|
En 1988, l'Assemblée mondiale de la Santé a décidé d'éradiquer
la poliomyélite dans le monde avant 2000. Malgré les progrès importants
dans cette voie signalés par les 6 régions de l'OMS, la transmission
du poliovirus sauvage était encore considérée comme endémique dans
20 pays fin 2000.
Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour mener à bien l'éradication.
L'OMS a élaboré un plan d'action mondial qui prévoit la certification
de l'éradication de la poliomyélite pour 2005 (3 ans après l'interruption
mondiale de la circulation du poliovirus).
Le présent article fait le point de l'état d'avancement de l'initiative
pour l'éradication mondiale de la poliomyélite, mettant en relief
les réductions spectaculaires de l'incidence de la poliomyélite
qui ont suivi l'accélération de la vaccination supplémentaire et
examinant les obstacles restants qui pourraient retarder l'éradication.
Les progrès rapides accomplis sur la voie de l'interruption de
la transmission du poliovirus sauvage, en particulier en Inde, le
plus grand pays d'endémie poliomyélitique restant, montrent bien
que l'éradication mondiale de la poliomyélite est réalisable. Le
but initial de l'interruption de la transmission dans le monde avant
fin 2000 n'a pu être atteint en raison de plusieurs facteurs, y
compris la mise en œuvre tardive des stratégies d'éradication de
la poliomyélite dans certaines régions, la difficulté à accéder
aux populations dans les pays en proie à une guerre et l'amélioration
plus lente que prévu de la qualité des activités de vaccination
supplémentaire et de surveillance.
La diminution continue du nombre des pays d'endémie - de 30 fin
1999 à 20 fin 2000 - et les progrès visibles dans les pays d'endémie
poliomyélitique restants donnent néanmoins à penser que la transmission
pourrait être interrompue dans le monde avant fin 2002, et l'éradication
du poliovirus sauvage indigène finalement certifiée dans le monde
avant fin 2005. Cela suppose la mise en œuvre complète des stratégies
d'éradication de la poliomyélite dans tous les pays d'endémie poliomyélitique
restants, y compris les pays en proie à une guerre civile.
Entre autres points saillants concernant l'éradication de la poliomyélite
en 2000 figurent la baisse de 60% des cas déclarés dans le monde
en 1 an, la certification de l'absence de poliomyélite dans la Région
du Pacifique occidental, l'accélération des activités en Afrique
comme en témoignent les journées nationales de vaccination synchronisées
en Afrique occidentale fin 2000, ainsi que l'engagement public en
faveur d'un monde sans poliomyélite pris par les dirigeants mondiaux
et les partenaires pour la lutte antipoliomyélitique lors du sommet
sur la poliomyélite en septembre 2000 au Siège des Nations Unies
à New York.
L'expérience acquise en 2000 montre que le succès dans les pays
d'endémie poliomyélitique restants dépendra de plus en plus de la
capacité à surmonter trois difficultés principales :
1) atteindre et vacciner le plus grand nombre possible d'enfants,
en particulier dans les pays affectés par des conflits;
2) maintenir et améliorer l'engagement des gouvernements et la
participation pluri - sectorielle face à une maladie en voie de
disparaître et
3) s'assurer de la disponibilité des fonds extérieurs nécessaires
pour mener la tâche à bien.
Au nombre des autres difficultés rencontrées en 2000 figurait l'importation
continue de poliovirus des zones d'endémie vers les zones exemptes
de poliomyélite, démontrant la fragilité de l'"absence de poliomyélite"
dans quelque zone que ce soit et mettant en lumière l'importance
capitale du maintien d'une forte couverture vaccinale contre la
poliomyélite et d'une surveillance du niveau requis pour la certification.
La flambée du Cap-Vert, associée à l'importation de poliovirus d'Angola,
a rappelé tragiquement la gravité potentielle de l'infection due
au poliovirus (17 décès), et elle souligne que même les zones qui
ont été exemptes de poliomyélite pendant de nombreuses années (voire
des décennies) peuvent être exposées au risque de transmission du
poliovirus si l'immunité des populations contre les poliovirus n'est
pas maintenue.
La flambée de poliovirus dérivé de la souche vaccinale sur l'île
d'Hispaniola ne se serait pas produite si l'immunité de la population
avait été suffisante. La flambée confirme également la nécessité
de maintenir une couverture vaccinale élevée et une surveillance
sensible de la PFA pour permettre la détection précoce de telles
flambées et l'adoption rapide des mesures voulues.
La première priorité de l'initiative pour l'éradication mondiale
de la poliomyélite est d'achever l'éradication dès que possible.
Le but de l'éradication est à portée de main et les tâches à accomplir
pour réaliser l'éradication sont bien définies. Une nouvelle accélération
de la mise en œuvre des stratégies d'éradication de la poliomyélite
sera néanmoins nécessaire, en particulier dans les pays en guerre.
Tous les partenaires pour l'éradication de la poliomyélite 9 doivent
s'assurer que les investissements énormes déjà consentis en faveur
de l'éradication de la poliomyélite sont protégés et que les pays
d'endémie bénéficient de tout le soutien nécessaire pour toucher
au but de l'éradication, même si la fin du parcours est peut-être
la plus dure.
Et actuellement… ?
Dans l'ensemble, malgré les succès remportés par l'Initiative mondiale
d'éradication de la poliomyélite, il y a eu pour la toute première
fois en 2003 davantage de pays dans lesquels des cas de poliomyélite
dus à des importations de poliovirus sauvages étaient notifiés,
que de pays où la maladie était encore endémique - tendance qui
s'est poursuivie en 2004.
La flambée de poliomyélite en cours, qui a démarré dans le nord
du Nigéria à la suite de la suspension des activités d'éradication
dans l'Etat de Kano au milieu de l'année 2003, a entraîné la réinfection
par des poliovirus sauvages de 10 pays d'Afrique précédemment exempts
de poliomyélite.
Le séquençage génétique des poliovirus sauvages isolés dans ces
pays a permis de les relier aux virus circulant actuellement dans
le nord du Nigéria.
L'imminence de la saison des pluies en Afrique de l'Ouest et du
Centre (milieu de l'année 2004) annonce le pic de transmission du
poliovirus sauvage.
Les pays qui entourent le Nigéria vont être exposés à la plus grande
épidémie de poliomyélite de ces dernières années et le risque d'autres
importations du poliovirus sauvage dans des pays exempts de poliomyélite
va encore augmenter dans le monde.
Au total, 80 cas ont désormais été notifiés dans des pays d'Afrique
précédemment exempts de poliomyélite au cours de la période de 18
mois s'étendant du début janvier 2003 à la fin juin 2004, comme
nous l'indiqué l'OMS dans la revue hebdomadaire "Relevé épidémiologique
hebdomadaire [No. 29, 2004, 79, 265-272 : 16 JUILLET 2004, 79e ANNÉE,
http://www.who.int/wer
], citant les notifications des numéros précédents [No 27, 2004,
pp. 245-246 et No 25, 2004, pp. 229-234].
Ces données de l'OMS montrent également la date de notification
du dernier cas endémique connu dans chacun de ces pays, la date
du premier cas dû à un poliovirus sauvage importé, la durée pendant
laquelle (en mois) chaque pays avait été précédemment exempt de
poliomyélite, le nombre total de cas de poliomyélite ayant fait
suite à la première importation du poliovirus sauvage, et la date
du plus récent cas de poliomyélite dû à l'importation de poliovirus
sauvages.
Fait à Kigali, ce 23 juillet 2004
par Dr TWAGIRUMUKIZA Marc
twamarc@yahoo.fr
|