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C’est avec plaisir que j’introduis cette étude
comme un éditorial de janvier 2008 au nom de toute l’équipe
qui, avec l’auteur principal, a fait un travail de qualité
dans un domaine de santé de la reproduction au Rwanda. Cet
éditorial ouvre toute une série d’autres travaux
originaux qui seront publié dans la presse avant une publication
dans un journal scientifique.
Par Dr Marc Twagirumukiza, coordinateur du groupe
ambassadeur de Santé Tropicale au Rwanda et
Responsable rédactionnel des pages de Santé Tropicale
au Rwanda.
Identification
de déterminants psychosociaux sous-jacents à l’intention
d’utiliser le préservatif auprès des jeunes
scolarisés rwandais
Rumenge Nt. Alain*, Coté Françoise**, Gaston Godin**, Sarah Amélie**
* Kigali Health Institute, département de Sciences infirmières, Kigali Rwanda
** Faculté de sciences infirmières, Université Laval, Québec Canada
Résumé
Cette recherche a permis d’identifier les déterminants
psychosociaux sous-jacents à l’intention d’utiliser
le préservatif auprès des jeunes scolarisés
rwandais. Une analyse de la régression logistique entre l’intention
d’utiliser le condom et les variables de la théorie
du comportement planifié [TCP] d’Ajzen (1988) et d’autres
variables externes à la théorie a été
utilisée. Au total 199 étudiants du Kigali Health
Institute (100 du sexe masculin et 99 du sexe féminin), âgé
de 18 à 35 ans, sélectionnés par randomisation
ont rempli le questionnaire. Les résultats indiquent que
la perception du contrôle comportemental (c² = 23.2,
p = <0,0001), l’efficacité personnelle (c²
= 14, p = 0,0002) et la motivation à se conformer (c²
= 12, p =0,0005) avec la fréquence d’utiliser le préservatif
(c² = 3.14, p = 0.0762) comme variable externe au modèle
sont les construits éligibles comme prédicteurs de
l’intention d’utiliser le préservatif par les
participants. De plus, l’analyse discriminante a permis de
délinéer les facteurs qui rehausser le sentiment de
l’efficacité personnelle et les référents
normatifs qui ont une influence sur ces jeunes pour l’adoption
du comportement. Ainsi, les items « relation sexuelle même
à l’improviste » (R² =.25, p=<.0001)
et « disponibilité du préservatif » (R²
=.037, p=<.0060) expliquent la grande part de la variance de
l’efficacité personnelle. Tandis que, les items «
professionnels de santé » (R² =.15, p=<.0001)
et « collègues » (R² = .04, p=0.0048) sont
ceux qui l’expliquent pour la motivation à se conformer.
Il est recommandé que des efforts doivent être fournis
dans les interventions en organisant des campagnes afin de renforcer
l’efficacité personnelle. D’autres études
sont indispensables dans le but de mieux cerner la problématique.
Mots clés : Préservatif, jeunes
scolarisés, déterminants, intention, comportement,
attitude, norme subjective, perception du contrôle comportemental,
efficacité personnelle.
Problématique
Il y a un besoin urgent de contrôler l’épidémie
du VIH au Rwanda. Ce pays situé dans la région des
Grands Lacs Africains a une population de 8,7 millions d’habitants.
À la veille de son accession à l’indépendance,
les conflits ethniques intermittents entre les Hutus majoritaires
(80%) et les Tutsis minoritaires (15%) ont débouché
sur une guerre qui s’est terminée avec le génocide
de ± 800 000 personnes en 1994. Le système de santé
n’a jamais était recouvert et affiche un manque criant
d’activités préventives.
A la fin de 1999, il y avait eu 40 000 décès liés
à cette affection et le sida était la deuxième
cause de mortalité après la malaria en 2000 [¹]. En 2003, la prévalence du VIH/SIDA dans la
population en général était estimée
à 13,6% selon un rapport du ministère rwandais de
la Santé [2]. A ce titre le (JHU/CCP)
[¹], stipulait que des données statistiques révèlent
qu’une facette de la réalité, peu d’études
ayant été réalisées auprès des
jeunes, notamment, celles portant spécifiquement sur les
aspects comportementaux du VIH/SIDA. Celles qui ont été
réalisées n’ont pas fourni des données
sur la capacité des jeunes à négocier en matière
de sexualité. Des attitudes négatives vis-à-vis
du préservatif ont été relevées [3].
Des facteurs associés à la propagation de cette pandémie
au Rwanda sont avérés. Le niveau de connaissances
en rapport avec les modes de transmission et de prévention
sont relativement élevées [4].
Par ailleurs, bien qu’au Rwanda la promotion et l’émancipation
féminine soient privilégiées, des inégalités
sociales persistent avec comme corollaire la dépendance quasi
totale de la femme à l’homme, l’exposition aux
multiples sollicitations est grande et par conséquent, au
multi-partenariat qui contribue pour sa part dans la propagation de
la maladie. Les rwandaises sont souvent obligées de respecter
les desiderata de leurs partenaires masculins, qui sont plus portés
à avoir des rapports sexuels avec multiples partenaires [5]. D’autres part, certaines pratiques
sexuelles culturelles constituent des comportements à risque
[9]. S’ajoute à ces pratiques l’incirconcision
dont la relation avec la transmission du VIH est établie
[10], la circoncision étant peu fréquente
au Rwanda.
Certaines banlieues sont considérées comme des sanctuaires
aux femmes qualifiées de « mœurs basses »,
bien que le travail du sexe ne soit pas légalisé.
Cette pratique se fait de façon larvée, vu la précocité
des relations sexuelles l’on ne sait pas à quelle échelle.
Pourtant, dans cette catégorie sociale les chiffres sont
faramineux. Sur 882 prostituées dont la moitié est
âgée de moins de 20 ans, 76 % furent diagnostiquées
séropositives lors d'un dépistage réalisé
par le Ministère de la Famille, du Genre et des Affaires
Sociales (1998) [6]. Seulement la moitié de celles-ci utilisaient
le préservatif, 60% de celles qui ne l'utilisaient pas, se
conformaient à la décision du client. Son exigence
dépendait des besoins matériels ressentis et/ou le
montant offert. Le premier client était servi quelles que
soient ses conditions si les enfants n’avaient rien à
manger. Une femme au foyer sur dix se prostitue selon la même
source. Il est fait état de proxénétisme dans
deux provinces [7].
Déjà en 1983, 74,5 % des séropositives ont
été diagnostiquées lors des examens rétrospectifs
de 53 prostituées atteintes des IST dans un centre semi-urbain
du pays [8]. Qui plus est, les jeunes hommes
avec les militaires et les routiers, constituent la principale clientèle
des prostituées au Rwanda [¹].
Spécifiquement, bien qu’insuffisamment documenté,
un fameux phénomène dit, de : « Chèque,
chic, choc » chez certains étudiants rwandais est un
facteur susceptible de propager le VIH. Le CCISD/ONUSIDA
[7] a révélé que des femmes veuves et riches
attirent de jeunes élèves, qu’elles
entretiennent. Or, dans pareil contexte, l’exigence de l’usage
du préservatif est suspecte et tributaire du risque de perte
de confiance mutuelle. De plus, les conditions de vie sur les campus
(i. e : surpopulation, promiscuité et logements mixtes) exposent
les étudiants au multi-partenariat sexuel.
Toutefois, ces jeunes scolarisés sont ipso facto à
la fois exposés, mais susceptibles de galvaniser l’ensemble
des jeunes à l’adoption des comportements favorables
à la santé. Futurs agents de changement dans leur
communauté, notamment, en raison de leur formation scolaire
et de leurs contacts interculturels multiformes, ils peuvent en
outre servir de modèles pour un changement durable. Ces jeunes
constituent la population-cible de la présente étude.
Comme au Rwanda la transmission du VIH se fait surtout par le biais
de rapports sexuels non protégés, les interventions
pourraient cibler l’utilisation du condom lors de ces rapports.
D’ailleurs, une étude a révélé
que seulement le tiers des personnes sexuellement actives au Rwanda
a déclaré avoir utilisé au moins une fois
le condom au cours de leur vie [11]. Cet aspect,
est le point focal de cette recherche. En ce sens, la question de recherche se formule
comme suit : « Quels sont les facteurs psychosociaux sous-jacents
à l’intention d'utiliser régulièrement
le préservatif lors des relations sexuelles vaginales avec
pénétration chez des jeunes rwandais scolarisés
?
Cette étude visait donc les objectifs suivants : a) améliorer
nos connaissances quant aux raisons pour lesquelles des jeunes rwandais
scolarisés utilisent ou non le préservatif ; b) évaluer
la pertinence de segmenter cette population cible en fonction du
genre et, c) identifier des pistes d’interventions relatives
à des messages persuasifs à développer.
Cadre de référence et méthodes
Cette recherche en est une corrélationnelle prédictive.
Le cadre théorique de la présente recherche prend
assises principalement sur la théorie du comportement planifié
de Ajzen (1988)[12].
|
Figure 1. Théorie
du comportement planifié (Ajzen, 1988, p. 133). |
Les données de cette recherche ont été collectées
auprès de 199 étudiants en santé, du Kigali
Health Institute [KHI] au mois de mai.2005. Un échantillon
initial, probabiliste aléatoire sans remise, stratifié
pour le sexe a permis de sélectionner une proportion représentative
de 330 étudiants sur 838, soit 39,4% de la population accessible.
Les critères d’inclusion étaient les suivants
: a) être un étudiant inscrit à temps plein
dans l’institution, b) avoir entre 18 et 35 ans, c) lire et
comprendre correctement le français.
Le questionnaire principal de l’étude a été
élaboré en trois étapes selon les prémisses
de la TCP.
En premier lieu, il a été question d’identifier
les croyances saillantes individuelles à l’aide d’un
questionnaire auto-administré auprès de 30 personnes,
à parité égale par sexe et choisies aléatoirement.
Les croyances saillantes dont le total des fréquences atteignait
75% ont été retenues [13].
Elles ont permis à élaborer trois listes : 1) les
conséquences, 2) les référents normatifs ou
les personnes significatives et, 3) les barrières et facteurs
facilitant.
En second lieu, ces listes ont permis d'élaborer
les items de mesure des construits de la TCP, échelonnés
selon la méthode de Likert [14], avec des valeurs de
1 à 6. Par la suite, une pré-expérimentation
de ce questionnaire principal a été faite auprès
de six étudiants (3 filles et 3 garçons) volontaires.
Enfin, une étude de fidélité a été
menée auprès de 30 étudiants, également
choisis aléatoirement et à parité égale
par sexe. L'analyse des données a montré de très
bonnes qualités métrologiques des construits du modèle
(coefficient alpha de Cronbach allant de .63 à .94). A
ces construits de la TCP, étaient greffées des questions
fermées relatives aux caractéristiques individuelles
et sociodémographiques des participants.
La cueillette des données de l’étude principale
a été effectuée à l’aide d’un
questionnaire auto-administré. Les aspects éthiques
étaient expliqués, spécifiés et garantis
dans une lettre de présentation accompagnant chaque questionnaire
dans une enveloppe pré-adressée. Les questionnaires
étaient récupérés 2 jours après,
auprès du chef de chaque classe.
Mesure des variables
Intention
La mesure de l’intention (a = 0.94) a été
obtenue par la sommaire de trois items. Ces items interrogeaient
l’individu sur : 1) l`intention d’utiliser un préservatif,
2) l’évaluation des chances de l’utiliser et,
3) la probabilité de planifier son utilisation lors de chacune
de ses relations sexuelles au cours du prochain mois. Les réponses
de ces items allaient de : « tout à fait improbable
» (1) à « tout à fait probable »
(6), de : « tout à fait faibles » (1) à
« tout à fait fortes » (6) et de : « tout
à fait improbable » (1) à « tout à
fait probable » (6).
Attitude
La mesure directe de l’attitude (a = 0.90) a été
réalisée à l’aide de la question suivante
: « Au cours du prochain mois, utiliser un préservatif
lors de chacune de mes relations sexuelles serait pour moi…
». Trois items s’intéressaient à l’aspect
cognitif et demandaient à l'individu d’indiquer si
utiliser un préservatif lui semblait, « utile »,
« prudent » et « sécurisant ». Trois
autres concernaient l’aspect affectif, le répondant
devait indiquer si cela lui semblait, « plaisant »,
« gênant » et « agréable ».
Par ailleurs, la mesure indirecte de croyances comportementales
(a = 0.80) et leur évaluation (e) (a = 0.63) a été
obtenue en demandant au répondant si : « Au cours du
prochain mois, utiliser un préservatif lors de chacune de
ses relations sexuelles … » : 1) lui protégerait
contre les IST, 2) le VIH/SIDA, 3) lui éviterait une grossesse
indésirable, 4) diminuerait le plaisir sexuel et, 5) augmenterait
la fréquence de ses rapports sexuels. Le choix des réponses
se faisait de : tout à fait improbable (1) à tout
à fait probable (6). Par la suite, il devait indiquer la
valeur qu`il accorde à ces faits, en répondant si
cela était : tout à fait indésirable (1) ou
tout à fait désirable (6).
Norme subjective
La mesure directe de la norme subjective (a = 0.94) a été
obtenue par la somme de trois items. Le répondant devait
se prononcer sur une échelle allant de tout à fait
improbable (1) à tout à fait probable (6), en répondant
qu'il utiliserait un préservatif lors de chacune de ses relations
sexuelles si : a) les personnes les plus importantes et b) celles
dont l’opinion importe le plus, le pensent et, c) si ces personnes
plus importantes, l’approuveraient.
La mesure indirecte a été effectuée à
l’aide de dix énoncés. Concernant la croyance
normative (nb) (a = 0.64), l`individu devait se prononcer sur le
fait que les référents normatifs suivants : 1) les
collègues, 2) les professionnels de santé, 3) les
parents, 4) le (la) conjoint (e) et, 5) les religieux, approuveraient
le fait qu'il utilise un préservatif lors de chacune de ses
relations sexuelles. Les réponses aux items s’échelonnaient
de : tout à fait improbable (1) à tout à fait
probable (6). En second lieu, pour la motivation à se conformer
(mc) (a = 0.83), il devait indiquer à quel point il était
en désaccord (1) ou d`accord (6) avec l’opinion de
ses référents normatifs ci-haut cités.
Perception du contrôle comportemental
La mesure directe (a = 0.91) de cette composante a été
effectuée par quatre items. Le participant devait dire s’il
est difficile pour lui et s’il est capable d’utiliser
un préservatif lors de chacune de ses relations sexuelles
au cours du prochain mois. Il devait par la suite indiquer, à
quel point, il croyait exercer un contrôle sur ce fait.
Le construit indirect (a = 0.91) a été mesuré
au moyen de quatre énoncés allant de : tout à
fait improbable (1) à tout à fait probable (6). Le
répondant devait se prononcer sur la probabilité d’utiliser
un préservatif au cours du prochain mois : 1) même
s’il s’agit de relations à l’improviste,
2) si les préservatifs sont disponibles, 3) même lors
de relations sexuelles sans amour, et 4) si une (un) partenaire
refuse d’utiliser un préservatif.
Les statistiques descriptives des construits théoriques
du modèle ont montré des scores moyens qui variaient
entre 3,7 et 5,13 sur une échelle dont les valeurs étaient
de 1 à 6.
Les variables externes
Elles concernaient les habitudes sexuelles antérieures
et les caractéristiques sociodémographiques. D’une
échelle de (0) pour le « non » à (1) pour
le « oui », le participant devait répondre à
la question suivante : « Au cours de votre vie, avez-vous
eu des relations sexuelles ? ». En outre, il devait indiquer
la fréquence correspondant à ses relations sexuelles
au cours du dernier mois, comme suit : (0) pour jamais, (1) pour
une fois la semaine, (2) pour deux fois par semaine et (3) pour
trois fois par semaine et plus. Par la suite, la fréquence
d’utilisation du préservatif lors de ses relations
sexuelles correspondait aux mentions suivantes : jamais (0), rarement
(1), quelques fois (2), souvent (3) et, tout le temps (4). Enfin,
les caractéristiques sociodémographiques suivantes
: l’âge, le sexe, le statut civil, le campus fréquenté,
le lieu de résidence ainsi que le département et le
niveau d’études étaient demandées.
Plan d’analyse des données
L’analyse des données a été faite à
l’aide du logiciel SAS (version 9.1). Le seuil de signification
a été fixé à [alpha] = 0,05. Les données
ont été dichotomisées de part et d’autre
de la médiane (median split), car le test de normalité
sur les variables a montré une distribution dissymétrique.
Ainsi, la régression logistique a été préférée
à la régression linéaire. Les variables explicatives
étaient introduites dans le modèle suivant la procédure
d’inclusion pas à pas (critère d’entrée
dans le modèle : p [alpha] 0.16 de Hosmer et Lemeshow, critère
de rétention dans le modèle : p [alpha] 0.05). Enfin,
une analyse discriminante des items de chaque construit théorique
indirect éligible a été réalisée.
Analyses et résultats
Analyse d’attrition
Au départ, 330 participants (39,4%) sur 838 étudiants
ont été sélectionnés. De ce nombre,
18 (5,5%) n’ont pas été retrouvés. Sur
les 312 questionnaires distribués, 264 (84,6%) ont été
retournés. Cependant, 65 (24,6%) ont été éliminés
de l’étude parce qu’ils présentaient plus
de 25% de valeurs manquantes sur les construits théoriques.
La comparaison des sujets retenus versus rejetés sur les
fréquences des construits théoriques a montré,
une légère différence significative sur la
variable « intention » (n = 252, p = 0.0251). Pour les
autres construits, la différence était non significative.
Le tableau 1 montre les caractéristiques sociodémographiques
des participants.
Tableau 1 : Les fréquences manquantes sur les construits théoriques (n = 264)
Construits
|
Fréquences
manquantes* |
% |
| Intention
(I) |
12 |
4,5 |
| Attitude
(Aact) |
35 |
13,2 |
| Norme
sociale (NS) |
17 |
6,4 |
| Perception
du contrôle (PCC) |
14 |
5,3 |
| Croyances
comportementales (b) |
13 |
5,0 |
| Évaluation
croyances comportementales (e) |
6 |
2,3 |
| Croyances
normatives (nb) |
13 |
5,0 |
| Motivation
à se conformer (mc) |
20 |
7,5 |
| Efficacité
personnelle (p) |
10 |
3,8 |
* La somme des fréquences manquantes dépasse le nombre total de sujets éliminés (n = 65),
car certains sujets étaient éliminés sur la base de plus d’un construit incomplet.
Par ailleurs, les données du Tableau 2 montrent que les
participants éliminés ne diffèrent pas significativement
des participants retenus en ce qui concerne le report de relations
sexuelles, le fait d’avoir été sexuellement
actifs au cours du dernier mois et d'avoir fait usage du préservatif.
Tableau 2 : Répartition des participants selon les caractéristiques sociodémographiques
Variables |
Fréquence
(n = 199) |
% |
% cumuléª |
| Age
|
24 ans et moins |
138 |
69,4 |
69,4 |
| 25-29 ans |
46 |
92,5 |
92,5 |
| 30 ans et plus |
15 |
100 |
100 |
| Statut civil |
Célibataire |
186 |
93;5 |
93,5 |
| Marié(e), conjoint(e) de fait |
13 |
100 |
100 |
| Genre |
Homme |
100 |
50,2 |
50,2 |
| Femme |
99 |
100 |
100 |
| Campus |
Kigali |
87 |
43,7 |
43,7 |
| Nyamishaba |
112 |
56,3 |
100 |
| Résidence |
Domicile |
30 |
15 |
15 |
| Campus |
169 |
85 |
100 |
| Département |
Anesthésie |
21 |
10,5 |
10,5 |
| Dentisterie |
10 |
5 |
15,6 |
| Laboratoire |
35 |
17,6 |
33,2 |
| Physiothérapie |
20 |
10 |
43,2 |
| Radiologie |
11 |
5,5 |
48,7 |
| Santé |
Santé environnement |
32 |
16 |
64,8 |
| Santé mentale |
11 |
5,5 |
70,3 |
| Sciences infirmières |
59 |
29,6 |
99,9 |
| Niveau d’études |
1ère année |
99 |
49,7 |
49,7 |
| 2ème année |
74 |
37,2 |
86,9 |
| 3ème année |
26 |
13,1 |
100 |
ª La procédure d’arrondissement des décimales fait en sorte que certains totaux sont inférieurs ou supérieurs à 100%.
Quant à la fréquence d’utilisation du préservatif,
on constate que, le tiers des participants a rapporté ne
l’avoir jamais utilisé. Le même pourcentage des
participants affirme, qu’ils en on fait usage tout le temps.
Tableau 3 : Fréquences comparées pour les variables dichotomisées
du comportement antérieur auto-rapporté chez les sujets retenus versus éliminés
Variables dichotomisées |
Retenus
(n = 199) |
|
Valeur-p |
| Effectif |
% |
Effectif |
% |
Relations sexuelles vieª |
Non |
98 |
50 |
32 |
55,2 |
0,4888 |
| Oui |
98 |
50 |
26 |
44,8 |
| Rel. sexuelles dernier mois |
Non |
181 |
91 |
54 |
83 |
0,0778 |
| Oui |
18 |
9 |
11 |
17 |
| Utilisation du préservatif |
Jamais/rarement/quelques fois |
166 |
83,4 |
60 |
92,3 |
0,0763 |
| Souvent/tout le temps |
33 |
16,6 |
5 |
7,7 |
ª Valeurs manquantes pour la variable « relations sexuelles vie » chez les participants retenus (n = 196),
chez ceux qui sont éliminés (n = 58).
Analyses univariées
Les analyses univariées faites, lient significativement
toutes les variables du modèle théorique à
l’intention d’utiliser le préservatif. Toutes
ces associations étaient positives. A contrario, la plupart
des variables sociodémographiques mesurées n’étaient
pas significativement liées à l’intention de
porter le préservatif. Seuls la fréquence d’utilisation
du préservatif (p=0,0054) et le statut civil (p= 0,0481)
y étaient significativement associés.
Analyses multivariées
Prédiction de l’intention
La régression logistique (Tableau 4) indique que trois
construits de la TCP sont liés de façon significative
à l’intention des participants d’utiliser le
préservatif. De plus, bien qu’elle soit à la
limite de la signification sur le plan strict de la statistique,
la variable externe fréquence d’utilisation du préservatif
(p=0.0762) a été retenue comme éligible à
cause de sa signification du point de vue clinique.
Tableau 4 : Fréquences d’utilisation du préservatifª auto-rapportée (n = 97)
Utilisation du préservatif… |
Fréquences |
% |
% cumulé |
| Jamais
|
33 |
3,4 |
34 |
| Rarement |
6 |
6,2 |
40,2 |
| Quelques fois |
7 |
7,2 |
47,4 |
| Souvent |
18 |
18,6 |
65,8 |
| Tout le temps |
33 |
34 |
99,8 |
ª n = 97 en raison de la réponse précédente sur les relations sexuelles
Analyses discriminantes pour les items
Les analyses des items de construits théoriques indirects
ont porté respectivement sur, quatre items pour « efficacité
personnelle » et cinq pour « motivation à
se conformer ».
Tableau 5 : Régression logistique des variables prédictives théoriques et externes
Variables |
c² |
OR1 |
95% IC2 |
Valeur-p |
| Perception du contrôle comportemental
|
23.2 |
6 |
[3 ; 12] |
<0,0001 |
| Efficacité personnelle |
14 |
4 |
[2 ; 8] |
0,0002 |
| Motivation à se conformer |
12 |
3.6 |
[2 ; 8] |
0,0005 |
| Fréquence d’utilisation du préservatif |
3.14 |
2.8 |
[1 ; 9] |
0.0762 |
¹ OR : Odds ratio ² IC : intervalle de confiance
Les résultats du Tableau 5 montrent que les deux items «
relations sexuelles même à l’improviste »
et « disponibilité des préservatifs »
obtiennent les meilleurs scores. Ces résultats permettent
de constater que les référents normatifs qui ont plus
de poids sur l’intention des répondants d’utiliser
le préservatif sont d’abord, les « professionnels
de santé » suivis des « collègues ».
Toutefois, il demeure intéressant de constater que le (la)
conjoint(e) contribue à une part de la variation dans l’intention
d’utiliser un préservatif.
Tableau 6 : Analyse discriminante des items mesurant
les variables « efficacité personnelle » et « motivation à se conformer » sur l’intention
Variables/ Items |
R² |
Valeur-p |
| Efficacité personnelle |
Relations sexuelles même à l’improviste |
0.25 |
<0.0001 |
| Les préservatifs disponibles |
0.037 |
0.0060 |
| Refus du partenaire de l’utiliser |
0.016 |
0.0757 |
| Relations sexuelles sans amour |
0.011 |
0.1367 |
| Relations sexuelles dernier mois |
Les professionnels de santé |
0.15 |
< 0.0001 |
| Les collègues |
0.04 |
0.0048 |
| Le (la) conjoint(e) |
0.0211 |
0.0510 |
| Les parents |
0.0063 |
0.2889 |
| Les religieux |
0.0000 |
0.9495 |
Discussion
Les résultats de la présente étude indiquent
que la moitié des participants a rapporté des relations
sexuelles dans leur vie. Ces taux se rapprochent de ceux de Rahlenbeck
et Uhagaze (2004) [3] qui ont trouvé 44% dans une population
d’élèves du secondaire rwandais. L’âge
et le niveau d’études expliquent l’écart
entre les deux études.
Parmi ceux qui ont déclaré avoir des expériences
sexuelles, 34% rapportent utiliser régulièrement le
préservatif, 32% déclarent l’utiliser de façon
irrégulière, alors que 34% indiquent ne l’avoir
jamais utilisé. Ces taux concordent avec les études
réalisées au Rwanda et en Côte d’Ivoire
[15] ; [3] ; [11]. Ces faibles taux, interpellent tous les intervenants
en santé vu le niveau des connaissances tel que relatés
dans la littérature.
La régression logistique a montré que, la perception
du contrôle comportemental est la variable qui explique la
plus grande part de la variance de l’intention. Ce résultat
est en accord avec d’autres études [16] ; [17]. De manière
intéressante, on remarque que l’utilisation du préservatif
ne relève pas du seul contrôle de la personne. Ce comportement
serait tributaire d'autres facteurs, telle la disponibilité
du préservatif.
D'autre part, l’efficacité personnelle est la deuxième
variable éligible. Ce résultat corrobore également
d'autres études [18] ; [19] ; [20]. En effet, il est intéressant de constater que
les étudiants qui ont une forte perception de leur efficacité
personnelle, même dans une situation à risque telle
« relations sexuelles même à l’improviste
», sont ceux qui ont aussi une forte intention d’utiliser
un préservatif. Egalement, on constate que la « disponibilité
des préservatifs » a un impact important sur l’intention
des étudiants à l’utiliser. Malgré l’embarras
causé par son achat chez les jeunes
[17] ; [21] ou les considérations culturelles
(e.g. les relations sexuelles réservées au mariage,
parler du préservatif est un péché, l’usage
du préservatif va de pair avec une vie de débauche)
[22], sa disponibilité pourrait faire une différence
dans son utilisation.
En regard de la motivation à se conformer, les «
professionnels de la santé » et les « collègues
» sont les référents significatifs qui ont une
influence sur les jeunes. Cependant, son éligibilité
semble plus difficile à corroborer d’autres études,
la littérature étant muette à ce sujet, quoique
certaines aient tout de même identifié les normes subjectives
[23] ; [24]. Vu
que les répondants sont de futurs professionnels de santé,
il est plausible de croire qu’ils accordent beaucoup d’importance
à leur rôle dans la prévention du VIH/SIDA.
Par ailleurs, contrairement à d’autres études,
force est de constater que les parents ne sont pas identifiés
comme de référents significatifs. Les considérations
culturelles rendent le sexe un sujet tabou, les parents rwandais
ne le discutent point avec leurs enfants. Pourtant, Sunmola [21]
a montré que, l’information sur l’usage du préservatif
provenant d’un membre de famille est un prédicteur
majeur de son utilisation chez des étudiants nigérianes.
Hutchinson, & al. [25] ont trouvé que les adolescentes
qui dialoguaient avec leurs mères sur la sexualité
adoptaient une approche sécuritaire (e.g. l'utilisation du
préservatif).
La dernière variable, externe au modèle, qui influence
l’intention d’utiliser le préservatif dans cette
étude est la « fréquence d’utilisation
du préservatif ». Bien que non significative au strict
plan de la statistique, il n’en demeure pas moins que cette
variable est significative au point de vue clinique. Ce résultat
concorde avec la théorie des comportements interpersonnels
de Triandis [26] qui postule que le comportement passé
est un facteur prédictif d’un comportement lié
à la santé. D’autres auteurs ont trouvé
également que l’histoire comportementale permet d’expliquer
l’intention actuelle [3] ; [21]. Godin et Côté [27] rappellent que
le processus par lequel un comportement passé contrôle
un comportement futur s’effectue habituellement de façon
non consciente et est appelé habitude, certaines situations
environnementales servent à le déclencher automatiquement.
Points forts et limites de l’étude
Cette étude a les mérites d’avoir utilisé
une théorie qui a déjà prouvé sa robustesse
dans la prédiction et l’explication des comportements
liés à la santé, d’adopter une démarche
limpide pour l’élaboration de l’instrument de
mesure, d’utiliser un questionnaire vu la nature intime du
comportement à l'étude afin de laisser moins de place
aux biais. De plus, le devis corrélationnel prédictif
est approprié, car il permet d’explorer et d’expliquer
les relations entre les variables et de vérifier les modèles
théoriques [29]. Enfin, le taux de réponse dénote probablement
un intérêt marqué à la problématique
du VIH/SIDA par cette communauté. Il est également
un indicateur-clé de la neutralité du questionnaire
[30].
Cependant, la taille de l’échantillon constitue une
limite pour cette étude. De même, cette étude
peut avoir été affectée par le biais de la
désirabilité sociale, inhérent à toute
recherche incluant un volet comportemental, celle dont les questions
sont sensibles et touchent à l’intimité des
sujets [31]. Enfin, la forme recto-verso
du questionnaire a contribué à la prévalence
des valeurs manquantes et par conséquent, à la perte
de plusieurs sujets et le fait que le chercheur principal soit employé
dans l’institution pourrait avoir sa part dans la limite de
l’étude. Toutefois, nous pensons que les garanties
éthiques et les caractères d’avertis des participants
ont contribué à réduire ces facteurs.
Pistes d’interventions et de recherche
A court terme, la communication des résultats de
la présente étude aux participants et aux autorités
du KHI permettra à ces dernières de mieux orienter
les actions qu’ils poseront, face à la prévention
des IST et du VIH/SIDA. Les étudiants prendront conscience
de risques éventuels. Il est utile que les autorités
du Kigali Health Institute s’assurent que, le système
de distribution des préservatifs au sein des campus est fonctionnel.
Il est également adéquat, d’ajouter des séances
de formation dans leur cursus scolaire. A ce titre, au niveau
individuel, certaines activités de formation pourraient cibler
directement le renforcement ou le maintien de l’efficacité
personnelle.
Le Conseil national de lutte contre le SIDA sera informé
de ces résultats. Des campagnes publicitaires de masse pourraient
cibler les parents et les professionnels de la santé. Les
parents rwandais devront être sensibilisés à
l’importance de devenir des personnes ressources de leurs
enfants pour des questions de sexualité. Cette intervention
est un véritable défi à relever pour le long
terme. Ensuite, les messages pourraient signaler aux professionnels
de la santé toute l’importance de leur rôle aux
yeux des jeunes, et que l’utilisation répétée
du préservatif contribue à maintenir ce comportement.
Dès lors, ils devraient être incités à
renforcer positivement ce comportement lorsque l’occasion
se présente.
Finalement, une large diffusion des résultats, par l’entremise
de journaux locaux, est indispensable, afin de faire profiter d’autres
milieux impliqués dans l’éducation sanitaire
auprès des jeunes.
Une étude similaire à celle-ci, portant sur un échantillon
plus large est indispensable, afin de généraliser
les résultats. Également, des études d’évaluation
d’interventions basées sur des résultats de
recherche devraient être réalisées rapidement.
Enfin, il serait intéressant de mener des études avec
de plus gros échantillons et en vérifiant d’éventuelles
différences selon le genre, sachant que les jeunes filles
et les femmes sont particulièrement vulnérables à
la transmission du VIH/SIDA. Finalement, d'autres études
dont la finalité serait l’élaboration des programmes
destinés aux parents et aux futurs travailleurs de la santé
sont indispensables.
Conclusion
Bref, notons que trois construits du modèle ont été
déterminés comme facteurs de prédiction de
l’intention d’utiliser le préservatif des jeunes
rwandais scolarisés. Contrairement aux prémisses de
la TCP, deux construits indirects influencent directement l’intention
soit « l’efficacité personnelle » et «
la motivation à se conformer ». Une seule variable
externe au modèle à savoir ; « la fréquence
d’utilisation du préservatif » a été
retenue comme prédicteur de l’intention d’utiliser
le préservatif. Tel que prévoit la TCP, les variables
externes (traits de personnalité, caractéristiques
sociodémographiques, etc.) influenceraient les intentions
comportementales à travers la médiation des effets
qu’elles exercent sur les composantes du modèle [28].
Cependant, bien que l’étude ait des points forts
en regard de l’approche méthodologique adoptée,
vu la limite de la taille de l’échantillon, il semble
difficile de généraliser ces résultats. Toutefois,
étant donné que la plupart des études utilisent
plutôt des modèles KAB (Knowledge, Practice and behavior)
dans une perspective descriptive, à cause de leurs limites,
les approches alternatives semblent être indispensables et
justifiées. Ainsi, d’autres études similaires,
portant sur un échantillon plus large sont indispensables,
afin de généraliser les résultats. Les données
recueillies devraient ainsi permettre de mieux orienter la planification
des projets d’intervention spécifique à cette
clientèle. Il est judicieux donc, de mener des études
comparatives basées sur les théories de changement
de comportement, portant sur un échantillon plus large des
étudiants et d’autres jeunes non scolarisés
en milieux urbain et rural. Elle visera entre autres, à vérifier
d’éventuelles différences selon le genre étant
donné que, les jeunes filles et les femmes sont particulièrement
vulnérables à la transmission du VIH/SIDA. Finalement,
elle aura pour but l’implémentation des programmes
destinés ; soit au renforcement des capacités individuelles
des jeunes, soit aux parents et/ou aux professionnels de la santé.
[¹] Le Rwanda est
actuellement le deuxième pays au monde qui a un nombre élevé
des députées après la Suède.
[²] La prostitution est
interdite par les codes et les lois au Rwanda.
[³] Chèque,
pour désigner un partenaire fortuné (souvent plus
âgé), qui supplée les ressources financières
modiques des parents. Chic, pour traduire le (la) jeune approximativement
de même âge qu’on sort ensemble et présumé
fiancé(e). Choc, pour le collègue de classe avec qui
on collabore la plupart des fois pour les activités estudiantines
Le KHI est un institut d’enseignement supérieur
qui comprend huit départements : 1) Anesthésie, 2)
Dentisterie 3) Laboratoire, 4) Physiothérapie, 5) Radiologie,
6) Santé et environnement, 7) Santé mentale et, 8)
Sciences infirmières.
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Marc TWAGIRUMUKIZA, MD
Gand, ce 30 janvier 2008
twamarc@yahoo.fr |