| Par le Pr. Bouyoucef -
Chef de service de neurochirurgie - CHU de Blida
Le
Professeur Boussalah était mon maître, Si Ahmed était
mon ami. Il nous a quitté le 29 Décembre 2000, sa disparition
endeuille la communauté hospitalo-universitaire en général,
et la famille neurochirurgicale en particulier. Nous nous sommes sentis
orphelins à l'annonce de sa disparition, même attendue, puisqu'il
menait un combat acharné contre la maladie depuis des mois ; quel
courage, quelle foi, quelle abnégation, quelle dernière
leçon, il nous avait donnée après tant d'autres,
avant de partir. Parti à la retraite, il y a une dizaine d'années,
beaucoup d'entre vous, l'ont mal ou pas connu. Né à Laghouat
le 27 Juin 1932, d'une famille honorable, marqué par l'exigence
de droiture de son père, il fit des études secondaires à
Boufarik au lycée Bugeaud, puis de brillantes études de
médecine d'abord à la faculté d'Alger, puis à
Paris et à Montpellier où il obtint son doctorat en médecine.
Très tôt, en 1956, à l'annonce de
la grève des étudiants, il milite dans les rangs du FLN
et devint très vite responsable au sein de l'union estudiantine
UGEMA. Arrêté en 1958, il fut emprisonné à
la santé puis à Fresnes ; il est libéré et
assigné à résidence, puis de nouveau réincarcéré
à Vadeney et ensuite à Larzac d'où il est libéré
à l'indépendance.
Il entame alors des études de Médecine
à Alger en 1963. En 1972, après le doctorat, il décide
d'une carrière neurochirurgicale qu'il effectue à Rennes
auprès de son maître le Professeur Jean Pecker, qui l'a accueilli
à bras ouverts et gardé à ses côtés
pendant prés de cinq ans à l'Hôpital Pontchaillou
où il a appris l'art de la Neurochirurgie. Jean Pecker, brillant
neurochirurgien français, alors président de la Société
Française de Neurochirurgie, très exigent envers lui même
et envers les autres, apprécia l'homme et devint son ami.
C'est ainsi que le Professeur Pecker a rendu de nombreuses visites en
Algérie et devint pour ainsi dire le parrain du service de Neurochirurgie
de l'Hôpital Ait-Idir. Il contribua grandement au développement
de notre spécialité en accueillant beaucoup des nôtres
dans son service à Rennes Le professeur Boussalah, de retour de
Rennes, s'investit alors dans la neurochirurgie avec le Professeur Mohamed
Abada, de quelques années son aîné, et les deux sont
considérés comme les pères de la neurochirurgie algérienne.
Véritable visionnaire dans son domaine, il a
toujours oeuvré pour un travail multidisciplinaire avec les neuro-radiologues,
neurologues, anatomo-pathologistes, radiothérapeutes, rééducateurs
et j'en passe. C'est ainsi qu'est née une grande équipe
à l'Hôpital Aït-Idir, avec le Professeur Galli auquel
nous rendons un hommage particulier pour son engagement dans la formation
de générations entières de neurochirurgiens, le Professeur
Geronimi, très fin clinicien, et le Professeur Rahmouni à
la valeur scientifique et à la clairvoyance incontestables. Cette
grande équipe laisse un souvenir impérissable.
Initiateur et fondateur de la Société
Algérienne de Neurochirurgie en 1982, il préside aux destinées
de celle-ci pendant prés d'une décennie en lui imprimant
un grand essor scientifique : il a été l'auteur de nombreux
travaux et a dirigé de nombreuses tables rondes. Qui ne se souvient
du cours euro-arabe en mars 1986 qui a réuni les plus grands noms
de la Neurochirurgie de l'époque et qui malheureusement s'était
terminé pour lui par une perforation d'ulcère tellement
il y avait mis ses "tripes".
Le succès retentissant de ce cours, lui a fait
vite oublier ses soucis de santé.
Sur le plan international, il était membre du comité de
neurotraumatologie de la World Federation of Neuro-Surgery et à
ce titre, il a participé très activement au cours de son
séjour au Burkina Faso au développement de la neurochirurgie
africaine par l'organisation de cours pour les jeunes neurochirurgiens
africains. Derrière le neurochirurgien, il y avait l'homme qui
se souciait du bien public, ses qualités et son aura lui valurent
d'être élu à la présidence de la CCHUR (commission
consultative hospitalo-universitaire régionale). L'homme était
exceptionnellement généreux et intelligent, à l'écoute
des autres, toujours disponible, prêt à aider, respecté
de tous ; il était écouté aux plus hauts niveaux,
ce qui a beaucoup servi la cause de la neurochirurgie algérienne.
Il nous considérait tous comme ses enfants, aussi, s'est-il intéressé
à la carrière de beaucoup d'entre nous et nombreux sont
ceux qui lui doivent leur réussite, ils se reconnaîtront.
J'ai la chance et la fierté de faire partie de ceux là.
Il nous a permis de devenir neurochirurgiens et surtout
à être des "hommes", avant toute chose.
Il avait également une autre facette, celle des passions : il était
d'une grande culture, féru de musique, de littérature, épris
d'histoire, et s'intéressait aussi au sport. Enfin son hobby était
la belote dont il était l'un des meilleurs joueurs, et mauvais
perdant !
Après une vie aussi bien remplie, il est parti discrètement
en menant son dernier combat, contre la maladie, avec un grand courage
et une dignité à la mesure de la grandeur de l'homme.
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