Professeur GRANGAUD Jean-Paul

Professeur Jean-Paul Grangaud"L’Algérie a toujours été pour moi l’endroit où j’ai mes tripes, là où je suis né, là où je suis chez moi, là où il n’est pas question de partir."

J.P. Grangaud est né en 1938 à Alger. Son père était enseignant de Biochimie à la faculté d’Alger et sa mère professeur de maths au lycée Delacroix. Après des études secondaires au lycée Gautier (actuellement lycée Bouatoura) il passe une première fois son bac en 1954. Ayant échoué, il refait sa terminale au lycée Bugeaud (actuelle Lycée Emir Abdelkader) durant l’année 54/55 et décroche son bac en 55.

Il commença sa médecine en 1956 à la faculté de médecine d’Alger.
De 1956 à 1960 (4 ans) il s’investit dans la préparation des concours d’externat et d’internat :
- 1957-1958 conférences d’externat (sous la conduite de J.C. Scotto) et réussite au concours en 58. 2 ans à l’hôpital d’El Kettar durant l’externat.
- 1958-1959 : Externat au service de chirurgie du professeur Bourgeon où il apprit entre autre à réaliser une splénoportographie, examen à la mode à l’époque.
- 1959-1960 conférences d’internat (sous la conduite de J.C. Scotto pour la médecine et Y. Phéline pour la chirurgie) et réussite au concours en décembre 60.

En mars 62 il prit le service de la "consultation normale" à l’hôpital Mustapha en qualité d’interne où il prenait en charge les malades externes. Il se marie le 10 mars 62 à l’église anglicane d’Alger. En avril 62, ses parents quittent l’Algérie définitivement.
15 juin 62 – mars 63 service militaire dans l’EEOR (école des élèves officiers de réserve) : hôpital maritime de Lorient puis Amirauté d’Alger (qui était encore une base française).
Après le service militaire, à partir de novembre 63 reprise de l’activité hospitalière à l’hôpital d’El Kettar en qualité d’interne ainsi qu’au laboratoire de biochimie médicale de l’université d’Alger. Il quitte l’hôpital El Kettar à la fin de l’année 65 et rejoint le service de pédiatrie du professeur Benallegue à Parnet où il reste jusqu’en 1971. C’est dans ce service qu’il accède au grade d’assistant puis de maître-assistant et y prépare même son agrégation.
Il passa sa thèse de médecine en 1965 sur les fièvres typhoïdes hémorragiques. Il présenta sa première communication scientifique à la société de médecine d’Alger sur les méningites à pneumocoques grâce à l’aide du professeur Destaind chef de service d’El Kettar. Tout en poursuivant ses études médicales, il passe sa maîtrise d’assistanat en biochimie et enseigna même cette matière entre 1965 et 1970.
Quelques divergences avec son chef de service l’incitent à réfléchir à un changement de service. Il songe à aller à Constantine où son ami Hamid ABERKANE, 5ème année de médecine ! était doyen de la jeune faculté. Il s’inscrit au concours d’agrégation ouvert à la fin de l’année 1969.

En 1969, Il dépose une demande de nationalité algérienne au niveau du ministère de la justice. Après beaucoup de difficultés et l’aide de plusieurs amis et collègues dont le professeur Benallègue, son ancien chef de service, il finit par l’obtenir le 21 janvier 1970.
Il passe son agrégation en mars 1970 et 2 mois plus-tard il participe, en qualité de membre de la délégation algérienne (P. Chaulet ; J. Belkhodja ; D. Hazem ; Monseigneur Scotto ; Monseigneur Tessier ; J. Carbonare ; J. Blanc ; M. Kadache ; A. Bentoumi ; Maitre Boumaza), à Beyrouth, à la conférence mondiale sur la Palestine organisée par le journal Témoignage Chrétien. Il aura l’occasion de rencontrer Yasser Arafat en Jordanie.
En 1971, le professeur BOUDJELLAB, alors ministre de la santé, lui propose de mettre en place un 3ème service de pédiatrie à l’hôpital Béni Messous (à l’époque, il n’existait que 2 services, à Mustapha et Parnet). Il sera secondé dans cette tâche par le professeur Mustapha Mazouni avec qui il avait déjà travaillé à El Kettar et à Parnet. Il trouva sur place 3 autres pédiatres (Saïd Bakouri, Jules Cernay et Michel Remezi) avec lesquels il développera ce service. D’autres médecins le rejoindront parmi lesquels le docteur Djillali Belkhenchir (au début de l’année 1972) adepte de la pédiatrie sociale ouverte sur la périphérie et qui exerçait à l’hôpital de Douéra.
Durant l’année 72/73 il ouvrit une section d’aides puéricultrices à l’hôpital Béni-Méssous, qui allait devenir une école d’infirmières dirigée initialement par le docteur Salah Kermani résident en pédiatrie.
En 1973, le service commence à recevoir les grosses promotions d’étudiants (externes) issues de la réforme l’enseignement supérieur. Ces étudiants vont participer aux enquêtes et aux campagnes de vaccination sur le terrain.
73-74 : période de la réforme des études médicales et initiation à la docimologie et à la pédagogie médicale.

En février 1975 lors d’un séjour à Cuba en compagnie du docteur A. Benadouda, directeur de l’INSP et du directeur d’un secteur sanitaire de l’intérieur du pays, il découvre la captation des naissances qu’il développera par la suite à Béni Méssous qui couvrait un bassin de population de 200 000 habitants dont 100 000 enfants.
Lors du congrès médical maghrébin de 1974 qui s’est déroulé a Alger et dont le thème principal était la malnutrition protéino-calorique, le rapport présenté par les professeurs Grangaud et Mazouni devait consacrer le service de pédiatrie de Béni Méssous à l’échelle maghrébine.
15 juillet – 15 septembre 1976, mission médicale à Luanda en Angola au moment de l’indépendance de ce pays (avec les docteurs Mahmoud Chibane, Djamel Belhadi Hamid Daoud , et Bougherbal).
Dans son service, il était l’initiateur de différents travaux de recherches cliniques menées tant par des médecins du service que par des étudiants d’autres facultés (Z. Benzekri , étudiant en agronomie a mené une enquête sur la vitamine A) . Une étude qui mérite d’être mentionnée est celle relative aux méthémoglobinémies dont une forme congénitale (déficit en cytochrome B5 réductase) qui n’était pas connue jusque là, avait été mise en évidence sur un enfant hospitalisé à Béni Méssous. Cette variante est appelée "Béni Méssous".
1978-1979 : année sabbatique en Québec au Canada au CHU Laval dans le service de gastro-entérologie pédiatrique où il voulait affinait les solutions aux problèmes qu’il rencontrait à Béni Méssous :

  • dans l’organisation des soins primaires et de la prévention
  • la malnutrition protéino-calorique

C’est en qualité de fellow (résident) qu’il passa cette année sabbatique, assurant des gardes et participant pleinement au fonctionnement du service.
Octobre 79, retour à Béni Méssous où il mit en pratique les connaissances acquises avec entre-autre :

  • un travail sur la mortalité infantile
  • Une campagne de lutte contre les maladies diarrhéiques.

A partir de 1985, responsable de l’unité de recherche en santé maternelle et infantile à la faculté de médecine d’Alger avec organisation de 2 séminaires à Béni Abbès en 86 et Tipaza en 87.
Il dirigea les thèses de DESM de :

  • D. Belkhenchir (diarrhées du nourrisson)
  • N. Laraba (diarrhées graves du nourrisson)
  • S. Kermani (mortalité infantile)
  • S. E. Laalaoui (infections respiratoires aiguës)

Des divergences avec le professeur Mazouni, avec lequel il a monté le service de pédiatrie l’amène à quitter Béni Messous pour monter un nouveau service de pédiatrie dans le nouvel hôpital de Ain Taya à l’Est d’Alger en 1985. D’abord seul, il est rejoint quelques mois plus tard par quelques transfuges de Béni Messous (Dominique, Assia Djemai, Aicha Deriche, Mokrane Benazzou et le docteur Salah Kermani)
Il reprit son bâton de pèlerin et plaida la cause de cet hôpital obtenant de la part du directeur de la faculté de médecine (le professeur M.ZITOUNI), la réalisation d’un bloc pédagogique au niveau de cet hôpital, constitué de 5 salles de cours et d’un amphithéâtre, puis quelques années plus tard, la construction d’un hôpital de jour.

En 1987, avec la création des CHU Alger Centre, Alger-Est, Alger Ouest, il prend la direction des activités pédagogiques et médicales (DAPM) du CHU Alger –Est dont faisait partie l’hôpital de Ain Taya (en plus des hôpitaux de Rouïba, Thénia, Belfort, Kouba et Parnet).
En 1992, il représente l’Algérie à la conférence internationale de la nutrition organisée à Rome par l’OMS.
En mars 1994, il prend en charge la santé maternelle et infantile au niveau de la Direction de la Prévention du Ministère de la Santé, dirigée alors par le professeur DIF qu’il remplacera par la suite, tout en continuant à gérer le service de pédiatrie de Ain Taya avec son fidèle collaborateur le docteur Kermani devenu depuis professeur.
Durant la période où le ministère de la santé était dirigé par le professeur Guidoum, le professeur J.P. Grangaud développa le concept d’intersectorialité et c’est ainsi qu’à propos de l’épidémie de fièvre typhoïde de Ain Taya de 1996, le ministère de la santé porta plainte contre l’APC pour non respect de certaines procédures d’assainissement.

Cela fait maintenant plus de 10 ans que le professeur J.P. Grangaud est au Ministère de la Santé continuant à œuvrer pour la santé publique en Algérie.