|
Chapitre II : Suivi du patient séropositif
1 - Objectifs
Etape capitale dont les objectifs sont :
- Apprécier l'évolution de l'infection
- Détecter précocement les affections associées
- Mettre en place la prophylaxie primaire si possible
- Envisager la mise en route de la thérapie antirétrovirale
- Surveiller tous les traitements prescrits
Cela aura pour conséquences d'éviter les hospitalisations répétées
et prolongées qui sont onéreuses et génératrices d'infections
nosocomiales souvent mortelles.
2 - Bilan d'une première consultation
Pour accomplir la tâche, l'équipe médicale dispose de trois moyens
: les consultations médicales, les examens paracliniques utiles
et le conseil (cf Directives nationales). Mais, ce personnel doit
être formé à la conduite et aux contraintes de cette tâche.
2.1 - Circonstances de découverte
Les circonstances de découverte de l'infection à VIH relèvent
essentiellement de trois faits :
- Le sujet se présente de lui-même dans une unité hospitalière
ou dans un centre de dépistage anonyme pour se soumettre au
test sérologique VIH.
Ce cas d'espèce est de plus en plus fréquent au Rwanda.
- La sérologie VIH est pratiquée à visée diagnostique chez les
patients consultant ou hospitalisés pour une symptomatologie
entrant dans le cadre de l'infection à VIH, le plus souvent
au stade de SIDA.
- D'autres circonstances de découverte sont mentionnées dans
l'encadré. Mais il arrive encore très souvent que des tests
sérologiques soient réalisés à l'insu des patients et les résultats
non annoncés aux patients jusqu'à l'apparition du stade de SIDA.
Toutefois, la règle demeure toujours : ne pas
demander la sérologie VIH à l'insu du patient, notamment si celui-ci
est conscient. Un conseil pré-test doit être préalablement réalisé
en vue de faciliter l'annonce des résultats.
| Circonstances de découverte de l'infection
à VIH |
|
Dépistage volontaire : Il
est vivement conseillé. Le principal motif des clients est
le désir du ou de la partenaire de savoir sa séropositivité
VIH.
Dépistage involontaire : C'est
la principale circonstance de découverte de l'infection
à VIH. Le médecin est amené à demander un test sérologique
en cas de :
- L'existence de signes cardinaux (amaigrissement, diarrhée
chronique, fièvre prolongée, cachexie, toux persistante)
attire l'attention et justifie un entretien avec le patient
en vue de lui proposer le test sérologique.
- Des hospitalisations répétées, rapprochées ou prolongées,
pour des motifs non étiquetés.
- La sérologie VIH est proposée au personnel soignant
après AES, d'abord dans les 8 premiers jours de l'AES,
puis à 3 et 6 mois. Mais cette démarche n'est pas souvent
appliquée malgré le nombre important d'AES en milieux
de soins.
- D'autres circonstances conduisent au dépistage de l'infection
à VIH, malgré le caractère illégal de certaines d'entre
elles : visites d'embauche, bilan préopératoire, bilan
prénuptial, bilan prénatal, don de sang ou d'organes,
bilan de souscription à un contrat d'assurance, incarcération,
octroi de bourse d'études universitaires, incorporation
dans l'armée.
- Chez l'enfant de 18 mois, la découverte de l'infection
à VIH est faite dans deux circonstances : tableau clinique
évocateur ou enquête familiale chez une mère infectée
par le VIH.
|
2.2 - Contrôle et annonce des résultats
Il est indispensable de s'assurer de la fiabilité du résultat
d'un test sérologique avant de l'annoncer au client. La sérologie
étant un examen facile à réaliser, pour éviter les faux résultats,
il est recommandé qu'on suive les Directives nationales en matière
de dépistage.
Le résultat du test sérologique est rendu par le médecin ou un
autre membre de l'équipe médicale formé au counselling, Mais cette
personne doit observer la confidentialité du résultat.
2.3 - Bilan clinique initial
Ce bilan initial permet d'apprécier les capacités physiques du
patient, de rechercher et traiter les pathologies intercurrentes.
L'interrogatoire du patient permet
de déceler les antécédents de zona, de tuberculose, d'hépatite,
de symptôme évocateur de l'infection à VIH et d'allergie aux
médicaments. On discute avec le patient de ses conditions de
vie sociale en particulier de son soutien, de la nécessité du
suivi médical, l'obligation de rapports sexuels protégés, la
nécessité de mener une vie sociale normale et d'une observance
optimale des traitements.
L'examen physique complet du patient
est réalisé pour rechercher un éventuel syndrome dépressif
du fait de l'annonce de la séropositivité ou un syndrome démentiel
en rapport avec une pathologie sous-jacente. Le poids corporel
est précisé de même que la température, le pouls, la fréquence
respiratoire et la tension artérielle. Le médecin examine minutieusement
la peau, les organes génitaux, les régions ganglionnaires, la
cavité buccale et les cheveux à la recherche respectivement
de cicatrices, d'ulcérations, d'adénopathies, de lésions candidosiques
(muguet), du défrisage des cheveux. Tous les autres organes
sont également examinés pour rechercher la déshydratation et
la tuberculose qui peut déjà exister à ce stade précoce.
2.4 - Bilan paraclinique initial
Un bilan paraclinique complète nécessairement
la clinique. Il doit être précis, de coût accessible et
réalisable selon les possibilités techniques locales. L'objectif
est d'apprécier le déficit immunitaire (CD4) et de rechercher
des infections associées en privilégiant celles qui sont susceptibles
d'être traitées.
Tableau 1 : Bilan initial, puis à quatre (M4),
huit (M8) et douze mois (M12)
| Examens complémentaires |
M0 |
M4 |
M6-8 |
M12 |
| Hémogramme complet |
X |
|
X |
X |
| Glycémie, créatininémie ou urée, bilirubinémie |
X |
|
|
|
| Transaminases, sérologie hépatite B et C |
X |
|
|
|
| Examen parasitologique des selles |
X |
|
|
|
| Comptage des lymphocytes CD4 |
X |
|
|
|
| Charge virale * |
X |
|
X |
X |
| Radiographie du thorax |
|
|
X |
X |
* La charge virale n'est pas nécessaire dans le suivi d'un patient.
3 - Suivi et bilan ultérieur
Les résultats du bilan précédent permettent de classer le patient
selon la classification
de CDC 1993 ou de l'OMS
1990, et de planifier le suivi ultérieur.
Le rythme des consultations ultérieures est établi en fonction
des activités du médecin. Mais un patient VIH positif peut consulter,
s'il présente un évènement clinique lié à l'évolution de la maladie
ou à la prise des médicaments.
Répéter le test sérologique VIH n'est pas du tout utile au cours
du suivi, une fois qu'il a été confirmé par une technique fiable
dans un laboratoire agréé. La répétition des autres examens est
fonction de l'existence de signes d'appel. Par contre, il faut
disposer d'une numération des CD4 et d'un hémogramme tous les
4 mois et d'un cliché pulmonaire tous les 6-8 mois en vue de rechercher
une tuberculose, première infection opportuniste en Afrique subsaharienne.
Au cours du suivi, il convient de proposer aux personnes vivant
avec le VIH, des conseils hygiéno-diététiques et si possible des
prophylaxies primaires de certaines infections opportunistes majeures
et ce en fonction du taux des CD4/mm3. Le Cotrimoxazole est préconisé
pour assurer ces prophylaxies.
La décision de mettre en route une thérapeutique antirétrovirale
ne sera pas prise hâtivement. Elle est fonction de la symptomatologie
éventuelle, du taux de CD4 et du niveau de la charge virale observés
au cours du suivi. Mais dans le contexte africain, la nécessité
d'une observance optimale et surtout les possibilités financières
du patient constituent un préalable incontournable à la décision
de mettre en route un traitement antirétroviral.
|