| La
lutte anticancéreuse en Algérie débuta sous
l’occupation française. C’est en 1928 qu’intervient
la création de principe du centre anticancéreux d’Alger,
suivant de peu la réalisation des centres de Bordeaux, Paris
et Lyon en 1923 ; De Montpellier, Strasbourg, Lille Rennes,
Reims, Caen et Toulouse en 1924 ; de Marseille et Angers en
1925 ; et de Nancy en 1927.
Le centre anticancéreux d’Alger était installé
par le professeur Constantini dans les locaux de la clinique A de
l’hôpital Mustapha. Ce centre, s’il avait le mérite
de constituer le premier maillon dans la chaîne de la lutte
anticancéreuse en Algérie ne pouvait prétendre
à assumer ni le dépistage, ni le traitement de tous
les cancers observés. Néanmoins le départ était
ainsi donné et une consultation anticancéreuse fut
instituée par les docteurs Laffont, Ferrari, Viallet et Duboucher.
La seconde guerre mondiale interrompit l’essor de l’institut
qui reprit ses activités à la fin de l’année
44. Mais ce n’est qu’en 1947 que le professeur Montpellier,
chef de service d’anatomie pathologique et d’oncologie
humaine, obtint la possibilité d’asseoir la lutte anticancéreuse
selon des bases géographiques. Il créa alors l’organisation
appelée RALAC : Réseau Algérien de Lutte
Anti-Cancéreuse de même que naissait la Société
de Carcinologie. La publication d’un Bulletin Cancérologique
organe officiel du RALAC et de la société de carcinologie
fut également décidée. Le premier numéro
de ce bulletin paraît en janvier 1948.
En 1949, une ligue algérienne de lutte contre le cancer était
constituée sous la présidence de madame Charles-Vallin.
En 1950, le Centre Algérien de Lutte Contre le Cancer quitte
les locaux de la clinique universitaire pour s’installer dans
les bâtiments de la place Pierre et Marie Curie, la direction
ayant été confiée au professeur Montpellier
le 9 novembre 1949.
En 1955, M. Montpellier crée les centres anti-cancéreux
d’Oran et Constantine.
En 1956, la première pierre du centre anti-cancéreux
Pierre et Marie Curie (CPMC) est posée avenue Batandier.
Le professeur J. BREHANT, chirurgien des hôpitaux, après
le départ à la retraite du professeur Montpellier
prend la direction du CPMC (et la chefferie de service de chirurgie)
au mois de mars 1958.
En 1959, le CPMC comprenait les services suivants :
- Chirurgie générale : Pr. J. Bréhant
assisté de Leca et Schemla
- Radiothérapie : Dr M. Le Genissel assisté de M.
Touati
- Radio diagnostic : Pr. F. Pinet
- Médecine : Dr R. Le Got assisté de J. Messerschmitt
- ORL : Pr. J. Ch. Giraud assisté J. Sitbon
- Gynécologie : Pr. M. Bonafos assisté de J. Perret
–Bory et P. Lavernhe
Depuis le janvier 1950 et jusqu’au 31 décembre
1958, le RALAC a recensé au fichier central d’Alger
8706 cas de cancers qui ont fait l’objet d’une étude
exhaustive dans le Bulletin Algérien de Carcinologie vol
1, n°35 de 1959. Ces 8706 cas de cancers se répartissaient
selon l’ethnie en :
- 5157 cas chez l’Autochtone (population totale : 8.449.332)
- 2164 cas chez l’Européen (population totale :
984.031)
- 150 cas chez l’Israélite
A travers ces quelques chiffres on doit admettre
( vu le nombre de cas de cancer chez l’autochtone rapporté
à la population générale ) que la lutte anti-cancéreuse
s’adressait avant tout à l’Européen d’origine
et n’atteignait que très peu la population indigène.
De même on peut relever certaines affirmations (qui se relèveront
erronées) :
- Fréquence des cancers de la peau et du cuir chevelu chez
le musulman ;
- Rareté du cancer de l’estomac chez le musulman ;
- Fréquence du cancer du foie chez le musulman ;
- Fréquence du sarcome osseux chez l’autochtone ‘’en
rapport avec les lésions de tout ordre qui délabre
son squelette’’.

A l’indépendance, les problèmes
de santé publique énormes auxquels était confronté
le personnel médical extrêmement réduit a quelques
peu occulté la prise en charge du cancer en Algérie.
Certes le CPMC continuait à recevoir de tout le pays les
patients atteints d’affections malignes (le plus souvent à
un stade avancé) mais ils ne recevaient le plus souvent qu’un
traitement symptomatique au point ou pour beaucoup de collègues
médecins, le service de médecine du professeur MERIOUA
était considéré comme un mouroir.
Cependant au fur et à mesure du développement des
connaissances médicales, de la meilleure couverture sanitaire
du pays, le problème de la prise en charge de la maladie
cancéreuse est bien sur revenu à la surface.
Durant les années 70 et 80, outre le professeur MERIOUA déjà
cité, au niveau du CPMC d’autres professeurs avaient
en charge le traitement de cette affection :
- le professeur A. ALLOUACHE qui dirigeait alors le service de
chirurgie cancérologique et qui prenait en charge les cancers
solides nécessitant un traitement chirurgical et ceci quelque
soit la localisation (à l’exception des cancers neurologiques,
ORL et de l’œil).
- Le professeur R. GHOUADNI, chef de service de radiologie auquel
était rattaché le service de radiothérapie.
- le professeur P.COLONNA qui dirigeait alors le service d’hématologie
et qui avait donc en charge les cancers du sang.
Ces 3 professeurs ont été les précurseurs
de la lutte anti-cancéreuse de l’Algérie post-indépendance.
Ils ont non seulement pris en charge des malades mais également
mis en place les structures nécessaires à cette prise
en charge et enfin formés les médecins spécialisés
actuels.
Ainsi le service d’oncologie médicale mis en place
au CPMC (à la place du service de médecine) a eu pour
premier chef de service, le professeur T. HENNI ancien assistant
d’hématologie du professeur P. COLONNA. Après
le départ à l’étranger du professeur
T. HENNI, l’actuel chef de ce service, le professeur K.BOUZID
est également un spécialiste d’hématologie
formé par le professeur COLONNA.
Les chefs de service de radiothérapie du CPMC et de Blida
ont également été des assistants du professeur
GHOUADNI.
Quant au professeur ALLOUACHE qui a pendant longtemps présidé
le conseil scientifique du CPMC, il a était le cancérologue
par excellence, s’intéressant aux différentes
localisations cancéreuses et orientant ses assistants vers
la spécialisation ; cancérologie digestive, gynécologique,
sénologique ; osseuse etc. Il a été également
l’instigateur du registre du cancer puisque c’est à
la suite des différentes tentatives d’évaluation
épidémiologique du cancer dans notre pays qu’il
avait faites que nous avons mis en place le premier registre de
population des cancers digestifs à Alger en 1986 qui a englobé
à partir de l’année 1993 toutes les localisations
cancéreuses.
Depuis son départ en France, un service de sénologie
a été crée au CPMC par un de ses assistants
et la cancérologie osseuse est traitée essentiellement
au service d’orthopédie de Blida. Concernant la cancérologie
digestive, même si aucun service ne s’est spécialisé,
il faut reconnaître que tant dans les services de chirurgie
oncologique que dans certains services de chirurgie viscérale
, des chirurgiens se spécialisent dans le traitement des
cancers du tube digestif , d’autres vers le traitement cancers
de la sphère hépato-bilio-pancréatique . Souhaitons
que les localisations pleuro pulmonaires (où n’existe
qu’il seul service de chirurgie) et surtout urologiques puissent
se développer vu l’incidence élevée des
localisations néoplasiques pour ces deux appareils. De même,
il faudrait que nos collègues gynécologues puissent
développer la cancérologie gynécologique qui
est à l’heure actuelle traitée essentiellement
dans les services de chirurgie viscérale.
Parallèlement, à la faculté de médecine,
un résidanat de radiothérapie puis d’oncologie
médicale (grâce aux professeurs L. DJELLALI du CHU
d’Oran, T.HENNI et A.BENDIB du CPMC) a vu le jour. Ces deux
spécialités sont actuellement enseignées dans
leur globalité en Algérie et plusieurs thèses
d’agrégation ont été soutenues en chirurgie
oncologique, en radiothérapie et en oncologie médicale
(aux CHU d’Oran et de Constantine).
Actuellement, le CPMC comprend les services suivants :
- Chirurgie générale : Pr. A. GRABA
- Sénologie : Pr. A. BENDIB
- Anesthésie réanimation : Pr. GRIENE
- Radiothérapie : Dr M. AFIANE
- Radio diagnostic : Pr. S.E. BENDIB
- Oncologie médicale : Pr. K. BOUZID
- Hématologie : Pr. R.M. HAMLADJI
- Endocrinologie : Pr. H. BACHTARZI
- Anatomie pathologique : Pr. N. TERKI
- Cytologie : Pr. C.ZIDANE
Sur le plan des infrastructures, en dehors du CPMC,
tous les CHU d’Algérie ainsi que plusieurs hôpitaux
de secteur sanitaire prennent en charge le traitement du cancer
et il existe plusieurs Centres Anticancéreux (CAC) :
- à Alger
- à Blida
- à Oran
- à Constantine
- à Annaba, Tlemcen, Sétif (en projet).
Des sociétés savantes ont également vu le
jour :
- La Société Algérienne d’Oncologie
Pédiatrique présidée par le professeur Y.
LADJADJ, chef de service de chirurgie pédiatrique au CHU
Mustapha.
- La Société Algérienne d’Oncologie
Thoracique présidée par le docteur S. AMEUR, chirurgien
thoracique au CHU Mustapha.
- La Société Algérienne d’Oncologie
Médicale présidée par le professeur K.BOUZID,
chef de service d’oncologie médicale au CPMC.
Sur le plan épidémiologique, plusieurs wilayas sont
couvertes par un registre du cancer : Alger, Oran, Sétif,
Sidi Bel Abbes, Batna, Constantine, Annaba, Tlemcen. Ces registres
créés sur initiative personnelle sont malheureusement
tous situés dans le nord de l’Algérie. Souhaitons
d’une part qu’ils se fédèrent et que d’autres
registres dans les régions des hauts plateaux et du sud algérien
voient le jour.
Plusieurs associations de malades ont vu le jour dans différentes
villes et récemment (28juillet 2005) la ligue algérienne
de lutte contre le cancer ( succédant au RALAC ) renaît
grâce à l’initiative de monsieur F.Y CHALLAL
et de nombreuses personnes de la société civile.
A priori, même si les infrastructures existantes
son insuffisantes pour prendre en charge l’ensemble des cancers
diagnostiqués chaque année (estimé à
30 000 nouveaux cas /an), il semble à la lecture de
ce tour d’horizon que la lutte anticancéreuse en Algérie
est partie sur de bonnes bases. En fait elle souffre d’un
péché commun à beaucoup d’initiatives :
le problème du leadership. En effet plusieurs chefs de service
des spécialités prenant en charge la maladie cancéreuse
considèrent qu’ils détiennent le monopole de
la lutte anticancéreuse en Algérie et que rien ne
pourra se faire sans eux. Mieux encore, si la notion de concertation
pluridisciplinaire est un leitmotiv lors des différentes
manifestations scientifiques qui se déroulent en Algérie.
Dans la pratique , selon la spécialité où est
reçu le patient le protocole de traitement est institué
, les autres spécialités intervenant dans le traitement
ne recevant le malade qu’après qu’il ait reçu
le traitement préconisé par le premier spécialiste(
que celui-ci soit ou non indiqué en premier ) . C’est
malheureusement ainsi qu’est vu la notion ‘’ de
concertation pluridisciplinaire’’.
Ce handicap sera-t-il dépassé un
jour ? Nous le souhaitons dans l’intérêt
d’une meilleure prise en charge thérapeutique du malade.
Par le professeur Larbi Abid - 18 août
2005
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