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Santé Tropicale

Plaidoyer pour la transplantation rénale au Maroc : Favoriser l’essor de la greffe rénale - Albayane - Maroc - 30/05/2005
Le professeur Amal Bourquia, néphrologue connue pour son engagement pour la mise en place d’un programme national de la transplantation rénale, vient de publier un livre-plaidoyer en ce sens. Nous avons lu pour vous le contenu extrêmement riche de ce travail scientifique qui est unique en son genre au Maroc.

Cet ouvrage de 77 pages traite les différents étapes de l’insuffisance rénale chronique (IRC) qui est une maladie très grave, quand elle n’est pas prise en charge, le patient est condamné a une mort certaine.
Pour mieux cerner la problématique de l’insuffisance rénale chronique, des données épidémiologiques de cette affection, et surtout de l’opportunité pour notre pays d’inscrire la transplantation rénale parmi les priorités en matière de santé, car après tout il y va de la vie de centaines de citoyens.
Pour cette raison et tant d’autres, que nous passerons en revue, le livre d’Amal Bourquia, trouve sa place dans toutes les bibliothèques aussi bien des médecins, des étudiants en médecine mais aussi de tous ceux que le sujet de la transplantation rénale intéresse.

Un problème de santé publique
Le problème de l’insuffisance rénale chronique réside dans l’incapacité pour l’Etat à faire face à cette affection, qui nécessite une prise en charge lourde, des coûts sans cesses élevés, des moyens humains, une technologie qui avance très rapidement, des structures adaptées S’ajoute à tout cela le nombre de malades insuffisants rénaux chroniques qui augmente chaque année : au Maroc, il y avait 370 hémodialysés en 1986; ce chiffre est passé à 690 en 1990, il a atteint 1500 en 2001 et on a estimé le nombre de malades à la fin 2003 à plus de 3500.
Il est évident que se sont là des chiffres estimatifs, ce qui nous fait dire que le problème de l’insuffisance rénale chronique est bien plus important qu’on ne pourrait le penser, surtout en l’absence d’un registre national de dialyse et de transplantation rénale.
Dans son livre «Plaidoyer pour la transplantation rénale au Maroc», le professeur Amal Bourquia, qui est une spécialiste en la matière, n’a pas manqué de relever certaines anomalies en ce qui concerne les données épidémiologiques de l’IRC au Maroc.

Aspects médicaux
Le professeur Amal Bourquia consacre la deuxième partie de son ouvrage aux aspects médicaux de la transplantation rénale.
Pour l’auteur, la transplantation est la méthode de choix du traitement de l’IRC, tant au niveau des résultats de la survie que de la qualité de vie.
Cependant, tous les patients ne peuvent être greffés. La préparation pointue et multidisciplinaire du receveur, qui doit être motivé et bien informé, est une étape importante qui peut conditionner les résultats de la greffe.
Le choix d’un donneur potentiel ou son exclusion doit également passer par une évaluation médicale, chirurgicale et anesthésiologique.

L’analyse des différentes étapes de cette préparation médicale permet de se rendre compte de l’importance de l’infrastructure médicale nécessaire et du travail qui doit être accompli par l’équipe de transplantation afin d’assurer les meilleurs résultats pour le patient greffé et le maximum de sécurité pour le donneur vivant.
Le professeur Amal Bourquia passe en revue, dans cette partie très riche en informations médicales, les contre-indications de la pré-greffe : information du receveur, l’évaluation des risques, l’âge, l’état cardio-vasculaire, l’état digestif et hépatique, les infections virales, la tuberculose, la préparation immunologique..
Un autre volet tout aussi intéressant est réservé au donneur.

Je vous invite à lire ce livre qui se lit très aisément, écrit dans un style simple, clair, riche en informations pertinentes, il vous permettra de mieux comprendre ce qu’est l’IRC, la dialyse et la greffe rénale. Personnellement, j’ai été très impressionné et surpris à la fois par le contenu qui révèle des informations que seul un spécialiste dans le domaine peut nous faire partager.

Transplantation rénale au Maghreb
La greffe a commencé la même année en 1986 dans les trois pays du Maghreb : Maroc, Tunisie et Algérie. Cependant les chemins parcourus sont très différents :

Maroc : La première greffe au Maroc a été effectuée en février 1986 au CHU Ibn Rochd de Casablanca avec l’aide d’un chirurgien américain.
La première greffe réalisée par une équipe entièrement marocaine a été effectuée en 1990. Plus de 280 Marocains, arrivés au stade terminal de l’IRC, ont été transplantés, soit environ 9 transplantés par million d’habitants. Les transplantations rénales ont été effectuées en majorité à l’étranger, en particulier en France mais également en Egypte et en Espagne.
Depuis 1990, une centaine de greffes à partir de donneurs vivants ont été pratiquées : 63 à Casablanca, 32 à Rabat, en grande partie grâce à une collaboration française.

Tunisie : le programme de greffe a démarré en 1986. Au début, la greffe était exclusivement réalisée à partir de donneurs vivants, puis elle s’est étendue au prélèvement à partir du sujet en état de mort cérébrale grâce essentiellement à la mise en place du Centre national pour la promotion de la transplantation d’organes. Actuellement, le nombre de greffe se situe autour d’une vingtaine par année. La Tunisie, de par son programme, est le pays le plus avancé dans ce domaine au Maghreb. Il constitue un exemple encouragent Ce que coûte une transplantation rénale.

Avant de voir ce que coûte une transplantation rénale, nous allons nous livrer à un petit calcul : si on considère que le nombre moyen de nouveaux malades insuffisants rénaux nécessitant le recours au traitement par l’hémodialyse périodique serait au Maroc au moins de 100 patients par an et par million d’habitants. Tenant compte de ce chiffre, le nombre prévisible de nouveaux patients marocains nécessitant l’hémodialyse serait de 3000 par an, pour une population estimée à 30 millions d’habitants. Il est certain que ce chiffre va continuer à progresser de façon exponentielle pendant les années à venir.
La charge financière ne pourra plus être supportée, ni par les associations dont les ressources ne sont pas intarissables, ni pour les organismes de couvertures sociales qui auront des difficultés certaines eu égard au caractère chronique de la maladie qui doit être prise en charge à vie, au coût de la dialyse qui connaîtra des hausses et au nombre de patients qui augmentera, surtout lorsqu’on sait que l’espérance de vie s’améliore d’année en année. Donc, nous serons face à une population âgée avec tout ce que cela signifie comme pathologies du troisième âge dont l’insuffisance rénale chronique.

Dans le même registre, il faut mentionner la décision louable du ministère de la Santé de procéder à la création de 32 nouveaux centres de dialyse totalement équipés, sans oublier que le ministère de la Santé forme des médecins et des infirmiers qui assureront le travail au sein de ces structures. La question qui se pose dès à présent est de savoir si le ministère pourra assurer la pérennité de ce grand chantier qui va prendre en charge gratuitement les insuffisants rénaux chroniques (dialyse) qui sont démunis.
Il faut avoir présent à l’esprit que l’AMO est une arme à double tranchant, des malades hier sans couverture sociale s’adressaient à l’hôpital tout en contribuant pour leur soins.

Demain ces mêmes malades qui auront une couverture médicale iront vers le privé, il ne restera comme clients de nos structures hospitalières que des indigents, des pauvres qui n’ont d’autres choix que de s’adresser a l’hôpital public.
Le prix d’une transplantation rénale, selon une étude réalisée par l’association des urologues et des néphrologues de la wilaya du grand Casablanca en 1999, permet d’avancer un ordre de grandeur de 230.000 DH, excluant les honoraires des médecins et chirurgiens.
Ce prix est très intéressant dans la mesure où la transplantation rénale est, pour la majorité des patients atteints d’IRC, le traitement idéal. Non seulement elle augmente la survie des patients mais elle améliore sensiblement leur qualité de vie : ils se sentent moins déprimés, plus dynamiques, reprennent plus facilement leurs activités professionnelles ou sportives. C’est là un passage de la préface de l’ouvrage de Amal Bourquia, dont la préface est écrite par le professeur Georges Mourad, chef de service de néphrologie dialyse et transplantation de Montpellier (France).

Un passage du livre du professeur Amal Bourquia est néanmoins très significatif. Il démontre de la plus belle manière qui soit sa maîtrise parfaite et totale tant de l’insuffisance rénale chronique , l’hémodialyse que la transplantation rénale. «...Par ailleurs, il est nécessaire de réfléchir dès à présent à la stratégie et aux moyens à mettre en place pour favoriser l’essor de la transplantation.

Ceci passe par :
* l’élaboration d’un programme national de transplantation, faisant intervenir l’ensemble des potentialités et tous les secteurs de santé.
Nous ne pouvons écarter aucune de nos compétences, car nous sommes face à un devoir national qui interpelle toutes les consciences. La responsabilité de tous est engagée : citoyens et praticiens, quels que soient leur domaine et secteur d’activité;
* la création d’un centre de greffe d’organes qui aura la mission d’organiser et développer la transplantation;
* le développement immédiat de la transplantation rénale à partir de donneur vivant, d’organisation plus facile, à la condition de veiller scrupuleusement au respect des règles d’éthique;
* la mise en place progressive de la transplantation à partir de rein de cadavre, sachant que, pour ce type de greffe, il est nécessaire de disposer d’un établissement coordonnateur, et de services de réanimation performants.

Voilà le grand et difficile défi du 21e siècle qui nous attend».

Lire l'article original : http://www.albayane.ma/Detail.asp?article_id=46608

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