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Editorial Juin 2004 par le docteur Marc Twagirumukiza

Vaccin contre le VIH : du nouveau ?

Note de l'éditeur : ce document n'a ni l'intention de constituer un cours de vaccinnologie ou de pharmacologie, ni d'être exhaustif.

Un peu d'historique…

C'est le 5 juin 1981 que le bulletin des centres de contrôle et de prévention des maladies des États-Unis a publié le premier rapport signalant une forme extrêmement rare de pneumonie chez cinq personnes dont le système immunitaire avait été complètement détruit. Commencèrent alors les très sombres années de ce qu'on allait appeler le sida, dès 1982. Des centaines et des milliers d'autres cas furent diagnostiqués aux États-Unis, puis en Afrique, en Europe de l'Ouest, en Haïti et au Canada.
Par la suite, la science avança à une vitesse phénoménale : en 1983, on identifiait le virus responsable de la maladie, qu'on finira par nommer le VIH ; au printemps 1985, un premier test de dépistage sanguin a été approuvé ; en 1986, on a commencé les essais cliniques du premier médicament anti-VIH, l'AZT (Zidovudine). Malheureusement, on a vite déchanté lorsque les chercheurs ont réalisé que le virus était capable de modifier son code génétique avec une rapidité étonnante !
Les sept années suivantes furent des années de découragement… le virus se propageait au pas de course et la science piétinait. Puis, à la Conférence internationale de 1993, à Berlin, la présentation de résultats d'études cliniques combinant deux médicaments (d'où l'expression "bithérapie"), l'AZT et le ddC (Zalcitabine) ou la ddI (didéoxynosine) suscitèrent de nouveaux espoirs. Encore une fois, ces traitements ne s'avérèrent pas à la hauteur.
Enfin, au début de l'année 1996, des recherches fondamentales sur la biologie du VIH débouchèrent sur la création d'une toute nouvelle classe de médicaments extrêmement puissants (appelés inhibiteurs de la protéase - une des nombreuses protéines nécessaires à la réplication du virus). Combinés à de l'AZT et au ddI par exemple (c.-à-d. "triple thérapie" ou "trithérapie"), ces nouveaux médicaments donnèrent des résultats spectaculaires ! C'est ainsi qu'en juillet de la même année, à la Conférence internationale de Vancouver, un chercheur américain prédit qu'on allait pouvoir éliminer complètement le virus de l'organisme des personnes infectées après plusieurs années de cette thérapie hautement efficace. Le mot d'ordre devint donc de traiter l'infection le plus tôt possible après son entrée dans l'organisme et avec le traitement le plus puissant possible. Les médias annoncèrent "la fin du sida" et, dès l'année suivante, on observa une baisse de la mortalité au-delà de 80 %. C'était littéralement l'euphorie dans la communauté scientifique !

Quelle est la situation en 2004 ?

Et bien vous l'aurez deviné, le rêve d'éliminer le virus meurtrier de l'organisme ne s'est pas réalisé. Ce qu'on observe plutôt ce sont les limites ainsi que les effets pervers de ce traitement hautement efficace. Une personne sur cinq répond mal au traitement et le virus développe une résistance à la trithérapie dans 30 % des cas.
Habituellement, changer deux médicaments sur trois permet de reprendre le contrôle sur l'infection. Mais les choix ne sont pas infinis, car on ne dispose que de 17 médicaments différents et on observe une émergence de souches virales qui résistent à toutes les combinaisons. Il est également important de souligner la difficulté de rester motivé et de suivre religieusement un programme de traitement pendant de nombreuses années, qui parfois peut s'avérer fort complexe et impliquer des restrictions alimentaires. Le manque d'assiduité au traitement est responsable à lui seul de 50 % des échecs thérapeutiques.
De plus, chaque médicament a son cortège d'effets secondaires possibles qui peuvent varier d'une personne à l'autre. Certaines personnes n'éprouvent peu ou pas d'effets secondaires, tandis que d'autres éprouvent des effets secondaires mineurs et maîtrisables (nausées, maux de tête, fatigue, diarrhée, etc.). D'autres encore ont des symptômes très sévères (inflammation du foie et du pancréas, diabète, hypertension, augmentation du cholestérol, artériosclérose, etc.).
Le syndrome de la lipodystrophie est un autre effet secondaire troublant dont l'incidence est en hausse. Ce syndrome se caractérise par la redistribution des graisses provenant des extrémités (visage, bras, fesses et jambes) vers le centre du corps, ce qui donne une apparence de maigreur (joues creuses, veines visibles sur les bras et les jambes), un coussin de graisse à la nuque (appelé bosse de bison) et un excès de graisse abdominale. Cette accumulation de graisses ne répond pas à un régime amaigrissant ni à l'exercice. Les joues creuses sont particulièrement déconcertantes pour les patients qui commençaient à peine à prendre du mieux avec le traitement, et voilà qu'ils ont de nouveau l'air malade. Ce syndrome demeure incompris et incurable.
Dernier élément important à souligner : les interactions médicamenteuses des médicaments anti-VIH par rapport à leur métabolisme dans le foie sont multiples et très complexes. C'est donc pour toutes ces raisons, que, dès le début de l'année 2001, on observe une nouvelle tendance qui consiste à retarder l'initiation du traitement anti-VIH le plus tard possible, c'est-à-dire jusqu'au moment de l'apparition des symptômes de la maladie ou de la diminution de plus de la moitié de la capacité du système immunitaire.

Et enfin, … Le vaccin... ?

En vingt ans, l'épidémie de sida a fait près de plus de 22 millions de victimes. Aujourd'hui, 42 millions de personnes vivent avec le virus et une nouvelle personne est contaminée toutes les 6 secondes. Pour faire face à ce fléau, de nombreux chercheurs travaillent à l'élaboration d'un vaccin, dont plusieurs prototypes sont en cours d'expérimentation.
Lors de la conférence de Barcelone, en juillet 2002, de nombreuses heures ont été consacrées aux différentes études sur la mise au point d'un vaccin contre le sida. Elles attestent d'un dynamisme dans ce secteur mais témoignent également du stade encore préliminaire de la plupart de ces travaux, car on ne sait pas quelle voie conduira à élaborer le futur vaccin. Nous vous en présentons quelques-unes parmi la centaine présentée à Barcelone.

De nombreuses pistes …

De précédentes études ont montré que, pour être efficace, le futur vaccin devra combiner une réponse immunitaire par :

  • La sécrétion d'anticorps (réponse humorale) ;
  • La production de cellules tueuses : les lymphocytes T cytotoxiques (réponse cellulaire).

Certains vaccins ont obtenu des résultats encourageants chez le singe : les vaccins à base d'antigènes viraux purifiés (ou vaccin vivant atténué ou vaccin inactivé). Pour susciter une réponse immunitaire, on utilise un virus dont le caractère infectieux a été éliminé. Mais leur utilisation chez l'homme paraît encore trop dangereuse.
La combinaison d'un vaccin à virus recombinant (protéine portée par un virus utilisé comme vecteur, permettant une bonne diffusion) suivie de rappels avec un vaccin inactivé vient d'obtenir des résultats très encourageants chez des singes. Ce vaccin développé par le laboratoire Glaxo-SmithKline a prévenu l'infection par l'équivalent simien du VIH. Leur taux de lymphocytes T-CD4 (cibles du virus) restaient constant et la charge virale a été réduite pendant les 24 mois de suivi. Les premiers essais aux Etats-Unis chez l'homme ont été annoncés le 31 janvier 2002 par la firme [1].
Le laboratoire Merck poursuit également ces recherches [2] dont l'annonce à Seattle en 2001 avait suscité de très importants espoirs. Le principe repose sur l'injection d'un ou plusieurs gènes du virus VIH et d'un adénovirus servant de vecteur. Le hic est que la plupart des personnes ont déjà été exposées à un adénovirus (ou virus à ADN) et que le vaccin est détruit immédiatement par le système immunitaire. Mais il semblerait qu'une partie survit et réussit à susciter une réponse immunitaire spécifique dans un peu plus de la moitié des cas.

Le plus grand essai de vaccin préventif

Lors de la conférence de Barcelone en juillet 2002, la Thaïlande a annoncé le plus grand essai de vaccin préventif contre le sida. Il s'agit du seul essai de phase trois [3] mené en parallèle aux Etats-Unis et en Thaïlande par le laboratoire californien VaxGen. Au total plus de 16 000 volontaires non infectés par le virus participent à cet essai durant cinq ans.
Le schéma thérapeutique prévoit l'injection d'un vaccin préparé par la firme Aventis-Pasteur (ALVAC [4]) qui suscite une réponse cellulaire, avec un rappel par un autre vaccin de la firme Vaxgen (AIDSVAX [5]) qui va engendrer une réponse humorale.
Donald Francis, président de Vaxgen se voulait optimiste. Il a ainsi rappelé que très peu de participants ont abandonné l'étude en cours de route (moins de 10 %). Cette adhésion constitue un pré requis indispensable à la qualité des travaux. Si les résultats sont à la hauteur des attentes, le produit pourrait être sur le marché d'ici 2004-2005.
Cependant, cet essai suscite de nombreuses controverses : on doute de l'efficacité des anticorps produits par ce vaccin. De plus, les sommes colossales investies par VaxGen (près de 100 millions de dollars sur 15 ans) devraient se répercuter sur le prix de vente de ce produit en cas de commercialisation. et interdire par là-même la possibilité aux Thaïlandais et aux pays en développement de l'acheter, à moins qu'une production de masse puisse considérablement abaisser le prix.

Volontaires pour un vaccin

Citant monsieur David Bême, les évaluations cliniques progressent également en France. L'association nationale de recherche sur le sida (ANRS) a plusieurs essais en cours.
Les vaccins sont formés de 5 ou 6 protéines (polypeptides) du virus, produites par synthèse chimique et associées à des lipides, pour augmenter leur capacité à susciter une réponse immunitaire. Il n'y a pas de risque d'infections toujours redouté avec les vaccins vivants atténués, puisque seules des protéines sont injectées.
Les nouveaux essais prévus par l'ANRS devront respectivement examiner et évaluer :

  • L'injection par voie sous-cutanée (plus efficace chez le primate que la voie intramusculaire) ;
  • La réponse immunitaire après une injection de rappel ;
  • La possibilité d'induire une immunité locale (au niveau des muqueuses sexuelles, par la production d'anticorps spécifiques) ;
  • Ainsi que les réponses immunitaires suscitées par de nouvelles protéines obtenues par génie génétique, pouvant être produites en quantité industrielle.

Enfin, l'ANRS projette d'expérimenter de nouvelles associations thérapeutiques : évaluer les préparations polypeptidiques (comportant un grand nombre d'acides aminés) associées à des vaccins à ADN nu ou à virus recombinants.
Le principe des vaccins à ADN nu est d'injecter un fragment d'ADN du virus directement dans l'organisme. Cette intrusion suscite alors l'apparition de cellules tueuses. Les vaccins à virus recombinants associent un microbe inoffensif pour l'homme (utilisé comme vecteur) et des gènes de virus VIH. Transportés ainsi dans les cellules, ces gènes entraînent la production de cellules tueuses.
Ainsi, si plusieurs vaccins paraissent capables d'induire une réponse immunitaire dirigée contre le virus du sida, aucun n'a encore fait la preuve qu'il pouvait protéger contre la maladie. De plus, on peut supposer que ces vaccins n'auront qu'une efficacité partielle sans pour autant prévenir l'infection. Leur impact sur l'évolution de l'épidémie et sur l'allégement des traitements restera à déterminer.

Difficultés

La plupart des essais vaccinaux réalisés ont été effectués avec des vaccins agissant par l'intermédiaire d'une partie non-variable du virus HIV. En raison du nombre élevé de souches virales différentes (plus de 200 souches que l'on pourrait regrouper à la rigueur en une dizaine de familles), il est peu probable que l'on arrive à mettre au point un vaccin efficace contre toutes ces souches ou familles de souches (jusqu'à présent, les vaccins mis au point contre d'autres infections agissent sur une seule souche, parfois sur deux ou trois souches différentes comme c'est le cas pour le vaccin anti-poliomyélite). D'autres part, il faut savoir que la très grande variabilité de la structure génétique du VIH peut aussi se manifester dans le temps chez une même personne et faire ainsi apparaître des mutations pouvant rendre inefficace un traitement ou un vaccin.
Enfin, certaines séroconversions seraient survenues après vaccination ; ce qui impliquerait que ce type de vaccin pourrait être dangereux pour certaines personnes.
D'autres prototypes de vaccins sont à l'étude. Il s'agit notamment de celui qui utilise, comme déterminant vaccinal, une molécule humaine intervenant au niveau des cellules infectées (c'est le cas de la bêta-2-microglobuline proposée par le Pr Cherman de l'Institut Pasteur). Ce type de vaccin aurait l'intérêt de pouvoir être utile aussi pour ralentir la progression de la maladie chez des personnes déjà infectées.
On peut aussi se demander si ce type de vaccin ne présente pas un risque, car il pourrait déclencher la formation d'anticorps vis-à-vis d'une molécule qui existe aussi au niveau d'autres cellules que les cellules cibles du HIV.

Du nouveau …

Groupement mondial pour un vaccin contre le VIH : L'OMS et l'ONUSIDA saluent l'approbation par le G8 du groupement mondial pour un vaccin contre le VIH (Genève, 11 juin 2004).
L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA) ont salué l'approbation par le G8 du Groupement mondial pour le vaccin contre le VIH, un consortium virtuel proposé par un groupe international de scientifiques et visant à accélérer la mise au point d'un vaccin contre le VIH.
La mise au point d'un vaccin contre le VIH/SIDA a été laborieuse, en raison surtout des énormes problèmes scientifiques, logistiques et financiers à surmonter. Depuis la découverte du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) comme cause du SIDA en 1983/84, de multiples vaccins potentiels ont été éprouvés et plus de 70 essais cliniques effectués avec un succès moyen.
Jusqu'ici un seul vaccin potentiel est parvenu au stade des essais définitifs sans qu'on observe un niveau d'efficacité particulier. Il faut donc consolider et intensifier tous les efforts internationaux pour améliorer encore les progrès dans ce domaine.
Le Directeur général de l'OMS, le Dr LEE Jong-wook, s'est félicité de l'approbation de cette initiative par le G8 en soulignant que "le Groupement mondial pour un vaccin contre le VIH apportera une dimension politique et financière nouvelle pour relever le défi complexe de la mise au point d'un vaccin sûr et efficace contre le VIH/SIDA".
Le Groupement mondial pour un vaccin contre le VIH renforcera la coordination, l'échange d'informations et la collaboration mondiale entre les chercheurs dans les pays industrialisés et en développement aussi bien dans le secteur privé que dans le secteur public. Il établira un ordre de priorités pour les problèmes scientifiques à traiter, coordonnera les efforts de mise au point de produits et encouragera une meilleure utilisation de technologies fondées sur l'échange d'informations. Les ressources existantes correspondront mieux aux priorités et seront acheminées de manière plus efficace. Les efforts du Groupement permettront aussi de promouvoir une plus grande synergie entre la recherche sur de nouvelles technologies et les efforts mondiaux visant à renforcer les interventions de prévention et de traitement qui existent déjà dans le domaine du VIH/SIDA.
Pour le Dr Peter Piot, Directeur exécutif de l'ONUSIDA, "le SIDA nous a toujours forcé à envisager les choses de manière différente et cela vaut aussi pour la mise au point d'un vaccin. L'approbation par le G8 du Groupement mondial pour un vaccin contre le VIH donne une impulsion vitale à cet égard en favorisant la planification stratégique, la collaboration et l'investissement mondial des gouvernements et de l'industrie nécessaires à l'effort intensif que suppose la mise au point d'un vaccin contre le VIH mondialement accessible à un prix abordable".
Pour atteindre ces objectifs, le Groupement élaborera un plan stratégique pour la mise au point, la mise à l'épreuve et la production de vaccins potentiels contre le VIH en collaboration avec les principaux partenaires nationaux et internationaux, ainsi qu'avec les fabricants de vaccins.
Les partenaires sont notamment le National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID), le Vaccine Research Center aux National Institutes of Health des Etats-Unis (NIH), les Instituts de recherche européens, l'Initiative internationale pour un vaccin contre le SIDA (IAVI), les programmes de vaccination de l'Union européenne et des pays contre le VIH, ainsi que des établissements de recherche de pays en développement.
L'OMS et l'ONUSIDA se sont engagés à appuyer le Groupement en contribuant au renforcement des capacités dans les pays en développement en vue d'essais cliniques au niveau scientifique et éthique le plus élevé et en s'attachant à résoudre d'autres problèmes comme l'accès futur aux vaccins contre le VIH dans le cadre des programmes de prévention, de traitement et de soins concernant le VIH/SIDA.

Notes

[1] Communiqué de GlaxoSmithkline du 31 janvier 2002

[2] Nature 2002 Jan 17;415(6869):331-5

[3] Avant la mise au point du vaccin ou d'un autre médicament, de nombreuses années sont nécessaires. Si l'on constate qu'un composé est prometteur et inoffensif sur des animaux de laboratoire, on amorce les essais sur l'homme. Cette étape s'effectue en trois phases d'essais cliniques bien distinctes :

  • Phase I : La sécurité et l'innocuité du produit sont testées sur un petit échantillon. Cette première étape dure entre 12 et 18 mois ;
  • Phase II : Cet essai vise à identifier les principaux effets secondaires à court terme et les risques associés. Il permet également de relever les indices préliminaires d'efficacité. Portant sur plusieurs groupes de volontaires, cette phase peut durer deux ans ;
  • Phase III : Cette étude contrôlée vise à déterminer l'efficacité du produit avec la dose et le schéma d'administration pressentis. En général, plusieurs milliers de personnes participent à cette étape, qui dure entre trois et quatre ans. [3] Alvac Fact Sheet - disponible sur le site d'Aventis Pasteur

[4] De très nombreuses informations sur la mise au point, le fonctionnement et la conduite de ces essais se trouvent sur le site de la firme Vaxgen

[5] Voir le lien http://www.doctissimo.fr/html/sante/mag_2001/mag0629/sa_4272_vaccinsida.htm

Fait à Kigali, ce 14 juin 2004
par Dr TWAGIRUMUKIZA Marc
twamarc@yahoo.fr

 

 
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