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Editorial avril 2003 par Marc TWAGIRUMUKIZA

Le médecin et la dépouille mortelle : Science, éthique et mœurs

Chers internautes , Voila un éditorial qui va sans doute soulever quelques réactions. Peut-être ne devrait - il apparaître dans la rubrique santé, ou alors devrait changer de titre, ou que sais-je encore.
Pourquoi cette introduction alors ? D'aucun pensent que la mort constitue la barrière au médecin surtout traitant.

 

Ceci est valable dans les pays du tiers monde où les dons d'organes et la médecine légale ne sont pas encore développés, mais aussi dans les pays développés, l'utilisation pédagogiques, scientifique et thérapeutique de la dépouille mortelle rencontre pas mal de problèmes éthiques et moraux si bien que l'on se demande si certaines sociétés ou certains peuples pourront intégrer dans leur culture ce développement salvateur de la médecine.

Si la laïcité nous oblige à ne pas citer au départ que corps et esprit forment un tout indivisible chez l'homme, le constat lui, nous montre que, de part l'histoire de l'humanité, l'homme a un droit inaliénable sur son corps et peut même sacrifier son intégrité par ses convictions notamment religieuses. Cependant le corps humain ne peut être considéré comme un bien et est par conséquent hors commerce. Il peut néanmoins être affecté au profit du prochain dans un acte de charité par exemple par le don des organes ou des tissus (sanguins par exemple).

Après la mort - ici disons après arrêt de la vie - il ne reste de l'homme que sa dépouille mortelle, le cadavre qui demeure l'objet des divers sentiments : respect, croyances,…

Les droits inhérents au cadavre émanent en premier lieu de l'individu lui - même qui, de son vivant, peut prendre des dispositions quant au sort de sa dépouille mortelle. Il peut s'agir de l'abandon du cadavre à un institut d'anatomie par exemple.
Mais alors, comme de son vivant, la société a aussi des droits sur sa dépouille mortelle, elle peut par exemple décider de :

  • Détruire la dépouille mortelle si elle représente un risque pour la société (maladies contagieuses)
  • Prélever des organes pour le service d'un tiers (transplantation)
  • Enterrer les cadavres abandonnés ou décider tout autre utilisation selon les lois et/ou la culture. (institut d'anatomie, laboratoire de recherche,…).

Si nous parlons des lois, nous n'ignorons pas qu'elles ne sont pas connues de tout le monde mais elles existent.
Peut-on prétendre établir des lois uniques pour toutes les sociétés ? Oui mais difficile.
Ici le problème reste celui des croyances religieuses ou autres, mais aussi de cultures très hétérogènes dans le monde.

Mais alors ne faudrait t- il pas avoir des recommandations éthiques qui serviraient de garde-fou ?
Ceci s'avère nécessaire car malgré le respect dû à l'être humain et surtout le respect à la vie humaine, l'enseignement de l'anatomie humaine nécessite l'utilisation de la dépouille mortelle.

 

 

Spécialement les pays du tiers-monde, dont le Rwanda, ont plus que besoin d'une loi relative à la dépouille mortelle et le prélèvement des organes. Ce besoin se fait de plus en plus sentir car l'évolution médicale actuelle exige certains dons d'organes qui sont hautement salvateurs.

Par ailleurs, l'utilisation pédagogique, scientifique et thérapeutique, loin d'être dévalorisante pour la dépouille mortelle, est extrêmement valorisante car elle montre que la générosité et l'utilité ne s'arrête pas à la mort de l'homme.

Si la législation rwandaise, mais aussi d'un bon nombre d'autre pays, est muette en la matière, il serait nécessaire de se doter d'un cadre légal qui assurerait le développement des laboratoires d'anatomie et les services de transplantation tant au Rwanda, que dans ces autres pays. C'est à nous, et à vous chers collègues médecins que cette tache incombe en premier par notre souci de procurer les soins de qualité et d'appoint aux patients.

A la fin de cette réflexion purement personnelle on peut se poser diverses questions :

  • Accepterons-nous qu'un être humain encore en vie, vende son corps à un laboratoire d'anatomie par exemple ?
  • Un hôpital, une institution de science de la santé, a t'il le droit d'utiliser la dépouille mortelle ramassée sur la route (qui n'est réclamée par personne), à des fins scientifique, pédagogique ou thérapeutique ?
  • Ne faut-il pas craindre des dérapages de la pratique de dons d'organes à type d'homicides mercantilistes ?
    Pour cette dernière il nous semble important que des gardes-fou soient établis, et qu'un bilan rétrospectif soit fait à visée de faire disparaître les soupçons et de prévenir des dérapages possibles dans l'avenir.

Ces gardes-fous devraient répondre aux impératifs suivants :

  • Le respect de la loi
  • Le respect de la dignité humaine en traitant la dépouille mortelle avec dignité et respect : par l'abord scientifique de la dépouille, la mise en état du reste de la dépouille, le respect de l'intimité de la dépouille en évitant toute exposition.
  • L'organisation obligatoire des funérailles selon les dernières volontés du disparu et en accord avec les membres de la famille. Ceci permet aux membres de la famille de se recueillir et de rendre hommage au disparu.

Butare le 15 avril 2003 Marc TWAGIRUMUKIZA. twamarc@yahoo.fr

 

 
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