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Ahmed AROUA
- Journée commémorative de la participation du corps médical
algérien à la Révolution, Tipaza, 22 novembre 1984
- Mis en ligne le 26 juillet 2005
Avant d’évoquer les différents types
d’activités assumés par le corps médical algérien
pendant la guerre d’indépendance, nous devons faire quelques
remarques préliminaires.
1) Quand nous parlons de corps médical, cette dénomination
englobe médecins, pharmaciens, dentistes, étudiants en
médecine et paramédicaux diplômés ou non,
dont l’activité a été solidaire et inséparable.
2) La participation du corps médical à la Révolution
est inséparable de celle des différentes catégories
d’universitaires diplômés ou étudiants qui
ont rejoint en masse le FLN.
3) Le corps médical, malgré sa spécificité
professionnelle, n’a pas servi la Révolution seulement
en tant que personnel de santé, mais en tant que militants engagés
dans une insurrection populaire impliquant toutes les énergies
et toutes les compétences.
4) Le témoignage que nous apportons est une appréciation
personnelle des évènements vécus ou rapportés,
et non une synthèse historique systématisée.
Le corps médical algérien est passé par trois épreuves
successives :
- l’épreuve du nationalisme
- l’épreuve de la révolution
- l’épreuve de l’indépendance
1. L’épreuve du nationalisme.
L’apogée de la colonisation a été marquée
par le centenaire de 1930. Cette époque marque aussi la lente et
difficile émergence d’une intelligentsia nationale formée
dans les écoles françaises mais qui n’en prenait que
plus conscience de son aliénation politique et culturelle. Les
universités d’Alger et de France deviennent rapidement des
foyers de nationalisme et de combat politique.
Universitaires, étudiants et même lycéens trouvent
leur place naturelle dans les organismes patriotiques (Partis politiques,
associations culturelles et estudiantines, scouts).
Réciproquement, le nationalisme algérien puise dans ces
élites notamment médicales, de nombreux cadres dont nous
ne citerons que ceux qui nous viennent en tête : Lamine Debbaghine,
Mostefai, Chaouki, Saadane, Ferhat Abbas, Benyoucef Benkhedda, Bachir
Abdelouahab, Francis.
2. L’épreuve de la révolution.
Le corps médical a participé en masse et sous différentes
formes à la révolution : médecins et étudiants
se retrouvent dans leur grande majorité organisés dans les
rangs du FLN : dans les villes, dans les maquis, à l’extérieur
(Tunisie, Maroc,…), en France.
Selon l’endroit où ils se trouvent et en fonction des besoins
de la révolution, les médecins ont assumé de nombreuses
responsabilités politiques, organisationnelles et médico-sanitaires.
Nous nous limiterons à quelques exemples vécus ou rapportés
qui témoignent de la diversité de leurs actions.
Du début de la révolution jusqu’à la grève
des 8 jours et la fin de la première bataille d’Alger, de
nombreuses actions ont été assumées notamment :
- formation de personnel infirmier.
- collecte ou achat de médicaments et d’instruments.
- soins médicaux ou chirurgicaux aux membres de l’organisation
recherchés, fidaïs, maquisard.
- liaison et contact.
Au cours de cette période, de nombreux médecins ont été
arrêtés et certains ont été tués.
Après la grève, l’organisation sanitaire a été
démantelée. Des médecins ont disparu après
leur arrestation. Les autres, dont certains ont été torturés,
ont été mis en détention dans les camps d’internement
(Béni Messous, Berrouaghia, Bossuet, …).
Pendant leur détention, les médecins n’ont pas cessé
d’apporter leur soutien aux détenus et même lorsque
les conditions s’y prêtaient à participer aux activités
éducatives (politique, histoire, langue, éducation sanitaire…).
En 1959, la plupart des médecins ont été libérés
et ont repris leurs activités médicales. La plupart, malgré
la surveillance qui les entourait, ont repris les contacts et répondu
à des situations conjoncturelles (soins à des fidaïs
ou des maquisards blessés). Mais c’est après les évènements
de décembre 1960, que la lutte prend une nouvelle tournure grâce
à l’intervention historique des populations. Les besoins
devenaient importants et une nouvelle organisation à la fois politique,
militaire et sanitaire est mise progressivement sur pied, répondant
au double défi de l’appareil militaire et de l’organisation
civile OAS.
L’activité militaire a essayé de répondre
à la fois aux besoins habituels de la population civile, à
la prise en charge des nombreuses victimes civiles du terrorisme européen,
aux soins apportés aux fidaïs qui reprenaient leurs activités
et aux soins des militaires blessés au cours d’accrochages
dans les maquis voisins.
Le nombre de médecins était évidemment très
réduit. Et il s’est trouvé un petit nombre de médecins
européens qui ont soigné ou pris en charge les blessés
graves et il convient de leur rendre hommage.
Jusqu’au jour où les médecins de l’extérieur
sont rentrés avec le gouvernement provisoire et une nouvelle organisation
sanitaire a pris en charge la population (ZAA).
3. L’épreuve de l’indépendance.
Les premiers jours de l’indépendance ont été
marqués par une série d’épreuves qui ont touché
le corps médical.
Après le départ massif des médecins européens,
il fallait prendre en charge à la fois la population et les services
hospitaliers. Des 2500 médecins dont 285 algériens, il n’en
restera que 600 au moment de l’indépendance, c’est-à-dire
1 médecin pour 100000 habitants.
L’épreuve morale attendait les médecins à la
sortie du tunnel. Ils devinrent la cible désignée d’un
certain verdict politique qui en faisait les dépositaires des idées
réactionnaires et bourgeoises. Malgré les sacrifices endurés
pendant la guerre et la mort de près du quart de son effectif,
le corps médical s’est trouvé marginalisé et
contraint au suivisme, à la résignation ou parfois à
l’exode.
Malgré tout, le corps médical a joué pleinement
le jeu et pris sa responsabilité à bras le corps, en rechignant
souvent mais en faisant toujours preuve du même dévouement.
Grâce à ce dévouement non seulement les populations
ont été efficacement prises en charge, mais des promotions
nombreuses et compétentes de médecins sont venues rapidement
combler le grand vide laissé après le départ du corps
médical français.
Conclusion
Le corps médical algérien n’a jamais été
aussi grand que lorsqu’il était petit, parce qu’il
a pris sa responsabilité entière et multiforme au cours
de la révolution. Les sacrifices qu’il a subis sont à
la mesure de son engagement.
Aujourd’hui l’évolution de la médecine moderne
a tendance à faire du médecin un technicien de la santé
plus ou moins spécialisé, et de la médecine un art
plus ou moins sophistiqué.
Mais le médecin ne doit pas se limiter au cadre prestigieux mais
étroit de la profession médicale. Comme le lui enseigne
l’humanisme de la médecine ancienne et comme le lui a rappelé
l’épopée de la révolution, il doit retrouver
sa place privilégiée, respectée et reconnue dans
tous les domaines de la vie politique, culturelle et sociale de la nation.
Ahmed AROUA - Journée commémorative de la participation
du corps médical algérien à la Révolution,
Tipaza, 22 novembre 1984 - Mis en ligne le 26 juillet 2005
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