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Editorial du professeur Larbi Abid - Décembre 2003
Infections nosocomiales & bloc opératoire
Professeur Larbi Abid


Les infections nosocomiales constituent un des principaux risques pour les patients lors d'une intervention chirurgicale. Selon une enquête nationale française près de 7 % des patients hospitalisés développent une infection à l'hôpital. Les opérés ont plus souvent acquis une infection nosocomiale (12 %) que les non opérés (6 %). Parmi les conséquences des infections nosocomiales, le décès, évalué par le taux de létalité est estimé à 2,5 % dans les services de chirurgie selon les études américaines. En 1994 déjà, en France, on avançait le chiffre de 10 000 décès par an causés par les infections nosocomiales.

En Algérie, il n'y pas, à ce jour, de statistiques fiables sur les infections nosocomiales et leurs conséquences tant en matière de décès, de surcoût que de durée d'hospitalisation. Or depuis quelques années on assiste à un relâchement des mesures d'hygiène et de sécurité dans nos blocs opératoires en rapport avec :

  • Affectation de femmes de ménages en nombre réduit au bloc n'ayant reçu aucune formation spécifique et pour corser le tout limitation dans les dotations en détergents, serpillières, balais, frottoirs et autres.
  • affectation de personnel n'ayant aucune qualification comme paramédical au bloc. Beaucoup d'aides opératoires (ou panseurs) exercent sans qualification (OP). Parfois il s'agit de personnes recrutées dans le cadre du filet social pour une durée déterminée.
  • bloc central multidisciplinaire utilisé à la fois par des chirurgiens et des non chirurgiens (pédiatres et gastro-entérologues réalisant des gestes d'endoscopie interventionnelle sous anesthésie générale) ignorant les règles d'asepsie.
  • il n'existe pratiquement aucune séparation entre les entrées du personnel et celle des malades.
  • la notion d'axe de circulation à l'intérieur du bloc est ignoré royalement par la majorité de l'équipe tant médicale que paramédicale.
  • il arrive que le lit du service arrive jusqu'en salle opératoire sans passer par une zone de transit où le futur opéré doit passer par un chariot du bloc.
  • relâchement des mesures d'hygiène et d'asepsie le soir à la garde par beaucoup de paramédicaux et hélas par des chirurgiens et des réanimateurs.
  • il arrive de voir des membres de l'équipe médicale entrer en tenue de ville au bloc opératoire lorsque ce n'est pas des étrangers qui viennent voir un parent devant se faire opérer (c'est le cas notamment des circoncisions où un membre de la famille se retrouve parfois au bloc pour prendre une photo).
  • aucune mesure incitative (financière) en faveur du personnel du bloc.
  • la commission d'hygiène hospitalière existe sur le papier mais n'a ni les compétences ni les moyens pour exercer son rôle.
  • la climatisation du bloc étant très souvent en panne, les salles opératoires deviennent des étuves pendant la saison chaude (qui dure sous nos climat plus de 6 mois) ou bien sont très souvent ouvertes pendant l'intervention ignorant de ce fait l'aérocontamination inter-salle puisque aucun contrôle la qualité de l'air n'est réalisé. Il est de même du contrôle de l'eau qui est réalisé de manière épisodique.
  • absence de chef de bloc qualifié (il s'agit le plus souvent d'un paramédical assez ancien pour être relativement respecté par ses collègues) ce qui fait qu'il est souvent changé soit à sa demande soit pour insuffisance.

Pour tenter d'améliorer cette situation dangereuse, il faut à tout prix :

  • dans l'immédiat :
    • Organiser des stages de formation pour le personnel paramédical exerçant dans les blocs opératoires.
    • Impliquer l'administration hospitalière dans cette lute contre les infections nosocomiales.
    • Mettre dans les commissions d'hygiène et de sécurité des personnes compétentes et concernées.
    • Obliger la direction de l'hôpital à effectuer de manière régulière des prélèvements de l'air ambiant et de la qualité des eaux.
    • Enseigner réellement aux résidents des différentes spécialités chirurgicales les questions liées à l'asepsie, les infections nosocomiales et le bloc opératoire (ce qui n'est pas fait à ce jour).
    • Mesures financières incitatives pour le personnel travaillant au bloc de manière intensive, non stop et souvent au-delà des horaires prévus par la législation.
    • Donner la possibilité au chef de bloc de pouvoir mettre dehors toute personne ne respectant pas les règles d'hygiène et d'asepsie et ceci quelque soit son grade.
    • Campagne de sensibilisation régulière au niveau des hôpitaux.
    • Mettre en place une procédure d'accréditation, visant à vérifier si tout est en règle.
    • Des visites d'experts (étrangers à la structure hospitalière) devraient être effectuées dans les établissements hospitaliers.
  • A moyen terme :
    • Mettre en place au niveau des écoles de formation paramédicales d'une formation spécifique de paramédicaux du bloc opératoire sanctionné par un diplôme à l'image de celui qui existe en France depuis septembre 1998 [diplôme d'infirmière de bloc opératoire diplômée d'État (Ibode).]
    • Réactiver la formation des instrumentistes à l'arrêt depuis plusieurs années.

Si la contamination du patient par des infections nosocomiales garde une part imprévisible lors des interventions chirurgicales, cela ne signifie pas que l'on ne puisse et que l'on ne doive se donner le maximum de moyens pour l'éviter. Ce serait favoriser les risques de complications, voire de décès, que de ne pas s'assurer que ces moyens sont bien mis en place pour la sécurité de tous.

 

Professeur Larbi ABID le 15 décembre 2003
abid@santemaghreb.com


 
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