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Editorial Septembre 2001 par Marc TWAGIRUMUKIZA

Oeil du médecin : la mort guette...

Selon l'hôpital ou clinique privée consideré, le médecin est appelé plus de dix fois par jour, pour poser un diagnostic.
Il s'agit pour la plupart du temps d'une maladie et, dans de rares cas, d'un décès.
Si j'ai choisi de discuter de ce dernier cas, ce n'est pas seulement parceque la plupart des médecins se sentent " génés " par la situation elle-même, mais aussi parceque le diagnostic de la mort reste sujet à polémique…

En effet le diagnostic de la mort semble moins évident que celui d'une borréliose, ou celui d'un abcès profond, splénique par exemple.
Dans le premier cas de borréliose, une symptomatologie superposable à celui du paludisme égare souvent le médecin.
Et dans le second cas, l'on mettra longtemps à traiter une septicémie -si l'on s'est orienté vers cette piste- ou une fièvre typhoïde, ou une hépatite et que le diagnostic ne sera porté, au final, que par une échographie abdominale proposée en dernier lieu.

Dans notre cas de décès, la littérature actuelle semble s'accorder sur le fait que le diagnostic est porté en cas d'association des trois critères suivants :

- Absence totale de conscience et d'activité motrice spontanée,
- Abolition de tous les réflexes du tronc cérébral,
- Absence totale de ventilation spontanée vérifiée par une épreuve d'hypercapnie. L'attestation du caractère irréversible de la destruction encéphalique apportée par l'examen paraclinique fait par deux électroencéphalogrammes (EEG) et Angiographie.

Si je me suis permis de rappeler ici ces données de textes légaux, c'est pour montrer -encore une fois- que dans bon nombres des pays en voie de développement, aucun moyen paraclinique n'est à la disposition du médecin pour apporter le diagnostic légal.

Il ne sera amené alors qu'à apporter le diagnostic cliniquement, d'abord celui de la mort cérébrale puis l'examen clinique qui doit être pratiqué lorsque le malade est stable sur le plan circulatoire et réchauffé au delà de 35°C.
En effet, l'hypothermie donne un tableau clinique de mort encéphalique.

Les signes cliniques à rechercher sont :
- un coma profond aréactif et hypotonique
- l'absence de tout mouvement spontané ou déclenché par des stimuli douloureux
- l'absence de réactions lors des stimulations des paires crâniennes.

Viendront ensuite les signes d'apparition tardive comme la lividité, la froideur cadavérique, etc.
Combien de médecins sont-il à l'aise pour pratiquer cet examen ?
Heureusement que c'est souvent l'infirmière qui apporter la mauvaise nouvelle au Docteur qui se trouve dans son bureau...

Remarquez que ma discussion n'atteint pas encore l'arrêt cardio-respiratoire, ni l'étape que les médecins qualifient de profane qui consiste à déterminer qui meurt avant l'autre entre le cœur et le cerveau chez l'homme.
Et pourtant on se demande plus souvent s'il faut un massage cardiaque externe ou pas, s'il faut arrêter la perfusion d'ephedrine, etc.

Mais l'étape primordiale est celle qui consiste à annoncer le décès à la famille.
Souvent, l'on constate une fuite de responsabilités du médecin et c'est à l'infirmière que revient cette triste tâche.

N'est-ce pas au médecin de partager cette douleur avec la famille ?
Cette petite réflexion doit encore réveiller les discussions entre médecins, pour assumer leurs responsabilités, car ceci réconforte bien la famille éprouvée.

Enfin, si cette réflexion provoque des réactions, ce sera pour moi un honneur d'en recevoir par le biais de mon e-mail.
Qu'elle puisse réveiller les esprits pour rendre plus souples mais plus fiables les textes légaux et les textes régissant les Ordres nationaux des médecins, selon des moyens diagnostics dont disposent les pays.

Butare le 3 septembre 2001 Marc TWAGIRUMUKIZA. twamarc@yahoo.fr

 

 
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