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L'hépatite B est une infection causée par un virus qui s'attaque
au foie. Elle se transmet par le sang, le sperme et les sécrétions
vaginales d'une personne infectée.
On peut attraper ce virus : Lors de relation sexuelle avec une personne
infectée par le virus de l'hépatite B; par le contact à travers
la peau avec d'une personne infectée (piqûre avec une aiguille souillée
par du sang, partage de seringues et d'aiguilles, de rasoir, de
brosse à dents et perçage d'oreilles, ...); par un contact entre
une muqueuse et le sang d'une personne infectée ( éclaboussure de
sang dans l'oeil, le nez ou la bouche, ...). Une femme enceinte
infectée peut transmettre le virus à son enfant à la naissance.
La transmission par transfusion sanguine est peu probable dans les
pays industrialisés grâce au dépistage effectué sur les dons de
sang.
Il peut s'écouler de 6 semaines à 6 mois entre l'entrée du virus
dans l'organisme et le début des symptômes. Chez près de la moitié
des personnes atteintes, l'infection passe inaperçue. Les autres
personnes présentent des symptômes variés dont la jaunisse (peau
et blanc des yeux jaunes) souvent avec de la fièvre, des nausées,
des malaises abdominaux et parfois des vomissements et de la diarrhée
(hépatite B aigue). La plupart des gens guérissent spontanément.
Toutefois, environ une personne sur dix demeure infectée par le
virus pour une période variable. Les personnes présentant une infection
chronique au virus sont généralement en bonne santé, mais sont plus
à risque de développer une maladie chronique du foie (cirrhose,
...). Le décès survient chez 1 % des cas d'hépatite B aigue.
Les personnes infectées symptomatiques ou non sont contagieuses
pendant plusieurs semaines. Une fois guéries, elles ne peuvent plus
transmettre la maladie. Par contre, les personnes présentant une
infection chronique peuvent transmettre la maladie.
Conformément à son mandat, qui est de conseiller les Etats Membres
en matière de politique de santé, l'OMS publie une série de notes
de synthèse, régulièrement mises à jour, sur les vaccins et les
associations vaccinales utilisés contre des maladies ayant des répercussions
sur la santé publique internationale.
Ces notes portent principalement sur l'utilisation des vaccins dans
les programmes de vaccination à grande échelle; le recours limité
à la vaccination, telle qu'elle est pratiquée essentiellement dans
le secteur privé, peut constituer un complément précieux des programmes
nationaux, mais ne relève pas de ces documents d'orientation.
Les notes de synthèse résument les informations générales essentielles
sur les maladies et vaccins correspondants, et présentent en conclusion
la position actuelle de l'OMS concernant leur utilisation dans le
cadre mondial.
Elles ont été examinées par un certain nombre d'experts à l'OMS
et à l'extérieur, et sont principalement destinées aux responsables
nationaux de la santé publique et aux administrateurs des programmes
de vaccination. Toutefois, ces notes peuvent également être utiles
aux organismes internationaux de financement, aux fabricants de
vaccins, aux professions de santé et aux médias scientifiques.
Position de l'OMS sur l'utilisation des vaccins anti-hépatite
B
L'objectif principal des stratégies de vaccination anti-hépatite
B est de prévenir les infections chroniques à virus de l'hépatite
B (HBV) et leurs conséquences gravissimes, cirrhose hépatique et
cancer du foie.
Il est souhaitable que la vaccination systématique de tous les nourrissons
contre l'infection à HBV soit intégrée totalement dans les calendriers
nationaux de vaccination dans le monde entier.
La couverture du nourrisson par la série complète d'injections de
la primovaccination a une influence capitale sur la prévalence des
infections à HBV chroniques chez l'enfant et doit être considérée
comme la première des priorités concernant le HBV.
Divers protocoles vaccinaux de vaccination anti-hépatite B sont
possibles dans les programmes nationaux, en fonction de la situation
épidémiologique et des caractéristiques des programmes. Cependant,
dans les pays où une part importante des contaminations par HBV
a lieu en période périnatale, la première dose de vaccin anti-hépatite
B sera donnée le plus tôt possible après la naissance (<24 heures).
Dans les pays où la contamination périnatale par le HBV est moins
fréquente, on pèsera soigneusement les éléments suivants avant de
choisir le protocole vaccinal optimal: part relative des contaminations
périnatales par HBV dans la charge de morbidité globale, faisabilité
et coût/efficacité de la vaccination à la naissance.
Les stratégies de rattrapage s'adressant aux classes d'âge plus
âgées ou aux groupes exposés à des facteurs de risque de contamination
par le HBV seront envisagées en complément de la vaccination systématique
du nourrisson dans les pays d'endémie faible ou intermédiaire de
l'hépatite B.
Dans de telles situations, une partie importante de la charge de
morbidité peut être attribuée aux infections contractées par les
enfants plus âgés, les adolescents et les adultes.
Dans les pays où l'endémicité est élevée, la vaccination systématique
et à grande échelle du nourrisson diminue rapidement la transmission
du HBV. La vaccination de rattrapage chez les enfants plus âgés
et les adultes a alors relativement peu d'influence sur les pathologies
chroniques, la plupart d'entre eux étant déjà infectés.
Généralités sur l'hépatite B
Le germe pathogène et la maladie
Le virus de l'hépatite B (HBV) est un virus enveloppé à ADN double
brin, de la famille des hépadnaviridés. Avec un génome de seulement
3200 paires de bases, le HBV est l'un des plus petits virus à
ADN connus. Il se réplique dans les hépatocytes de l'homme et
d'autres primates supérieurs, mais ne pousse pas en culture de
cellules artificielle. L'antigène de surface du virus de l'hépatite
B (HBsAg) est une lipoprotéine de l'enveloppe virale fabriquée
en excès, qui passe dans la circulation où elle se trouve sous
forme de particules sphériques et tubulaires de 22 nm.
HBsAg comporte un épitope neutralisant, appelé déterminant a.
Deux autres déterminants de HBsAg, d/y et w/r, ont été décrits,
permettant de définir quatre sous-types de HBV: adw, adr, ayw
et ayr.
Certaines substitutions des acides aminés présents dans l'épitope,
notamment dans la séquence 137-147, peuvent empêcher la reconnaissance
du déterminant a par les tests de dépistage habituels et par les
anticorps suscités par le vaccin. Si, théoriquement, la pression
de sélection induite par la vaccination ou les traitements antiviraux
peut favoriser la réplication de ces mutants, leur éventuelle
importance clinique reste mal définie, et leur importance pour
la santé publique n'est pas prouvée.
L'issue de l'infection à HBV est fonction de l'âge, avec notamment
l'hépatite B aiguë (cliniquement apparente), l'infection à HBV
chronique, la cirrhose et le cancer du foie. Le risque d'hépatite
B aiguë est d'environ 1% en période périnatale, 10% chez le jeune
enfant (1-5 ans) et 30% en cas d'infection tardive (>5 ans). Une
hépatite fulminante survient dans 0,1-0,6% des hépatites B aiguës;
la mortalité de l'hépatite B fulminante est voisine de 70%. L'apparition
d'une infection à HBV chronique est inversement liée à l'âge et
s'observe dans environ 90% des infections périnatales, 30% des
infections du jeune enfant et 6% des infections après l'âge de
5 ans.
La probabilité d'évolution vers la chronicité n'est pas différente,
que l'infection soit symptomatique ou asymptomatique.
En cas d'infection à HBV chronique, le risque de décès prématuré
par cirrhose et cancer du foie liés au HBV est de 15-25%.
Cliniquement, il est impossible de distinguer l'hépatite B des
hépatites provoquées par d'autres virus. C'est la raison pour
laquelle la confirmation du diagnostic au laboratoire est indispensable.
Sérologiquement, l'infection à HBV est caractérisée par la présence
de HBsAg et d'IgM dirigées contre l'antigène central HBc (IgM
anti- HBc). Au cours de la phase initiale de l'infection caractérisée
par l'intensité de la réplication, les patients sont également
séropositifs pour l'antigène e du virus de l'hépatite B (HBeAg).
Les anticorps dirigés contre HBsAg (anticorps anti-HBs) apparaissent
quelques semaines plus tard et sont suivis de la disparition de
HBsAg. L'infection chronique est caractérisée par la persistance
de HbsAg (>6 mois) (en présence ou non de HBeAg). La persistance
de HbsAg est le principal marqueur de risque de l'apparition ultérieure
d'une hépatite chronique et d'un cancer du foie. La présence de
HbeAg indique que le sujet est hautement contagieux. Chaque année,
10% environ des cas chroniques deviennent HBeAg négatifs et élaborent
des anticorps anti-HBe, attestant un passage à la phase de faible
réplication. On estime à 1 % par an le pourcentage de cas chroniques
non traités chez lesquels HBsAg disparaît.
Un traitement de longue durée associant l'interféron alfa 2-b
et des analogues nucléosidiques modernes peut permettre de supprimer
la réplication virale dans 40-50% des cas d'infection à HBV chronique.
C'est un traitement extrêmement coûteux et souvent compliqué par
des effets secondaires graves, l'induction de HBV mutants et la
fréquence élevée des rechutes.
Les IgG anti-HBsAg (anti-HBs) sont utilisées comme marqueurs de
l'immunité, et les immunoglobulines de titre élevé en anti-HBs
(HBIG) sont employées en sérothérapie, souvent en association
avec le vaccin anti-hépatite B. Cependant, des études chez des
vaccinés montrent que si le taux d'anticorps est faible ou indécelable
plusieurs années après la vaccination, ils sont, après exposition,
toujours protégés contre les manifestations symptomatiques et
asymptomatiques du HBV. Après revaccination, on observe chez ces
personnes une réponse anamnestique typique, attestant que la protection
à long terme repose sur les lymphocytes T mémoire. La gravité
de la maladie clinique comme l'élimination du virus sont corrélées
à la réponse immunitaire de type cellulaire vis-à-vis de plusieurs
protéines virales.
La tolérance immunitaire acquise à la naissance vis-à-vis d'antigènes
viraux jouerait un rôle important dans la persistance néonatale
du HBV, alors que les mécanismes immunitaires à l'origine de la
chronicité de l'infection à HBV, moins fréquente chez l'enfant
plus âgé et l'adulte, sont mal définis.
Pour la Santé publique
L'infection à HBV est ubiquitaire. On estime actuellement que
plus de 2 milliards de personnes dans le monde ont été infectées.
Parmi elles, 360 millions environ ont une infection chronique
et sont exposées à un risque de forme grave de la maladie et de
décès par cirrhose ou cancer du foie, des maladies que l'on estime
responsables de 500 000-700 000 décès chaque année dans le monde.
L'homme est le seul réservoir de HBV. Le virus est fortement
contagieux et se transmet par exposition percutanée ou permuqueuse
au sang ou à d'autres liquides biologiques contaminés (sperme
ou sécrétions vaginales). La transmission de la mère à l'enfant,
ou d'un enfant à un autre, par les injections à risque, par les
transfusions sanguines et par les contacts sexuels, sont des voies
de transmission fréquentes. La durée moyenne de l'incubation est
de 75 jours, avec des extrêmes de 30 et 180 jours. Le HBV peut
être décelé dans le sérum dans les 30-60 jours qui suivent l'infection
et persiste pendant une durée extrêmement variable.
Quand la prévalence de l'hépatite B est élevée (>8 % de la population
est HBsAg-positive) il arrive qu'une fraction de la population
qui peut atteindre 20%, soit infectée chroniquement. D'après les
critères sérologiques, on observe une prévalence élevée de l'infection
à HBV chronique dans certaines zones d'Afrique subsaharienne,
en Asie du Sud-Est, dans les pays de la Méditerranée orientale,
dans les îles du Pacifique sud et occidental, à l'intérieur du
Bassin amazonien et dans certaines parties des Caraïbes.
La prévalence de l'hépatite chronique est modérée (>2-<8% de la
population est HBsAg-positive) en Asie du Sud centrale et occidentale,
en Europe orientale et méridionale, dans la Fédération de Russie
et dans la plupart des pays d'Amérique centrale et d'Amérique
du Sud. En Australie, en Nouvelle-Zélande, en Europe septentrionale
et occidentale ainsi qu'en Amérique du Nord, la prévalence de
l'infection à HBV chronique est faible (<2% de la population est
HBsAgpositive).
En secteur d'hyperendémie, le HBV se transmet très fréquemment
de la mère à l'enfant à la naissance, ou de personne à personne
pendant la petite enfance. Dans les pays où l'endémicité est faible,
les voies les plus importantes d'infection par le HBV sont la
transmission sexuelle et l'utilisation d'aiguilles contaminées,
parmi les utilisateurs de drogues injectables notamment.
La transmission périnatale peut cependant représenter 15% des
décès liés à HBV, même en secteur de faible endémicité.
Vaccins et vaccination anti-hépatite B
Il existe deux types de vaccin anti-hépatite B : les vaccins
dérivés du plasma et les vaccins recombinants. Ces deux vaccins
ne diffèrent ni par leur réactogénicité ni par leur efficacité
ni par leur durée de protection. Leur thermostabilité est également
comparable: tous deux doivent être transportés et conservés à
2-8 ºC; la congélation doit être évitée, car elle provoque la
dissociation de l'antigène et de l'hydroxyde d'aluminium ajouté
comme adjuvant. Ces deux vaccins supportent des températures allant
jusqu'à 45 ºC pendant une semaine, et jusqu'à 37 ºC pendant un
mois, sans modification de leur immunogénicité ni de leur réactogénicité.
Ces deux types de vaccin anti hépatite B peuvent être utilisés
l'un à la place de l'autre; dans le présent article, ils sont
conjointement désignés par l'expression de vaccin anti-hépatite
B.
Les vaccins dérivés du plasma sont préparés à partir de HbsAg
purifié extrait du plasma de personnes atteintes d'infection à
HBV chronique. Ces vaccins sont commercialisés depuis 1982.
Après purification poussée, les éventuelles particules infectieuses
résiduelles sont éliminées par différents processus d'inactivation.
Le phosphate d'aluminium ou l'hydroxyde d'aluminium sont ajoutés
aux vaccins comme adjuvant et dans les flacons multidoses. Le
thiomersal est utilisé comme conservateur.
Les vaccins anti-hépatite B recombinants utilisent un HbsAg synthétisé
par des levures ou des cellules de mammifères dans lesquelles
un gène codant pour HBsAg (gènes HBsAg/pré-HBsAg) a été introduit
au moyen de plasmides. Les cellules transformées sont cultivées
dans des fermenteurs de grande dimension et le HbsAg exprimé s'auto-assemble
pour constituer des particules sphériques immunogènes dans lesquelles
l'antigène a fortement immunogène est exposé. Les particules recombinantes
ne diffèrent des particules naturelles que par la glycosylation
de HBsAg. Après une purification poussée pour éliminer les constituants
des cellules hôtes, on ajoute de l'alun (et dans certaines préparations,
du thiomersal).
Compte tenu des différences dans les processus de fabrication,
la quantité de HBsAg par dose de vaccin qui suscite une réponse
immunitaire protectrice varie avec les différents produits (de
2,5 à 40 µg par dose adulte). C'est la raison pour laquelle il
n'existe pas d'étalon international d'activité vaccinale exprimé
en µg de HbsAg par ml.
Le vaccin anti-hépatite B est présenté sous forme monovalente
ou en association fixe avec d'autres vaccins, en particulier DTC
(C entier ou acellulaire), Hib, hépatite A et VPI. La vaccination
contre HBV à la naissance se fait uniquement avec le vaccin monovalent:
les autres antigènes qui pourraient être associés à ce vaccin
ne sont pas actuellement approuvés pour la vaccination à la naissance.
Immunogénicité et efficacité clinique
L'efficacité protectrice de la vaccination anti-hépatite B est
directement liée à l'induction des anticorps anti-HBs. Un titre
en anticorps >10 mUI par ml, 1 à 3 mois après l'administration
de la dernière dose du schéma vaccinal de primovaccination, est
considéré comme un marqueur fiable de protection immédiate et
durable contre l'infection. L'efficacité clinique des vaccins
anti hépatite B dans la prévention du cancer du foie chez les
enfants plus âgés vaccinés pendant la première enfance a été démontrée.
Le schéma vaccinal complet suscite des titres d'anticorps protecteurs
chez plus de 95% des nourrissons, des enfants et des adultes jeunes.
Après 40 ans, la protection après primovaccination chute en dessous
de 90%; à 60 ans, on obtient des titres d'anticorps protecteurs
chez seulement 65-75% des vaccinés.
La durée de la protection est d'au moins 15 ans, et, d'après les
arguments scientifiques dont on dispose actuellement, définitive.
Certains prématurés dont le poids de naissance est faible (<2000
g) peuvent ne pas répondre correctement à la vaccination à la
naissance. Cependant, à un mois, tous les prématurés, quel que
soit leur poids de naissance initial ou leur âge gestationnel,
devraient répondre de façon satisfaisante.
En cas d'affection immunodépressive, infection à VIH avancée,
maladie du foie chronique, insuffisance rénale chronique, diabète,
l'immunogénicité du vaccin est réduite.
Protocoles vaccinaux
Plusieurs solutions sont possibles pour introduire le vaccin
anti-hépatite B dans les programmes nationaux de vaccination.
Le choix du schéma vaccinal dépend de la situation épidémiologique
locale et des caractéristiques des programmes. L'intervalle recommandé
entre deux doses est au minimum de quatre semaines. L'augmentation
de l'intervalle entre deux doses augmente le titre final en anticorps
anti-HBs, mais pas le taux de séroconversion.
L'administration de plus de trois doses de vaccin n'est pas nécessaire,
quel que soit le temps qui les sépare (> quatre semaines).
Les schémas de vaccination recommandés peuvent être séparés en
deux grandes catégories: ceux qui comportent une vaccination à
la naissance et les autres. Quand le schéma comporte une dose
à la naissance, cette première dose est suivie d'une deuxième
et d'une troisième dose lors de l'administration de la première
et de la troisième injection de vaccin antidiphtérique-tétanique-coquelucheux
(DTC).
On peut aussi utiliser un schéma en quatre injections quand la
dose administrée à la naissance est suivie de trois autres doses
; celles-ci peuvent être données soit au moyen d'un vaccin monovalent,
soit au moyen d'un vaccin associé (à DTC et/ou Hib) conformément
aux schémas vaccinaux couramment utilisés pour ces vaccins.
On peut ainsi prévenir la plupart des infections transmises en
période périnatale.
Certains pays ont choisi de ne pas recourir à la vaccination universelle
mais de procéder à la recherche de l'HBsAg chez toutes les femmes
enceintes et de vacciner les nouveau-nés dont la mère est HBsAg-positive.
Une telle stratégie n'est habituellement pas applicable dans les
pays en développement où la prévalence de la maladie est élevée,
et pourrait bien ne pas être l'option la plus fiable et la plus
commode, même dans les pays où la recherche de l'HbsAg pendant
la grossesse est une pratique courante. Si la première injection
n'est pas administrée à la naissance, le vaccin anti-hépatite
B est en général donné en même temps que le DTC, soit sous forme
monovalente, soit associé au DTC et/ou au vaccin anti-Hib.
Les pays qui choisissent la vaccination à la naissance doivent
vacciner les nourrissons nés avant terme à la naissance, puis
appliquer ensuite leur propre calendrier national de vaccination
antihépatite B.
Cependant, si le poids de naissance est <2000 g, la dose de vaccin
administrée à la naissance ne sera pas comptée dans la série de
la primovaccination, et trois autres doses seront administrées.
Les immunodéprimés, enfants et adultes, peuvent également bénéficier
de la vaccination. La réponse immunitaire peut cependant être
plus faible et des injections de rappel éventuellement nécessaires.
Le taux d'anticorps anti HBs sera si possible contrôlé après vaccination
des sujets immunodéprimés.
Posologie et administration
La dose recommandée varie avec le produit et l'âge du receveur.
Dans la plupart des cas, le nourrisson et l'adolescent reçoivent
la moitié de la dose adulte. Le vaccin est administré par injection
intramusculaire dans la face antérolatérale de la cuisse (nourrissons
et enfants <2 ans) ou dans le deltoïde (enfants plus âgés et adultes).
L'administration dans la fesse n'est pas recommandée, cette voie
ayant été associée à des taux d'anticorps protecteurs plus faibles
et à des lésions du nerf sciatique.
La voie intradermique n'est pas recommandée, la réponse immunitaire
étant moins fiable, en particulier chez l'enfant. Le vaccin antihépatite
B ne modifie pas les réponses immunitaires vis-à-vis d'autres
vaccins, et inversement. Plus spécialement, on peut administrer
en toute sécurité la dose de vaccin anti-hépatite B à la naissance
et le vaccin par le BCG (bacille de Calmette et Guérin); le BCG
n'interfère pas avec la réponse au vaccin anti-hépatite B. Cependant,
sauf s'il est présenté en associations fixes, le vaccin anti hépatite
B et les autres vaccins administrés au cours de la même visite
seront injectés en des points différents.
Contrôles sérologiques après vaccination.
Il n'est pas nécessaire de déterminer la réponse en anticorps
après la vaccination systématique. Toutefois, lorsque c'est possible,
il est utile de connaître la réponse à la vaccination dans certains
groupes :
- personnes exposées professionnellement à un risque d'infection;
- nourrissons nés de mère HBsAg-positive;
- personnes immunodéprimées;
- partenaires sexuels de personnes HBsAg-positives.
Le contrôle des anticorps anti-HBs doit être fait avec une méthode
qui permet de connaître le titre des anti-HBs, pour savoir si
celui-ci est protecteur (>10 mUI par ml). Chez l'adulte, la sérologie
sera pratiquée 1-2 mois après la fin de la primovaccination. Lorsque
les ressources le permettent, la sérologie sera pratiquée chez
les nourrissons nés de mère HBsAg-positive à l'âge de 8-15 mois,
après la fin du schéma vaccinal. Les personnes n'ayant pas élaboré
d'anticorps après le schéma de primovaccination seront adressées
à un spécialiste.
Effets indésirables
Dans des études contrôlées contre placebo, à l'exception d'une
douleur locale, les effets indésirables signalés tels que myalgie
et fièvre passagère n'ont pas été plus fréquents dans le groupe
vaccinés que dans le groupe placebo (<10% chez l'enfant, 30% chez
l'adulte). Les réactions anaphylactiques graves sont très rares.
Rien n'indique dans les données disponibles une association causale
entre le vaccin anti-hépatite B, d'une part, et d'autre part le
syndrome de Guillain-Barré ou les affections démyélinisantes,
y compris la sclérose en plaques. Il n'y a pas non plus de données
épidémiologiques indiquant une association causale entre la vaccination
contre l'hépatite B et le syndrome de fatigue chronique, l'arthrite,
les troubles auto immuns, l'asthme, la mort subite du nourrisson
ou le diabète.
Indications et contre-indications
La vaccination de tous les enfants et adolescents de moins de
18 ans non encore vaccinés est recommandée.
La vaccination contre l'hépatite B est également indiquée chez
certains groupes très exposés au risque de contracter une infection
à HBV, notamment les personnes ayant un comportement sexuel à
haut risque, les partenaires et l'entourage des personnes HBsAg-positives,
les utilisateurs de drogues intraveineuses, les personnes recevant
fréquemment des transfusions de sang ou de produits sanguins,
les personnes ayant reçu une greffe d'organe solide, les personnes
ayant un risque professionnel d'infection à HBV, personnels de
santé notamment, ainsi que les voyageurs dans les pays d'endémie
à HBV.
Le vaccin anti-hépatite B est contre-indiqué en cas d'antécédents
de réactions allergiques à l'un quelconque des constituants du
vaccin.
Ni la grossesse ni l'allaitement ne sont des contre-indications
à cette vaccination.
Immunisation passive contre l'hépatite B
Une immunité temporaire peut être obtenue au moyen d'immunoglobulines
anti-hépatite B (HBIG) pour assurer la prophylaxie après exposition.
Celle-ci peut être indiquée
- chez le nouveau-né dont la mère est HBsAg-positive,
- après exposition percutanée ou muqueuse au sang ou aux liquides
organiques contaminés par le HBsAg,
- après exposition sexuelle avec une personne HbsAg positive
et
- pour protéger les patients d'une infection à HBV récurrente
après greffe de foie.
En règle générale, les HBIG seront utilisées en complément de
la vaccination anti-hépatite B. Cependant, chez l'enfant né à
terme, la protection contre une infection contractée en période
périnatale apportée par une vaccination anti hépatite B immédiate
(<24 heures) n'est pas beaucoup améliorée par les HBIG.
Position générale de l'OMS concernant les vaccins
Les vaccins destinés à des interventions de santé publique à grande
échelle doivent :
- satisfaire aux normes de qualité de l'OMS; [1]
- être sans danger et efficaces contre la maladie en question
dans toutes les populations cibles;
- s'ils sont destinés au nourrisson et au jeune enfant, être facilement
adaptables au calendrier des programmes nationaux de vaccination
de l'enfant;
- ne pas modifier considérablement la réponse immunitaire à d'autres
vaccins administrés simultanément;
- être sous une forme pharmaceutique adaptée aux limites techniques
habituelles, concernant par exemple la réfrigération et la conservation;
- avoir un prix approprié aux différents marchés.
Position de l'OMS concernant le vaccin anti-hépatite
B
La vaccination universelle du nourrisson est de loin la mesure
de prévention la plus efficace contre les pathologies dues au HBV
et les programmes de vaccination anti-hépatite B bien menés devraient
progressivement entraîner une diminution des hépatites chroniques,
des cirrhoses du foie et des cancers du foie liés au HBV dans les
zones d'endémie. Après la primovaccination, presque tous les enfants
sont protégés, probablement à vie, sans avoir besoin de rappel.
A l'heure actuelle, plus de 160 pays ont suivi la recommandation
de l'OMS et introduit le vaccin anti-hépatite B dans leur programme
national de vaccination du nourrisson.
Depuis quelques années, la diminution considérable du prix du vaccin
anti hépatite B dans les pays en développement a facilité sa pénétration
dans de nombreuses zones d'endémie. La rentabilité de la vaccination
à grande échelle contre l'hépatite B est prouvée, à l'exception
des pays où l'endémicité est très faible, dans lesquels les évaluations
économiques ont donné des résultats contradictoires suivant le modèle
utilisé. Les schémas de vaccination contre l'hépatite B sont très
souples, et nombreuses sont les possibilités pour introduire le
vaccin dans les programmes nationaux existants de vaccination sans
avoir à rajouter des visites spécifiques. Le choix du schéma dépend
de la situation épidémiologique locale et des caractéristiques des
programmes.
Les stratégies nationales de prévention de la transmission périnatale
du HBV tiendront compte de l'importance de cette transmission dans
le poids global des hépatites B et de la faisabilité de la première
injection de vaccin anti-hépatite B à la naissance.
Dans les pays où l'endémicité est élevée (prévalence de HbsAg >8%)
le HBV se transmet essentiellement à la naissance, de la mère au
nourrisson, ou d'un enfant à l'autre pendant la petite enfance (<5
ans). Dans une telle situation épidémiologique, on recommande les
schémas vaccinaux comportant l'injection de la première dose de
vaccin à la naissance. On évite ainsi dans plus de 90% des cas la
transmission du HBV d'une mère HBsAg-positive à son nourrisson.
Le vaccin sera administré le plus tôt possible après la naissance
(<24 heures).
La vaccination anti-hépatite B systématique du nourrisson doit également
être prioritaire dans les pays où l'endémicité est faible ou intermédiaire
(prévalence de HBsAg >2-<8%, ou <2%, respectivement); en effet,
même dans une telle situation, une part importante des infections
chroniques résultent de la transmission du HBV au jeune enfant.
Si la recherche de HBsAg chez toutes les femmes enceintes et la
vaccination à la naissance des seuls enfants dont la mère est HBsAg-positive
paraît être une option quand la transmission du HBV est faible,
cette stratégie n'est que partiellement efficace, les femmes ayant
le plus haut risque d'infection étant souvent celles qui ne consultent
pas les services de santé prénatale.
On estime que, dans la plupart des cas, la prévention des infections
périnatales à HBV peut être réalisée grâce à l'une des deux méthodes
suivantes: vaccination anti-hépatite B en trois doses, la première
dose (vaccin monovalent) étant administrée à la naissance, et la
deuxième et la troisième (vaccin monovalent ou associé) étant administrées
en même temps que la première et la troisième dose de DTC; schéma
de vaccination en quatre doses, une dose de vaccin monovalent étant
administrée à la naissance, suivie de trois doses de vaccin monovalent
ou associé, administrées en général avec les autres vaccins du PEV.
Cette dernière approche est peut-être plus coûteuse, mais est plus
simple du point de vue du programme que le schéma vaccinal en trois
doses, et elle n'entraîne pas d'insuffisance de l'immunité chez
ceux qui n'ont pas accès à l'administration à la naissance.
En général, il est plus facile d'administrer le vaccin anti-hépatite
B à la naissance quand celle-ci a lieu dans un centre de santé.
Toutefois, le vaccin anti-hépatite B monovalent est présenté en
seringue préremplie monodose, ce qui facilite l'administration par
les agents de santé et les accoucheuses quand l'enfant naît à la
maison.
Si la couverture chez l'enfant et le nourrisson augmente, le vaccin
contre l'hépatite B est systématiquement sous-utilisé par les adultes
à haut risque, y compris par les professionnels de santé; dans la
plupart des cas ceci s'explique en partie par les primovaccinations
peu souvent complètes et le manque de financement pour les vaccinations
de l'adulte. Il semblerait que la vaccination systématique des adultes
exposés à un risque élevé dans certains contextes tels que les prisons,
dispensaires antivénériens, centres de traitement des toxicomanies
et programmes d'échange d'aiguilles, puisse entraîner des économies.
La nécessité des vaccinations de rattrapage dans les classes d'âge
plus âgées, adolescents et adultes notamment, est déterminée par
le niveau initial de l'infection à HBV dans le pays et, en particulier,
par l'importance relative qu'aurait la diminution des affections
aiguës liées au HBV. Dans les pays de forte endémicité, la vaccination
systématique à grande échelle des nourrissons diminue rapidement
l'infection et la transmission du HBV.
La vaccination de rattrapage des enfants plus âgés et des adultes
a alors relativement peu d'importance dans la mesure où la plupart
d'entre eux ont déjà été infectés. Dans les pays où l'endémicité
de l'hépatite B est faible ou intermédiaire, une part assez importante
de la charge de morbidité est due aux affections aiguës liées au
HBV et est attribuable à des infections contractées par des enfants
plus âgés, des adolescents et des adultes. Dans une telle situation
épidémiologique, le rattrapage ciblant les adolescents pourrait
être considéré comme un complément de la vaccination systématique
du nourrisson. D'autres groupes cibles éventuels de la vaccination
de rattrapage pourraient être notamment les personnes à haut risque
pour l'infection à HBV, personnels de santé susceptibles d'être
exposés au sang ou aux produits sanguins, patients dialysés, personnes
internées dans des prisons, utilisateurs de drogues injectables,
contacts sexuels et entourage des personnes atteintes d'infection
à HBV chronique et personnes ayant des partenaires sexuels multiples.
La vaccination de rattrapage ne sera envisagée que si la continuité
du programme de vaccination des nourrissons peut être garantie.
Bibliographies
1. [1] Déclaration de politique générale : déclaration sur la qualité
des vaccins. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 1997 (WHO/VSQ/GEN/96.02
Rev. 1).
2. OMS, Relevé épidémiologique hebdomadaire no. 29, 2004, 79, 265-272
: 16 juillet 2004, 79e année.
3. OMS, Relevé épidémiologique hebdomadaire No 27, 2004, pp. 245-246
4. OMS, Relevé épidémiologique hebdomadaire No 25, 2004, pp. 229-234.
Fait à Kigali, ce 30 juillet 2004
par Dr TWAGIRUMUKIZA Marc
twamarc@yahoo.fr
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