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Editorial Octobre 2002 par Marc TWAGIRUMUKIZA

L'habitat regroupé au Rwanda et l'infection à VIH/SIDA : étude C.A.P.

Comme partout ailleurs dans le monde, la lutte contre le SIDA au Rwanda est devenue, ces derniers temps, une action de tout le monde et notamment de toute institution oeuvrant pour la santé.
Un accent est mis sur les études CAP (Connaissances - Attitudes - Pratiques ), lesquelles permettent d'établir des actions plus focalisées dans la sensibilisation.
C'est dans ce cadre qu'une étude CAP vient d'être menée dans trois provinces du Rwanda : Umutara, Kibungo et Ruhengeri, à propos de " l'infection VIH/SIDA et l'habitat regroupé connu sous la dénomination " Imidugudu" au Rwanda ".

Le choix de ces provinces a été dicté entre autres choses par le nombre élevé des habitants de ces agglomérations dites "imidugudu" et qui est dû, d'une part à leur situation géographique frontalière et d'autre part aux phénomènes démographiques qu'elles ont subies.

Ces provinces frontalières ont connu plus que les autres les problèmes de retour massif des réfugiés, après les tragédies de 1994 qu'a connu le Rwanda.

L'étude a été effectuée par un professeur de l'université nationale du Rwanda, le Professeur RUTAZIBWA Gérard, avec le soutien de l'ARBEF Kigali ( Association Rwandaise pour le bien-être familial).

Nous allons vous présenter une partie très résumée des conclusions de cette étude, tirées du rapport présenté en date du 19/09/2002 à Kigali et en nous inspirant du reportage de Mr NDAYAMBAJE Robert du journal gouvernemental Imvaho.

Signalons d'ores et déjà, que ces conclusions nous montrent encore une fois l'ampleur du problème, qui jusque-là, était passé sous silence.

Dans la seule province de UMUTARA, 46,15 % des garçons adolescents de 13-18 ans, et 53,84 % filles adolescentes affirment avoir déjà eu des rapports sexuels.
Ce chiffre s'approche curieusement de ce qu'on trouve chez les adultes de 25-45 ans, où 47,87 % des hommes et 52,15 % des femmes affirment qu'ils ont déjà eu des rapports sexuels.
Par ailleurs dans la tranche d'âge de 19-25 ans, ce chiffre est de 45,4 % pour le sexe masculin contre 54,6 % pour le sexe féminin.

Les chiffres sont similaires pour la province de Kibungo où 45,87 % des garçons adolescents de 13-18 ans et 54,13 % filles adolescentes de 13-18 ans, affirment déjà avoir eu des rapports sexuels.

Pour les adultes de 19-25 garçons et filles nous avons respectivement les pourcentages de 54,85 % et 55,15 %.
Dans la tranche suivante de 26-45 ans nous avons les pourcentages de 44,61 % de sexe masculin contre 55,69 % de sexe féminin.
Les chiffres ne sont pas disponibles pour la province de Ruhengeri.

Selon cette étude CAP, dans la province de Kibungo, 84,21 % des habitants des "imidugudu" affirment qu'ils sont conscients de l'existence de l'infection à HIV/SIDA dans les "imidugudu", tandis que 15,79 % le nient.

Ces chiffres sont différents par province car par exemple dans la province de Ruhengeri, 47 % affirment qu'il ya des séropositifs dans leur milieu tandis que 51,01 % le nient et 1,04 % se sont abstenus.

Dans la province de l'Umutara, ce sont 66,18 % des habitants des "imidugudu" qui savent que l'infection est présente dans leur milieu alors que 31,88 % ont affirmé ne pas le savoir et 1,93 % n'ont rien révélé.
Comme on le voit des efforts sont encore nécessaires pour sensibiliser ces habitants.

En ce qui concerne les causes de propagation de l'infection à VIH/SIDA, dans ces agglomérations, cinq causes ont été mises en exergue par l'analyse des questionnaires, et sont repris dans le tableau ci-après :

  Province de Kibungo Province de l'Umutara Province de Ruhengeri
Pauvreté 34,87 % 34,24 % 36,55 %
Vagabondage sexuel 25,29 % 18,26 % 18,78 %
Les situations de séparation mari/femme 24,14 % 33,79 % 34,49 %
Les conséquences du génocide Rwandais de 1994 11,11 % 10,51 % 9,64 %
Manque d'éducation dans la famille 4,59 % 3,20 % 2,54 %

Comme on le voit, les cinq causes citées plus haut sont inter-dépendantes les unes des autres.

Un autre aspect des conclusions de cette étude CAP, est que ces habitants ne sont pas d'accords quant à la présence du vagabondage sexuel dans leur milieu.

En effet dans la province de l'umutara 54,44 % ont répondu oui à la question et 44,97 % ont nié l'existence de la prostitution dans leur milieu tandis que 0,59 % n'ont rien répondu.

Ceci est similaire dans la province de RUHENGERI : 51,5 % ont répondu "oui" et 42,5 % ont répondu "non" avec 6 % d'abstention.
Dans la province de Kibungo, 19,35 % ont dit " oui ", 75,12 % ont nié et 5,53 % se sont abstenus.

L'usage des préservatifs n'est pas encore vulgarisé, ce que témoigne la fréquence encore élevée de grossesse non désirées. Nous ne saurons pas présenter tous les résultats de l'étude ,car ceci est le patrimoine absolu de l'auteur, mais le rapport peut être obtenu par le biais de l'ARBEF Kigali ou auprès de son auteur, Pr RUTAZIBWA Gérard, à l'université nationale du Rwanda.

Butare le 5 octobre 2002 Marc TWAGIRUMUKIZA. twamarc@yahoo.fr

 

 
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