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Les importations de produits médicaux et pharmaceutiques avoisinent
les 80% de la demande. La réussite de la réforme ne pourra être
entière sans régler les problèmes de la disponibilité et du prix.
Le marché du médicament est juteux. De nombreux laboratoires étrangers
lorgnent sur une manne estimée à 600 millions de dollars. La France
arrive en tête des fournisseurs avec plus de 300 millions de dollars
par an.
Un marché qui attise les convoitises. Mourad Redjimi, ministre
de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, nous
l'a confirmé lui-même lors d'une récente rencontre en ajoutant que
"les enjeux sont importants". Ali Aoun, PDG de Saïdal, a jeté un
véritable pavé dans la mare en ciblant ouvertement les importateurs
de médicaments, les accusant de "détourner" 180 millions de dollars
par an et de 30% de surfacturation. L'Union nationale des opérateurs
en pharmacie (UNOP) a réagi en décidant, lors d'une assemblée générale
ordinaire, tenue jeudi dernier, de poursuivre en justice le PDG
de Saïdal. Les opérateurs constatent qu'Ali Aoun parle d'"une industrie
soumise à une concurrence déloyale, faite de ristournes et de surfacturations",
mais notent qu'il omet volontairement de dire quel est le taux de
ristourne de ses propres importations, estimés selon certaines sources
à plus de 35%. Il sous-entend dans ce cas que l'Etat algérien est
complice.
Selon l'UNOP, d'autres vérités semblent être cachées. Saïdal vend
les produits les plus chers sur le marché. Deux exemples sont souvent
cités : la Gentaline (antibiotique) fabriquée en Algérie est vendue
à 2850 DA, alors qu'un privé à Oran la cède à 800 DA. Fait étonnant
puisque le privé devrait logiquement la vendre plus cher, car il
vient de s'installer et possède des équipements plus récents que
Saïdal, dont les machines remontent à 1975. Le sérum est proposé
par Saïdal à 70 DA, alors qu'Industrie Médico-Chirurgicale (IMC)
le vend à 40 DA.
Le ministère de la Santé a jusque-là favorisé Saïdal dans les achats
de médicaments pour sauvegarder l'entreprise, mais la situation
ne peut plus durer d'autant plus que la réglementation stipule que
si le produit algérien dépasse jusqu'à 10% le produit étranger,
il faut revenir à l'importation. La polémique entre Aoun et les
importateurs est intervenue dans un contexte particulier. Depuis
l'ouverture du marché à la concurrence, les laboratoires écoulent
leurs produits par le réseau des distributeurs locaux. Dans la plupart
des cas, ils ne sont que des relais ou des dépôts de laboratoires
étrangers guidés par le profit. "Ils engrangent 15% de marge, sans
le moindre placement, contre 20% pour les industriels locaux qui,
eux, doivent consentir des investissements colossaux ", estime-t-on.
Autre dossier d'actualité : la fabrication d'insuline en Algérie.
Le projet, qui devait être le fruit d'Adalph, de Saïdal, de Novo
Nordisk (Danemark) et du laboratoire français Pierre Fabre, est
tombé à l'eau. Ali Aoun explique cet échec : "L'Algérie a été menée
en bateau." Curieuse explication, notent les spécialistes de la
pharmacie, car Ali Aoun "était le partenaire algérien lors des négociations".
Le projet de fabrication de l'insuline avec le laboratoire américain
Lilly a été compromis. Il aurait renoncé au contrat suite aux tergiversations
de Saïdal. Saïdal et son homologue franco-allemand Aventis ont signé,
le 29 octobre, une convention portant sur la production d'insuline.
Selon les clauses de cet accord, Aventis mettra à la disposition
de Saïdal, durant cinq ans, les matières premières nécessaires à
la production d'insuline, laquelle devait être fabriquée par l'usine
Saïdal de Constantine à partir du premier semestre 2004. Le projet,
financé par le Crédit populaire algérien (CPA) à hauteur de 6 millions
d'euros, a connu lui aussi des retards. Une mauvaise nouvelle pour
les deux millions de diabétiques que compte le pays, dont plus de
500 000 insulino-dépendants.
Le président de l'Association algérienne des diabétiques (FAAD)
a déjà déclaré à la presse que : "Saïdal s'était déjà engagé avec
des groupes pharmaceutiques dans des conventions similaires, mais
qui n'ont jamais vu le jour". Cependant, il semble être réfractaire
à Novo Nordisk qui "s'est joué depuis de nombreuses années de la
confiance des autorités sanitaires ". Novo Nordisk a obtenu l'autorisation
du ministère de la Santé de reprendre le projet de Tizi Ouzou. La
FAAD avale mal la pillule et qualifie la décision ministérielle
de "soudaine et inattendue", ajoutant que ce laboratoire "n'a à
aucun moment émis la volonté d'investir en Algérie". Le challenge
actuel pour la tutelle est de mener à terme ces projets tout en
encourageant l'investissement direct.
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