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Entretien avec le Pr Driss Jamil,
médecin au CHU Ibn Rochd
L'hépatite C est en passe de devenir une véritable pandémie
et un danger réel à travers la planète. Compte tenu de l'importance
du nombre de personnes contaminées et des complications de
certaines formes évolutives de l'infection qui peuvent à long
terme entraîner la cirrhose de foie et la mort, tous les pays
prennent des mesures pour pallier ce fléau.
Le Maroc a également pris les devants pour faire face à cet
enjeu majeur de santé publique. Un plan national de lutte
contre l'hépatite C a été élaboré depuis environ deux ans.
Il rassemble, dans une démarche cohérente, prévention, dépistage
et soins.
En effet, parmi les mesures prises, il y a la signature récente
d'une convention de partenariat de lutte conjointe contre
l'hépatite C entre le ministère de la Santé et les laboratoires
Roche. Une convention qui vise la rupture de la chaîne de
contamination et repose sur deux principes, à savoir : la
prévention et la prise en charge des malades. Grâce à ce partenariat,
toute personne qui le désire peut bénéficier d'un test de
dépistage gratuit de l'hépatite C sur présentation d'une ordonnance
médicale. Roche a doté gracieusement tous les laboratoires
publics du Royaume de ce test de dépistage. L'élément principal
qui ressort de cette convention a trait à la réduction du
coût de la thérapie. Cette action a suscité une réaction réticente
chez la Fédération des biologistes au Maroc qui avance qu'elle
n'a pas été avisée de cette démarche. Celle-ci permettra,
pourtant, de renforcer le système de surveillance épidémiologique
et l'accès aux traitements. Le point avec la Pr Driss Jamil,
professeur à la faculté de médecine de Casablanca et médecin
au CHU Ibn Rochd.
Des millions de personnes dans le monde
seraient infectées par le virus de l'hépatite C et les experts
s'attendent à ce que le taux de mortalité due à cette infection
dépasse celui du sida. Quelle la situation au Maroc ?
La pandémie actuelle d'hépatite C constitue un problème
majeur de santé publique. Sur le plan épidémiologique, on
considère que l'hépatite est une maladie fréquente. Les taux
de prévalence allant de 0,5 à plus de 10% ont été relevés
dans des échantillons de population à travers la planète.
En Europe par exemple, le taux varie entre 0,5 et 2%, en Afrique,
il est de 3 à 10% . Le Maroc est également considéré comme
un pays endémique car on estime à 3% la population touchée
par ce fléau. Cette prévalence est très importante dans certaines
populations à risque, comme les toxicomanes, les polytransfusés,
les hémophiles et les personnes infectés par le sida.
Quels sont les modes de transmissions ?
Il est bien établi que la transmission du virus se fait essentiellement
par un contact direct du sang d'un sujet indemne avec celui
d'un sujet infecté. Toutes les circonstances qui permettent
le passage ou le contact du sang injecté avec le sujet indemne
sont retrouvées. Mais on résume les principales causes par
la transfusion sanguine (produits sanguins et dérivés). La
transfusion du sang est, en effet, la première cause citée
dans le mode de contamination. L'implication des mesures draconiennes,
telle que la recherche obligatoire du virus de l'hépatite
C dans le sang des donneurs depuis 1993 a réduit considérablement
le risque de contamination. La transmission lors des soins
dentaires est également l'une des causes les plus couramment
retrouvées chez nos patients, puisque lors de l'interrogatoire,
on ne retrouve aucun facteur favorisant (pas d'intervention
chirurgicale, pas de transfusion ni d'acte médical). Une campagne
de sensibilisation chez les professionnels a permis de réduire
le risque, mais il reste encore beaucoup de choses à faire
surtout chez les pratiquants non professionnellement qualifiés.
Quant à la transmission Nosocomiale, c'est un autre mode de
transmission aussi important. Le terme Nosocomiale signifie
la transmission du virus lors d'un acte ou un geste thérapeutique
ou chirurgical. En effet, la seringue à usage multiple, matériel
de chirurgie non ou insuffisamment stérilisé, cas de traitement
par acupuncture utilisant des aiguilles non jetables, la mésothérapie,
endoscopie digestive lors des explorations, fibroscopie ou
coloscopie intervient dans la propagation du virus. Mais les
mesures obligatoires imposées depuis quelques années insistant
sur une stérilisation obligatoire par produis spéciaux pendant
une durée suffisante ont réduit le risque. Les contaminations
professionnelles, familiales ou sexuelles existent mais restent
exceptionnelles.
Y a-t-il des signes cliniques qui orientent
vers l'atteinte à un stade précoce permettant de découvrir
la maladie à un stade initial ?
La maladie au stade initial reste souvent silencieuse puisque
l'hépatite est asymptomatique c'est-à-dire absence dans la
majorité des cas, plus 90%, il n'y a pas de jaunisse (ictère),
pas de douleur au niveau du foie et pas de trouble digestif.
Néanmoins, les signes peuvent se résumer à une fatigue modérée
rarement très prononcée, gênante et même invalidante. Un syndrome
pseudo grippal qui ressemble à une grippe est le signe annonciateur
de la maladie. D'autres signes peuvent annoncer la maladie
qui se manifeste par des douleurs articulaires, prurit, douleur
abdominale et sous costal droit et diminution des sécrétions
salivaires et lacrymales. En résumé, très peu de signes de
maladie, ce qui fait que la maladie évolue à bas bruit sans
permettre le diagnostic à un stade précoce. L'apparition des
signes de la maladie surviennent généralement à un stade avancé
; cirrhose, ou cancer du foie.
Depuis quand dépistons-nous le virus de
l'hépatite C (VHC) dans les produits sanguins au Maroc, en
d'autres termes depuis quand pouvons-nous être sûrs de ne
pas avoir été accidentellement transfusés du VHC ?
Le dépistage c'est-à-dire, la découverte des anticorps du
virus HCV doit être d'abord proposé à certains groupes appelés
à risque: les sujets ayant subi des transfusions sanguines
(surtout avant 1993), les toxicomanes actuels ou anciens,
les patients hémophiles, les sujets ayant subi une intervention
chirurgicale, les conjoints de personnes infectées et donneurs
de sang. Mais, du fait que dans 30% environ des cas, on ne
retrouve aucun facteur favorisant chez les personnes infectées
par le virus, le dépistage peut se faire sur une population
générale. La découverte fortuite chez les donneurs de sang
à l'occasion de pèlerinage (Omra) a permis de relever l'existence
d'un nombre non négligeable de cas d'hépatite C (3 à 4%).
C'est un exemple.
Quels sont actuellement les traitements
optimaux ?
Le traitement de l'hépatite C est passé par plusieurs étapes
en rapport avec les progrès réalisés dans ce domaine. Depuis
2 ans environ le consensus sur ce traitement a été approuvé
et le schéma thérapeutique proposé aux malades comporte deux
médicaments essentiels (bi-thérapie) à savoir l'Interféron
c'est-à-dire un médicament administré sous forme d'injections
sous cutanés à raison de trois fois par semaine. Il existe
également en forme retard administré une fois par semaine.
La Ribavirine, le deuxième composant de la bi-thérapie (Interféron/Ribavirine)
est associée au premier pour une meilleure action thérapeutique.
Quels sont les bénéfices et les inconvénients
de ces traitements ?
Ces médicaments ont des effets secondaires parfois importants
ce qui impose une surveillance régulière. Mais le problème
majeur du traitement reste le coût titre d'exemple une injection
interféron retard à raison d'une par semaine s'élève à 12.000
Dh par mois et une boite de Ribavirine coûte 9.000Dh (pour
un mois de traitement, le patient doit dépenser 21.000dh).
Quant aux bénéfices, elles sont énormes, la guérison peut
arriver jusqu’à 85% selon bien sûr le génotype du virus. C’est
dire l’intérêt d’assurer l’accès aux soins à toutes les personnes
infectées, chose parfois très difficile pour les personnes
à revenus modestes et sans couverture sociale.
Propos recueillis par Souad Ghazi
Lire l'article original :
http://www.lematin.ma/rech/rsarticle.asp?tb=article&id=23435
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