| Professeur Khaled BENMILOUD |
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Par ses élèves et amis BAKIRI, KACHA, RIDOUH, Amine Khaled Khaled BENMILOUD est décédé vendredi 25 juillet 2003. Il fut le premier psychiatre de l'Algérie indépendante, en 1962. La psychiatrie algérienne a hérité au lendemain de l'indépendance de
6000 lits à travers le pays et pas un seul médecin psychiatre. Benmiloud était un homme de culture, un ami et compagnon proche de M'hamed
Issiakhem, Kateb Yacine et Malek Haddad. Il était aussi derrière la première promotion de psychiatres dans l'histoire
de l'Algérie qui a investi, dès 1971, les différentes cliniques et hôpitaux
à travers le pays. Personnalité puissante, esprit clair, mais connu et redouté
aussi pour sa fermeté et son courage lorsqu'il s'agissait de ne pas concéder
une parcelle de son honneur ; il l'a démontré (malheureusement pour la
psychiatrie) lors de son opposition au ministre de la santé de l'époque,
avec une démission extrêmement prématurée. Hommage au Professeur Khaled Benmiloud Par le professeur M. Tedjiza Chef de
service à l’hôpital psychiatrique universitaire Drid
Hocine - Kouba - Alger Du père terrible de la psychiatrie algérienne au digne représentant de l’authentique humanisme algérien "Je suis un fils de paysan", aimait à répéter souvent cet enfant de propriétaire terrien, issu d’une lignée de notables de l’oasis de Tiout, près de Aïn Sefra, descendant de l’émir Benyoucef, l’illustre conquérant qui, en son temps, avait islamisé les tribus berbères de la Saoura. A la remémoration de ces espaces infinis semi-arides, où les vastes étendues de alfa ondulaient à perte de vue sous le vent du Sud, et à la simple évocation de la beauté grandiose des nuits sahariennes, il était parcouru d’une singulière émotion esthétique mêlant ravissement et fierté, nostalgie et mélancolie. Cet enfant du pays ressentait un attachement quasi charnel
à sa terre natale et vouait un culte profond et sincère
à la mémoire de ses ancêtres. C’est que n’ayant
point connu sa mère, décédée à sa naissance,
il se prit d’affection de tout cet amour laissé intact qu’il
transposa sur eux, dont le symbole restait la demeure familiale dans son
cadre naturel, véritable mère idéale, sublimée
et désincarnée. Les camarades d’études, dont il parlait
souvent et avec lesquels il était lié par une amitié
sans faille qui durera toute sa vie, étaient Omar Boudjellab, Mohamed
Redjimi et Saddek Bedali-Amor, tous trois futurs professeurs en médecine
de l’Algérie indépendante. Il avait été
attiré un temps par la mouvance politique d’extrême
gauche, avant de céder au réalisme politique et à
l’exigence historique du nationalisme. Qu’il était grand l’espoir, ce jour de l’été 1962, quand le lauréat, fraîchement promu, promis à un avenir radieux, rentrait au pays triomphalement à bord d’une grande Mercedes flambant neuve, pour laquelle il avait mis jusqu’au dernier centime de ses économies afin d’offrir à son père la voiture dont il était digne, et que ce dernier, grand seigneur, lui cédera à son tour. Tel Prométhée ravissant le feu sacré aux dieux de l’Olympe, l’enfant de Aïn Sefra rentrait chez lui après un exil dur et forcé mais fécond, car il ramenait avec lui la science quêtée en terre d’Occident. Et pour cause, il n’était rien moins que le premier psychiatre algérien, celui qui allait être à l’origine d’une descendance prolifique et presque tous les praticiens de la spécialité lui seront redevables, directement ou indirectement, de cette filiation patrilinéaire. Chef de service des urgences psychiatriques du CHU Mustapha
à Alger-Centre qu’il créera pratiquement ex-nihilo,
il était également médecin-chef de l’hôpital
Drid Hocine de 1967 à 1976, et depuis médecin-directeur
jusqu’au début de l’année 1984, régnant
ainsi en despote éclairé sur toute la psychiatrie de l’Algérois.
Il était secondé par son fidèle complice et ami de
toujours, le professeur Pierre Laborde, Bordelais de naissance, Algérois
d’adoption et Algérien de cœur, décédé
peu de temps avant celui qu’il considérait toujours comme
son maître, bien que son cadet de deux ans. Du reste, ce dernier
le lui rendait bien, par le respect et l’estime qu’il lui
a toujours manifesté, mais également par la protection dont
il l’avait constamment entouré, ainsi que la confiance qu’il
avait en lui, lui accordant même un statut privilégié
par rapport à celui de ses autres collaborateurs, ressortissants
nationaux. Lui, l’élève de J. de Ajuriaguerra,
grand maître de la pédopsychiatrie, il avait créé
le premier service d’hospitalisation à temps plein pour les
enfants, à Drid Hocine, avant de se raviser et de transférer
ses activités dans une structure de jour, à temps partiel.
Dans cette tâche gigantesque, il sera aidé par son ami de
toujours, le professeur Omar Boudjellab, promu au rang de ministre de
la Santé et qui s’avérera être un authentique
bienfaiteur de la psychiatrie et de la santé mentale. Il bénéficiera
également des conseils avisés et du soutien d’un de
ses autres amis, Tahar Hocine, ex-directeur du CHU Mustapha, actuellement
en retraite. De la même façon, c’est à lui
que revient le mérite d’avoir conçu et inspiré
l’institutionnalisation, du premier CES de psychiatrie, à
la faculté de médecine d’Alger en 1969, en s’inspirant
de l’exemple français après les événements
de mai 1968 et la scission entre neurologie et psychiatrie, et en s’aidant
de relations privilégiées qu’il entretenait avec le
ministre en charge des Affaires de l’époque. Cela n’a
pas été une mince affaire, loin s’en faut, car il
a fallu d’abord s’imposer dans un espace laissé vacant
puis occupé par une pléthore de coopérants techniques,
affronter l’adversité et surmonter bien des embûches,
dues aux convoitises des uns, à la jalousie des autres, maintenir
le cap et persévérer dans l’entreprise jusqu’à
amarrer le navire à bon port. Cela lui avait du reste valu une
solide réputation de bagarreur farouche et ombrageux qui, jointe
à une facilité déconcertante à résoudre
des problèmes techniques ou administratifs, une certaine virtuosité
dans l’expression écrite et l’éloquence avaient
fini par agacer plus d’un et faire grincer bien des dents. C’était également l’époque
où habitant Drid Hocine et étant mon voisin, il lui arrivait
d’armer son fusil de chasse et de décocher des tirs de sommation
pour faire fuir chèvres et ânes qui, venant de l’ex-bidonville
du plateau des Anasser, là où se dresse l’actuel Palais
de la culture, défonçaient la clôture supérieure
et s’infiltraient à l’intérieur de l’enceinte
de l’hôpital pour y paître, en toute quiétude. Par ailleurs, une des caractéristiques essentielles de cette personnalité attachante et fidèle en amitié était cette érudition incommensurable qui portait, à peu près, sur tout ce que l’esprit humain était en mesure d’embrasser. Critique d’art pictural à l’occasion, fin connaisseur et collectionneur lui-même, il savait, le cas échéant, conseiller ses amis artistes. Ainsi, un jour de passage en voiture par le boulevard Amirouche, à hauteur du restaurant universitaire, il s’était fait héler par son ami Issiakhem qui en sortait. Ce dernier lui montra sa dernière toile et sans descendre de voiture s’en saisissant à bout de bras et en en renversant deux à trois fois de suite la perspective, il lui conseilla de l’appeler Oceano Nox, la nuit océane, d’après le célèbre poème de Victor Hugo, et cela du fait de la forte dominante bleutée baignant toute la toile, lui conférant un aspect aquatique. De la même façon, à l’improviste,
il était capable de réciter de mémoire des tirades
entières de la chanson du Mal-aimé d’Apollinaire ou
du Cimetière marin de Valéry, ainsi que des pages entières
du Quai aux fleurs ne répond plus de son ami Malek Haddad, ainsi
que de tant d’autres, modernes et classiques. Dans un registre voisin,
il lui arrivait d’écrire assez fréquemment, des articles
dans la presse. Il passait alors, avec un égal bonheur, du langage
des fleurs et de ses subtiles significations dans les règles du
savoir-vivre à la prodigieuse épopée de la mystique
musulmane, le Tassawûf, de sa première aurore et de son envol
originel à son essor universel actuel, en passant par une étude
de l’intellectuel algérien, de sa fonction sociale et de
ses rapports à la culture, l’idéologie et l’ordre
sociopolitique, un de ses premiers écrits journalistiques. Très exigeant, d’abord envers lui-même,
il l’était également envers les autres et sans être
un forçat du travail, il aimait à se définir lui-même,
non sans humour et avec un certain sens de l’autodérision,
comme un « cossard ». Néanmoins, cette discrète
tendance à la paresse était servie par un esprit méthodique,
perspicace et sagace, mais surtout terriblement efficace et il avait donc
largement les moyens de cultiver sa petite faiblesse. Il savait être,
par moments, un génial improvisateur, capable de fulgurations d’esprit
éblouissantes et de réparties cinglantes. Quoi dire d’autre sinon que le professeur K. Benmiloud
est mort deux fois. Il est d’abord mort prématurément
à la psychiatrie à l’âge de 53 ans, lors de
son départ forcé en retraite anticipée, à
la suite d’un sérieux différend l’opposant au
ministre de la Santé de l’époque, et alors que son
sens de l’honneur ne lui permettait pas de rester en fonction. Quand ce jour de juillet 2003, on m’informa juste
avant son enterrement par un appel téléphonique presque
anonyme, pendant ses obsèques, je ne pus m’empêcher
de penser qu’il était parti comme il avait vécu, dans
la discrétion la plus pudique et la résignation la plus
stoïque, en essayant, comme toujours, de ne déranger personne. Par le professeur M. Tedjiza Chef de
service à l’hôpital psychiatrique universitaire Drid
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