| « La
pluralité des langues, quelle que soit la langue la plus
utilisée,
permet une plus grande ouverture que l'a priori du monolinguisme,
quelle que soit cette langue. »
Lors du 1er congrès de chirurgie de la francophonie
qui s’est déroulé à Paris en 2004, conjointement
avec le congrès de l’Association Française de
Chirurgie, il a été décidé que le deuxième
congrès de chirurgie de la francophonie se déroulera
en juin 2005 à Beyrouth, en même temps que la réunion
de printemps de la société libanaise de chirurgie.
Cela a été pour moi l’occasion d’inciter
mes assistants (francophones) à présenter notre expérience
dans quelques domaines de la chirurgie viscérale. Pour les
communications retenues, le comité scientifique a suggéré
à l’ensemble des orateurs de rédiger les diapositives
en anglais afin que les collègues des pays arabes anglophones
puissent en bénéficier.
En fait, la majorité des communications
étaient rédigées et présentées
en anglais. La plupart des débats ont également été
en anglais. Certains des rares orateurs qui se sont exprimés
en français, l’on fait après avoir présentés
leurs excuses. Nous avons même constaté que, lors de
ces présentations en français, la salle se vidait
de nos collègues arabes anglophones (essentiellement égyptiens).
Nous avons eu l’occasion de vivre à plusieurs reprises
cette expérience lors des congrès de médecine
arabe où les communications des orateurs francophones ne
sont suivies que par un parterre maghrébin. Même si
la connaissance de la langue de l’autre facilite considérablement
l’ouverture à l’autre, on peut se demander pourquoi
cela doit se faire dans un seul sens ? A moins de considérer
que la langue dominante est celle de la nation dominante et
que ‘‘les USA étant bel et bien, depuis plus
d'un demi-siècle, la puissance dominante - en tout cas
la puissance de référence’’ l’usage
de l’anglais doit être exclusif dans les manifestations
scientifiques internationales, laissant aux autres langues (arabe,
espagnole, française, allemande, italienne, chinoise, etc.)
les manifestations régionales plus littéraires et
philosophiques. Cela pose bien sur un problème à un
grand nombre de pays en voie de développement qui ont choisi
l’ancienne langue coloniale comme langue d’enseignement
des sciences médicales. Ces pays doivent –ils réviser
leur choix pour rentrer dans le moule univoque du monde anglophone afin
d’être en accord avec les thèmes des promoteurs
de l’anglais :
- l’apprentissage de l’anglais offre une ouverture
sur les autres cultures ;
- Il faut connaître l'anglais pour réussir dans la
vie ;
- Il faut s'ouvrir sur le monde... l'anglais est la langue de
la technologie et de la science
A l’heure actuelle, l’usage dominant de l’anglais
dans les débats scientifiques favorise ceux dont l’anglais
est la langue maternelle ou à la rigueur la deuxième
langue et rend difficile la participation des non anglophones aux
débats.
Quel choix pour les pays en voie de développent non anglophones ?
L’apprentissage de trois langues (langue d’origine,
langue la plus usitée et anglais) afin de développer
l’altérité ? Ou être pragmatique et se
tourner vers une seule deuxième langue qui sera l’anglais
vu son hégémonie manifeste ?
Professeur Larbi Abid - 11 juillet 2005 |