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Nécessité
d’une prise en charge pharmacologique standardisée
pour l’Hypertension en Afrique sub-saharienne
Depuis une vingtaine d'années les médecins ont souligné
la fréquence et la gravité de l'hypertension artérielle
(HTA) en Afrique Subsaharienne. Professeur, Edmond Bertrand () nous
signale que la prévalence dans la population générale
varie de 10 % à 15 % et même à 25 % en Afrique
en Afrique du Sud : une personne sur quatre !!! (1 - 3).
Dans ce dernier pays, chez les sujets Noirs de plus de 65 ans, le
pourcentage d'hypertendus est de 66 % à 76 % respectivement
chez l'homme et chez la femme (4). Dans sept statistiques hospitalières
des années 1990-2000 (Côte d'Ivoire, Burkina Faso,
Mali, Rwanda, Tchad, Zimbabwe, Cameroun) le pourcentage d'hypertendus
parmi les malades cardiovasculaires varie de 13,3 % à 50
% (en moyenne 35 %). Ainsi l'hypertension est la cause de 5 % à
12 % de toutes les hospitalisations de l'adulte. Chez ces malades
les décès sont dus essentiellement aux accidents vasculaires
cérébraux, à l'insuffisance cardiaque et à
l'insuffisance rénale, complications plus fréquentes
chez les Africains que chez les Européens (à l'inverse
de la maladie coronaire) (5, 6). Ces données épidémiologiques
font apparaître clairement que l'HTA est en Afrique Noire
un problème grave de santé publique dont l'importance
va croissante. La mortalité résultante est d'autant
plus sévère que la plupart des malades ne peuvent
avoir accès, pour des raisons économiques, à
des médicaments trop coûteux.
On parle d’hypertension artérielle quand les chiffres
atteignent ou dépassent 140/90 (définition JNC7).
Le chiffre le plus élevé, appelé pression systolique,
est atteint lorsque le cœur se contracte. Entre les contractions,
le cœur est au repos ; on obtient alors la pression diastolique,
qui correspond au chiffre inférieur. Le danger de l’hypertension
est qu’à la longue, la force trop importante exercée
par le sang sur les vaisseaux entraîne des lésions.
Celles-ci peuvent atteindre les artères et les organes internes
délicats comme les reins, le cœur, le cerveau ou certaines
parties de l’œil. Une tension trop élevée
sollicite également le cœur à l’excès
et peut l’endommager. Les maladies cardiovasculaires, qui
sont souvent favorisées par l’hypertension, figurent
parmi les principales causes de décès en Afrique.
Dans la très large majorité des cas (95 %), l’origine
d’une tension trop élevée reste inconnue. Par
contre, une multitude de facteurs sont susceptibles de la favoriser.
L’âge : en vieillissant, les artères perdent
de leur souplesse d’où une augmentation du chiffre
supérieur de la tension. L’hérédité
: le fait d’avoir des parents hypertendus augmente le risque
pour soi-même. De même, les populations noires sont
plus souvent hypertendues que les autres. Le surpoids ou l’obésité,
la sédentarité, une alimentation trop salée,
des excitants comme l’alcool, le tabac, la noix de cola ou
la réglisse facilitent le développement d’une
hypertension ou l’entretiennent quand elle existe.
Un « tueur silencieux »
Le plus souvent, l’hypertension ne provoque aucun symptôme,
ce qui lui vaut l’appellation de « tueur silencieux
». Le seul moyen de savoir si on est hypertendu consiste à
faire mesurer sa pression artérielle régulièrement,
une fois par an. Si l’on diagnostique une tension trop élevée,
des mesures d’hygiène et de diététique
peuvent suffire à retrouver des chiffres tensionnels normaux.
Ainsi, il a été démontré que la réduction
de la consommation de sel (cubes de bouillon, poisson séché,
conserves...) et, en cas de surpoids, une perte de 5 % à
10 % de son poids et une activité physique régulière
(3 x 30 minutes par semaine) pouvaient suffire à contrôler
une hypertension légère.
Dans les autres cas, un traitement médicamenteux toujours
associé à des mesures diététiques devra
être suivi. L’observance du traitement est souvent faible,
à en croire une très récente étude de
l’OMS qui relève qu’en Gambie par exemple, seuls
27 % des hypertendus suivent bien le traitement prescrit. Deux raisons
à cela : la difficulté d’admettre la nécessité
de se traiter toute la vie en l’absence de symptômes
évidents et le coût de certains médicaments.
Actuellement, on estime qu’à peine 20 % des hypertendus
vivant en Afrique subsaharienne sont traités alors même
que la maladie connaît une progression régulière.
Au Rwanda : peu de données
Actuellement au Rwanda peu d’études ont été
réalisé dans le domaine cardiovasculaire en général,
et hypertension en particulier (7), et le pays n'a aucune protocole
de traitement de l’hypertension standardisé pour des
professionnels de santé. Cette situation rend difficile la
prise en charge de la maladie parce que la plupart de médicaments
conseillées par l’OMS en tant que médicaments
essentiels pour le traitement de l'hypertension (telle que Hydrochlorothiazide,
Amlodipine et Enapril) n'ont pas été repris sur la
liste nationale des médicaments essentiels, et ils sont toujours
non accessibles à la majeure partie de population rwandaise.
Données thérapeutiques
Traitement non médicamenteux : Il
faut dire d'abord l'intérêt qui a été
démontré d'une restriction sodée. Une supplémentation
alimentaire en calcium, potassium et magnésium (laitages,
fruits et légumes) est probablement utile. Une activité
physique régulière peut contribuer à réduire
les chiffres tensionnels. L'ensemble de ces mesures, et notamment
la restriction sodée, suffit quelquefois à contrôler
les hypertensions légères. Le plus souvent elles permettent
de réduire les apports médicamenteux qui sont nécessaires
(8, 9).
La place des diurétiques : Les données
physiopathologiques permettent d'envisager l'intérêt
des diurétiques dans les populations d'Afrique Subsaharienne.
De nombreux travaux ont étudié les réponses
des populations Noires, Africains - Américains ou Africains
Subsahariens. Les résultats sont convergents et exprimés
notamment dans 4 études (10 - 13). Les données publiées
font apparaître clairement que les médicaments les
plus efficaces sont les diurétiques et les antagonistes calciques
alors que les bêta-bloquants et les inhibiteurs de l'enzyme
de conversion sont moins efficaces.
Une méta-analyse de travaux faits de 1980 à 1995 confirme
les diurétiques comme médicament de première
ligne (13). Cette option est renforcée par l'étude
du Département des Vétérans US montrant que
l'hydrochlorothiazide (comme le captopril et l'atenolol) entraîne
une réduction de la masse ventriculaire gauche dont l'augmentation
est un facteur pronostique défavorable (14).
Les diurétiques apparaissent donc clairement comme des médicaments
de choix dans le traitement de l'hypertension en général,
mais plus particulièrement dans les populations d'origine
subsaharienne. Il faut souligner que les doses actuellement préconisées
(12,5 à 25 mg/j pour l'hydrochlorothiazide de référence)
sont très inférieures aux doses antérieurement
utilisées. A ces doses les effets secondaires sont peu importants
; par précaution un apport potassique doit être conseillé
de préférence sous forme alimentaire. Il faut souligner
aussi le faible prix de vente des diurétiques, ce qui est
un avantage essentiel pour les populations africaines (« cost
of drugs is the most important determinant of compliance »)
(12). On peut dire avec MOSER (15) que les diurétiques sont
efficaces et « améliorent la qualité de vie
au moins autant que les inhibiteurs de l'enzyme de conversion, les
antagonistes calciques, les bêta - ou alpha - bloquants ».
Il n'est donc pas étonnant que les diurétiques aient
été considérés comme traitement de première
intention par le 7° Joint National Commitee Americain (2003)
et comme une des meilleures classes thérapeutiques par le
Guideline de l'OMS - Société Internationale l'Hypertension
(1999).
La place des inhibiteurs calciques : Les inhibiteurs
calciques ou antagonistes du calcium sont des médicaments
qui permettent d'inhiber le transfert membranaire du calcium dans
les cellules musculaires cardiaques et les cellules musculaires
vasculaires. Ils diminuent les résistances périphériques
vasculaires et la consommation en oxygène du myocarde. Leurs
indications sont multiples, elles comprennent : hypertension artérielle,
angor et crises de tachycardie jonctionnelle paroxystique ou leur
traitement préventif.
C’est une classe hétérogène tant au
plan chimique que pharmacologique et donc thérapeutique.
On distingue 4 familles chimiques :
- Les dihydropyridines où on distingue les 1ère
et 2ème génération à tropisme vasculaire
dominant ( vasodilatateur) et donc flush, oedème et tachycardie
réflexe (nifédipine, nicardipine,..)
- Les phenylalkylamines ( un seul représentant le vérapamil)
- Les benzothiazépines (diltiazem)
- Les tétralines (mibéfradil)
Ils sont généralement neutres sur le plan biologique.
Certains d'entre eux, bradycardisants (cf infra) sont dépresseur
du noeud sinusal et de la conduction auriculo-ventriculaire.
Les antagonistes calciques font partie des traitements de 3ème
intention de l'hypertension artérielle essentielle. Ce
sont surtout les formes actives en une prise sur 24 heures donc
les formes à libération prolongées qui sont
utilisées dans l'indication concernant l'hypertension artérielle.
Plusieurs études récentes (NORDIL et INSIGHT) ont
démontré que les antagonistes du calcium pouvaient
réduire la fréquence des complications de l'hypertension
artérielle, notamment diminuer les chiffres de mortalité
globale.
Il existerait une différence non significative entre la classe
des benzothiazépines et des phénylalkylamines par
rapport aux dihydropyridines en ce qui concerne la mortalité
de ces patients hypertendus( faisant donc préférer
le diltiazem et le vérapamil par rapport aux dihydropyridines).
L'introduction du traitement ne nécessite aucune précaution
particulière avec les médicaments de la classe des
dihydropyridines par contre pour le vérapamil et le diltiazem,
il convient de s'assurer de l'absence de troubles de la conduction
grâce à l'électrocardiogramme.
Tous les antagonismes du calcium administrés per os à
l'exception bien sur du bépridil, ont l'autorisation de mise
sur le marché dans le traitement de l'hypertension artérielle
pour une ou plusieurs des formes commercialisées par molécules.
Enfin, il existe un traitement des poussées hypertensives
sévères grâce à la nicardipine (LOXEN
injectable) permettant lors de poussées d'hypertension artérielle
malignes de faire appel à cette molécule pour la baisse
des chiffres tensionnels en urgence.
La réserpine et association contenant la Réserpine
Employée depuis 1950 dans le traitement de l'hypertension,
la réserpine avait fait la preuve de son efficacité
et constituait le traitement de référence lorsque
sont apparus les bêta-bloquants. Cependant les doses utilisées
étaient alors très élevées (jusqu'à
0,500 mg voire 1 mg par jour). Il en résultait des conséquences
gênantes (somnolence) ou fâcheuses (troubles digestifs
et même dépression). Les doses actuellement préconisées
sont très inférieures (0,050 mg/j ou 0,100 mg/j).
Elles n'ont pas les inconvénients précités.
On peut donc prescrire la réserpine chez la plupart des malades,
à l'exception des états dépressifs sévères
et des ulcères gastro-duodénaux en évolution.
L'intérêt et l'efficacité de ces faibles doses
ont été démontrés dès 1982 par
un travail de l'Administration des Vétérans (16).
L'action de la réserpine s'exerce par déplétion
périphérique des stocks de catécholamines.
Cet effet vasodilatateur s'accompagne de bradycardie. Le Joint National
Commitee US (1997) avait considéré que « la
réserpine a un effet thérapeutique particulièrement
prolongé et la tolérance est meilleure aux faibles
doses». Dans le livre Européen « Cardiology »
(1999) les auteurs rappellent que la réserpine était
inclue dans les essais contrôlés montrant que le traitement
antihypertenseur diminuait le risque d'accident vasculaire cérébral
et le risque cardiovasculaire. Pour les auteurs « une seule
prise quotidienne (de réserpine) est efficace. Son efficacité
et son faible coût suggèrent que le rôle de la
réserpine doit être reconsidéré »
(17). En dehors de études faites jusque – là
sur l’association Diurétique – reserpine, largement
commenté par Professeur Edmond Bertrand (18-23) , des études
comparatives, y compris en Europe, avec des médicaments plus
récents et plus chers seraient, à mon sens, intéressantes.
Conclusion
On peut affirmer clairement que l'hypertension artérielle
est un problème de santé publique grave en Afrique
en raison de la fréquence actuelle et croissante de l'affection
et en raison de sa gravité évolutive. Depuis son rapport
1998 sur la santé dans le Monde, l'OMS a reconnu que les
maladies cardiovasculaires et l'hypertension artérielle sont
devenus « un problème de santé publique majeur
dans les pays en développement ».
Les particularités physiopathologiques observées chez
les Africains et les expériences thérapeutiques permettent
d'accorder aux diurétiques une place de choix dans le traitement
de première ligne de l'hypertension.
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Fait à Gand, ce 15 septembre 2005.
Dr Marc TWAGIRUMUKIZA
twamarc@yahoo.fr
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