| Clonage
humain en Afrique : un portefeuille bio-éthique vide !
Le clonage est un débat depuis longtemps
et toujours d’actualité. Par ce texte nous souhaitons
pas alourdir encore la table de discussion pour les scientifiques
du domaine, mais plutôt relancer ces débats dans un
autre angle : regard sur l’Afrique.
Selon Wikipedia, le clonage désigne principalement deux
processus. C'est d'une part la multiplication naturelle ou artificielle
à l'identique d'un être vivant c'est-à-dire
avec conservation exacte du même génome pour tous les
descendants (les clones). C'est donc un synonyme de multiplication
asexuée comme on en connaît dans la nature pour les
cellules ayant des mitoses. C'est aussi la multiplication provoquée
d'un fragment d'ADN par l'intermédiaire d'un micro-organisme.
Accessoirement, par extension, il désigne aussi la création
de certains objets proches d'autres (clones d'un appareil, d'un
microprocesseur, ...).
Ainsi, en biologie, le mot clonage désigne plusieurs choses
:
- D'une part, le fait de reproduire des organismes vivants pour
obtenir des êtres génétiquement identiques
; ceci peut s'appliquer à de simples cellules (clonage
cellulaire, par prélèvement d'une seule cellule,
qui est mise en culture de manière individuelle) ou bien
à des animaux — donc y compris les êtres humains
— et des végétaux (clonage reproductif). L'ensemble
de ces cellules, ou individus, forme un seul et même clone
(tant que le patrimoine génétique est identique).
- D'autre part, une technique de biologie moléculaire qui
consiste à isoler un fragment d'ADN et à le multiplier
à l'identique en l'« insérant » dans
une molécule d'ADN « porteuse » appelée
vecteur permettant son amplification. Cette technique de biologie
moléculaire peut-être utilisée pour un clonage
partiel, ne portant que sur un fragment de matériel génétique
(ADN), mais aussi pour le clonage d'un gène entier permettant
la production de la protéine recombinante correspondante.
Le vecteur le plus communément utilisé étant
une molécule d'ADN appelée plasmide.
Au sens scientifique le clonage est l'obtention d'un être
vivant génétiquement identique au parent qui lui donne
naissance. Il s'oppose donc à la reproduction qui nécessite
deux parents. Il ne faut toutefois pas confondre le clonage avec
certaines formes de multiplication asexuée telles que la
parthénogenèse où nous avons génération
de gamètes, donc méiose. Les enfants ne sont pas identiques
à leurs parents.
On assimile souvent la naissance de jumeaux monozygotes chez les
animaux et chez l'homme à une forme de clonage naturel. Ce
n'est toutefois pas le cas. Les deux enfants sont certes identiques
entre eux (techniquement les enfants forment un clone) mais pas
à leurs parents et découlent bien d'une reproduction.
Le terme clone est utilisé pour la première fois
en 1903 par le botaniste H.J. Webber en désignant des plantes
reproduites par multiplication asexuée. Ce mot sera ensuite
réutilisé par J.B.S. Haldane.
Les législations, variant d’un pays à l’autre,
vont de l’interdiction totale du clonage de cellules humaines
sous toutes ses formes au vide juridique permettant de tout entreprendre
dans ce domaine. Malgré l’existence d’un conseil
d’éthique européen, les positions varient également
au sein de l’Europe. De nombreux pays sont partagés
entre la peur de la dérive du clonage thérapeutique
vers le clonage reproductif, et le souci de ne
pas prendre de retard au niveau scientifique, par rapport à
d’autres pays qui autorisent les recherches sur le clonage
humain.
Deux scientifiques écossais annoncent publiquement qu'ils
ont réussi, le 5 juillet 1996, à donner naissance
au premier mammifère cloné à partir d'un animal
adulte. L'animal est une brebis et s'appelle "Dolly" en
hommage à la chanteuse Dolly Parton. Souffrant d'une maladie
pulmonaire incurable, Dolly sera euthanasiée six ans après
sa naissance. Une fois naturalisée, elle sera exposée
dans un musée d'Edimbourg.
A l'heure où le clonage humain est presque techniquement
à notre portée, où les industries pharmaceutiques
et agroalimentaires se jettent dans la course aux brevets, la question
de la réglementation se fait de plus en plus pressante. Face
à la vitesse foudroyante des progrès, les comités
d'éthiques multiplient leurs recommandations.
Car de technique, le problème est bel et bien devenu éthique.
Si la fabrication en chaîne de souris de laboratoires, de
vaches laitières productives ou encore d'animaux en voie
de disparition semble être un bienfait, que dire en revanche
du clonage pour améliorer la race humaine, pour pallier la
stérilité, voire pour que chacun ait à sa disposition
un double qui servirait de banque d'organes en cas de besoin ? Toutes
ces applications seront-elles rapidement possibles ? Ou bien existe-t-il
des obstacles insoupçonnés ? Quoiqu'il en soit, la
machine est lancée et s'il serait vain de tenter de l'arrêter,
peut-être pouvons-nous tout au moins lui trouver des limites.
Le clonage, pourquoi tant de discussions ?
Le clonage animal n'aurait certainement pas été à
ce point médiatisé si les intérêts de
ces expériences s'étaient cantonnés aux seuls
progrès de la science. Il présente en fait de nombreux
intérêts à la fois écologiques et financiers.
Le clonage d'animaux en voie de disparition (en utilisant notamment
des ovocytes de vaches, particulièrement efficaces) permettrait
d'éviter l'extinction totale de certaines espèces.
Les intérêts financiers sont multiples, en particulier
dans ce nouveau domaine de recherche que les Américains appellent
"pharming", sorte d'hybride entre les recherches pharmaceutiques
et agronomiques. Il s'agit là de fabriquer à la chaîne
des clones d'animaux de fermes (vaches, brebis, chèvre...)
génétiquement modifiés (transgéniques)
pour produire des protéines ou des médicaments. Le
clonage permettra également de créer en série
des animaux de laboratoires tous identiques (présentant donc
par exemple la même anomalie génétique) ou encore
de fournir des organes humains par le biais d'animaux transgéniques.
Commençons par l’histoire de clonage :
En juillet 1996, le clonage d'un mammifère est réalisé
par une équipe de chercheurs écossais. Dolly vient
de naître, absolument identique à la brebis adulte
donneuse de cellules de glande mammaire.
Pour l'obtenir, le professeur Ian WILMUT a dû s'y reprendre
à 277 fois. Mais les chercheurs se sont vite aperçus
qu'elle vieillissait trop rapidement, comme si elle cumulait son
âge et celui de la brebis donneuse.
Dolly a finalement été euthanasiée en février
2003 suite à des problèmes d'arthrite précoce
et des difficultés respiratoires. 7 espèces de mammifères
ont déjà été clonées, près
de la moitié de ces cobayes sont morts de malformations diverses.
Malgré ces échecs, la recherche continue, tant les
retombées du clonage reproductif sont prometteuses : des
espèces menacées pourraient ainsi définitivement
être rayées de la liste rouge. L'expérience
a d'ailleurs été menée en janvier 2001, sur
le "gaur", gros bovin du sud-est asiatique. A partir de
cellules de peau d'un gaur mort et d'un ovule de vache, un jeune
gaur cloné a vu le jour.
Depuis Dolly, des progrès à vitesse exponentielle
- Février 97 : Naissance de la brebis
Dolly, premier mammifère à avoir été
cloné à partir d'une cellule adulte, grâce
à Ian Wilmut et son équipe du Roslin Institute (Edimbourg,
Ecosse), cfr supra.
- 19 janvier 98 : Recherche de l'ovocyte universel
qui pourrait recevoir le noyau de n'importe quel mammifère
(Maisam M. Mitalipova de l'Université de Wisconsin-Madison).
- 20 janvier 98 : Naissance de Charlie et Georges,
deux veaux clonés et modifiés génétiquement
(Université de Massachussetts).
- 20 février 98 : Naissance de Marguerite,
clone de veau femelle, à l'INRA (Institut National de Recherche
Agronomique).
Avril 98 : Naissance de Bonnie, fille de Dolly.
- 22 juillet 98 : Ryuzo Yanagimachi de l'Université
d'Hawaï obtient une cinquantaine de clones de souris, parmi
lesquels des clones de clones de clones !
- 6 novembre 98 : Première mise en culture
de cellules embryonnaires humaines par James Thomson (Université
de Wisconsin-Madison).
- 9 décembre 98 : Huit veaux clonés
par l'équipe de chercheurs japonais dirigée par
le docteur Yukio Kato, à partir de cellules du cumulus
(partie externe de l'ovule).
Afin de garantir l'humanité contre les dérives possibles
du clonage, rien de tel qu'un bon cadre juridique au niveau international.
C'est pourquoi l'Unesco a adopté le 11 novembre 1997 la Déclaration
universelle sur le génome humain et les droits de l'homme,
qui stipule que le clonage humain est "une offense à
la dignité humaine". Cette position a été
confirmée le 26 février dernier par l'Unesco, puis
par la Commission Européenne de Bruxelles le 28 mai de la
même année. En France, la loi de juillet 1994 portant
notamment sur la procréation médicalement assistée
et sur le statut de l'embryon suffisait implicitement pour interdire
le clonage humain. Révisable tous les cinq ans, elle devrait
être complétée en juillet prochain notamment
au sujet des recherches sur l'embryon à but thérapeutique.
Bernard Kouchner, Secrétaire d'état à la santé
a déjà annoncé son intention de proposer aux
Nations-Unies une démarche collective, réclamant "un
devoir et un droit d'ingérence" face aux pays qui feraient
preuve de trop de laxisme (AFP, 21 janvier 99).
Scientifiquement comment ça se passe : Les différentes
étapes de fabrication d'un clone
Le clonage est réalisé à partir de cellules
du cumulus, partie qui entoure l'ovocyte. On commence par prélever
le noyau d'un ovocyte receveur, avant de le remplacer au moyen d'une
pipette à micro-injection par un noyau prélevé
dans des cellules de cumulus. L'embryon formé est mis en
culture pour une durée comprise entre une et six heures afin
de favoriser le phénomène de reprogrammation (retour
à l'état indifférencié). Il est ensuite
transplanté dans l'utérus d'une mère porteuse.
Fabriquer un clone semble être d'une simplicité enfantine.
En théorie, il suffit de prélever n'importe quelle
cellule de l'animal à cloner, de récupérer
son noyau et de l'injecter entre la zone pellucide et la membrane
de l'ovule énucléé d'une "donneuse".
Placé dans un champ électrique, l'ensemble "noyau
ovocyte" va fusionner puis la cellule se diviser pour donner
un embryon, qui sera ensuite transplanté dans l'utérus
d'une mère porteuse. Après la gestation, le nouveau-né
sera la copie conforme de l'animal de départ.
Mais dans la pratique, ça se complique. Non seulement la
composition du milieu de culture et la qualité du couple
"donneur receveur" influent nettement sur les résultats,
mais en plus chaque étape réduit un peu plus le nombre
de succès. Outre le fait que la fusion "noyau ovocyte"
ne réussit pas toujours, sans oublier un tri drastique des
meilleurs embryons et les pertes durant la gestation, pas moins
de la moitié des clones ont des problèmes immunitaires
ou cardiaques dès la naissance. Dans de telles conditions,
dur, dur d'être un clone !
Les grands points de discussions actuelles
: arguments scientifiques
Pour réaliser le clonage d’un mammifère, la
théorie est relativement simple et nécessite deux
« ingrédients » principaux :
- un ovocyte frais et énucléé (car il ne
se conserve pas au congélateur),
- le noyau d’une cellule somatique spécifiquement
traitée, tel un fibroblaste.
Il reste alors à introduire le noyau dans la cellule et
à enclencher le processus de division, par exemple par une
décharge électrique. Au cours de ces manipulations,
l’ovocyte est indispensable car c’est la seule cellule
dont le cytoplasme contient les éléments capables
de réinitialiser le noyau, c’est à dire de lui
donner la capacité d’utiliser l’ensemble de son
génome pour former une cellule totipotente à l’origine
d’un être nouveau pouvant fournir tous les types de
tissus.
Une question clé se pose immédiatement : la cellule
initiale du clone est-elle un embryon ? Au delà des discussions
sémantiques ou philosophiques, la biologie donne une réponse
évidente : par définition, l’embryon de mammifère,
créé par la fécondation, est le stade le plus
précoce de son développement ; de même la cellule
initiale du clone, créée par transfert de noyau, est
le stade le plus précoce de l’être cloné.
Si la cellule initiale de Dolly n’est pas un embryon de mouton,
alors Dolly n’est pas un mouton, elle qui a pourtant donné
naissance à des agneaux tout à fait standards : le
clone existe donc à partir du moment de l’introduction
du noyau dans l’ovule qui crée un nouvel embryon ;
l’originalité de cet embryon est sa voie d’obtention
par un mode asexué.
La technique du clonage, simple en théorie, est dans la
réalité très compliquée et aléatoire
: pour obtenir une brebis Dolly, il a fallu créer plus de
250 clones par le recueil d’un nombre encore plus grand d’ovocytes.
Aujourd’hui, il n’est pas encore possible de cloner
certains animaux, cependant les moutons, les vaches, les porcs,
les chèvres et les souris sont « clonables »
avec des fortunes diverses. Par clonage, on obtient rarement plus
de 1 % de naissances vivantes, très souvent associées
à diverses anomalies du placenta, de l’appareil cardiovasculaire,
du système immunitaire ou à un syndrome comportant
un tableau d’anasarque particulier avec macroglossie, grosse
tête et hypertrophie hépatique.
Contrairement à ce que l’on imagine, si un clone possède
exactement le même code génétique que son donneur,
il en diffère cependant. Cette différence est nettement
plus importante que celle qui sépare des vrais jumeaux ;
indépendamment de la différence d’âge
entre le donneur et le clone, et toutes les conséquences
qu’entraîne cette différence d’âge,
il ne faut pas oublier que l’ADN mitochondrial du clone sera
différent de celui du donneur puisqu’il proviendra
de la donneuse d’ovocytes. Personne ne connaît les conséquences
de ce phénomène ni la nature et l’importance
d’éventuels signaux intracellulaires entre l’ADN
nucléaire, l’ADN mitochondrial et le cytoplasme.
Actuellement, aucun clonage humain n’a été
réalisé et il n’est donc pas possible de savoir
si cette technique sera facilement réalisable ou non. Quelle
que soit cette difficulté, il faudra certainement trouver
des dizaines, voire des centaines, d’ovocytes par clone créé
avec succès. Cet obstacle que représente l’obtention
des ovocytes est très important.
Le clonage humain est actuellement envisagé sous deux modes
: le clonage reproductif et le clonage thérapeutique. Il
est important de souligner que ce distinguo est purement sémantique
et ne repose sur aucune base scientifique. Comme le souligne le
Parlement Européen dans son texte sur le clonage, «
il n’existe aucune différence entre le clonage à
des fins thérapeutiques et celui ayant pour objet la reproduction…
» ; En effet la technique utilisée est strictement
la même avant et pendant les 8 premiers jours de la vie, jusqu’au
moment de l’implantation de l’embryon in utero ou de
son maintien en éprouvette. En cas d’implantation,
appelée transfert d’embryon, le clonage est dit reproductif
; sans transfert et avec la mise en œuvre de traitements adéquats
in vitro, il est dit thérapeutique. Dans les deux cas, il
s’agit sans discussion possible de clonage humain avec toute
la remise en cause de la dignité humaine que cela implique.
Il n’est pas possible de dire que le clone, qui est capable
de donner un nouvel individu complet, n’est pas un être
vivant ; et comment dire qu’il n’est pas humain puisqu’il
possède dans ses cellules et leur noyau la signature de l’humain
: son génome ; jamais il ne pourra devenir éléphant,
souris ou drosophile, sa seule destinée est de donner un
homme. Au risque de se répéter, si un clone humain
n’est pas un être humain, alors Dolly n’est pas
un mouton. La question de savoir à quel moment le clone humain
devient une personne humaine est d’un autre ordre : il ne
s’agit plus de biologie mais plutôt de philosophie.
L’amour de la sagesse voudrait d’ailleurs que l’on
applique à l’être humain, qui donnera une personne
humaine, le principe de précaution que nos hommes politiques
invoquent si volontiers : dans l’incapacité de définir
le moment auquel l’être humain devient une personne
humaine, ce principe voudrait que l’on considère l’être
humain comme une personne dès son début, dès
le stade embryonnaire. Pourquoi n’applique t-on pas à
l’homme, et à son petit, ce principe de précaution
considéré comme essentiel lorsqu’il s’agit
de vaches, surtout lorsqu’elles sont folles ou aphteuses ?
Le clonage reproductif
Aujourd’hui, le clonage humain dit reproductif est, en apparence,
unanimement condamné mais, malgré cet interdit, plusieurs
scientifiques ont affirmé leur ferme intention de réaliser
à court terme le premier clonage d’un être humain.
Il est difficile de concevoir une technique plus méprisante
de l’homme que le clonage humain reproductif : si l’on
réalise le clone d’un être humain, ce n’est
pas pour lui, mais pour qu’il ressemble au donneur de noyau
; si l’on pouvait réaliser le clone d’Albert
Einstein aujourd’hui, ce ne serait pas par hasard, pour concevoir
un homme comme les autres, mais bien pour obtenir un bon physicien.
Le sujet cloné ne peut avoir d’existence propre et
ne restera jamais que l’image de son donneur. Comment alors
ne pas prévoir de graves troubles de l’identité
et de la personnalité ? Il est inconcevable qu’une
femme porteuse d’un clone n’ait pas choisi avec le plus
grand soin le sujet donneur : si le donneur est son mari, quel inceste
d’avoir dans son lit le double de son enfant ! Si c’est
elle-même la donneuse, quel narcissisme ! Si c’est un
donneur étranger, quel donneur la femme porteuse va t’elle
choisir pour porter son jumeau dans son sein, et quel adultère
! Même en cas de stérilité où le clonage
paraît la seule moyenne d’obtenir une grossesse, son
principe même est une atteinte extrêmement profonde
de l’identité et du respect dû au clone, donc
de la dignité humaine.
Malgré tout certains s’acharnent sur le clonage reproductif
humain et vont même plus loin puisqu’un médecin
américain essaie de cloner un bébé mort en
implantant des noyaux de ses cellules dans des ovocytes de vaches
! Est-il nécessaire d’épiloguer sur des expérimentations
aussi aberrantes ? Cette chimère serait-elle réellement
un humain ? A priori oui par son code génétique nucléaire
mais non par son ADN mitochondrial ; cela introduirait de l’ADN
mitochondrial de vache dans l’humanité future…
Où va t-on ? Compte tenu des difficultés rencontrées
pour obtenir un clone de mouton avec un ovocyte de mouton, compte
tenu du grand nombre d’anomalies et de malformations rencontrées
chez les clones (plus de la moitié), il est peu probable
de pouvoir fabriquer à l’heure actuelle un clone chimérique
homme-vache ; dans 10 ans, la question pourra se poser dans de tout
autres termes. Le maïs transgénique est infiniment moins
dangereux que ces expériences sur l’homme de quelques
savants qui pensent que tout ce que la science permet doit être
réalisé.
Les cellules souches
Mais revenons au clonage humain thérapeutique et à
son intérêt comme source de tissus, c’est à
dire de cellules souches humaines autologues. Les cellules souches
(stem cells, cellules staminales) sont un centre d’intérêt
spectaculaire en raison de leur capacité à se transformer
en n’importe quel type cellulaire dans les organismes supérieurs
; cette transformation pourrait même peut-être s’effectuer
à la demande. Cela provoquerait une évolution profonde
de certains domaines de la médecine mais l’usage de
ces cellules soulève des problèmes non seulement pratiques
mais aussi éthiques.
Que signifie exactement l’appellation « cellule souche
» ? Sans entrer dans des définitions techniques compliquées,
ce concept désigne des cellules non spécialisées,
capables de se multiplier à l’identique, c’est
à dire indifférenciées, ou de se transformer
en un ou plusieurs types cellulaires spécialisés de
l’organisme : foie, peau, etc. Les cellules souches sont ainsi
définies par leur potentialité de développement.
Le type même de cellule souche est la cellule embryonnaire
initiale, le zygote, qui est à l’origine de toutes
les cellules de l’organisme ; au fur et à mesure du
développement embryonnaire, les cellules sont canalisées
vers des voies de différentiation spécifiques et leur
potentiel de développement se modifie ; les cellules souches
de ces différentes voies se différencient seulement
en quelques types de cellules : par exemple, les cellules souches
dans le cerveau donnent les différentes sortes de neurones
et les autres cellules du système nerveux central.
Si l’existence de cellules souches pendant le développement
était prévisible, leur existence dans les tissus adultes
est plus surprenante : il existe par exemple dans le muscle et le
système sanguin des cellules capables, en cas de besoin,
de donner du muscle ou des cellules sanguines, mais aussi d’autres
lignées.
Les cellules souches embryonnaires issue du clonage
Le but du clonage est d’obtenir un nouveau zygote par une
voie non sexuée. Ce stade initial de l’embryon est
appelé cellule souche totipotente car il est à l’origine
de toutes les cellules de l’organisme, celles de l’embryon
comme celles des annexes (placenta, membranes). Ensuite, pendant
le développement embryonnaire précoce, les cellules
possèdent toujours de remarquables facultés de différenciation
en une large variété de types cellulaires. Ces cellules
souches (cellules ES, embryonic stem cells ) peuvent être
prélevées sur l’embryon et se multiplier au
laboratoire ; quand elles sont replacées dans l’embryon,
elles contribuent à la formation de tous les tissus, y compris
les cellules germinales : de telles cellules sont appelées
« pluripotentes » ; elles ne sont pas totipotentes car
elles ne peuvent engendrer que des cellules de l’embryon lui-même.
À un stade ultérieure, les cellules embryonnaires
ne sont capables de produire que certains types de cellules moins
diversifiées ; elles sont alors appelées « cellules
embryonnaires multipotentes » (cellules EG, embryonic germ
cells). Toutefois les limites entre totipotence, pluripotence ou
multipotence sont encore imprécises.
Aujourd’hui, chez l’homme, les cellules souches embryonnaires
sont obtenues à partir d’embryons issus de fécondations
in vitro. Quand l’embryon comporte quelques centaines de cellules,
ses cellules peuvent être dispersées, séparées
les unes des autres et mises en culture. On peut obtenir de cette
manière des cultures d’une vingtaine de types de cellules
pluripotentes. L’autre voie d’obtention de cellules
ES est bien sûr l’embryon issu du clonage humain, ce
qui évite les difficultés d’ordre immunitaire.
Il est autorisé dans certains pays comme la Grande-Bretagne
et en passe de l’être en France si le Parlement suit
les recommandations du premier ministre qui s’est clairement
déclaré en faveur du clonage en souhaitant l’autorisation
du « transfert de noyau ».
Cependant l’utilisation d’embryons humains pose des
problèmes éthiques évidents puisque toutes
ces expériences aboutissent à leur utilisation comme
matériel d’expérimentation et à leur
destruction ; ces embryons sont issus soit de la procréation
médicalement assistée (embryons sans projet parental),
soit délibérément produits par fécondation
in vitro ou clonage. Un autre écueil éthique est la
production, parmi ces cellules, de cellules germinales avec toutes
les conséquences que cela peut avoir sur les générations
futures. Une voie permettant de contourner cette difficulté
est fournie par l’observation suivante : à l’âge
adulte, les cellules de presque tous les tissus peuvent se renouveler,
il existe donc une source de cellules nouvelles chez l’adulte
: les cellules souches adultes.
Une alternative au clonage : les cellules souches adultes
L’existence de cellules souches sanguines est connue depuis
longtemps et, chez la souris, une seule de ces cellules est capable
de régénérer tous les types de cellules sanguines.
Ce potentiel des cellules souches n’est pas réduit
par leur source : des cellules musculaires et sanguines peuvent
être obtenues à partir de cellules souches d’autres
systèmes et exactement la même cellule souche sanguine
peut régénérer tout le système sanguin
aussi bien que du muscle strié. Les cellules souches sont
aussi abondantes dans différentes régions du système
nerveux central ; au laboratoire ces cellules en cultures peuvent
facilement être différenciées en neurones, en
oligodendrocytes, en astrocytes ou en cellules du système
nerveux périphérique. Chez la souris, les cellules
souches du système nerveux central peuvent même se
différencier en cellules d’autres organes comme le
sang, le muscle, l’intestin, le foie, le cœur, la peau,
etc. Inversement des cellules souches du sang peuvent se différencier
en cellules nerveuses.
Les cellules souches adultes semblent avoir les mêmes potentialités
que les cellules souches embryonnaires ES mais l’on sait encore
peu de choses sur la manière d’orienter leur différentiation
vers le type de tissu désiré. Il semble cependant
que cette différentiation soit facilitée par les facteurs
de l’inflammation libérés lors des lésions
tissulaires.
Certaines caractéristiques de régulation des cellules
souches sont très originales : les cellules souches adultes
sont reconnues dans l’organisme lorsqu’elles expriment
un antigène spécifique (HLA-DR). Cette reconnaissance
permet leur destruction par les lymphocytes et évite ainsi
une multiplication non contrôlée. Lorsque les cellules
souches n’expriment pas cet antigène, comme les cellules
souches non histocompatibles ou les cellules souches embryonnaire,
ce mécanisme de régulation ne peut plus fonctionner
; il existe alors un risque de multiplication excessive potentiellement
dangereux.
L’utilisation de cellules souches somatiques adultes permettrait
pourtant de contourner les problèmes éthiques liés
à l’utilisation des cellules ES mais il y a encore
beaucoup à apprendre sur la manière dont ces cellules
se multiplient et se différencient.
Retombées cliniques de l’utilisation des cellules
souches
La première utilisation thérapeutique des cellules
souches est le remplacement cellulaire. Celui-ci est très
utile pour les cellules sanguines, par exemple dans le traitement
des leucémies, ou pour les greffes cutanées chez les
grands brûlés. En cardiologie, l’injection de
cellules souches musculaires adultes dans un infarctus du myocarde
a permis d’obtenir de nouvelles cellules cardiaques fonctionnelles
et contractiles. La thérapie cellulaire a aussi une action
potentielle dans certaines affections cérébrales caractérisées
par une perte en neurones : maladie de Parkinson et plus récemment
chorée de Huntington.
Cependant il faut encore vaincre de nombreuses difficultés
avant d’utiliser les cellules souches de manière efficace
:
- Les cellules ES (embryonnaires) perdent progressivement leur
capacités de se différencier en type de tissu précis
et présentent le risque de se multiplier de manière
excessive ; l’introduction de gènes d’apoptose
(autodestruction) pourraient théoriquement limiter ce risque
de dégénérescence tumorale.
- La division des cellules souches adultes parait limitée
en nombre et l’on ne sait pas encore comment les trouver
facilement. Elles sont présentes dans le sang à
raison de 50 cellules par millions.
Pourquoi les techniques de recherches en sont-elles en apparence
à leurs balbutiements ? Vraisemblablement parce que les nouveautés
sont maintenues confidentielles dans l’attente de prises de
brevet. Pourquoi se pose-t-on des questions sur l’utilisation
d’embryons humains alors que les essais préliminaires
chez les primates ne sont pas encore réalisés ? Aussi
honteuse que soit la réponse, il faut être franc :
on veut utiliser des embryons humains car les embryons de singes
coûtent plus chers et sont mieux protégés par
les lobbies de défense des animaux que les petits d’hommes
; l’éthique est ici bien loin.
Il est donc extrêmement important de développer la
recherche pour connaître les mécanismes qui contrôlent
la naissance, la destinée et la mort de ces cellules souches
adultes. Une banque de cellules souches adultes et de cellules souches
issues du sang du cordon a déjà été
créée en Italie pour fournir du matériel pour
la régénération de tissus.
Législation : situation dans le monde, ...où
se situe l’Afrique ?
Suite aux premières "manipulations génétiques",
la communauté scientifique internationale s'est réunie
une première fois en 1974 et a conclu à un moratoire
d'un an. L'année suivante, aux Etats-Unis, ce moratoire a
été levé, mais un certain nombre de règles
de prudence ont été votées.
Des questions éthiques ont conduit la majorité des
pays occidentaux à interdire le clonage humain.
Le risque de malformation est certain et reconnu par le monde scientifique
: obésité, troubles psychologiques ou respiratoires,
vieillissement prématuré. Et ce ne sont que les erreurs
de jeunesse, on ignore encore ce qu'il peut arriver à un
âge plus avancé.
Le clonage est un débat d’actualité. Les législations
varient d’un pays à l’autre, allant de l’interdiction
totale du clonage de cellules humaines sous toutes ses formes au
vide juridique permettant de tout entreprendre dans ce domaine.
Malgré l’existence d’un conseil d’éthique
européen, les positions varient également au sein
de l’Europe.
De nombreux pays sont partagés entre la peur de la dérive
du clonage thérapeutique vers le clonage
reproductif, et le souci de ne pas prendre de retard au
niveau scientifique, par rapport à d’autres pays qui
autorisent les recherches sur le clonage humain.
Clonage thérapeutique :
- Autorisé : Royaume-Uni, Italie, Pays-Bas, Suède
- Interdit : Espagne, Allemagne, Amérique du Sud,
Canada, Australie
Recherche sur embryons surnuméraires :
- Autorisé : Italie, Royaume-Uni, Pays-Bas, Canada,
Israël
- Interdit : Allemagne, Espagne, Suisse
La législation fait encore défaut dans les pays où
la recherche est avancée (ne-fus-que jusqu’a ce jour)
: en Belgique, Italie, Luxembourg et Inde, il existe un vide juridique
concernant le clonage.
Ce dernier pays, à la différence de l’Afrique
ou de l’Amérique du Sud, dispose d’une recherche
de pointe dans le domaine des cellules souches. Au moins deux laboratoires
indiens disposeraient de lignée de cellules souches.
En Russie, la Douma a, en Septembre 2002, approuvé en première
lecture un projet de loi imposant un moratoire de cinq ans sur le
clonage humain.
Le clonage reproductif est actuellement permis
en Italie, Belgique et Luxembourg, car il n’y existe pas de
lois l’interdisant et car ces pays ont la capacité
de mener des recherches dessus.
Il n’existe pas encore de législation en Afrique (sauf
Afrique du Sud qui interdit le clonage humain sous toutes ses formes),
en Bolivie, au Paraguay.
L’Afrique actuellement ciblé par les grandes firmes
pharmaceutiques et les grands centres de recherche devrait se réveiller
et émettre des recommandations, guides et les lois régissant
clonage sur le continent noir, ou alors adopter les chartes des
autres qui se sont prononcées avant.
Vrai ou faux? : Labo de clonage humain en Afrique ?
La littérature reste silencieuse (ou du moins discrète
pour ne pas dire confidentiel ou au vrai dire secrète) sur
une possible existence des labo de clonage non seulement en Afrique
mais aussi dans le monde.
Est-ce qu’il existe vraiment des labo de clonage ? On ne
saurait pas répondre à cette question. Et l’Afrique,
a plus forte raison on ne sait rien. Seul un lien Internet (http://www.bioeco.org/docu108
, consulté le 05 novembre 2007), lui aussi citant une autre
source non trouvée a été discuté. Cette
information aurait eu une source, un écrit dans les pages
de l’actu sciences “L’Actu Jeudi 3 Octobre 2002”,
à l’Université Libre de Belgique. Mais en suivant
le lien nous n’avons pas pu avoir le document mère
(http://ww3.ac-creteil.fr/hgc/spip/imprimersans.php3?id_article=322)
Dans tous les cas, il conviendrait que les comités éthiques
des pays Africain se penchent sur l’élaboration des
lois et mesures dans ce sens. Mieux vaut prévenir que guérir.
Bibiographies limités
- 1. Laurent Degos. Cloner est-il
immoral ?
- 2. Laurent Degos, Sophie Jansem,
Mon corps : cent mille milliards de cellules
de (Illustrations)
- 3. Laurent Degos, et al. Doit-on
soigner une maladie ou un malade ? (31 décembre 2002)
- 4. Dossier clonage. Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Clonage
(consulté le 05 novembre 2007)
- 5. Atlan, Henri. La fin du
"tout génétique"? : Vers de nouveaux paradigmes
en biologie : une conférence-débat organisée
par le groupe Sciences en questions, Paris, Institut national
de la recherche agronomique. Groupe Sciences en questions (INRA),
28 mai 1998
- 6. Atlan, Henri; Marc Augé;
Mireille Delmas Marty; Roger-Pol Droit; Nadine Fresco.
Le clonage humain. 2002
- 7. Brigitte Boisselier, Marcus Wenner,
Daniel Chabot. Oui au clonage humain : La vie éternelle
grâce à la science de Raël.
- 8. Rapport sur le clonage, la thérapie
cellulaire et l’utilisation thérapeutique des cellules
embryonnaires. Sénat 24 février 2000.
- 9. Stem cells, hype and hope. McKay
R. Nature 2000; 406:361-4.
- 10. Résolution du Parlement européen
sur le clonage des êtres humains. Document PE 293.752
du 7 septembre 2000.
- 11. Les cellules souches adultes et leurs potentialités
d’utilisation en recherche et en thérapeutique, comparaison
avec les cellules souches embryonnaires. Rapport de l’Académie
des Sciences réalisé à la demande du Ministre
de la Recherche. Novembre 2000.
- 12. Cellules souches humaines autologues et
transfert de noyau, aspects scientifiques et éthiques.
Académie pontificale pour la Vie. Janvier 2001.
- 13. G. Dagon, Les sectes à
visage découvert, Vol.2 pp. 121-128. Editions Barnabas,
1995.
Marc TWAGIRUMUKIZA, MD
Gand, ce 10 Novembre 2007
twamarc@yahoo.fr
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