|
 |
 |
| Androctonus australis hector |
Androctonus mauretanicus |
La saison chaude arrive comme chaque année avec son cortège
de problèmes spécifiques liés tant à
la situation géographique de notre pays qu’à
son niveau de développement. Ainsi on voit arriver les pénuries
d’eau en particulier dans les régions du sud du pays,
les intoxications alimentaires, l’oisiveté des enfants
qui ne sont plus dans les écoles et ce qui est spécifique
aux wilayas des hauts plateaux et du sud, les piqûres de scorpion
dont certaines sont létales. En effet, les envenimations
par piqûres de scorpions sont fréquentes en Algérie.
Chaque été, des milliers de cas de piqûres sont
dénombrées dont des dizaines de cas mortels. L’intérieur
des habitations est le lieu où survient le plus grand nombre
de piqûres dans le Sud et les Hauts plateaux. A ce sujet,
il faut noter que le scorpionisme est un problème de développement
et d’intersectorialité : l’homme a utilisé
les gîtes d’habitation des scorpions pour construire
certaines villes dans le Sud du pays.
Arachnidé invertébré pourvu
d'un exosquelette chitineux articulé, le scorpion se retrouve
entre les latitudes 45° Nord et Sud. Sa queue, ou post-abdomen,
porte à son extrémité un appareil constitué
d'une vésicule à venin prolongée par un aiguillon
permettant l'inoculation. Le scorpion, animal nocturne, s'éveille
au crépuscule et connaît son maximum d'activité
entre 18-20 heures et minuit. Le jour, il se réfugie dans
des crevasses du sol, sous des pierres, à l'abri de la lumière.
De nature craintive (il ne pique que lorsqu'il est dérangé)
il se nourrit de proies fraîchement tuées ou vivantes,
il résiste aux agressions thermiques, au jeûn (il peut
rester 1 an sans manger), à la déshydratation, à
l’asphyxie, aux infections microbiennes et même aux
irradiations mais il serait néanmoins sensible aux pesticides.
Actif au printemps et en été, il entre en hibernation
dès le début de l'automne ce qui explique la prédominance
estivale des piqûres avec un pic journalier en soirée.
Son venin agit très rapidement. Il s’agit d’une
neurotoxine, stable à pH acide, thermorésistante,
miscible à l’eau et pouvant se conserver plusieurs
années. Les facteurs de gravité de la piqûre
chez l'homme sont fonction de l'espèce en cause (en Algérie,
l’espèce la plus dangereuse est Androctonus australis
hector), de la taille du scorpion (faible risque si inférieure
à 3 cm), de sa nutrition, de la quantité de venin
injecté, de sa voie d’introduction, de l’âge
de la personne piquée et enfin du délai de prise en
charge (gravité significative pour un délai supérieur
à 2h30).
Sur environ 5 millions de morsures de serpents,
piqûres de scorpions ou d’insectes enregistrées
chaque année dans le monde et provoquant ainsi la mort de
100.000 personnes, 40.000 décès sont en rapport avec
une piqûre de scorpion. En Afrique, sur environ 1 million
de personnes piquées par des scorpions chaque année,
quelque 20.000 personnes succombent à ces envenimations.
Pour ce qui est du Maghreb, en Algérie on dénombre
en moyenne 25 000 à 50 000 piqûres/an et un peu moins
d’une centaine de décès/an. Parmi eux, ce sont
les enfants d’âge scolaire qui payent le plus lourd
tribut à l’envenimation scorpionique, ils représentent
50% de la totalité des décès. En Tunisie, la
moyenne annuelle de piqûres de scorpion est de 40.000 cas
et les enfants de moins de 15 ans sont les plus exposés aux
accidents mortels selon le docteur El Ayeb de l’Institut Pasteur
de Tunis. Au Maroc, les piqûres scorpioniques se placent en
tête de toutes les intoxications avec un taux d’incidence
allant de 0 à 2,4% selon les différentes régions
et un taux de létalité globale de 0,82% pouvant atteindre
5,3% dans certaines régions.
 |
| Répartition de la létalité
par envenimation scorpionique et par tranche d’âge
en Algérie, année 2005 (source INSP)
|
Les manifestations cliniques de l’envenimation
scorpionique se répartissent en trois classes :
- Classe 1 : Piqûre bénigne, se
traduisant par des signes locaux, à type de douleur au
point de piqûre, des Fourmillements et des paresthésies
pouvant s’accompagner d’un engourdissement.
- Classe 2 : Envenimement modéré.
Aux signes locaux s’ajoutent des signes généraux
révélant un dérèglement neurovégétatif
et un ou plusieurs symptômes pouvant être rattachés
à l’un des syndromes que peut induire l’envenimation
scorpionique.
- Classe 3 : Envenimement sévère.
Les signes généraux sont majorés. Il s’y
associe une défaillance : respiratoire et/ ou cardiovasculaire
et/ou neurologique centrale.
En Algérie, un comité national de lutte anti-scorpionique
(CNLAS) constitué d’épidémiologistes,
de réanimateurs, de biochimistes, de toxicologues et de membres
de l’institut Pasteur et de la Protection Civile, organise
chaque année un séminaire au niveau de la wilaya ayant
eu le plus fort taux de mortalité par envenimation scorpionique,
l’année précédente. Ce séminaire
procède à une présentation du bilan annuel,
une formation et information des professionnels de la santé,
une sensibilisation des autorités locales et de la population
et une prévention des risques relatifs à l’emploi
des pesticides. Cette année 2007, c’est dans la wilaya
de Béchar qu’a eu lieu ce séminaire en présence
de responsables du ministère de la santé et des différents
responsables concernés des wilayas touchées par ce
fléau.
Même si nous assistons à une diminution notable du
nombre annuel de décès (74 en 2005, 62 en 2006), un
plus grand effort dans l’assainissement de l’environnement
au sein des agglomérations et du cadre de vie par les collectivités
locales et les associations, notamment les comités de quartiers,
est plus que nécessaire pour permettre de réduire
la prolifération des scorpions en particulier dans les sept
wilayas du Sud qui constituent encore la zone rouge (Ouargla, Djelfa,
El Bayadh, Biskra, Naâma, El Oued et M'sila). La campagne
de sensibilisation des populations ne devrait pas être limitée
à la seule saison de l’été où
les enfants sont en vacances mais étalée tout au long
de l’année avec implication des enseignants sur les
moyens de prévention et les soins d’urgence en cas
de piqûre en insistant sur la rapidité d’évacuation
des personnes piquées vers les structures de soins qui doivent
disposer de tout ce qui est nécessaire à la prise
en charge d’une envenimation scorpionique.
Quant aux pesticides utilisés (Malathion 95 % et Deltamétrine
2 %) dans la lutte contre le scorpionisme, souhaitons que leurs
effets toxiques sur l’homme ne soit pas plus graves que l’objectif
visé à savoir la réduction de la prolifération
des scorpions.
par Larbi Abid le 5 juin 2007 |