits indirects influencent directement l’intention soit « l’efficacité personnelle » et « la motivation à se conformer ». Une seule variable externe au modèle à savoir ; « la fréquence d’utilisation du préservatif » a été retenue comme prédicteur de l’intention d’utiliser le préservatif. Tel que prévoit la TCP, les variables externes (traits de personnalité, caractéristiques sociodémographiques, etc.) influenceraient les intentions comportementales à travers la médiation des effets qu’elles exercent sur les composantes du modèle [28].

Cependant, bien que l’étude ait des points forts en regard de l’approche méthodologique adoptée, vu la limite de la taille de l’échantillon, il semble difficile de généraliser ces résultats. Toutefois, étant donné que la plupart des études utilisent plutôt des modèles KAB (Knowledge, Practice and behavior) dans une perspective descriptive, à cause de leurs limites, les approches alternatives semblent être indispensables et justifiées. Ainsi, d’autres études similaires, portant sur un échantillon plus large sont indispensables, afin de généraliser les résultats. Les données recueillies devraient ainsi permettre de mieux orienter la planification des projets d’intervention spécifique à cette clientèle. Il est judicieux donc, de mener des études comparatives basées sur les théories de changement de comportement, portant sur un échantillon plus large des étudiants et d’autres jeunes non scolarisés en milieux urbain et rural. Elle visera entre autres, à vérifier d’éventuelles différences selon le genre étant donné que, les jeunes filles et les femmes sont particulièrement vulnérables à la transmission du VIH/SIDA. Finalement, elle aura pour but l’implémentation des programmes destinés ; soit au renforcement des capacités individuelles des jeunes, soit aux parents et/ou aux professionnels de la santé.

 

[¹] Le Rwanda est actuellement le deuxième pays au monde qui a un nombre élevé des députées après la Suède.
[²] La prostitution est interdite par les codes et les lois au Rwanda.
[³] Chèque, pour désigner un partenaire fortuné (souvent plus âgé), qui supplée les ressources financières modiques des parents. Chic, pour traduire le (la) jeune approximativement de même âge qu’on sort ensemble et présumé fiancé(e). Choc, pour le collègue de classe avec qui on collabore la plupart des fois pour les activités estudiantines

Le KHI est un institut d’enseignement supérieur qui comprend huit départements : 1) Anesthésie, 2) Dentisterie 3) Laboratoire, 4) Physiothérapie, 5) Radiologie, 6) Santé et environnement, 7) Santé mentale et, 8) Sciences infirmières.

 

 

Références

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Marc TWAGIRUMUKIZA, MD
Gand, ce 30 janvier 2008
twamarc@yahoo.fr

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