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La tuberculose :
Traitement Directement supervisé (TDS) : le Rwanda enregistre
des succès
La tuberculose est connue au Rwanda depuis plusieurs siècles
comme une affection extrêmement redoutable par sa gravité,
sa contagiosité et son pronostic fatal. Malgré la
création du Sanatorium national à Rwamagana en 1952,
il apparut clairement que l'activité de cet établissement
n'aurait qu'un impact limité sur l'ensemble de la population.
Il fallait donc un programme de lutte plus réaliste et plus
compatible avec les moyens du pays. C'est ainsi qu'à partir
des année 1970, le pays en collaboration avec l'OMS a lancé
une série de campagnes de lutte antituberculeuse avec 3 composantes
: la prévention par la vaccination au BCG, la détection
des cas contagieux et leur traitement. Avec l'avènement du
VIH/SIDA dans les années 80, l'incidence et la prévalence
de la tuberculose sont passées à une vitesse supérieure.
Ainsi pour y faire face, il a fallu mettre sur pied un Programme
national intégré de lutte contre la tuberculose mais
aussi la lèpre (celle-ci étant déjà
contrôlée voire en voie d'élimination). Seul
un Programme National Intégré, inscrit dans le cadre
des soins de santé primaires, avec le soutien des autorités
sanitaires devrait permettre d'aboutir à la diminution progressive
de la morbidité et la mortalité causées par
la tuberculose.
C'est ainsi que le Programme National Intégré de
lutte contre la Lèpre et la Tuberculose (PNILT) a été
crée en 1990 avec l'appui financier et technique d'une ONG
Belge, la Fondation Damien de Belgique. Le Programme développa
très vite sur toute l'étendue du pays. Déjà
à la veille de 1994, la recherche était amorcée
avec la collaboration de l'Institut de Médecine Tropicale
d'Anvers. Une étude de sensibilité des Mycobactérium
tuberculosis aux médicaments avait été réalisée.
Alors qu'à la veille de la tragédie de 1994 (le Rwanda
a connu en 1994 le génocide et la guerre), le programme créé
en 1990 était solidement implanté dans toutes les
régions sanitaires du pays avec un grand nombre de fosa diagnostiquant
la tuberculose, il se fit hélas que tous ces acquis furent
réduits à néant et qu'il faudra donc recommencer
à zéro à partir de 1995. Le nombre des centres
de détection de la tuberculose n'état qu'une trentaine
en 1995. Ce nombre s'accroîtra chaque année pour atteindre
environ 150 en l'an 2001, c'est-à-dire 1 centre sur 2 dépiste
la tuberculose.
La culture rwandaise et contagiosité de la
Tuberculose
Souvent la tuberculose se transmet à travers différents
canaux et essentiellement par l'usage des mêmes ustensiles
de table surtout le gobelet mais aussi les chalumeaux. Faut-il mentionner
que la population rwandaise a l'habitude d'utiliser le chalumeau
en buvant de la bière traditionnelle dans des cruches ou
calebasses ? Cette pratique est ancrée dans la tradition
de la société rwandaise à telle enseigne que,
même en ville, une multitude de personnes peut utiliser un
même chalumeau lors des cérémonies de convivialité,
de mariage, de fête familiale ou communautaire.
Selon M. Jean Damascène Misago, infirmier au service de la
médecine interne de l'hôpital de Kabutare, cela constitue
une voie de contamination très sûre. Aussi, indique-t-il,
lors d'une causerie une personne infectée peut transmettre
facilement les BK (Bacille de Kock) à son interlocuteur,
par sa salive. Encore, d'après les indications de l'infirmier,
étant donné que les vaches souffrent aussi de cette
maladie, il est facile de l'attraper en consommant le lait non bouilli
jusqu'à un certain degré pour éliminer les
microbes.
Le VIH / SIDA et la tuberculose
Pour ne citer que cela, à l'Hôpital de Kibuye, la
quasi-totalité des malades atteints de la tuberculose sont
séropositifs, porteurs du virus du VIH/SIDA. Le premier trimestre
de 2004, le district de Santé Kibuye a identifié 33
malades de la tuberculose pulmonaire, au deuxième trimestre
27 et enfin au troisième 34. Le Ministre de la Santé
fait savoir que le risque annuel d'infection de la tuberculose au
Rwanda est actuellement estimé à 1,8%. Ceci vient
dire que l'incidence annuelle de la tuberculose pulmonaire à
microscopie positive pure une population rwandaise allant à
8 millions d'habitants devrait être de 7200 cas au moins,
soit 14.400 nouveaux cas de tuberculose.
Une prise en charge nutritionnelle pour les tuberculeux sous traitement.La
plupart des personnes ayant contracté la tuberculose dans
la province de Kibuye par exemple, sont hautement suivies par les
médecins en étroite collaboration avec le Programme
National Intégré de Lutte contre la Lèpre et
la Tuberculose (PNILT).
Les malades reçoivent gratuitement les médicaments,
mais ils ne reçoivent pas le régime alimentaire riche
en protéines pour leur guérison rapide et certaine,
a remarqué M. Anastase Byabarabandi, Superviseur Polyvalent
an sein du District de Santé Kibuye. En effet, parmi les
principales causes d'être de la tuberculose chez un malade,
les conditions hygiéniques précaires et un régime
alimentaire pauvre en substance riche en protéines et autres
éléments spécifiques à la santé,
viennent au premier rang. Ce serait inutile de traiter une telle
complication pathologique tant que les causes de celle-ci demeurent,
a observé M. John Ruhirimbura, titulaire du Centre de Santé
Nyange (province de Kibuye).
A titre d’exemple dans cette province de Kibuye, le régime
alimentaire qui est prescrit aux malades se compose souvent de :
- Bouillie de « Sosoma » (mélange de
farine fait de Sorgho – Soja – Maïs)
- Lait de vache
- Légumes verts
- Œufs à la Coque (Cuits dans de l'eau bouillante)
Seulement la prescription ne garantie pas la disponibilité
de ces éléments !!!
Le traitement de la tuberculose est gratuit pour tout malade tuberculeux.
Il repose sur la polychimiothérapie. Celle-ci est le principal
moyen de prévenir dissémination des bacilles tuberculeux
à partir de leur source unique à savoir le malade
tuberculeux. Les conditions de cette polychimiothérapie correcte
sont : une association appropriée et standardisée
de médicaments antituberculeux pour éviter l'apparition
d'une résistance à ces médicaments, la prescription
de ces médicaments à des doses adéquates et
pour une durée suffisante et leur prise régulière
et supervisé.
Les schémas de traitement recommandés par l'OMS sont
standardisés. Ils consistent en des médicaments de
première ligne administrée dans 2 phases : pendant
la phase initiale, la plupart des bacilles sont éliminés
et la majorité des cas de tuberculose pulmonaire à
microscopie positive devient frottis négatifs, donc non contagieux.
La deuxième phase de traitement, la phase d'entretien, qui
est d'une durée plus longue, doit éliminer les bacilles
persistants ou dormants.
La prise de ces médicaments doit être effectuée
sous supervision directe des médecins et/ou des infirmiers.
En effet, le traitement directement supervisé (TDS) a un
avantage incontestable, souligne M.Anastase Byabarabandi. "
Le TDS augmente l'adhérence aux médicaments antituberculeux,
assure la prise correcte des médicaments à la dose
correcte et pour une période déterminée. Ainsi
le TDS peut augmenter le taux d'adhérence et de guérison,
et diminuer le risque d'acquérir une résistance aux
médicaments ".
Cette règle d'or a été adoptée pour
prévenir les complications qui surgiraient chez les malades
sous traitement des antituberculeux. Dans la plupart des cas, un
des problèmes dans la lutte contre la tuberculose est la
semence des abandons. Beaucoup de malades sous traitement antituberculeux
éprouvent une amélioration rapide et ne comprennent
pas le besoin de continuer le traitement. Pourtant, la meilleure
garantie de succès est la régularité du malade
au traitement jusqu'à la fin. En plus, les abandons qui restent
ou redeviennent frottis positifs sont une source de contamination
pour la population.Comme la récupération des abandons
est parfois laborieuse, il faut bien noter (médecin ou infirmier)
les adresses du patient sur le formulaire de demande d'analyse des
crachats, les registres de laboratoire des cas.Depuis 1990 au Rwanda,
une stratégie efficace de lutte contre la tuberculose existe.
Cette stratégie est nommée Directly Observed Treatment
Short Course (DOTS). Grâce à elle, le Rwanda peut guérir
plus de 95% des cas de tuberculose. C'est cette stratégie
que le pays a adoptée depuis la création du Programme
National Intégré de lutte contre la Lèvre et
la Tuberculose en 1990.
Ce texte s’est inspiré du reportage des plusieurs
journalistes du journal « La nouvelle Relève »
dont Safari Byuma, Arnaud Nkusi, Didier Semanyenzi, Steven Boshya
Mutangana, Jean-Claude Rubingisa, André Mashema et Blaise
Gahizi.
Butare, ce 5 février 2005
par Dr TWAGIRUMUKIZA Marc
twamarc@yahoo.fr |