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Santé Rwanda

Editorial Février 2005 par le docteur Marc Twagirumukiza

La tuberculose : Traitement Directement supervisé (TDS) : le Rwanda enregistre des succès

La tuberculose est connue au Rwanda depuis plusieurs siècles comme une affection extrêmement redoutable par sa gravité, sa contagiosité et son pronostic fatal. Malgré la création du Sanatorium national à Rwamagana en 1952, il apparut clairement que l'activité de cet établissement n'aurait qu'un impact limité sur l'ensemble de la population.

Il fallait donc un programme de lutte plus réaliste et plus compatible avec les moyens du pays. C'est ainsi qu'à partir des année 1970, le pays en collaboration avec l'OMS a lancé une série de campagnes de lutte antituberculeuse avec 3 composantes : la prévention par la vaccination au BCG, la détection des cas contagieux et leur traitement. Avec l'avènement du VIH/SIDA dans les années 80, l'incidence et la prévalence de la tuberculose sont passées à une vitesse supérieure. Ainsi pour y faire face, il a fallu mettre sur pied un Programme national intégré de lutte contre la tuberculose mais aussi la lèpre (celle-ci étant déjà contrôlée voire en voie d'élimination). Seul un Programme National Intégré, inscrit dans le cadre des soins de santé primaires, avec le soutien des autorités sanitaires devrait permettre d'aboutir à la diminution progressive de la morbidité et la mortalité causées par la tuberculose.

C'est ainsi que le Programme National Intégré de lutte contre la Lèpre et la Tuberculose (PNILT) a été crée en 1990 avec l'appui financier et technique d'une ONG Belge, la Fondation Damien de Belgique. Le Programme développa très vite sur toute l'étendue du pays. Déjà à la veille de 1994, la recherche était amorcée avec la collaboration de l'Institut de Médecine Tropicale d'Anvers. Une étude de sensibilité des Mycobactérium tuberculosis aux médicaments avait été réalisée.

Alors qu'à la veille de la tragédie de 1994 (le Rwanda a connu en 1994 le génocide et la guerre), le programme créé en 1990 était solidement implanté dans toutes les régions sanitaires du pays avec un grand nombre de fosa diagnostiquant la tuberculose, il se fit hélas que tous ces acquis furent réduits à néant et qu'il faudra donc recommencer à zéro à partir de 1995. Le nombre des centres de détection de la tuberculose n'état qu'une trentaine en 1995. Ce nombre s'accroîtra chaque année pour atteindre environ 150 en l'an 2001, c'est-à-dire 1 centre sur 2 dépiste la tuberculose.

La culture rwandaise et contagiosité de la Tuberculose

Souvent la tuberculose se transmet à travers différents canaux et essentiellement par l'usage des mêmes ustensiles de table surtout le gobelet mais aussi les chalumeaux. Faut-il mentionner que la population rwandaise a l'habitude d'utiliser le chalumeau en buvant de la bière traditionnelle dans des cruches ou calebasses ? Cette pratique est ancrée dans la tradition de la société rwandaise à telle enseigne que, même en ville, une multitude de personnes peut utiliser un même chalumeau lors des cérémonies de convivialité, de mariage, de fête familiale ou communautaire.
Selon M. Jean Damascène Misago, infirmier au service de la médecine interne de l'hôpital de Kabutare, cela constitue une voie de contamination très sûre. Aussi, indique-t-il, lors d'une causerie une personne infectée peut transmettre facilement les BK (Bacille de Kock) à son interlocuteur, par sa salive. Encore, d'après les indications de l'infirmier, étant donné que les vaches souffrent aussi de cette maladie, il est facile de l'attraper en consommant le lait non bouilli jusqu'à un certain degré pour éliminer les microbes.

Le VIH / SIDA et la tuberculose

Pour ne citer que cela, à l'Hôpital de Kibuye, la quasi-totalité des malades atteints de la tuberculose sont séropositifs, porteurs du virus du VIH/SIDA. Le premier trimestre de 2004, le district de Santé Kibuye a identifié 33 malades de la tuberculose pulmonaire, au deuxième trimestre 27 et enfin au troisième 34. Le Ministre de la Santé fait savoir que le risque annuel d'infection de la tuberculose au Rwanda est actuellement estimé à 1,8%. Ceci vient dire que l'incidence annuelle de la tuberculose pulmonaire à microscopie positive pure une population rwandaise allant à 8 millions d'habitants devrait être de 7200 cas au moins, soit 14.400 nouveaux cas de tuberculose.

Une prise en charge nutritionnelle pour les tuberculeux sous traitement.La plupart des personnes ayant contracté la tuberculose dans la province de Kibuye par exemple, sont hautement suivies par les médecins en étroite collaboration avec le Programme National Intégré de Lutte contre la Lèpre et la Tuberculose (PNILT).

Les malades reçoivent gratuitement les médicaments, mais ils ne reçoivent pas le régime alimentaire riche en protéines pour leur guérison rapide et certaine, a remarqué M. Anastase Byabarabandi, Superviseur Polyvalent an sein du District de Santé Kibuye. En effet, parmi les principales causes d'être de la tuberculose chez un malade, les conditions hygiéniques précaires et un régime alimentaire pauvre en substance riche en protéines et autres éléments spécifiques à la santé, viennent au premier rang. Ce serait inutile de traiter une telle complication pathologique tant que les causes de celle-ci demeurent, a observé M. John Ruhirimbura, titulaire du Centre de Santé Nyange (province de Kibuye).

A titre d’exemple dans cette province de Kibuye, le régime alimentaire qui est prescrit aux malades se compose souvent de :
- Bouillie de « Sosoma » (mélange de farine fait de Sorgho – Soja – Maïs)
- Lait de vache
- Légumes verts
- Œufs à la Coque (Cuits dans de l'eau bouillante)
Seulement la prescription ne garantie pas la disponibilité de ces éléments !!!

Le traitement de la tuberculose est gratuit pour tout malade tuberculeux. Il repose sur la polychimiothérapie. Celle-ci est le principal moyen de prévenir dissémination des bacilles tuberculeux à partir de leur source unique à savoir le malade tuberculeux. Les conditions de cette polychimiothérapie correcte sont : une association appropriée et standardisée de médicaments antituberculeux pour éviter l'apparition d'une résistance à ces médicaments, la prescription de ces médicaments à des doses adéquates et pour une durée suffisante et leur prise régulière et supervisé.

Les schémas de traitement recommandés par l'OMS sont standardisés. Ils consistent en des médicaments de première ligne administrée dans 2 phases : pendant la phase initiale, la plupart des bacilles sont éliminés et la majorité des cas de tuberculose pulmonaire à microscopie positive devient frottis négatifs, donc non contagieux. La deuxième phase de traitement, la phase d'entretien, qui est d'une durée plus longue, doit éliminer les bacilles persistants ou dormants.
La prise de ces médicaments doit être effectuée sous supervision directe des médecins et/ou des infirmiers. En effet, le traitement directement supervisé (TDS) a un avantage incontestable, souligne M.Anastase Byabarabandi. " Le TDS augmente l'adhérence aux médicaments antituberculeux, assure la prise correcte des médicaments à la dose correcte et pour une période déterminée. Ainsi le TDS peut augmenter le taux d'adhérence et de guérison, et diminuer le risque d'acquérir une résistance aux médicaments ".

Cette règle d'or a été adoptée pour prévenir les complications qui surgiraient chez les malades sous traitement des antituberculeux. Dans la plupart des cas, un des problèmes dans la lutte contre la tuberculose est la semence des abandons. Beaucoup de malades sous traitement antituberculeux éprouvent une amélioration rapide et ne comprennent pas le besoin de continuer le traitement. Pourtant, la meilleure garantie de succès est la régularité du malade au traitement jusqu'à la fin. En plus, les abandons qui restent ou redeviennent frottis positifs sont une source de contamination pour la population.Comme la récupération des abandons est parfois laborieuse, il faut bien noter (médecin ou infirmier) les adresses du patient sur le formulaire de demande d'analyse des crachats, les registres de laboratoire des cas.Depuis 1990 au Rwanda, une stratégie efficace de lutte contre la tuberculose existe. Cette stratégie est nommée Directly Observed Treatment Short Course (DOTS). Grâce à elle, le Rwanda peut guérir plus de 95% des cas de tuberculose. C'est cette stratégie que le pays a adoptée depuis la création du Programme National Intégré de lutte contre la Lèvre et la Tuberculose en 1990.

Ce texte s’est inspiré du reportage des plusieurs journalistes du journal « La nouvelle Relève » dont Safari Byuma, Arnaud Nkusi, Didier Semanyenzi, Steven Boshya Mutangana, Jean-Claude Rubingisa, André Mashema et Blaise Gahizi.

Butare, ce 5 février 2005
par Dr TWAGIRUMUKIZA Marc
twamarc@yahoo.fr

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