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Editorial Septembre 2004 par le docteur Marc Twagirumukiza

Maternité au Rwanda : La situation au Sud du pays

Butare, province située au sud du Rwanda compte quatre districts sanitaires : Nyanza, Kabutare, Gakoma et Kibilizi. Chaque district dispose d'un hôpital de district, à l'exception de Kibilizi où l'hôpital est en cours de construction. Il devrait être fonctionnel à la fin de l'an 2004, selon les prévisions. D'autres formations sanitaires existent. Les centres de santé et dispensaires. Le district de Nyanza en compte huit, celui de Kabutare seize, celui de Gakoma quatre et celui de Kibirizi sept. Le grand hôpital provincial dit "hôpital de référence" est l'hôpital universitaire.

C'est l'hôpital de référence qui a la plus grande maternité et la mieux équipée. Les autres formations sanitaires savent aussi prendre des dispositions pour accompagner une grossesse et la mener à son terme. Cependant, elles ne sont pas habilitées à traiter les cas particulièrement difficiles. Pour ce faire, toutes les situations gynéco-obstétriques particulièrement compliquées sont soumises à l'hôpital universitaire. Cependant, tout part des consultations prénatales pour le meilleur des cas et des complications survenues à la maison ou en cours de route pendant la grossesse ou après l'accouchement à domicile dans le pire des cas.

Des consultations prénatales à 89,8%

La couverture moyenne des consultations prénatales a été de 60.9% en 2001, de 89.4% en 2002, de 81% en 2003 et de 89.8% au premier trimestre 2004. Les femmes ayant totalisé 4 consultations prénatales sont de l'ordre de 6.7% pour l'année 2001, de 11% en 2002, de 9% en 2003 et de 8.2% au premier trimestre 2004.
Les femmes enceintes devraient recevoir jusqu'à cinq vaccinations anti-tétaniques avant l'accouchement. Celles ayant reçu les 5 vaccinations sont au nombre de 3997. Les femmes protégées jusqu'à l'accouchement sont 21841 soit 68.5%, en l'an 2003.
Au cours de ces dernières années, le taux d'utilisation des services de maternité est passé de 9.6% à 17.3%.

Bien des raisons pour une césarienne

Marie Karamaga, responsable de la maternité de l'hôpital universitaire estime que les cas d'accouchements par césarienne ne sont guère en progression, malgré l'opinion publique qui, elle, estime que la courbe serait ascendante.
"Au Rwanda, il y eût des périodes de disette et les filles qui sont nées en ces temps là ont hérité de bassins rétrécis ou limités à cause de la malnutrition. Cependant, des facteurs anatomiques autres que ceux liés à la malnutrition sont, bien souvent aussi, les causes d'accouchement par césarienne".
En effet, les disproportions pédo-péruviennes, la présentation du fœtus dans la position qui n'est pas la bonne au moment de l'accouchement, la procidence du cordon ombilical, l'état de santé du fœtus sont autant des raisons qui conduisent à la césarienne.
L'avortement volontaire est strictement interdit et réprimé par la loi en la matière, au Rwanda.
Les avortements accidentaires, involontaires sont pris en charge à l'hôpital de référence. Ils sont pour la plupart dus au paludisme, au stress, etc..
"Il est difficile de savoir qui avorte volontairement et qui avorte accidentellement. Néanmoins, à y regarder de très près, nous pouvons faire la différence. Mais nous ne sommes pas des policiers. Notre travail, c'est de sauver la vie", affirme l'infirmière en chef, responsable de la maternité.

Un service de maternité à moderniser

Depuis l'histoire de la vie humaine, les sages femmes ont été les pionnières de l'accouchement assisté et à moindres risques. Aujourd'hui, avec les progrès de la science, les infirmières peuvent suivre une formation de sage-femme et intégrer les maternités. Il y a à peine deux ans que les infirmières de niveau A1 sont arrivées à l'hôpital universitaire avec en plus, une formation de sage-femme grâce au Kigali Health Institute (KHI : Kigali Health Institute). Il n'en existe que quatre au CHUB (Centre Hospitalier Universitaire de Butare), ce qui est encore dérisoire au vu du besoin que les hôpitaux ont d'elles. Madame Karamaga estime pourtant que les infirmières-sages-femmes devraient prendre totalement en charge les salles d'accouchement.
Dans la salle d'accouchement du CHUB, il n'y a que trois tables ne pouvant donc recevoir simultanément que trois futures mères. "Nous aurions souhaité qu'on nous construise une meilleure maternité, de manière à isoler les femmes, l'une de l'autre. Notre maternité est très ancienne, étroite et fatigante avec ses couloirs et ses escaliers".
Il est des femmes qui accouchent si facilement qu'elles préfèrent le faire toutes seules chez elles. D'autres par contre ne veulent pas dépenser leur argent ou sont carrément surprises à la maison ou en cours de route. Elles accusent bien souvent des ruptures utérines, des fissures vésico-vaginales, des rétentions placentaires ou encore des hémorragies post-partum.
La barrière financière est une réalité pour beaucoup de paysannes. Ne pouvant pas payer les frais d'une maternité médicalement assistée, elles préfèrent se battre toutes seules à domicile. D'autres encore habitent si loin de la plus proche formation sanitaire et connaissent de vraies problèmes de transport.
Les femmes enceintes qui sont éloignées des transports en commun, dans les milieux ruraux (Nshili, Kigembe, Mugusa, Gikongoro, etc) et celles pour lesquelles l'ambulance n'arrive pas assez vite, accouchent à la maison ou en route vers le lieu d'accouchement. Dans le cas des accouchements sans problèmes, les futures mères se rendent au centre de santé le plus proche ou au district sanitaire et y accouchent normalement. Cependant les infrastructures médicales restent très insuffisantes.
"Il nous faut moderniser le service de maternité. Pour l'échographie par exemple, nous sommes obligées de l'effectuer en service de médecine interne - consultation. L'appareil est unique pour tout l'hôpital. Le monitoring obstétrical qui permet notamment de surveiller les mouvements cardiaques du fœtus, des durées et espacements des contractions de la future mère lui, en plus d'être unique, tombe souvent en panne. Nous n'avons pas de sabots non plus, pour nous protéger les pieds", fait constater l'infirmière en chef, responsable de la maternité.

Dix centres de dépistage du Sida

Les cas de viol ont pris une proportion très inquiétante depuis environ cinq ans. Petites et jeunes filles, adolescentes et femmes sont systématiquement la cible de violeurs qui sont en majorité de jeunes gens ou pire des hommes adultes et " responsables ". Chaque semaine, au CHUB, une à deux personnes violées viennent en consultation, le plus souvent amenées par la brigade. D'autres femmes viennent accoucher sans qu'on ne leur connaisse un mari officiel. Malgré de très fréquentes arrestations par la police, le phénomène prend de l'ampleur.
"Cela a surgi à un certain moment de manière très brutale, il y a quelques années. C'est devenu un sujet d'actualité dans tout le pays. Je pense que ce phénomène est dû à un certain déséquilibre. Après la guerre, il y a eu beaucoup de problèmes psychologiques. Certaines personnes atteintes de maladies vénériennes ou du SIDA sont convaincues qu'en violant les petites filles, ils en guérissent. Les fumeurs de chanvre et autres drogués sont tout autant violeurs et pédophiles". Deux cas de filles de ménages qui ont violé des petits garçons de 3 à 4 ans ont été signalés, après que les petites victimes aient eu le sexe enflé et contracté des infections urinaires.
Ce drame de viol et de pédophilie prend une mesure beaucoup plus inquiétante avec les risques accrus de contraction de la pandémie du VIH SIDA.
Après une campagne contre le SIDA qui dure bientôt une vingtaine d'années à travers le monde, au Rwanda et à Butare, les femmes enceintes, pour protéger leur progéniture se font volontairement passer un test de dépistage du virus HIV. Il existe désormais des méthodes qui servent à protéger le bébé naissant d'une mère séropositive : counselling -pré test - test, résultats et obtention de la carte de liaison dont la femme prête à accoucher se munit avant d'entrer en salle d'accouchement. Au début du "travail" pour celles atteintes de la maladie- elles reçoivent de la nivérapine en comprimés. L'enfant nouveau-né dans les 72 heures en reçoit à son tour via un sirop. Il est baigné dans de l'eau contenant du chloréxédine à 0.5%. Les épisiotomies, les ruptures de poche des eaux sont évitées en vue d'un maximum de protection du bébé à naître. Plus tard à 15 et 18 mois, les bébés vont en consultation pédiatrique pour des examens de suivi.
Dans la province de Butare, il existe dix centres de dépistage volontaire du VIH/SIDA (Hôpital Kabutare, CHUB, ARBEF, DUSHISHOZE, Hôpital Nyanza, Hôpital Gakoma, Centre de santé Gikonko, Kibilizi, Kansi et la Ligue universitaire de lutte contre le SIDA).
Cinq centres de protection de la transmission du VIH/SIDA de la mère à l'enfant lors de la naissance (PMTCT) sont opérationnels. Il s'agit du Centre Universitaire de Santé Publique (CUSP), des centres de santé de Gikonko, Matyazo et Kansi.
Les supervisions sont faites régulièrement par des agents du TRAC en collaboration avec les Districts Sanitaires et leurs partenaires. Les échantillons pour le contrôle de qualité sont acheminés chaque mois au laboratoire de contrôle de qualité à Kigali. Une rétro information est régulièrement envoyée. Les résultats des examens effectués révèlent une prévalence élevée, comprise entre 2.7% et 19.3% pour les VCT, et entre 5.6% et 11.1% pour les PMTCT.
Sur 100.000 naissances dans les formations sanitaires, 241 à 316 femmes meurent chaque année suite à l'accouchement.
Quand la mère sort de l'accouchement saine et sauve et qu'elle travaille pour le compte d'une entreprise ou à la Fonction Publique, elle a droit à un congé de maternité. Ce sont les médecins qui signent les congés de maternité.
La femme concernée a droit à 2 semaines de congé pré-natales et à 10 autres post-natales et à une heure par jour d'allaitement pendant une année et demie.

Du clonage…

Ce procédé scientifique est un sujet controversé et à polémique. Il est pourtant le recours de couples stériles et dont certains en ont connu le succès, devenant parents alors que la moindre espérance était inconcevable.
"J'estime que ce procédé est artificiel et contre-nature. Heureusement, ce procédé est loin d'être arrivé au Rwanda. Mais je reconnais qu'il appartient aux couples qui n'arrivent pas à avoir d'enfants de faire leur choix en connaissance de cause", conclut Madame Marie Karamaga. A noter que ce procédé n'est pas encore arrivé au Rwanda.

Texte d'Arnaud Nkusi / la Nouvelle Relève B.P 83 ORINFOR 50, Boulevard de la Révolution, Kigali Plateau. Email lnr2020@yahoo.fr

Butare, ce 27 septembre 2004
par Dr TWAGIRUMUKIZA Marc
twamarc@yahoo.fr

 

 
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