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Editorial Novembre 2007

Clonage humain en Afrique : un portefeuille bio-éthique vide !

Le clonage est un débat depuis longtemps et toujours d’actualité. Par ce texte nous souhaitons pas alourdir encore la table de discussion pour les scientifiques du domaine, mais plutôt relancer ces débats dans un autre angle : regard sur l’Afrique.

Selon Wikipedia, le clonage désigne principalement deux processus. C'est d'une part la multiplication naturelle ou artificielle à l'identique d'un être vivant c'est-à-dire avec conservation exacte du même génome pour tous les descendants (les clones). C'est donc un synonyme de multiplication asexuée comme on en connaît dans la nature pour les cellules ayant des mitoses. C'est aussi la multiplication provoquée d'un fragment d'ADN par l'intermédiaire d'un micro-organisme.

Accessoirement, par extension, il désigne aussi la création de certains objets proches d'autres (clones d'un appareil, d'un microprocesseur, ...).

Ainsi, en biologie, le mot clonage désigne plusieurs choses :

  • D'une part, le fait de reproduire des organismes vivants pour obtenir des êtres génétiquement identiques ; ceci peut s'appliquer à de simples cellules (clonage cellulaire, par prélèvement d'une seule cellule, qui est mise en culture de manière individuelle) ou bien à des animaux — donc y compris les êtres humains — et des végétaux (clonage reproductif). L'ensemble de ces cellules, ou individus, forme un seul et même clone (tant que le patrimoine génétique est identique).


  • D'autre part, une technique de biologie moléculaire qui consiste à isoler un fragment d'ADN et à le multiplier à l'identique en l'« insérant » dans une molécule d'ADN « porteuse » appelée vecteur permettant son amplification. Cette technique de biologie moléculaire peut-être utilisée pour un clonage partiel, ne portant que sur un fragment de matériel génétique (ADN), mais aussi pour le clonage d'un gène entier permettant la production de la protéine recombinante correspondante.

Le vecteur le plus communément utilisé étant une molécule d'ADN appelée plasmide.

Au sens scientifique le clonage est l'obtention d'un être vivant génétiquement identique au parent qui lui donne naissance. Il s'oppose donc à la reproduction qui nécessite deux parents. Il ne faut toutefois pas confondre le clonage avec certaines formes de multiplication asexuée telles que la parthénogenèse où nous avons génération de gamètes, donc méiose. Les enfants ne sont pas identiques à leurs parents.

On assimile souvent la naissance de jumeaux monozygotes chez les animaux et chez l'homme à une forme de clonage naturel. Ce n'est toutefois pas le cas. Les deux enfants sont certes identiques entre eux (techniquement les enfants forment un clone) mais pas à leurs parents et découlent bien d'une reproduction.

Le terme clone est utilisé pour la première fois en 1903 par le botaniste H.J. Webber en désignant des plantes reproduites par multiplication asexuée. Ce mot sera ensuite réutilisé par J.B.S. Haldane.

Les législations, variant d’un pays à l’autre, vont de l’interdiction totale du clonage de cellules humaines sous toutes ses formes au vide juridique permettant de tout entreprendre dans ce domaine. Malgré l’existence d’un conseil d’éthique européen, les positions varient également au sein de l’Europe. De nombreux pays sont partagés entre la peur de la dérive du clonage thérapeutique vers le clonage reproductif, et le souci de ne pas prendre de retard au niveau scientifique, par rapport à d’autres pays qui autorisent les recherches sur le clonage humain.

Deux scientifiques écossais annoncent publiquement qu'ils ont réussi, le 5 juillet 1996, à donner naissance au premier mammifère cloné à partir d'un animal adulte. L'animal est une brebis et s'appelle "Dolly" en hommage à la chanteuse Dolly Parton. Souffrant d'une maladie pulmonaire incurable, Dolly sera euthanasiée six ans après sa naissance. Une fois naturalisée, elle sera exposée dans un musée d'Edimbourg.

A l'heure où le clonage humain est presque techniquement à notre portée, où les industries pharmaceutiques et agroalimentaires se jettent dans la course aux brevets, la question de la réglementation se fait de plus en plus pressante. Face à la vitesse foudroyante des progrès, les comités d'éthiques multiplient leurs recommandations.

Car de technique, le problème est bel et bien devenu éthique. Si la fabrication en chaîne de souris de laboratoires, de vaches laitières productives ou encore d'animaux en voie de disparition semble être un bienfait, que dire en revanche du clonage pour améliorer la race humaine, pour pallier la stérilité, voire pour que chacun ait à sa disposition un double qui servirait de banque d'organes en cas de besoin ? Toutes ces applications seront-elles rapidement possibles ? Ou bien existe-t-il des obstacles insoupçonnés ? Quoiqu'il en soit, la machine est lancée et s'il serait vain de tenter de l'arrêter, peut-être pouvons-nous tout au moins lui trouver des limites.

Le clonage, pourquoi tant de discussions ?

Le clonage animal n'aurait certainement pas été à ce point médiatisé si les intérêts de ces expériences s'étaient cantonnés aux seuls progrès de la science. Il présente en fait de nombreux intérêts à la fois écologiques et financiers. Le clonage d'animaux en voie de disparition (en utilisant notamment des ovocytes de vaches, particulièrement efficaces) permettrait d'éviter l'extinction totale de certaines espèces. Les intérêts financiers sont multiples, en particulier dans ce nouveau domaine de recherche que les Américains appellent "pharming", sorte d'hybride entre les recherches pharmaceutiques et agronomiques. Il s'agit là de fabriquer à la chaîne des clones d'animaux de fermes (vaches, brebis, chèvre...) génétiquement modifiés (transgéniques) pour produire des protéines ou des médicaments. Le clonage permettra également de créer en série des animaux de laboratoires tous identiques (présentant donc par exemple la même anomalie génétique) ou encore de fournir des organes humains par le biais d'animaux transgéniques.

Commençons par l’histoire de clonage :

En juillet 1996, le clonage d'un mammifère est réalisé par une équipe de chercheurs écossais. Dolly vient de naître, absolument identique à la brebis adulte donneuse de cellules de glande mammaire.

Pour l'obtenir, le professeur Ian WILMUT a dû s'y reprendre à 277 fois. Mais les chercheurs se sont vite aperçus qu'elle vieillissait trop rapidement, comme si elle cumulait son âge et celui de la brebis donneuse.
Dolly a finalement été euthanasiée en février 2003 suite à des problèmes d'arthrite précoce et des difficultés respiratoires. 7 espèces de mammifères ont déjà été clonées, près de la moitié de ces cobayes sont morts de malformations diverses.

Malgré ces échecs, la recherche continue, tant les retombées du clonage reproductif sont prometteuses : des espèces menacées pourraient ainsi définitivement être rayées de la liste rouge. L'expérience a d'ailleurs été menée en janvier 2001, sur le "gaur", gros bovin du sud-est asiatique. A partir de cellules de peau d'un gaur mort et d'un ovule de vache, un jeune gaur cloné a vu le jour.

Depuis Dolly, des progrès à vitesse exponentielle

  • Février 97 : Naissance de la brebis Dolly, premier mammifère à avoir été cloné à partir d'une cellule adulte, grâce à Ian Wilmut et son équipe du Roslin Institute (Edimbourg, Ecosse), cfr supra.
  • 19 janvier 98 : Recherche de l'ovocyte universel qui pourrait recevoir le noyau de n'importe quel mammifère (Maisam M. Mitalipova de l'Université de Wisconsin-Madison).
  • 20 janvier 98 : Naissance de Charlie et Georges, deux veaux clonés et modifiés génétiquement (Université de Massachussetts).
  • 20 février 98 : Naissance de Marguerite, clone de veau femelle, à l'INRA (Institut National de Recherche Agronomique).
    Avril 98 : Naissance de Bonnie, fille de Dolly.
  • 22 juillet 98 : Ryuzo Yanagimachi de l'Université d'Hawaï obtient une cinquantaine de clones de souris, parmi lesquels des clones de clones de clones !
  • 6 novembre 98 : Première mise en culture de cellules embryonnaires humaines par James Thomson (Université de Wisconsin-Madison).
  • 9 décembre 98 : Huit veaux clonés par l'équipe de chercheurs japonais dirigée par le docteur Yukio Kato, à partir de cellules du cumulus (partie externe de l'ovule).

Afin de garantir l'humanité contre les dérives possibles du clonage, rien de tel qu'un bon cadre juridique au niveau international. C'est pourquoi l'Unesco a adopté le 11 novembre 1997 la Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l'homme, qui stipule que le clonage humain est "une offense à la dignité humaine". Cette position a été confirmée le 26 février dernier par l'Unesco, puis par la Commission Européenne de Bruxelles le 28 mai de la même année. En France, la loi de juillet 1994 portant notamment sur la procréation médicalement assistée et sur le statut de l'embryon suffisait implicitement pour interdire le clonage humain. Révisable tous les cinq ans, elle devrait être complétée en juillet prochain notamment au sujet des recherches sur l'embryon à but thérapeutique. Bernard Kouchner, Secrétaire d'état à la santé a déjà annoncé son intention de proposer aux Nations-Unies une démarche collective, réclamant "un devoir et un droit d'ingérence" face aux pays qui feraient preuve de trop de laxisme (AFP, 21 janvier 99).

Scientifiquement comment ça se passe : Les différentes étapes de fabrication d'un clone

Le clonage est réalisé à partir de cellules du cumulus, partie qui entoure l'ovocyte. On commence par prélever le noyau d'un ovocyte receveur, avant de le remplacer au moyen d'une pipette à micro-injection par un noyau prélevé dans des cellules de cumulus. L'embryon formé est mis en culture pour une durée comprise entre une et six heures afin de favoriser le phénomène de reprogrammation (retour à l'état indifférencié). Il est ensuite transplanté dans l'utérus d'une mère porteuse.

Fabriquer un clone semble être d'une simplicité enfantine. En théorie, il suffit de prélever n'importe quelle cellule de l'animal à cloner, de récupérer son noyau et de l'injecter entre la zone pellucide et la membrane de l'ovule énucléé d'une "donneuse". Placé dans un champ électrique, l'ensemble "noyau ovocyte" va fusionner puis la cellule se diviser pour donner un embryon, qui sera ensuite transplanté dans l'utérus d'une mère porteuse. Après la gestation, le nouveau-né sera la copie conforme de l'animal de départ.

Mais dans la pratique, ça se complique. Non seulement la composition du milieu de culture et la qualité du couple "donneur receveur" influent nettement sur les résultats, mais en plus chaque étape réduit un peu plus le nombre de succès. Outre le fait que la fusion "noyau ovocyte" ne réussit pas toujours, sans oublier un tri drastique des meilleurs embryons et les pertes durant la gestation, pas moins de la moitié des clones ont des problèmes immunitaires ou cardiaques dès la naissance. Dans de telles conditions, dur, dur d'être un clone !


Les différentes étapes de fabrication d'un clone

 

Cellules du cumulus entourant l'ovocyte

 

Micro-injection du noyau de la cellule dans l'ovocyte receveur (souris femelle)

 

 

Les grands points de discussions actuelles : arguments scientifiques

Pour réaliser le clonage d’un mammifère, la théorie est relativement simple et nécessite deux « ingrédients » principaux :

  • un ovocyte frais et énucléé (car il ne se conserve pas au congélateur),
  • le noyau d’une cellule somatique spécifiquement traitée, tel un fibroblaste.

Il reste alors à introduire le noyau dans la cellule et à enclencher le processus de division, par exemple par une décharge électrique. Au cours de ces manipulations, l’ovocyte est indispensable car c’est la seule cellule dont le cytoplasme contient les éléments capables de réinitialiser le noyau, c’est à dire de lui donner la capacité d’utiliser l’ensemble de son génome pour former une cellule totipotente à l’origine d’un être nouveau pouvant fournir tous les types de tissus.

Une question clé se pose immédiatement : la cellule initiale du clone est-elle un embryon ? Au delà des discussions sémantiques ou philosophiques, la biologie donne une réponse évidente : par définition, l’embryon de mammifère, créé par la fécondation, est le stade le plus précoce de son développement ; de même la cellule initiale du clone, créée par transfert de noyau, est le stade le plus précoce de l’être cloné. Si la cellule initiale de Dolly n’est pas un embryon de mouton, alors Dolly n’est pas un mouton, elle qui a pourtant donné naissance à des agneaux tout à fait standards : le clone existe donc à partir du moment de l’introduction du noyau dans l’ovule qui crée un nouvel embryon ; l’originalité de cet embryon est sa voie d’obtention par un mode asexué.

La technique du clonage, simple en théorie, est dans la réalité très compliquée et aléatoire : pour obtenir une brebis Dolly, il a fallu créer plus de 250 clones par le recueil d’un nombre encore plus grand d’ovocytes. Aujourd’hui, il n’est pas encore possible de cloner certains animaux, cependant les moutons, les vaches, les porcs, les chèvres et les souris sont « clonables » avec des fortunes diverses. Par clonage, on obtient rarement plus de 1 % de naissances vivantes, très souvent associées à diverses anomalies du placenta, de l’appareil cardiovasculaire, du système immunitaire ou à un syndrome comportant un tableau d’anasarque particulier avec macroglossie, grosse tête et hypertrophie hépatique.

Contrairement à ce que l’on imagine, si un clone possède exactement le même code génétique que son donneur, il en diffère cependant. Cette différence est nettement plus importante que celle qui sépare des vrais jumeaux ; indépendamment de la différence d’âge entre le donneur et le clone, et toutes les conséquences qu’entraîne cette différence d’âge, il ne faut pas oublier que l’ADN mitochondrial du clone sera différent de celui du donneur puisqu’il proviendra de la donneuse d’ovocytes. Personne ne connaît les conséquences de ce phénomène ni la nature et l’importance d’éventuels signaux intracellulaires entre l’ADN nucléaire, l’ADN mitochondrial et le cytoplasme.

Actuellement, aucun clonage humain n’a été réalisé et il n’est donc pas possible de savoir si cette technique sera facilement réalisable ou non. Quelle que soit cette difficulté, il faudra certainement trouver des dizaines, voire des centaines, d’ovocytes par clone créé avec succès. Cet obstacle que représente l’obtention des ovocytes est très important.

Le clonage humain est actuellement envisagé sous deux modes : le clonage reproductif et le clonage thérapeutique. Il est important de souligner que ce distinguo est purement sémantique et ne repose sur aucune base scientifique. Comme le souligne le Parlement Européen dans son texte sur le clonage, « il n’existe aucune différence entre le clonage à des fins thérapeutiques et celui ayant pour objet la reproduction… » ; En effet la technique utilisée est strictement la même avant et pendant les 8 premiers jours de la vie, jusqu’au moment de l’implantation de l’embryon in utero ou de son maintien en éprouvette. En cas d’implantation, appelée transfert d’embryon, le clonage est dit reproductif ; sans transfert et avec la mise en œuvre de traitements adéquats in vitro, il est dit thérapeutique. Dans les deux cas, il s’agit sans discussion possible de clonage humain avec toute la remise en cause de la dignité humaine que cela implique.

Il n’est pas possible de dire que le clone, qui est capable de donner un nouvel individu complet, n’est pas un être vivant ; et comment dire qu’il n’est pas humain puisqu’il possède dans ses cellules et leur noyau la signature de l’humain : son génome ; jamais il ne pourra devenir éléphant, souris ou drosophile, sa seule destinée est de donner un homme. Au risque de se répéter, si un clone humain n’est pas un être humain, alors Dolly n’est pas un mouton. La question de savoir à quel moment le clone humain devient une personne humaine est d’un autre ordre : il ne s’agit plus de biologie mais plutôt de philosophie. L’amour de la sagesse voudrait d’ailleurs que l’on applique à l’être humain, qui donnera une personne humaine, le principe de précaution que nos hommes politiques invoquent si volontiers : dans l’incapacité de définir le moment auquel l’être humain devient une personne humaine, ce principe voudrait que l’on considère l’être humain comme une personne dès son début, dès le stade embryonnaire. Pourquoi n’applique t-on pas à l’homme, et à son petit, ce principe de précaution considéré comme essentiel lorsqu’il s’agit de vaches, surtout lorsqu’elles sont folles ou aphteuses ?

Le clonage reproductif

Aujourd’hui, le clonage humain dit reproductif est, en apparence, unanimement condamné mais, malgré cet interdit, plusieurs scientifiques ont affirmé leur ferme intention de réaliser à court terme le premier clonage d’un être humain. Il est difficile de concevoir une technique plus méprisante de l’homme que le clonage humain reproductif : si l’on réalise le clone d’un être humain, ce n’est pas pour lui, mais pour qu’il ressemble au donneur de noyau ; si l’on pouvait réaliser le clone d’Albert Einstein aujourd’hui, ce ne serait pas par hasard, pour concevoir un homme comme les autres, mais bien pour obtenir un bon physicien. Le sujet cloné ne peut avoir d’existence propre et ne restera jamais que l’image de son donneur. Comment alors ne pas prévoir de graves troubles de l’identité et de la personnalité ? Il est inconcevable qu’une femme porteuse d’un clone n’ait pas choisi avec le plus grand soin le sujet donneur : si le donneur est son mari, quel inceste d’avoir dans son lit le double de son enfant ! Si c’est elle-même la donneuse, quel narcissisme ! Si c’est un donneur étranger, quel donneur la femme porteuse va t’elle choisir pour porter son jumeau dans son sein, et quel adultère ! Même en cas de stérilité où le clonage paraît la seule moyenne d’obtenir une grossesse, son principe même est une atteinte extrêmement profonde de l’identité et du respect dû au clone, donc de la dignité humaine.

Malgré tout certains s’acharnent sur le clonage reproductif humain et vont même plus loin puisqu’un médecin américain essaie de cloner un bébé mort en implantant des noyaux de ses cellules dans des ovocytes de vaches ! Est-il nécessaire d’épiloguer sur des expérimentations aussi aberrantes ? Cette chimère serait-elle réellement un humain ? A priori oui par son code génétique nucléaire mais non par son ADN mitochondrial ; cela introduirait de l’ADN mitochondrial de vache dans l’humanité future… Où va t-on ? Compte tenu des difficultés rencontrées pour obtenir un clone de mouton avec un ovocyte de mouton, compte tenu du grand nombre d’anomalies et de malformations rencontrées chez les clones (plus de la moitié), il est peu probable de pouvoir fabriquer à l’heure actuelle un clone chimérique homme-vache ; dans 10 ans, la question pourra se poser dans de tout autres termes. Le maïs transgénique est infiniment moins dangereux que ces expériences sur l’homme de quelques savants qui pensent que tout ce que la science permet doit être réalisé.

Les cellules souches

Mais revenons au clonage humain thérapeutique et à son intérêt comme source de tissus, c’est à dire de cellules souches humaines autologues. Les cellules souches (stem cells, cellules staminales) sont un centre d’intérêt spectaculaire en raison de leur capacité à se transformer en n’importe quel type cellulaire dans les organismes supérieurs ; cette transformation pourrait même peut-être s’effectuer à la demande. Cela provoquerait une évolution profonde de certains domaines de la médecine mais l’usage de ces cellules soulève des problèmes non seulement pratiques mais aussi éthiques.

Que signifie exactement l’appellation « cellule souche » ? Sans entrer dans des définitions techniques compliquées, ce concept désigne des cellules non spécialisées, capables de se multiplier à l’identique, c’est à dire indifférenciées, ou de se transformer en un ou plusieurs types cellulaires spécialisés de l’organisme : foie, peau, etc. Les cellules souches sont ainsi définies par leur potentialité de développement.

Le type même de cellule souche est la cellule embryonnaire initiale, le zygote, qui est à l’origine de toutes les cellules de l’organisme ; au fur et à mesure du développement embryonnaire, les cellules sont canalisées vers des voies de différentiation spécifiques et leur potentiel de développement se modifie ; les cellules souches de ces différentes voies se différencient seulement en quelques types de cellules : par exemple, les cellules souches dans le cerveau donnent les différentes sortes de neurones et les autres cellules du système nerveux central.

Si l’existence de cellules souches pendant le développement était prévisible, leur existence dans les tissus adultes est plus surprenante : il existe par exemple dans le muscle et le système sanguin des cellules capables, en cas de besoin, de donner du muscle ou des cellules sanguines, mais aussi d’autres lignées.

Les cellules souches embryonnaires issue du clonage

Le but du clonage est d’obtenir un nouveau zygote par une voie non sexuée. Ce stade initial de l’embryon est appelé cellule souche totipotente car il est à l’origine de toutes les cellules de l’organisme, celles de l’embryon comme celles des annexes (placenta, membranes). Ensuite, pendant le développement embryonnaire précoce, les cellules possèdent toujours de remarquables facultés de différenciation en une large variété de types cellulaires. Ces cellules souches (cellules ES, embryonic stem cells ) peuvent être prélevées sur l’embryon et se multiplier au laboratoire ; quand elles sont replacées dans l’embryon, elles contribuent à la formation de tous les tissus, y compris les cellules germinales : de telles cellules sont appelées « pluripotentes » ; elles ne sont pas totipotentes car elles ne peuvent engendrer que des cellules de l’embryon lui-même. À un stade ultérieure, les cellules embryonnaires ne sont capables de produire que certains types de cellules moins diversifiées ; elles sont alors appelées « cellules embryonnaires multipotentes » (cellules EG, embryonic germ cells). Toutefois les limites entre totipotence, pluripotence ou multipotence sont encore imprécises.

Aujourd’hui, chez l’homme, les cellules souches embryonnaires sont obtenues à partir d’embryons issus de fécondations in vitro. Quand l’embryon comporte quelques centaines de cellules, ses cellules peuvent être dispersées, séparées les unes des autres et mises en culture. On peut obtenir de cette manière des cultures d’une vingtaine de types de cellules pluripotentes. L’autre voie d’obtention de cellules ES est bien sûr l’embryon issu du clonage humain, ce qui évite les difficultés d’ordre immunitaire. Il est autorisé dans certains pays comme la Grande-Bretagne et en passe de l’être en France si le Parlement suit les recommandations du premier ministre qui s’est clairement déclaré en faveur du clonage en souhaitant l’autorisation du « transfert de noyau ».

Cependant l’utilisation d’embryons humains pose des problèmes éthiques évidents puisque toutes ces expériences aboutissent à leur utilisation comme matériel d’expérimentation et à leur destruction ; ces embryons sont issus soit de la procréation médicalement assistée (embryons sans projet parental), soit délibérément produits par fécondation in vitro ou clonage. Un autre écueil éthique est la production, parmi ces cellules, de cellules germinales avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur les générations futures. Une voie permettant de contourner cette difficulté est fournie par l’observation suivante : à l’âge adulte, les cellules de presque tous les tissus peuvent se renouveler, il existe donc une source de cellules nouvelles chez l’adulte : les cellules souches adultes.

Une alternative au clonage : les cellules souches adultes

L’existence de cellules souches sanguines est connue depuis longtemps et, chez la souris, une seule de ces cellules est capable de régénérer tous les types de cellules sanguines. Ce potentiel des cellules souches n’est pas réduit par leur source : des cellules musculaires et sanguines peuvent être obtenues à partir de cellules souches d’autres systèmes et exactement la même cellule souche sanguine peut régénérer tout le système sanguin aussi bien que du muscle strié. Les cellules souches sont aussi abondantes dans différentes régions du système nerveux central ; au laboratoire ces cellules en cultures peuvent facilement être différenciées en neurones, en oligodendrocytes, en astrocytes ou en cellules du système nerveux périphérique. Chez la souris, les cellules souches du système nerveux central peuvent même se différencier en cellules d’autres organes comme le sang, le muscle, l’intestin, le foie, le cœur, la peau, etc. Inversement des cellules souches du sang peuvent se différencier en cellules nerveuses.

Les cellules souches adultes semblent avoir les mêmes potentialités que les cellules souches embryonnaires ES mais l’on sait encore peu de choses sur la manière d’orienter leur différentiation vers le type de tissu désiré. Il semble cependant que cette différentiation soit facilitée par les facteurs de l’inflammation libérés lors des lésions tissulaires.

Certaines caractéristiques de régulation des cellules souches sont très originales : les cellules souches adultes sont reconnues dans l’organisme lorsqu’elles expriment un antigène spécifique (HLA-DR). Cette reconnaissance permet leur destruction par les lymphocytes et évite ainsi une multiplication non contrôlée. Lorsque les cellules souches n’expriment pas cet antigène, comme les cellules souches non histocompatibles ou les cellules souches embryonnaire, ce mécanisme de régulation ne peut plus fonctionner ; il existe alors un risque de multiplication excessive potentiellement dangereux.

L’utilisation de cellules souches somatiques adultes permettrait pourtant de contourner les problèmes éthiques liés à l’utilisation des cellules ES mais il y a encore beaucoup à apprendre sur la manière dont ces cellules se multiplient et se différencient.

Retombées cliniques de l’utilisation des cellules souches

La première utilisation thérapeutique des cellules souches est le remplacement cellulaire. Celui-ci est très utile pour les cellules sanguines, par exemple dans le traitement des leucémies, ou pour les greffes cutanées chez les grands brûlés. En cardiologie, l’injection de cellules souches musculaires adultes dans un infarctus du myocarde a permis d’obtenir de nouvelles cellules cardiaques fonctionnelles et contractiles. La thérapie cellulaire a aussi une action potentielle dans certaines affections cérébrales caractérisées par une perte en neurones : maladie de Parkinson et plus récemment chorée de Huntington.

Cependant il faut encore vaincre de nombreuses difficultés avant d’utiliser les cellules souches de manière efficace :

  • Les cellules ES (embryonnaires) perdent progressivement leur capacités de se différencier en type de tissu précis et présentent le risque de se multiplier de manière excessive ; l’introduction de gènes d’apoptose (autodestruction) pourraient théoriquement limiter ce risque de dégénérescence tumorale.


  • La division des cellules souches adultes parait limitée en nombre et l’on ne sait pas encore comment les trouver facilement. Elles sont présentes dans le sang à raison de 50 cellules par millions.

Pourquoi les techniques de recherches en sont-elles en apparence à leurs balbutiements ? Vraisemblablement parce que les nouveautés sont maintenues confidentielles dans l’attente de prises de brevet. Pourquoi se pose-t-on des questions sur l’utilisation d’embryons humains alors que les essais préliminaires chez les primates ne sont pas encore réalisés ? Aussi honteuse que soit la réponse, il faut être franc : on veut utiliser des embryons humains car les embryons de singes coûtent plus chers et sont mieux protégés par les lobbies de défense des animaux que les petits d’hommes ; l’éthique est ici bien loin.

Il est donc extrêmement important de développer la recherche pour connaître les mécanismes qui contrôlent la naissance, la destinée et la mort de ces cellules souches adultes. Une banque de cellules souches adultes et de cellules souches issues du sang du cordon a déjà été créée en Italie pour fournir du matériel pour la régénération de tissus.

Législation : situation dans le monde, ...où se situe l’Afrique ?

Suite aux premières "manipulations génétiques", la communauté scientifique internationale s'est réunie une première fois en 1974 et a conclu à un moratoire d'un an. L'année suivante, aux Etats-Unis, ce moratoire a été levé, mais un certain nombre de règles de prudence ont été votées.

Des questions éthiques ont conduit la majorité des pays occidentaux à interdire le clonage humain.

Le risque de malformation est certain et reconnu par le monde scientifique : obésité, troubles psychologiques ou respiratoires, vieillissement prématuré. Et ce ne sont que les erreurs de jeunesse, on ignore encore ce qu'il peut arriver à un âge plus avancé.

Le clonage est un débat d’actualité. Les législations varient d’un pays à l’autre, allant de l’interdiction totale du clonage de cellules humaines sous toutes ses formes au vide juridique permettant de tout entreprendre dans ce domaine. Malgré l’existence d’un conseil d’éthique européen, les positions varient également au sein de l’Europe.

De nombreux pays sont partagés entre la peur de la dérive du clonage thérapeutique vers le clonage reproductif, et le souci de ne pas prendre de retard au niveau scientifique, par rapport à d’autres pays qui autorisent les recherches sur le clonage humain.

Clonage thérapeutique :

  • Autorisé : Royaume-Uni, Italie, Pays-Bas, Suède
  • Interdit : Espagne, Allemagne, Amérique du Sud, Canada, Australie

Recherche sur embryons surnuméraires :

  • Autorisé : Italie, Royaume-Uni, Pays-Bas, Canada, Israël
  • Interdit : Allemagne, Espagne, Suisse

La législation fait encore défaut dans les pays où la recherche est avancée (ne-fus-que jusqu’a ce jour) : en Belgique, Italie, Luxembourg et Inde, il existe un vide juridique concernant le clonage.

Ce dernier pays, à la différence de l’Afrique ou de l’Amérique du Sud, dispose d’une recherche de pointe dans le domaine des cellules souches. Au moins deux laboratoires indiens disposeraient de lignée de cellules souches.

En Russie, la Douma a, en Septembre 2002, approuvé en première lecture un projet de loi imposant un moratoire de cinq ans sur le clonage humain.

Le clonage reproductif est actuellement permis en Italie, Belgique et Luxembourg, car il n’y existe pas de lois l’interdisant et car ces pays ont la capacité de mener des recherches dessus.

Il n’existe pas encore de législation en Afrique (sauf Afrique du Sud qui interdit le clonage humain sous toutes ses formes), en Bolivie, au Paraguay.

L’Afrique actuellement ciblé par les grandes firmes pharmaceutiques et les grands centres de recherche devrait se réveiller et émettre des recommandations, guides et les lois régissant clonage sur le continent noir, ou alors adopter les chartes des autres qui se sont prononcées avant.

Vrai ou faux? : Labo de clonage humain en Afrique ?

La littérature reste silencieuse (ou du moins discrète pour ne pas dire confidentiel ou au vrai dire secrète) sur une possible existence des labo de clonage non seulement en Afrique mais aussi dans le monde.

Est-ce qu’il existe vraiment des labo de clonage ? On ne saurait pas répondre à cette question. Et l’Afrique, a plus forte raison on ne sait rien. Seul un lien Internet (http://www.bioeco.org/docu108 , consulté le 05 novembre 2007), lui aussi citant une autre source non trouvée a été discuté. Cette information aurait eu une source, un écrit dans les pages de l’actu sciences “L’Actu Jeudi 3 Octobre 2002”, à l’Université Libre de Belgique. Mais en suivant le lien nous n’avons pas pu avoir le document mère (http://ww3.ac-creteil.fr/hgc/spip/imprimersans.php3?id_article=322)

Dans tous les cas, il conviendrait que les comités éthiques des pays Africain se penchent sur l’élaboration des lois et mesures dans ce sens. Mieux vaut prévenir que guérir.

 

Bibiographies limités

  • 1. Laurent Degos. Cloner est-il immoral ?


  • 2. Laurent Degos, Sophie Jansem, Mon corps : cent mille milliards de cellules
    de (Illustrations)


  • 3. Laurent Degos, et al. Doit-on soigner une maladie ou un malade ? (31 décembre 2002)


  • 4. Dossier clonage. Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Clonage (consulté le 05 novembre 2007)


  • 5. Atlan, Henri. La fin du "tout génétique"? : Vers de nouveaux paradigmes en biologie : une conférence-débat organisée par le groupe Sciences en questions, Paris, Institut national de la recherche agronomique. Groupe Sciences en questions (INRA), 28 mai 1998


  • 6. Atlan, Henri; Marc Augé; Mireille Delmas Marty; Roger-Pol Droit; Nadine Fresco. Le clonage humain. 2002


  • 7. Brigitte Boisselier, Marcus Wenner, Daniel Chabot. Oui au clonage humain : La vie éternelle grâce à la science de Raël.


  • 8. Rapport sur le clonage, la thérapie cellulaire et l’utilisation thérapeutique des cellules embryonnaires. Sénat 24 février 2000.


  • 9. Stem cells, hype and hope. McKay R. Nature 2000; 406:361-4.


  • 10. Résolution du Parlement européen sur le clonage des êtres humains. Document PE 293.752 du 7 septembre 2000.


  • 11. Les cellules souches adultes et leurs potentialités d’utilisation en recherche et en thérapeutique, comparaison avec les cellules souches embryonnaires. Rapport de l’Académie des Sciences réalisé à la demande du Ministre de la Recherche. Novembre 2000.


  • 12. Cellules souches humaines autologues et transfert de noyau, aspects scientifiques et éthiques. Académie pontificale pour la Vie. Janvier 2001.
  • 13. G. Dagon, Les sectes à visage découvert, Vol.2 pp. 121-128. Editions Barnabas, 1995.

 

Marc TWAGIRUMUKIZA, MD
Gand, ce 10 Novembre 2007
twamarc@yahoo.fr

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