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Editorial Avril 2004 par le docteur Marc Twagirumukiza

Les interrogations sur le nouveau schéma thérapeutique de traitement du paludisme au Rwanda : Le PNLP nous parle

La maladie du paludisme continue à devenir un fléau dans nombre des pays du monde mais plus particulièrement dans les pays africains. C'est pour cette raison que dans plusieurs pays où le paludisme constitue une menace majeure à la vie des populations, on développe des programmes particuliers visant à son éradication.
Pour ce qui concerne le Rwanda, certains programmes visant le changement du traitement médical du paludisme ont été amorcés. Par exemple en 1987, les instances qui étaient impliquées dans la prise en charge du paludisme avaient décidé que cette maladie soit traitée en premier lieu par la chloroquine. Le sulfadoxine pyriméthamine (fansidar) pouvait intervenir en deuxième lieu selon les recherches de 1987. Comme il s'avérait que la malaria au Rwanda développait une résistance non-négligeable vis-à-vis de la chloroquine, d'autres recherches ont été amorcées en vue de voir quel médicament pourrait être plus efficace que la chloroquine dans le traitement du paludisme. Ces recherches ont été faites dans les années 1999 et 2000 au niveau de cinq centres de santé (Kivumu, Rwaza, Mashesha…) œuvrant dans les différentes provinces du Rwanda. Selon le Programme National intégré de Lutte Contre le Paludisme (PNLP), ces cinq centres de Santé constituent un échantillon représentatif de la situation de la malaria dans le pays.
Ces dernières recherches ont permis de conclure que la chloroquine (monothérapie) doit être rayée de la liste des médicaments qui doivent traiter le paludisme au Rwanda à cause de son inefficacité.

D'autres traitements ont été envoyés afin de voir leur efficacité ; l'amodiaquine + sulfadoxine pyriméthamine, amodiaquine + artésunate et l'artésunate + sulfadoxine pryriméthamine. Les conclusions ont été divulguées à différents experts dans le domaine du paludisme en Février 2001. Ces derniers ont approuvé ces recommandations et ils ont d'ailleurs demandé leur mise en exécution. Après une expérimentation de ces nouveaux traitements faite aux centres de Santé de Kicukiro (ville de Kigali), Mushesha (Cyangugu) et Rukara (Umutara) il s'est avéré, selon les nouvelles recherches que l'amodiaquine + sulfadoxine pyriméthamine est le meilleur médicament pour le traitement du paludisme au Rwanda. La politique de traitement du paludisme par ce dernier traitement combiné (Amodiaquine + Sulfadoxine pyriméthamine) a été proclamée officiellement par le MINISANTE en Décembre 2001. Des mesures de mise en exécution de cette politique ont été mises en place.

Difficultés

Depuis que cette nouvelle politique de traitement du paludisme a commencé à être appliquée, elle se heurte à différentes difficultés. Cela est confirmé par le Docteur Claude Emile Rwagacondo, Coordinateur du PNLP lors d'une conférence de presse tenue ce mercredi 24 Mars 2004 à l'hôtel Novotel/Umubano avec les journalistes tant de la presse publique que privée. Avant de préciser les contraintes dans la mise en œuvre de cette politique, il a rappelé qu'elle vise à faire le traitement rapide du paludisme ainsi qu'à réduire sensiblement le taux d'infection en virus du paludisme et le taux de mortalité à cause de cette pandémie. Cela vise aussi, dit-il, à combattre l'anémie. D'autre part, il a fait comprendre aux journalistes qu'ils ont remarqué dans leurs recherches que le traitement amodiaquine + Sulfadoxine pyriméthamine (fansidar) a été efficace jusqu'à 100% là où il a été bien utilisé par les personnes qui souffraient du paludisme.

"Certains patients qui utilisent ce nouveau traitement éprouvent des problèmes de démangeaisons", annonce-t-il pour préciser les motifs empêchant certains patients à prendre ce nouveau traitement. Parlant des contraintes dans la lutte contre paludisme, M. Claude Emile Rwagacondo a souligné que beaucoup de personnes ne veulent pas rejoindre les services médicaux au cas où elles souffrent du paludisme, "d'autres personnes qui sont en souffrance viennent consulter tardivement", rappelle-t-il. Il a cependant ajouté que le traitement du paludisme auprès des charlatans constitue un autre obstacle majeur dans la lutte contre le paludisme. En effet, il a encore précisé que certains médicaments sont remis aux patients au niveau des pharmacies, centre de santé et cliniques privées et conduisent au développement de la résistance notoire du paludisme au Rwanda.

Effets indésirables

Les questions des journalistes dans cette conférence de presse ont porté sur les effets indésirables du nouveau traitement (amodiaquine + sulfadoxine pyriméthamine). En effet, les journalistes ont souligné que les personnes qui reçoivent ce traitement au niveau d'un service médical et qui parviennent à l'utiliser éprouvent des difficultés énormes liées aux effets indésirables dudit traitement "à tel point que quelques unes arrivent à renoncer à ce traitement", rappellent-ils pour exprimer les plaintes des populations face à ce nouveau traitement du paludisme.

"Tout médicament a un effet indésirable", note le Dr Claude Emile Rwagacondo en rappelant que les effets de ce nouveau traitement du paludisme ne sont pas différents des effets que peuvent causer d'autres médicaments traitant d'autres maladies. "Le traitement que nous utilisons a été approuvé par l'O.M.S.", déclare-t-il pour assurer que les effets indésirables ne peuvent pas être à l'origine d'autres problèmes majeurs sur la santé de ceux qui prennent ce traitement. Il a rappelé aux journalistes qu'ils sont aussi confrontés à un autre problème sérieux, celui des agents médicaux qui soutiennent des malades dans leurs réclamations au sujet des effets indésirables du nouveau traitement du paludisme. Toutefois, M. Rwagacondo assure qu'ils vont continuer à faire les essais d'autres traitements du paludisme afin de voir s'ils ne peuvent pas trouver un traitement moins cher et qui ne peut pas causer des effets indésirables importants sur les malades.

"Le vaccin contre le paludisme est en train d'être essayé" répond M. François Niyitegeka, chargé des interventions à base communautaire. En effet, il confirme qu'il n'y a pas une somme importante qu'on alloue dans la recherche du vaccin. M. François a cité différentes raisons qui sont à l'origine de ce phénomène.

Dans leurs réponses aux questions des journalistes, les responsables du PNLP (Dr. Rwagacondo et M. Niyitegeka) ont insisté sur l'usage des moustiquaires imprégnées d'insecticide. "Beaucoup d'habitants rwandais n'ont pas encore compris l'importance d'utilisation des moustiquaires. D'autres ne sont pas en mesure de se procurer ces moustiquaires", confirment ils en déclarant que le traitement du paludisme à lui seul ne suffit pas. Toutefois, le Dr Rwagacondo a fait connaître que dans certains coins du pays où on utilise les moustiquaires imprégnées d'insecticide, l'infection du virus de malaria a largement diminué. Il a donné l'exemple d'un habitat regroupé à Gikongoro où ils avaient essayé de remettre à certains habitants des moustiquaires.

"Au niveau de cet habitat, nous avons remarqué que ceux qui utilisent ces moustiquaires ne souffraient pas du paludisme comme ceux qui n'en utilisaient pas", explique-t-il en disant que cette étude a été suspendue pour différentes raisons. M. Rwagacondo a annoncé qu'un projet visant à fournir des moustiquaires imprégnées d'insecticide qui doit durer 4 ans est en cours de préparation. "Normalement, et ailleurs, une moustiquaire du genre est vendue à 6 dollars. Mais au Rwanda nous l'offrirons aux habitants moyennant 500 Frws", révèle-t-il en précisant que les femmes enceintes en auront moyennant 200 Frws.

Ceci serait pour répondre aux attente de la population, surtout celle des zones rurales les plus défavorisées comme nous l'avions signalé dans notre éditorial "SOS moustiquaires imprégnées".

 

Texte inspiré par le reportage de Mr Rugaba Félix (ORINFOR) sur la conférence de presse tenu par le PNLP ce mercredi 24 mars 2004 à l'hôtel NOVOTEL/UMUBANO avec les journalistes tant de la presse publique que privée.

Transmis, le 3 avril 2004
par Dr TWAGIRUMUKIZA Marc
twamarc@yahoo.fr

 

 
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