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Médecin
et parasitologue français né à Paris, le 18/06/1845.
1850-1856 Enfance en Algérie.
1856 Etudes secondaires au Collège Sainte-Barbe, puis au Lycée
Louis le Grand, à Paris.
1863-1867 Elève de l'Ecole du service de santé militaire
à Strasbourg.
1866 Nommé au concours interne de l'Hôpital civil de Strasbourg.
1867 Soutient sa thèse de doctorat en médecine sur la régénération
des nerfs, puis fait un stage à l'Ecole du Val de Grâce.
1870-1871 Désigné pour les ambulances de l'armée
de l'Est.
1871 Médecin aide major à l'Hôpital Saint-Martin (Hôpital
Villemin).
1874 Nommé professeur agrégé des maladies et épidémies
des armées.
1875 Publie un Traité des maladies et épidémies des
armées. Se perfectionne dans la technique histologique et fréquente
le laboratoire de Ranvier au Collège de France.
1878-1879 Nommé en Algérie à l'Hôpital militaire
de Bône (Annaba), où il étudie le paludisme, puis
à Biskra où il étudie le clou de Biskra. Publie en
collaboration avec T. Teissier les Nouveaux éléments de
pathologie et de clinique médicale, qui aura jusqu'en 1894 quatre
éditions.
1880 Découvre l'hématozoaire du paludisme à l'Hôpital
militaire de Constantine.
1881 Publie un opuscule : Nature parasitaire des accidents de l'impaludisme
dans lequel il décrit les formes principales sous lesquelles se
présente l'hématozoaire.
1882 Se rend à Rome pour étudier les paludéens de
la campagne romaine. Il découvre dans leur sang le même parasite
que celui trouvé à Constantine.
1884 Publie le Traité des fièvres palustres.
1884-1894 Professeur d'hygiène militaire à l'Ecole du Val
de Grâce, où il crée un musée d'hygiène.
1889 Suit le cours de microbiologie de l'Institut Pasteur.
1893 Elu membre de l'Académie de médecine. Prix attribué
par cette même académie : Bréant (1889).
1896 Ne pouvant obtenir de l'Armée un poste qui lui permette de
poursuivre ses recherches, demande sa mise à la retraite.
1897 Entre comme chercheur bénévole à l'Institut
Pasteur, où il partage avec F. Mesnil pendant plusieurs années
une unique chambre de travail. Il reprend ses recherches sur les protozoaires
pathogènes en les étendant à toute la série
animale.
1898 Publie le Traité du paludisme.
1900-1903 S'intéresse aux rapports qui peuvent exister entre les
anophèles et le paludisme. Se rend en Corse et en Camargue pour
y étudier ces moustiques et examine ceux qui lui sont adressés
du monde entier. Résume l'ensemble de ses travaux dans Anophèles
et paludisme, paru en 1903.
1901 Elu membre de l'Académie des sciences dans la section médecine
et chirurgie. Demande, à l'Académie de médecine,
la création d'une Société d'assainissement de la
Corse. Elle est créée en 1902 sous le nom de Ligue corse
contre le paludisme.
1902 Entre au comité de rédaction des Annales de l'Institut
Pasteur, où il retrouve E. Duclaux, A. Calmette, Ch. Chamberland,
J.-J. Grancher, E. Metchnikoff, Ed. Nocard, E. Roux, L. Vaillard.
1903 Nommé président honoraire de la Ligue contre le paludisme
en Algérie.
1904 Publie avec F. Mesnil : Trypanosomes et trypanosomiases. Devient
membre du Conseil d'hygiène et de salubrité du département
de la Seine.
1906 Participe à la sous-commission de l'Association scientifique
internationale d'agronomie coloniale, chargée d'établir
les instructions médicales et zoologiques, destinées à
la mission de la maladie du sommeil au Congo français.
1907 Prix Nobel de physiologie et de médecine. Fait don d'une partie
de ce prix pour transformer et équiper le Laboratoire des maladies
tropicales de l'Institut Pasteur où, jusqu'à son décès,
il mène de nombreux travaux sur le paludisme, les trypanosomiases,
les leishmanioses.
1908-1920 Fonde avec E.Marchoux la Société de pathologie
exotique dont il devient le premier président.
1919-1921 Publie en collaboration avec G. Franchini une série de
notes relatives aux flagellés parasites des insectes.
18/05/1922 Décès à Paris.
Le professeur A. Calmette a écrit la nécrologie
suivante dans le Bulletin de la Société de Pathologie Exotique
de 1922 :
La mort de notre fondateur et Président honoraire, survenue le
18 mai, est un immense chagrin pour nous tous qui avions pour ce maître
illustre une admiration profonde, mêlée de fierté
patriotique et d'un religieux respect.
Pendant douze ans, à cette place, il a dirigé nos travaux
avec l'autorité de son grand nom. Si notre société
fut rapidement prospère, si elle s'est acquis dans le monde savant
et auprès des pouvoirs publics un incontestable prestige, c'est
à lui que nous en sommes redevables. Nous avons bénéficié
de sa gloire.
Le deuil qui nous frappe si douloureusement est en même temps celui
de l'humanité tout entière, car les travaux de Laveran,
surtout sa grande découverte de l'hématozoaire du paludisme,
ont puissamment contribué à améliorer les conditions
d'existence des peuples.
Des millions d'hommes lui devront de pouvoir vivre, travailler, exploiter
les richesses du sol dans les régions tropicales où ces
richesses étaient jadis inaccessibles pour eux. Grâce à
lui, d'immenses territoires sont désormais ouverts à la
colonisation. Avant lui, personne n'avait soupçonné le rôle
pathogène des hématozoaires, de sorte qu'il n'est pas exagéré
de dire que l'oeuvre de Laveran apparaît aujourd'hui comme la plus
importante en médecine et en hygiène après celle
de Pasteur.
Cette oeuvre, admirable dans son unité et dans sa continuité,
Laveran lui-même en a décrit la genèse et l'harmonieux
développement dans la conférence qu'il dut faire à
Stockholm lorsque l'Académie Suédoise des Sciences lui attribua
le prix Nobel de Médecine, en 1907.
Il est impossible de narrer avec plus de vérité et de simplicité
l'histoire d'une des plus grandes découvertes des temps modernes
:
En 1878, nous dit-il, après avoir terminé mon temps d'agrégation
à l'Ecole de médecine militaire du Val de Grâce, je
fus envoyé en Algérie et chargé d'un service à
l'hôpital de Bône. Un grand nombre de mes malades étaient
atteints d fièvres palustres et je fus naturellement amené
à étudier ces fièvres dont je n'avais observé
en France que des formes rare et bénignes.
J'eus l'occasion de faire l'autopsie de sujets morts de fièvre
pernicieuse et d'étudier la mélanémie, c'est-à-dire
la formation du pigment noir dans le sang des sujets atteints de fièvres
palustres. La mélanémie avait été décrite
par plusieurs observateurs, mais on n'était fixé ni sur
la constance de cette altération dans le paludisme, ni sur les
causes de la production du pigment.
Je fus frappé des caractères particuliers que présentaient
les grains de pigment, en particulier dans les capillaires du foie et
des centres cérébro-spinaux, et je cherchai à poursuivre,
dans le sang des malades atteints de fièvre palustre, l'étude
de la formation du pigment. Je trouvai dans le sang des leucocytes plus
ou moins chargés de pigment, mais à côté des
leucocytes mélanifères, des corps sphériques pigmentés,
de volume variable, doués de mouvements amiboïdes, libres
ou accolés à des hématies, des corpuscules non pigmentés
formant des taches claires dans les hématies ; enfin des éléments
pigmentés en forme de croissants attirèrent mon attention
; je supposai dès lors qu'il s'agissait de parasites.
En 1880, à l'hôpital militaire de Constantine, je découvris
sur les bords des corps sphériques pigmentés, dans le sang
d'un malade atteint de fièvre palustre, des éléments
filiformes ressemblant à des flagelles qui s'agitaient avec une
grande vivacité en déplaçant les hématies
voisines ; dès lors je n'eus plus de doutes sur la nature parasitaire
des éléments que j'avais trouvés ; je décrivis
les principaux aspects sous lesquels se présente l'hématozoaire
du paludisme, dans des notes adressées à l'Académie
de Médecine et à l'Académie des Sciences (1880-1882)
et dans un opuscule intitulé :
Nature parasitaire des accidents de l'impaludisme, description d'un nouveau
parasite trouvé dans le sang des malades atteints de fièvre
palustre, Paris 1881.
Ces premiers résultats de mes recherches furent accueillis avec
beaucoup de scepticisme.
En 1879, Klebs et Tommasi Crudeli avaient décrit, sous le nom de
Bacillus malariae un bacille trouvé dans le sol et dans l'eau des
localités palustres et bon nombre d'observateurs italiens avaient
publié des travaux confirmatifs de ceux de ces auteurs.
L'hématozoaire que je donnais comme l'agent du paludisme ne ressemblait
pas aux Bactéries ; il se présentait sous des formes singulières
; il sortait en un mot du cadre des microbes pathogènes connus,
et beaucoup d'observateurs, ne sachant où le classer, trouvèrent
plus simple de mettre en doute son existence.
en 1880, la technique de l'examen du sang était malheureusement
très imparfaite, ce qui contribua à prolonger les discussions
relatives au nouvel hématozoaire. Il fallut perfectionner cette
technique et inventer de nouveaux procédés de coloration
pour mettre en évidence la structure de l'hématozoaire.
Les recherches confirmatives des miennes, rares d'abord, se multiplièrent
de plus en plus ; en même temps qu'on découvrait, chez différents
animaux, des parasites endoglobulaire ayant une grande analogie avec l'hématozoaire
du paludisme. En 1889, mon hématozoaire avait été
retrouvé dans la plupart des régions palustres ; on ne pouvait
plus mettre en doute ni son existence, ni son rôle pathogène.
Avant moi, de nombreux observateurs avaient cherché sans succès
à découvrir l'agent du paludisme ; j'aurais échoué
également si je m'étais contenté d'examiner l'air,
l'eau et le sol des localités palustres comme on l'avait fait jusqu'alors
; j'ai pris comme base de mes recherches l'anatomie pathologique et l'étude
in vivo du sang palustre, et c'est ainsi que j'ai pu arriver au but.
Après la découverte du parasite du paludisme dans le sang
des malades une importante question restait à résoudre :
à quel état l'hématozoaire existait-il dans le milieux
extérieur et comment l'infection se faisait-elle ? La solution
de ce problème a nécessité de longues et laborieuses
recherches.
Après avoir tenté vainement de déceler le parasite
dans l'air, dans l'eau ou dans le sol des localité palustres, et
de le cultiver dans les milieux les plus variés, je suis arrivé
à la conviction que le microbe se trouvait déjà en
dehors du corps de l'homme, à l'état parasitaire, et très
probablement à l'état de parasite des moustiques.
J'ai émis cette opinion dès 1884 dans mon Traité
des fièvres palustres et j'y suis revenu à plusieurs reprises.
En 1894, dans un rapport au congrès international d'hygiène
de Budapest sur l'étiologie du paludisme, j'écrivais : Les
insuccès des essais de culture m'ont conduit à croire que
le microbe du paludisme vivait dans le milieu extérieur à
l'état de parasite et j'ai soupçonné les moustiques
qui abondent dans toutes les localités palustres et qui jouent
déjà un rôle très important dans la propagation
de la filariose ». Cette opinion sur le rôle des moustiques
était considérée à cette époque, par
la plupart des observateurs, comme très peu vraisemblable.
Ayant quitté les pays palustres, il ne me fut pas possible de vérifier
l'hypothèse que j'avais faite. C'est au Dr Ronald Ross que revient
le mérite d'avoir démontré que l'hématozoaire
du paludisme et un hématozoaire des oiseaux très voisin
de Hoemamaeba malariae accomplissaient chez des Culicides plusieurs phases
de leur évolution et étaient propagés par ces insectes.
R. Ross, dont les belles et patientes recherches ont été
récompensées très justement, en 1902, par le prix
Nobel de médecine, a bien voulu reconnaître, dans plusieurs
de ses écrits, qu'il avait été utilement guidé
par mes inductions et par celles de P. Manson.
Aujourd'hui, les transformations que subit l'hématozoaire du paludisme
dans les moustiques du genre Anopheles sont bien connues et aucun doute
n'est plus possible sur le rôle de ces insectes dans la propagation
du paludisme.
Avant la découverte de l'hématozoaire du paludisme, on ne
connaissait aucun hématozoaire endoglobulaire pathogène
; aujourd'hui, les Hoemocytozoa constituent une famille importante par
le nombre des genres et des espèces et par l rôle que quelques-uns
de ces Protozoaires jouent en pathologie humaine ou vétérinaire.
L'étude des hématozoaire endoglobulaires, en portant l'attention
des médecins et des vétérinaires sur l'examen du
sang dans les régions intertropicales, a préparé
la découverte des maladies à trypanosomes qui constituent,
elles aussi, un nouveau et très important chapitre de la pathologie.
La connaissance de ces agents pathogènes nouveaux a jeté
une vive lumière sur un grand nombre de questions naguère
obscures. Les progrès réalisés montrent une fois
de plus combien juste est le célèbre axiome formulé
par Bacon :
Bene est scire, per causas scire. »
J'ai tenu à reproduire ces pages. Tout commentaire, toute analyse
en eussent altéré l'immortelle beauté.
Les autres travaux que Laveran a tous poursuivis dans son laboratoire
de l'Institut Pasteur sur les protozoaires sanguicoles, et particulièrement
sur les trypanosomiases, n'ont fait qu'accroître sa renommée
d'investigateur scrupuleux, persévérant, sagace et de parfait
technicien.
Notre Bulletin eut la primeur de quelques-uns d'enter eux. Beaucoup ont
été faits avec son excellent collaborateur le professeur
Mesnil, dont l'élection à l'Académie des Sciences
fut sa dernière joie.
Quelques semaines avant sa mort, alors que, depuis longtemps, il ne se
faisait aucune illusion sur l'issue inexorable de la maladie dont il se
sentait atteint, il travaillait encore, gardant par son fidèle
Léon Breton et par son élève le Dr Franchini le contact
avec son laboratoire où il 'avait plus la force d'aller.
La vie de Laveran fut toute de labeur. Son histoire se confond avec celle
de ses travaux. Ceux d'entre nous qu'il honorait de son amitié
savaient que, sons des dehors un peu réservés et distants,
il cachait une grande sensibilité d'âme. Il avait un caractère
d'une inflexible droiture, une parole lente et réfléchie,
avec des mots toujours justes que n'accompagnait aucun geste solennel.
Sa physionomie, son regard clair, reflétaient la sérénité
et l'honnêteté de son intelligence. Il entourait ses recherches
d'une discrétion silencieuse, jusqu'au moment où il se décidait
à les publier.
Les journalistes frappaient vainement à sa porte. Il n'accordait
jamais d'interviews. Aussi le public le connaissait-il à peine
et il n'en avait cure !
Longtemps il a souffert de l'indifférence, de l'hostilité
ou du dédain avec lesquels on accueillait ses découvertes.
L'ignorance et l'ingratitude des chefs militaires qui lui barraient obstinément
l'accès des plus hauts grades de l'armée lui furent surtout
pénibles. Mais il eut sa revanche, et combien glorieuse ! L'Institut
Pasteur lui offrit un laboratoire, l'Académie des Sciences, la
Royal Society » de Londres, toutes les Associations scientifiques
du monde s'empressaient de l'accueillir et de l'honorer. L'Institut Carolin
lui attribuait le prix Nobel et l'Académie de Médecine voulait
qu'il fût le Président de son Centenaire !
Les savants de l'avenir réserveront à sa mémoire
d'encore plus grands hommages car son oeuvre apparaîtra plus magnifique
et plus féconde avec le recul des siècles.
Pour ce qui est de nous, mes chers Collègues, qui formions, avec
l'admirable compagne de notre Maître, avec sa soeur qu'il adorait,
et avec l'Institut Pasteur, sa vraie famille, le nom immortel de A. Laveran
restera la raison d'être de notre existence. Son esprit demeurera
près d nous. Pour la foule de nos successeurs qui, dans l'avenir,
auront à moissonner les récoltes dont nous lui devons la
semence, il restera le flambeau qu'on suit à travers les ombres
pour chercher, à tâtons, la vérité !
A. Calmette |