| La santé
bucco-dentaire, une préoccupation pour le Rwanda
Le Rwanda ne compte pas plus de 5 médecins stomatologue,
pour une population de plus de 8 000 000 d’habitants.
Pendant 2 jours, les spécialistes de la santé bucco-dentaire
se sont réunis à l'hôtel Novotel Umubano pour
formuler une politique nationale de la santé bucco-dentaire
au Rwanda. Cet atelier a été organisé grâce
à l'appui de la fédération dentaire internationale,
de l'avis et du ministère de la santé. Cet atelier
est un suivi de la conférence africaine de planification
de la santé bucco-dentaire qui s'est tenue à Naïrobi
en avril 2004. En effet, diverses résolutions de l'assemblée
mondiale de la santé et du comité régional
soulignent l'importance da santé et le bien-être de
la communauté en général mais ces résolutions
ont eu un impact limité. Les approches précédemment
adoptés en Afrique en matière de santé bucco-dentaire
n'ont ni tenu compte des priorités épidémiologiques
de la région ni identifié des stratégies sûres
et appropriées dans ce domaine. Les effort déployés
ont généralement consistés à créer
au gré des circonstances, sans application aucune, des services
curatifs de santé bucco-dentaire mal répartis dans
divers pays et qui ne sont accessibles qu'au nantis ou aux citadins.
- Quelles sont les priorités en matière de
santé bucco-dentaire ?
Les caries dentaires et les affections périondatiques ont
toujours été considérées comme les principaux
problèmes de santé bucco-dentaire à travers
le monde. Cependant, dans les pays africains, ces affections ne
semblent ni aussi courantes ni aussi graves que dans les pays développés.
Il importe par conséquent d'évaluer chacune des affections
bucco-dentaires dans chaque communauté à l'aide des
critères épidémiologiques de base liés
à leur prévalence et à leur gravité.
- Les problèmes graves rencontrés dans la
Santé Bucco-Dentaire
La stomatite gangreneuse et la gingivite ulcéreuse nécrosante
aiguë à laquelle on l'associe, sont encore très
courants chez l'enfant africain. Les statistiques les plus récentes
disponibles indiquent que l'incidence de la stomatite gangreneuse
est de 20 cas pour 100.000 enfants par an. Près de 90% de
ces enfants meurent sans avoir reçu le moindre traitement.
Avec l'aggravation de la pauvreté, et étant donné
que bon nombre d'enfants souffrent de malnutrition ou de dénutrition
chronique et que leur système immunitaire est atteint, la
prévalence des affections comme la stomatite gangreneuse
va probablement augmenter.
La prévalence du cancer de la bouche est également
en augmentation en Afrique. L'incidence du cancer de la bouche et
du cancer du pharynx est estimée à 25 cas pour 100.000
dans les pays en développement. L'urbanisation rapide et
l'augmentation de la consommation du tabac et de l'alcool sont considérées
comme les principales cause de l'accroissement de l'incidence des
états pre-cancéreux et du cancer de la bouche. Il
ressort des études menées que les manifestations bucco-dentaires
du VIH/SIDA sont très répandues et incluent le plus
souvent des infections fongiques dues à la candidose, à
la gingivite nécrosante ou à la leucoplasie orale
chevelue.
Autres problèmes, l'incidence des traumatismes maxillo-faciaux
a augmenté dans nombreuse pays par suite de violences interpersonnelles,
des accidents de la circulation ou des guerres.
L'incidence des périodontopathies destructives chronique
est relativement faible dans la plupart des groupes sociaux quelque
soit l'endroit où ils se trouvent ou leur situation socio-économique.
Les pratiques néfastes telles que le nettoyage des dents
de lait, l'extraction des dents de la partie antérieure des
mâchoires supérieure et inférieure, et la taille
ou l'aiguisage des dents de la partie antérieure de la mâchoire
supérieure sont encore répandues.
Au cours de cet atelier qui a réuni les techniciens supérieurs
en odonto-stomatologie, les chirurgiens dentistes et stomatologues
ont, entre autre, analysé les résultats de l'enquête
préliminaire sur la santé bucco-dentaire au Rwanda,
les déterminants de la santé buccodentaire et les
facteurs communs de risque et leurs implications pour la planification.
Les participants se sont scindés en groupe pour discuter
sur cette politique et en définir les orientations stratégiques,
passer en revue les écarts entre les programmes existants
et les besoins et les stratégies et interventions en adéquation
avec les besoins.
A l'issue de ces travaux les participants ont émis quelques
recommandations comme l'accélération du processus
de mise en place de la politique bucco-dentaire basée sur
les orientations issues des travaux, l'organisation des formations
aux infirmiers des centres de santé, plaider pour l'exonération
du matériel dentaire et surtout la mise en place d'un cadre
périodique de suivi et évaluation du processus de
la mise en route de la politique de santé bucco-dentaire.
L'organisation mondiale de la santé devra continuer à
la promotion de l'assistance technique à la mise en place
du système de santé bucco-dentaire.
Dans les discours de circonstance, le Dr Diosdado-VICENTE NSUE-MIALNG
représentant de l'OMS au Rwanda a souligné que la
santé bucco-dentaire est une composante essentielle et à
part entière de la santé en général,
et qu'elle constitue un facteur déterminant.
Pour le représentant de l'OMS au Rwanda, la relation entre
la santé bucco-dentaire et l'état général
de la santé a été scientifiquement établie
par des nombreux travaux notamment :
- Les manifestations buccales chez le patient VIH présentant
une valeur prédictive positive pour la surveillance clinique
d'un patient séropositif
- Les formes sévères de maladies parodontales liées
au diabète et le lien entre la rougeole et la malnutrition,
maladies de l'enfance à point de départ bucco-dentaire,
entraînant des mutilations oro-faciales handicapantes.
Le Dr Nsue. Milang n'a pas oublié de signaler que l'OMS
est prête à renforcer son appui technique et financier
pour appuyer le Rwanda dans la formulation de sa politique bucco-dentaire.
Quant au Ministre de la santé le Dr Jean-Damascène
Ntawukuliryayo, il a appelé les participants à ne
pas s'arrêter en chemin. Les prochaines phases du processus
décisionnaire de la politique nationale bucco-dentaire doivent
être planifiées et coordonnés, a-t-il souligné.
Le Ministre de la santé a en autre remercié l'apport
de l'OMS de la FDI (fédération dentaire internationale)
et surtout l'assiduité des participants.
Cet atelier a connu la participation des spécialistes de
renom comme le Dr Martin Hodbell, du Dr Habits Benzian, directeur
du développement à la FDI, du Dr Charlotte Faty Ndiaye,
la chargée du programme de santé bucco-dentaire de
l'OMS/AFRO et d'autres venus des Etats-Unis d'Amérique. Cet
atelier a jeté les bases d'une meilleure prise en charge
sur la santé bucco-dentaire.
Texte inspiré du reportage de Mr André Mashema,
journaliste du bimensuel gouvernemental « La nouvelle
Relève »
Butare, ce 30 mars 2005
par Dr TWAGIRUMUKIZA Marc
twamarc@yahoo.fr |