Professeur Messaoud DJENNAS |
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Par L. Abid Le Professeur Messaoud DJENNAS a pris sa retraite en juillet 1991. Il avait exercé les fonctions de professeur chef de service d’ophtalmologie au CHU Béni Messous de 1971 à 1991. Messaoud DJENNAS, cinquième enfant d’une fratrie de neuf, est né à El Aouana (Ex : Cavallo) dans la wilaya de Jijel, le 15 octobre 1925. La pauvreté de la région entraînera l’exode de la famille Djennas vers Alger où elle s’installe à partir de 1932 dans le quartier de Belcourt où le père exerce le métier de mandataire aux halles d’Alger. Messaoud commença ses études d’abord à Cavallo puis à l’école de garçons indigènes de Belcourt. En 1939, il entame sa sixième à l’école Sarrouy de Soustara où il ne resta qu’une année pour continuer sa scolarité au collège de Médéa où il eu l’occasion de côtoyer Ali Yahia Abdenour (futur ministre à l’indépendance et président de la ligue des droits de l’homme), Ait Ameur (futur directeur du lycée Condorcet de Bab El Oued ), Mohamed Allahoum (futur officier de l’ALN), Abdelkader Kalache (futur responsable de la fédération de France du PPA et à l’indépendance député puis préfet). Il aura pour professeur en littérature française Rachid Bencheneb de cette grande famille de médersiens dont le père Mohamed homme de lettres laissa une oeuvre littéraire considérable. Le déclenchement de la 2ème guerre mondiale interrompit sa scolarité qu’il reprit à Alger à l’école Pigier en 1943 où il commença à être sensibilisé par des camarades au combat nationaliste. Il adhère en mars 1943 au PPA et devient chef de groupe. (Il eu l’occasion de rencontrer à plusieurs reprises Mohamed Bouda et Mohamed Belouizdad). Voulant quand même continuer ses études il se présente au concours d’entrée de la Médersa d’Alger située à la rue Marengo (actuelle rue Bencheneb) après des cours de soutien en arabe que lui prodigua Cheikh Abderahmane Djillali (père du professeur Djillali Ghalib, actuel chef de service de chirurgie à l’hôpital de Ain Taya). Ayant subit avec succès l’examen d’entrée il aura l’occasion d’avoir pour professeur Saadeddine Bencheneb, frère aîné du professeur de littérature de Médéa. Le 1er mai 1945 il participera aux manifestations organisées par le PPA à Alger qui seront suivies par de nombreuses arrestations. Il connut ainsi pour la première fois les geôles françaises à Serkadi puis à la prison militaire de Bab El Oued où il rencontrera Benali Boukort de Chlef, ancien SG du PCA et Hocine Lahouel responsable du PPA ainsi que Ouamrane futur colonel de l’ALN. Après 8 mois de prison, la loi d’amnistie du 11 mars 1946 mis fin à sa détention et lui permit de reprendre ses études à la Médersa d’Alger et des cours du soir à la rue Negrier pour préparer l’examen de la première partie du bac. La réussite à cet examen lui permet de s’inscrire au lycée Bugeaud pour la deuxième partie du bac qu’il réussira à la session de septembre 1948 à l’âge de 23 ans.
Avec Abderahmane Baba Ameur et Ahmed Aroua, il se rend à Montpellier pour faire des études de Médecine. Là, il rencontra d’autres étudiants algériens parmi lesquels Mohamed Toumi, Laliam, Benkoula, Redjimi, Bouayad , Boukort, Lazreg, Khati, Zoher Yagoubi etc. La communauté estudiantine Montpellier passa de 10-15 éléments en 1948 à plus de 60 en 1954 date de l’achèvement de ses études de graduation et son inscription en post-graduation dans la spécialité ophtalmologie. Après le déclenchement de la révolution en novembre 1954, il dirigera une cellule FLN à Montpellier avec Mohamed Khemisti (futur ministre des AE de l’Algérie indépendante) et Ferradi. Après la création à Alger, en 1955 de l’UGEMA par Belaïd Abdeslam, Mohamed Seddik Benyahia, Lamine Khène et Ait Chalal, une AG des étudiants musulmans de Montpellier eu lieu pour le choix entre l’UGEA défendue par les communistes et l’UGEMA. La section locale de Montpellier fut ainsi crée avec à sa tête Mohamed Khemisti en qualité de président. En mai 1956, la décision prise par l’UGEMA section d’Alger d’organiser une grève illimitée des lycéens et étudiants fut adoptée à l’unanimité par la section de Montpellier. Les étudiants algériens de Montpellier allaient s’éparpillaient en Algérie, en Tunisie et au Maroc. Djennas après le remplacement du docteur Benhabylès à Soustara dans la basse Casbah où, en plus des soins qu’il prodiguait à la population, il avait la charge de recevoir les maquisards blessés et de les adresser en cas de nécessité au docteur Stoppa qui travaillait avec le FLN. Après le retour du docteur Benhabylès le docteur Djennas quitte Alger pour Oran où il remplacera le docteur Medjber. Mais la grève de 8 jours décidée par le FLN à partir du 28 janvier 1957 l’obligera à revenir à Alger auprès des siens. C’est là qu’il sera de nouveau appréhendé le 26 février 1957 (avec les docteurs Aroua, Belouizdad, Hacheman et Mokhtar) où il passera par le centre de transit de Béni-Messous (où se trouvaient dans la guitoune réservée aux femmes Salima Belhafaf future madame Benkhedda, Malika Muphti épouse Lamine Khène et madame Sahnoune mère du martyre Necira Nounou) avant de rejoindre le camp de concentration de Berrouaghia puis le camp de Bossuet dans l’Oranie. Là également il rencontra plusieurs figures marquantes de l’histoire de l’Algérie : Aissat Idir, SG de l’UGTA ; maître Kaddour Sator, Cheikh Sahnoune, maître Amar Bentoumi, Abdelkader Zaibek, Hassan Hasssani (Boubagra), le docteur Rabah Kerkouche, le pharmacien Mohamed Bouteftifa.
Après 21 mois de détention, Djennas est enfin libéré fin novembre 1958. Il se rendra de nouveau à Montpellier au début de l’année 1959 pour valider son CES d’ophtalmologie et soutenir se thèse de médecine fin juillet de la même année.
Le 31 décembre 1959, il atterrit au Maroc puis à l’hôpital Oustaud d’Oujda où officiaient déjà son collègue et aîné le docteur Hacène Lazreg qui dirigeait un service hospitalier de près de 100 lits. C’est à ses cotés que le docteur Djennas va acquérir son expérience chirurgicale. 2 ou 3 fois par semaines ils organisaient des tournées dans les camps frontaliers de l’ALN pour orienter vers l’hôpital les cas nécessitant des actes chirurgicaux. D’autres médecins formés à Montpellier étaient également à Oujda, c’est le cas du docteur Khati qui passa 6 années comme médecin militaire dans l’unité de l’ALN de Berkane, ainsi que les docteurs Rabah Allouache et Hacène Ziza.
Après 4 mois passé à Oujda, le docteur Djennas obtient, à sa demande un poste à l’hôpital de la ville de Meknès où se trouvaient déjà d’autres collègues algériens tels que le docteur Mohamed Benabadji qui dirigeait le laboratoire de l’hôpital Mohamed V et le docteur Mourad Klouch médecin généraliste, les pharmaciens Abdellah Bendimered et Salah Khellaf.
Après une année de pratique hospitalière le docteur Djennas ouvre un cabinet privé tout en continuant à travailler à mi-temps à l’hôpital de Sidi Saïd.
Au lendemain du cessez-le-feu et des massacres de l’OAS, le GPRA pris la décision de faire entrer en Algérie les médecins réfugiés au Maroc et en Tunisie. Le docteur Djennas fut affecté à la clinique des Crêtes situé au Clos Salambier (actuel El Madania) puis à la clinique ophtalmologique du boulevard Cervantès à Belcourt et enfin à l’hôpital Mustapha qui rouvrit ses portes à partir du 6 juillet 1962.
Le professeur
Aouchiche, chef de service mais également doyen de la faculté de
médecine laissa en fait l’organisation et le fonctionnement du service
aux docteurs Boyer et Djennas et bien plus tard aux docteurs Bouayad, Laliam,
Mostefaï et Chibane. Après sa retraite il écrit un livre (Vivre c’est croire. Ed. Casbah édition, 2006) qui retrace tout son parcours et où parmi les points noirs de la santé en Algérie figurent le problème des prélèvement d’organe et celui de la création d’une banque des yeux ainsi que le problème du médicament et l’énorme enjeu du monopole qu’il représente ainsi que des fortunes colossales qui se sont édifiées à son abri. |