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Santé Rwanda

Editorial Février 2006

Texte de Sophie TAÏEB ; Dpt d'Imagerie ; Centre Oscar Lambret ; 3, rue F.Combemale ; 59000 LILLE - FRANCE ; Tel: 03 20 29 55 27
Reçu le 17 février 2005 ; mis en ligne par Dr Marc TWAGIRUMUKIZA

Evidence-based medicine et choix du patient

Introduction
La question du choix du patient face aux alternatives thérapeutiques se situe clairement dans le domaine de la “décision médicale”. Qui va décider ? D’après quelle logique ? Sur quels arguments ? Sauf s’il prend plusieurs avis, le patient ne se met pas lui-même devant des choix thérapeutiques.

Le choix du patient, c’est avant tout le choix du médecin. Bien sûr, le patient peut choisir les médecins qui le prendront en charge, l’institution, le “circuit”. Mais le patient n’a pas choisi sa maladie et il ne choisit pas non plus l’attitude de son médecin confronté aux incertitudes de sa pratique.
C’est du fait du médecin que le patient sera ou non confronté à une alternative thérapeutique. Mais ce qui détermine l’attitude du médecin est peut-être plus lié à l’habitude qu’à une volonté consciente et réfléchie.
Le dilemme est en tous cas ancien. Il y a d’un côté le désir du médecin de protéger le patient d’informations jugées insoutenables et de choix “ impossibles” et de l’autre coté le désir légitime du patient d'obtenir des informations précises et de participer éventuellement à des décisions qui le concernent personnellement.
Ces difficultés non spécifiques sont particulièrement aiguës dans le domaine de la cancérologie des tumeurs solides de l’adulte. Les traitements sont souvent irréversibles, lourds de conséquences et de contraintes par rapport à des bénéfices réels mais limités.

Evidence-based medecine & standards
L'evidence-based medicine (EBM) est présentée par ses promoteurs comme un changement de paradigme selon le sens qui a été donné à ce mot par T.Khun (1). Ce concept apparaît en 1992 dans un article du JAMA (2). Les auteurs proposaient la formalisation d’un nouveau mode d’enseignement de la médecine reléguant au second plan “ la bonne pratique ” fondée sur l'acquisition d'un savoir basé sur l'expérience clinique non systématisée et la rationalité physiopathologique au profit de “ l'évidence venue de la recherche clinique ”.
Le terme anglais evidence-based medicine a été traduit de multiples façons: médecine basée sur les faits, médecine factuelle, médecine basée sur les preuves, médecine basée sur le niveau de preuve…Nous avons préféré dans ce texte garder le terme anglais d’une part parce que c’est celui utilisé dans la littérature anglo-saxonne, d’autre part la traduction française ne nous donne pas satisfaction et nous y reviendrons plus loin.

La prise de décision médicale
Selon l'ancien paradigme, la résolution d'un problème clinique et la prise de décision afférente sont basées sur la propre expérience des cliniciens, leurs connaissances biologiques, la consultation d'un document de référence ou d'un expert. Pour D.Sackett et al. le changement de paradigme est lié (et imposé) par l'apparition dans les années 60 de l'essai randomisé, puis de la méta-analyse. (2)
Pratiquement :

1) Si l'expérience clinique est une part cruciale de la compétence médicale, de nombreux aspects de la pratique médicale ne peuvent pas ou ne seront jamais testés rigoureusement. L'expérience clinique doit donc se baser sur une analyse systématique des observations cliniques, de manière reproductible et non biaisée, en évitant toute interprétation intuitive de l'information. Ainsi, la confiance que l'on peut accorder aux estimations du pronostic, des tests diagnostiques et du traitement a une plus grande valeur. L'étude et la compréhension des mécanismes intimes des maladies sont nécessaires, mais insuffisantes, pour guider la pratique. La rationalité issue de principes physiopathologiques peut se révéler incorrecte.

2) Le clinicien doit donc consulter régulièrement la littérature originale pour résoudre ses problèmes cliniques et offrir une prise en charge optimale. La compréhension des règles méthodologiques permettant l'évaluation des niveaux de preuves (tableau 1) est indispensable pour interpréter correctement la littérature sur la causalité, le pronostic, les tests diagnostiques et la stratégie thérapeutique. Il faut savoir retrouver et sélectionner les articles importants. L'ampleur de la tâche: 10 000 périodiques médicaux, 2 millions d'articles biomédicaux par an, il faudrait lire 17 articles par jour, 365 jours par an (3) n’est clairement pas à la portée du médecin praticien. La collaboration Cochrane édite des bases de données spécifiques (the Cochrane library). Ces périodiques sélectionnent et résument les informations essentielles pour la pratique clinique.

3) Dans l’optique de l’EBM les 2 premiers cercles ne sont en aucun cas suffisants pour permettre une prise de décision. La discussion sur les préférences du patients font partie intégrante du processus.

Tableau 1 : Les niveaux de preuves
Quatre niveaux de preuve
Niveau A : Grands essais randomisés, effectifs suffisants, résultats indiscutables
Niveau B : Essais contrôlés, non randomisés, petits effectifs, résultats discutables
Niveau C : Essais ouverts, non randomisés, existence de biais méthodologiques
Niveau D : Etudes retrospectives, Etudes cas temoin

Un modèle visuel assez simple et pragmatique résume cela (Figure 1). Il concrétise bien la symbiose entre l'expérience du médecin, les données de la recherche, et les préférences du patient.


Figure 1 : modèle de l'evidence based medicine

Devant un problème, il faut donc :

  • Formuler clairement le problème à résoudre pour un patient donné.
  • Réaliser une revue des données de la littérature.
  • Apprécier la validité et l'applicabilité des conclusions pratiques des articles.
  • En déduire la conduite à tenir pour une prise en charge personnalisée de chaque patient.
  • Evaluer les conséquences afin d'améliorer son expérience clinique.

Il s'agit donc d'une réflexion sur la formalisation de la décision médicale engagée par des cliniciens thérapeutes dont le but premier était de faire évoluer l'apprentissage de la médecine. L'intérêt consiste également en une tentative de rationalisation de l'acte médical où le patient est présumé autonome et capable de prendre les décisions le concernant.

Les critiques
Dés 1996, dans un ouvrage rédigé sous la direction des doyens P.Even et B.Guiraud-Chaumeil (4), les réserves concernant l’EBM s’exprimaient ainsi: “ Au nom de ce que la médecine est un art autant qu’une science, les principes même de l’experience-based medicine, présentée comme un paradigme dominant, sont énergiquement combattus. ” Les auteurs reprochaient à l’EBM “ la prétendue supériorité d’une connaissance factuelle, statistique, impersonnelle et soi disant objective sur les connaissances acquises ” et lui préféraient pour “ répondre à des situations cliniques différentes : l’intuition, l’expérience individuelle, les rationnels physiopathologiques et le qualité du raisonnement clinique. ”
Naylor (5) rappelait l’existence de “ Grey zones ”, c’est à dire les très nombreux domaines de l’activité clinique pour lesquels les études et les données scientifiques n’existent pas ou ne sont pas représentatives des patients auxquelles elles prétendent s’appliquer. De plus les problèmes à résoudre en médecine sont généralement complexes, souvent inscrits dans un cadre polypathologique où se mêlent les dimensions sanitaires, sociales, et familiales.
Enfin Meynard en 1999 (6) expliquait, en opposant l'éthique individuelle de l'EBM à la nécessaire réflexion sur la répartition des ressources, en quoi l'EBM était insuffisante pour rationaliser la décision médicale. L'illustration était la suivante: si un traitement A vaut 1000 francs et permet un gain de 5 ans en survie (de bonne qualité) il en coûte à la collectivité 200 francs par années de vie gagnée. Pour cette même pathologie un traitement B, coût 7000 francs permet un gain de survie de 10 ans soit 700 francs par années de vie gagnée. L'EBM choisira le traitement B. Or, au plan économique le traitement A présente un rapport coût / efficacité supérieur.

Application a la pratique médicale
Les problèmes liés à cette mauvaise compréhension de l’EBM faisait qu'en 1996 Sackett et al. ont publié “ Evidence based medicine: what it is and what it isn't ”. Dans ce papier ils redéfinissaient l’EBM de la manière suivante : l'EBM est l'utilisation consciencieuse, explicite et judicieuse de la meilleure “ évidence ” du moment, pour une prise en charge personnalisée de chaque patient (7).
Durieux en 1998 dans un papier intitulé “ EBM : une médecine normalisée ou la promotion de l’esprit critique (8)” précisait le rôle de l’EBM dans un but d’aide à la décision et insistait sur la nécessité d’en connaître les limites si ce concept était utilisé dans un but de contrôle des coûts de la santé.

A notre sens les risques de dévoiement de l’idée initiale des promoteurs sont liés à la survalorisation de l’apport de la méthodologie des statistiques due (entre autre) à l’absence d’apprentissage du raisonnement probabiliste en médecine, et à la prééminence de la recommandation, poussée par les difficultés économiques du secteur santé, sur le libre arbitre du praticien. Cela génère deux types de problèmes : d’une part les réticences de ceux qui ne voient dans l’EBM qu’un moyen de rationnement des soins basés sur la preuve avec le risque de retard dans l’application de nouveaux traitements en l’absence de preuves et d’autre part le risque d’une application instrumentale de ce concept comme “ outil à produire du standard et à réguler les coûts” en oubliant la nature probabiliste du savoir médical et la discussion sur les préférences des patients avant la prise de décision.

La connaissance de la méthodologie statistique est un préalable majeur à l'utilisation de l'EBM en pratique courante. Le test statistique qui peut aider le médecin à estimer l'intérêt d'un traitement ou d'un examen diagnostique ne saurait tenir lieu ni de démonstration, ni de preuve. Il s’agit d’une approche purement “ probabiliste ”. Les méthodes statistiques dont nous nous servons sont fondées sur une confrontation entre les faits tels qu’ils sont observés et une réalité qui est hors d’atteinte. Les valeurs de sensibilité et de spécificité présentent dans toutes les études évaluant les tests diagnostiques ne concernent que la population étudiée et la prévalence de la pathologie dans cette population. L'extrapolation à une population générale reste difficile. Un essai randomisé qui évalue un pronostic, la valeur d'un traitement, ou la valeur d'un test diagnostique n'apporte pas de certitude. Il apporte des éléments à 2 niveaux différents : au niveau du groupe, il ne peut pas conclure "ce traitement est bénéfique", mais "ce traitement a tel effet thérapeutique et tel effet secondaire indésirable dans tel pourcentage de cas (situé dans tel intervalle de confiance) et dans cette population étudiée" ; et au niveau de l’individu on ne peut en déduire que ce traitement est bénéfique dans l’absolu, il peut ne pas l’être, on peut juste estimer une probabilité de bénéfice.
De plus, il évalue une intervention médicale et non un patient particulier souvent porteur d'une polypathologie et qui à ce titre n'aurait jamais été inclus dans un essai clinique. Or, il s'agit bien de traiter CE patient particulier.

Une des applications de l'EBM est constitué par les recommandations de pratique clinique (RPC). Le risque serait de faire de la méthode statistique et de la méta-analyse un instrument de preuve indiscutable (pour toute situation ayant fait l'objet d'une étude rigoureuse) qui permettrait une standardisation des traitements: type de traitement, efficacité attendue et coût, entraînant une application coercitive des RPC dans un but de contrôle des coûts de la santé. Or, non seulement des pans entiers de la pratique médicale n'ont pas fait (et ne feront pas) l'objet de telles études, des faits prouvés peuvent se révéler inapplicables en pratique, mais aussi si la littérature renseigne sur des faits positifs, elle n'informe quasiment jamais des résultats négatifs. Il s'agit, en fait, d'une confusion entre l'objectif (une pratique médicale basée sur des faits prouvés) et la méthode (l'essai contrôlé). Un éditorial de la revue Prescrire en février 1999 disait : "Afin d'étayer leurs décisions quotidiennes, les professionnels de santé ont besoin de recommandations claires, synthétiques, adaptées à leur pratique." Nous sommes complètement d’accord sur le fond, le médecin a besoin de "recommandations claires et synthétiques", ces synthèses sont nécessaires. La pratique de l'EBM montre qu’elles ne sont en aucun cas suffisantes. D'un point de vue pragmatique, la diffusion de règles, de standards, de guides de bonne pratique, si elle est une aide à la prise en charge du patient ne saurait suffire.

Standards & recommandations
David Eddy (9-11) nous a expliqué, il y a plus de dix ans, que la décision médicale reposait sur l’addition de faits et de préférences. Définir une pratique dépend d’un coté de ce que nous savons des conséquences du traitement (les faits) et de l’autre des préférences (valeurs) des individus par rapport au traitement. Deux mots sont importants: incertitude et variabilité, ils permettent de définir le degré de flexibilité. En effet, la flexibilité d’une règle dépend de la connaissance que nous avons des conséquences et des préférences d’une attitude thérapeutique. Lorsque les conséquences (positives et négatives) sont connues et que les préférences (des patients) sont connues et unanimes, il n’y a aucune difficulté, le traitement est un standard. D’un coté, on sait exactement ce que l’on fait, et de l’autre, tous les patients dans la même situation choisissent la même chose. Le standard d’Eddy est une règle quasiment inflexible à laquelle il est difficile de déroger, mais évidemment, il y a peu de standards. Dans les cas où les conséquences importantes du traitement sont connues et les préférences connues, majoritaires mais non unanimes, la pratique est une recommandation. Les autres situations sont des options. Si les conséquences du traitement ne sont pas connues, les décisions sont de toutes façons arbitraires, on ne peut pas expliquer au patient le pour et le contre, juste lui expliquer que l’on ne sait pas. Dans le cas où les préférences sont indifférentes, il n’est pas besoin d’expliquer, cela n’a pas d’importance. Si les conséquences sont connues, mais les préférences inconnues ou variables, il est indispensable d’expliquer au patient les conséquences des différentes options thérapeutiques pour tenir compte de ses préférences.

Cette définition du standard en médecine, tenant compte à la fois des données scientifiques et des préférences des patients, n’a jamais été réellement retenue comme telle. La FNCLCC, qui travaille depuis 1995 à l’édition de la collection “ STANDARDS, OPTIONS, RECOMMANDATIONS ” touchant à différents pans de la cancérologie donne comme définition pour “ un standard ” : “ méthodes pour lesquelles les résultats sont connus et qui sont considérées comme bénéfiques, inappropriées ou nuisibles, à l’unanimité. Ils sont l’équivalent d’indications ou contre indications absolues ”. Il s’agit bien sur de l’unanimité des médecins.
Une lecture littérale de cette définition tend à faire admettre que dans une situation pathologique donnée, ne pas suivre le standard équivaut à une faute. Or la pratique quotidienne montre que dans nombre de cas il n’en est rien : il ne serait pas éthique pour un médecin de croire que son objectif est de suivre le standard en faisant abstraction du patient qui est devant lui (12). Si un standard devient une obligation ou si une règle de bonne conduite est progressivement perçue comme un impératif, le médecin, en toute bonne foi, risque de croire que son objectif est désormais de respecter la règle et ainsi d'oublier le troisième cercle de l'EBM: le patient. La question est de savoir s’il est réaliste de tirer des conclusions fortes à partir de la littérature sans tenir compte de l’avis des patients.


Choix du patient
La réflexion sur le rôle du patient dans la prise de décision médicale est récente, et pose le problème d’un changement majeur de la pratique médicale. Ce changement repose sur 2 notions : l’information et la participation. (13-16).

Concernant la pratique médicale devant ces notions d’information et de participation des patients, E.Emanuel (17) après avoir écarté un modèle instrumental (il n’est pas pensable d'imaginer qu’un patient puisse avoir besoin d’informations ou exprime des préférences puisque le médecin sait et décide seul ce qui est bon pour le patient et la société) distinguait plusieurs modes de comportements des médecins :

  • Le modèle paternaliste présume d'une part qu'il existe des critères objectifs qui permettent de définir ce qui est le mieux pour le patient, et, d’autre part, que les préférences sont partagées entre le médecin et le patient. Il n’y a pas de problème de choix, puisque le patient pense comme le médecin : “Docteur faites comme pour vous ! ”.
  • L’autre extrême est le modèle informatif : Il présume que les faits et les préférences sont bien séparées. Le patient connaît ses valeurs, et il est bien le seul, il ne lui manque que les faits pour choisir. Le médecin donne les faits au patient, celui-ci détermine tout seul ce qui est le mieux pour lui. Dans ces deux modèles, il n’y a pas de discussion entre le patient et le médecin.
  • Le troisième modèle est délibératif, en plus de l’information et de l’élucidation des préférences, on trouve ici une discussion des valeurs entre médecin et patient pour l'aider à choisir. Il s’agit bien sûr d’une discussion non pas des valeurs en général, mais des valeurs relatives à la santé. Par exemple, la participation à une étude clinique comporte un certain altruisme qui serait dans ce modèle encouragé par le médecin.

Il paraît important d’évaluer son propre mode de fonctionnement qui n’est pas exclusif : il variera en fonction des patients, des situations cliniques, des alternatives thérapeutiques.

Information des patients

Aspects légaux
La loi française est claire. Face au médecin qui se situe dans une obligation de moyens, le consentement du malade est indispensable pour conclure le contrat médical (article 1108 du code civil). La jurisprudence exige un consentement “libre, éclairé et conscient”. Le consentement doit être éclairé par une “information simple, approximative, intelligible et loyale” (cour de cassation, chambre civile, 21/02/1961). Rappelons qu’en droit français, tout individu adulte est présumé disposer de la plénitude de ses capacités intellectuelles et juridiques. L’article 34 du code de déontologie précise “le médecin doit à la personne qu’il examine, qu’il soigne ou qu’il conseille, une information loyale, claire, et appropriée sur son état, les investigations et les soins qu’il lui propose. L’obligation d’information n’est pas nouvelle, le changement récent tient au renversement de la charge de la preuve de l’information. Depuis l’arrêt Hédreul (25-2-1997) “le médecin est tenu d’une obligation particulière d’information vis à vis de son patient et il lui incombe de prouver qu’il a exécuté cette obligation”. La loi du 4 mars 2002 relative aux droits des patients renforce encore ce devoir d’information avec le droit au libre accès au dossier médical.
Le rapport de l’ANAES sur l’information des patients dissocie une conception défensive de l’information dans le but de se prémunir contre un procès d’une conception positive dans le but de mettre le patient en situation de comprendre ce qui lui est proposé (18).

Aspects pratiques
Outre-Atlantique, les questionnaires ont depuis longtemps mis en évidence le besoin d’information des patients (13-15). La demande du patient est cruciale : il paraît tout aussi anormal de ne pas apporter d’informations à un patient qui en demande que d’en apporter à un patient qui n’en demande pas.
En cancérologie la plainte la plus fréquente des patients concerne l’insuffisance de communication et d’information. Les patients s’estiment peu ou mal informés (19) pourtant à chaque stade de la maladie, la communication est perçue comme un élément important de la prise en charge (20). Les médecins sous-estiment régulièrement les souhaits d’information des patients (13, 21). Les études plus récentes et dans d’autres pays confirment la demande générale d’information. Sowden en 2001 (22) montrait que 87% de 2000 patients atteints d’une lésion néoplasique souhaitait obtenir toutes les informations concernant leur pathologie.

La question du type information et des modalités de délivrance de cette information se précisent. Le plan cancer formalise une consultation d’annonce qui a pour but :

  • D’informer le patient sur la maladie dont il est porteur, les différentes alternatives diagnostiques et thérapeutiques qui lui sont proposées, les risques thérapeutiques que ces traitements comportent, les éléments du pronostic ;
  • De permettre un dialogue autour de cette annonce, tout en respectant le poids de celle-ci et les émotions qu’elle peut susciter ;
  • De permettre au patient compte tenu des informations et des préconisations qui lui sont fournies, dont l’accès au dossier médical de prendre les décisions concernant sa santé, y compris avec un délai de réflexion et après consultation d’un 2ème avis s’il le souhaite ;
  • D’expliquer le déroulement dans le temps des différents traitements.

Cette consultation intervient après le temps de concertation multidisciplinaire, qui apporte au patient la garantie que la stratégie qui va lui être proposée a été choisie entre plusieurs professionnels acteurs du diagnostic voire du traitement.
L’information qui est peut-être une fin en soi pour des raisons morales ou bien légales, n’est pas forcément une fin en soi du point de vue médical. Le but du médecin, pour soigner, n’étant pas de donner la Vérité et toute la Vérité, mais d’assurer une information suffisante pour la discussion et la décision. Si le but du médecin est d’élaborer avec le patient un plan de prise en charge, l’information n’est que le moyen de permettre une participation active.

Participation des patients

La demande des patients
L’information est une chose, la participation en est une autre. On ne peut participer aux décisions sans être informé, mais on peut souhaiter être informé sans participer aux décisions. Le souhait de participation aux décisions est souvent clairement exprimé, mais les chiffres annoncés sont variables. Au Canada, 44% de 1012 femmes atteintes de cancer du sein souhaitent prendre la décision avec le médecin, 22% préfèrent choisir leur traitement elles-mêmes et 34% préfèrent laisser cette responsabilité au médecin (23). Il y a dix ans, nous avions respectivement parmi 72 nouvelles patientes dans la même situation: 67%, 14% et 19% (21). Dans l’étude canadienne seulement 42% des patientes estimaient avoir eu le degré de participation qu’elles souhaitaient. Cinquante neuf pour cent de nos patientes estimaient que les décisions sont prises ensemble, médecin et patient. Souvent, la demande de participation est liée à l’âge (15, 21, 23). La grande majorité des patientes sont satisfaites de leur implication dans le choix thérapeutique (24) et ne paraissent pas plus traumatisées que les autres lorsqu’elles sont interrogées à distance de leur décision (25).
Globalement, le besoin de participation apparaît donc variable selon les études et les patients, et variable aussi dans le temps et selon le stade de la maladie. En Australie, les patients dont la condition s’est dégradée souhaitent moins s’impliquer dans leurs décisions qu’au début de la maladie (26).

Les obstacles à la participation
Le médecin idéal aurait toutes les informations relatives au problème posé par le patient, il les traduirait en langage commun à un patient idéal qui comprendrait les conséquences du traitement et prendrait la décision qui le concerne en toute connaissance de cause. Mais nous savons bien qu’il existe de multiples obstacles, liés au médecin, liés à la médecine, liés au patient.
En 1980, Brody a résumé les obstacles classiques à la participation du point de vue du médecin (27). Les patients peuvent manquer de maturité et de capacités intellectuelles. Il peut exister des barrières psychologiques à la perception de l’information. Donner cette information prend du temps et génère un coût. Le médecin peut penser que l’information et le choix sont anxiogènes et inutiles. Un reproche fréquemment entendu aussi est que le patient qui décide de son traitement se sentira personnellement responsable de son échec en cas de récidive. Un article plus récent (28) fait état des “ mythes ”, partagés entre professionnels et non professionnels, qui rendent ces obstacles à la participation peu surmontables, et ôtent ainsi toutes capacités aux patients à la moindre autonomie concernant leur propre santé :

  • Confondre la capacité de décision et la compétence
  • Penser que si l’avis des patients diffère de celui des médecins la participation des patients est impossible.
  • Penser que la participation des patients répond à une loi du tout ou rien.
  • Penser qu’un affaiblissement des fonctions cognitives empêche la participation.
  • Penser que la participation est une condition permanente quelque soit le stade de la maladie.

Comme si il était admis que le droit des patients à participer aux décisions qui les concernent ne puisse s’exercer que dans un cadre limité par le médecin, et sans évaluer précisément et sans parti-pris la propre capacité des patients. Il est vrai que les préférences des patients et des médecins peuvent être différentes. Bruera (29) dans une étude sur 57 patientes présentant un cancer du sein ne retrouvait que 24 cas de concordance entre les préférences des patientes et des médecins sur les 51 patientes qui souhaitaient participer aux décisions. Pour les auteurs, l’augmentation de la concordance viendra d’une amélioration de la communication entre médecin et patient : meilleure évaluation du propre cadre de référence des patients et amélioration des capacités du médecins à faire participer les patients aux décisions les concernants. Concernant la décision chirurgicale (chirurgie partielle versus mastectomie) dans les cancers du sein où sur 101 participantes la concordance patients médecins était de 38% Janz (30) montrait que la discussion sur la préférence n’augmentait pas le temps de consultation en augmentant nettement la satisfaction des patientes.

Il existe donc principalement des obstacles liés à l’attitude du médecin confrontés aux incertitudes de sa pratique. Ce ne sont pas que des mots : Qui croira qu’il n’y a pas de différence entre un médecin qui dit à ses patientes “ j’ai réfléchi à votre cas (nous avons réfléchi à plusieurs à votre cas) et je vous propose de faire une chimiothérapie ” et un médecin qui dit “ je vais vous expliquer ce que vous pouvez attendre de la chimiothérapie, je vais vous expliquer aussi les contraintes, puis nous verrons ensemble si le traitement vous convient ”. Il est certain que présenter au patient une attitude thérapeutique comme “ un impératif catégorique, un standard ” enlève toute possibilité de discussion et gomme ses préférences. Cela ne semble pas poser de réel problème pour l'instant, mais n’est-ce pas uniquement lié au fait que les règles construites pour la “ moyenne ” conviennent effectivement à la plupart des patients.

Les préférences des patients
Il y a une littérature importante sur le choix de personnes, malades ou non, mises devant des scénarios hypothétiques. Slevin a interrogé des patients atteints de cancer et adressés pour chimiothérapie, des médecins généralistes, des cancérologues, des infirmières et des témoins en bonne santé (31). Une des questions était “à partir de quelle probabilité de guérison, une chimiothérapie intensive vaut-elle la peine ?”. Les réponses sont édifiantes, elles varient de 1% pour les patients en situation, 10% pour les cancérologues, 25% pour les généralistes, 50% pour les infirmières et les témoins. A San Antonio, une enquête a été faite auprès de 318 patientes qui avaient reçu une chimiothérapie adjuvante pour cancer du sein (32). Le gain médian à partir duquel la chimiothérapie paraît acceptable, du point de vue de ces patientes, est faible, 0,5 à 1% en terme de réduction du risque de récidive, mais 26% des patientes n’acceptent pas la chimiothérapie pour une réduction du risque inférieure à 5%. Même constatation auprès de patients atteints d’un cancer du poumon (33) certains patients accepteraient la chimiothérapie pour des gains de survie d’une semaine, d’autres ne la prendraient pas pour un gain de un an.

Evidemment, nous sommes dans l’hypothèse, mais les messages sont clairs (34-37). La plupart des patients acceptent des contraintes importantes pour des bénéfices qui paraissent faibles à des gens en bonne santé, mais il y a une variabilité extrêmement importante d’un patient à un autre. C’est bien sûr cette variabilité des préférences, constamment observée, qui rend difficile toutes les tentatives de standardisation.

La littérature plus récente fait état des préférences des patients en situation réelle et retrouve une variabilité importante sans que l’on puisse réellement standardiser ces variations. Ni le type de traitement, ni l’age, ni le milieu socio-économique ni même le stade de la maladie ne sont réellement significatif pour les expliquer. Compte tenu de la variabilité des désirs d’informations et des préférences, Epstein et al. (38) ont réalisé une revue systématique de la littérature entre 1966 et 2003 dont l’objectif était d’identifier différentes façons de communiquer les informations médicales afin d’augmenter la compréhension et la participation aux décisions des patients et d’augmenter également leur compréhension des conséquences de leur choix. Au terme de l’analyse, devant l’absence de recommandations fiables en terme de niveaux de preuves selon l’EBM, les auteurs proposaient afin de progresser dans cette communication quelques pistes de réflexion :

  • Comprendre (dans le sens de faire preuve d’empathie) le cadre de référence du patient et de sa famille.
  • Construire un partenariat en informant le patient sur ce qui est prouvé (niveau de preuves A & B) en n’omettant pas la discussion sur les incertitudes (niveau C & D)
  • Faire état des recommandations apportées par l’expérience clinique et les préférences des patients quand celles-ci sont connues (et concernant le cancer du sein elles le sont de plus en plus).
  • S’assurer d’avoir été compris avant de recueillir l’agrément du patient.

Le choix des patients au quotidien
La participation nous semble d’autant plus facile (pour le patient et pour le médecin) que le risque est faible et les échéances lointaines.
En consultation d’oncogénétique des cancers du sein et de l’ovaire, nous voyons des femmes, qui se savent en situation de risque familial. Une bonne partie de ces femmes sont jeunes et en parfaite santé. Leur démarche est une demande d’information. Il est aisé de donner une information générale sur les conséquences des tests moléculaires de recherche de mutations des gènes BRCAs. L’information est assimilée, mûrie, les recherches biologiques sont faites. Avant le résultat individuel, il y aura d’autres entretiens, souvent avec un psycho-oncologue. Le cheminement est le plus souvent fait avant le résultat des tests moléculaires. Les décisions sont presque prises d’avance, en fonction du vécu, de l’âge, des enfants, de la gravité des cancers dans la famille, du type de cancer, de leur âge de survenue…

En traitement complémentaire d’un carcinome intra canalaire du sein, c’est facile d’expliquer en chiffres les conséquences (positives et négatives) du traitement par tamoxiféne. C’est un traitement “préventif” qui réduit le risque de récidive d’un cancer invasif ou intra-canalaire. La lésion a été opérée, analysée, le risque est futur, le plus souvent faible. Les bénéfices sont à l’évidence faibles, mais les inconvénients aussi.

En traitement médical adjuvant des cancers du sein, les patientes sont, là encore, en bonne santé. Le médecin peut mesurer assez précisément un risque de métastase à distance, qui peut être insignifiant ou au contraire très élevé, c’est encore une fois une probabilité future. Le risque étant mesuré, on peut estimer le bénéfice attendu pour ensuite le confronter avec la patiente aux contraintes et aux risques du traitement médical, chimiothérapie et tamoxiféne. Le bénéfice potentiel du traitement ne sera jamais mesuré directement pour la patiente, quoiqu’il arrive. Qui d’autre que la patiente peut juger du niveau de contraintes acceptable pour un bénéfice donné ? Il ne paraît pas bien difficile d’expliquer à une patiente (qui le souhaite) que sur 100 femmes dans sa situation 20 (ou plus, ou moins) auront une récidive à distance dans les 10 ans sans traitement et que le chiffre ne sera plus 20, mais 15 (ou plus, ou moins) avec le traitement.

En situation de cancer avancé ou métastatique, il ne s’agit plus d’hypothèses lointaines mais d’une confrontation à une réalité inacceptable et plus ou moins proche. Les conséquences des traitements sont moins connues, difficiles à exposer sereinement. Le pronostic est grave, réservé, le patient qui vivait dans l’angoisse de la récidive vit dans l’espoir d’une découverte médicale capable de le guérir. Le médecin n’est plus confronté à une décision ponctuelle mais à des processus décisionnels répétés associés à un accompagnement psychologique. La discussion des avantages et inconvénients, si elle est réelle, nous semble moins chiffrée, moins rationalisée. Nous sommes dans l’accompagnement d’un échec programmé avec une place importante pour la compassion et l’espoir malgré tout.


Conclusion
Le terme anglais evidence (preuve) est le contraire d'évidence: Il ne s'agit pas d'une proposition binaire: présence versus absence de preuves, d'une proposition juridique: preuve à charge, ou d'une proposition positiviste: certitude indiscutable. Les traductions françaises mettent en avant “ la certitude ”, alors que l'EBM se réfère au principe de “ l'incertitude scientifique ”. L'intérêt majeur de l'EBM est la tentative de mesurer la valeur de l'incertitude (se traduisant pratiquement par des décisions différentes selon les praticiens) au lieu de l'évacuer ou de l'attribuer à l'incompétence. D'après les données de l'EBM on va vers un catalogue raisonné des pratiques médicales en distinguant ce qui est démontré comme utile, ce qui est démontré comme inutile et, enfin, ce qui n'est pas démontré du tout. Parallèlement l’évolution sociétale, et légale prend en compte le souhait légitime des patients d’être informé et de participer aux décisions les concernant.

Les résistances à ces changements reposent à notre sens plus sur une conception philosophique que sur une conception éthique (39). Les médecins de notre génération ont longtemps été portés dans la lignée de Claude Bernard par une vision positiviste de la médecine : basée sur la science expérimentale, sur la compréhension des mécanismes, et sur un déterminisme absolu “il faut que le médecin sache bien qu’il y a une raison pour que les choses se passent ainsi qu’il les voit se passer et qu’il s’habitue à remonter jusqu’au déterminisme des choses” (40). Il y a des critères objectifs, indépendants du patient, qui vont permettre de déterminer la meilleure attitude thérapeutique. Les études scientifiques vont permettre de définir dans une situation donnée le ratio avantages/inconvénients de chaque traitement. Un meilleur traitement existe pour chaque patient, il faut l’identifier, puis le proposer. Dans les situations où l’information manque, il faut faire des études pour savoir. Pour avancer, il faut essayer d’uniformiser les attitudes thérapeutiques. Puisqu’il y a des critères objectifs de décision, les situations d’équivalence sont rares, ce sont surtout des défauts de puissance. Il n’y a pas de débat sur le choix du patient, puisque qu’il n’y a pas de choix du patient. Le médecin a proposé le meilleur traitement, d’après les données de la science. Les situations d’équivalence ne sont que les limites du savoir. Evidemment, ce meilleur traitement, une fois identifié, n’est pas imposé, son application nécessite le consentement du patient. Le consentement tient au domaine juridique, puisque du point de vue médical le principe de bienfaisance est atteint, la meilleure solution a été identifiée et présentée. Le modèle “classique” résiste assez bien aux situations extrêmes, lorsque les avantages dépassent clairement les inconvénients pour tout le monde, médecins et patients. Ces situations sont sans doute fréquentes et de fait, ce modèle peut tenir. La difficulté est liée aux situations limites qui sont des sources de désaccord perpétuel entre les médecins.

Le modèle type “ EBM ” en mettant l’accent sur l’incertitude scientifique permet un autre modèle et une autre relation médecin-patient : Les études vont effectivement permettre de mesurer les avantages et inconvénients de chaque traitement, mais la mesure quantitative des avantages et des inconvénients passe nécessairement par le patient. L’estimation chiffrée d’un risque est une chose, le “poids” que lui donnera le patient est une autre chose. Si l’on veut effacer les préférences des patients, et définir entre médecins la meilleure attitude, on n’a fait que déplacer le problème et l’on est confronté à la variabilité des préférences, non plus des patients, mais des médecins (qui sont potentiellement des patients). La définition d’un seuil d’action est par nature insoluble. L’information n’est pas seulement un problème éthique, mais c’est une nécessité technique, indispensable pour que le patient puisse se faire une opinion sur les différentes options possibles. Il y a presque toujours plusieurs options, l’abstention thérapeutique ne peut être systématiquement écartée. Le problème du “choix du patient”, c’est en fait le problème de sa participation active à la discussion sur les options pour parvenir progressivement, ensemble, avec le médecin, plus ou moins facilement, plus ou moins rapidement, selon les cas, à un accord mutuel sur l’attitude thérapeutique.

Comment le médecin peut-il choisir entre ces deux modèles ? Il nous semble que les mentalités changent progressivement. Les études prospectives randomisées ont “révolutionné” la pratique de la médecine. En peu d’années, les cancérologues ont compris que notre pouvoir face à la maladie avait été surestimé. La plupart de nos patients (et parfois les médecins) surestiment encore nos possibilités diagnostiques et thérapeutiques. Les médias entretiennent une confusion entre la connaissance (biologique) qui progresse à pas de géant et les conséquences (thérapeutiques) qui restent, pour le cancérologue de terrain, des espoirs bien lointains. Les bénéfices thérapeutiques étant revus à la baisse, les traitements demeurant lourds de conséquences, les préférences des patients étant variables, la nécessité d’impliquer le patient dans les décisions devient inéluctable. Cette évolution inévitable ne se fait donc pas seulement pour des raisons morales ou juridiques, mais tout simplement pour des raisons médicales, pour ajuster au mieux le traitement au patient individuel. Le rôle du médecin est alors d’éclairer le patient sur son affection, sur l’évolution possible, sur les moyens à disposition pour changer l’évolution spontanée de la maladie, de l’éclairer suffisamment pour permettre une décision commune, partagée, réfléchie. Le patient est nécessairement face à des choix thérapeutiques, mais il n’est pas seul.



Réferences

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Sophie TAÏEB
Dpt d'Imagerie
Centre Oscar Lambret
3, rue F.Combemale
59000 LILLE - FRANCE
Tel: 03 20 29 55 27
Mel : s-taieb@o-lambret.fr

Transmis par :
Dr Marc TWAGIRUMUKIZA
Ce 17 février 2006
Gand, Belgique

twamarc@yahoo.fr

Note de l’auteur :

EVIDENCE-BASED MEDICINE ET CHOIX DU PATIENT
Mots clés
: Evidence-based Medicine – Standards – Préférences – Décision médicale

EVIDENCE-BASED MEDICINE AND PATIENT’S CHOICE
Key words
: Evidence based Medicine – Standards – Preferences – Medical-decision making

 

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