| Mis en ligne
le 21 septembre 2007
N. Benseffaj, O. Atouf, S. Brick, N. Benani,
M. Essakalli
Service de Transfusion Sanguine et d'Hémovigilance
de l'Hôpital Ibn Sina de Rabat
La notion d’hémovigilance a vu le jour au début
des années 1990 et fait aujourd’hui partie intégrante
de tout concept sécuritaire en transfusion sanguine.
Elle représente l’ensemble des mesures visant
à réduire, voire éradiquer, les risques
liés à la transfusion de Produits Sanguins Labiles
(PSL). L’approche réactive s’est transformée
en prévention, voire en précaution.
L’hémovigilance est un ensemble de procédures
de surveillance, organisées depuis la collecte du sang
et de ses composants jusqu’au suivi des receveurs, en
vue de recueillir et d’évaluer les informations
sur les effets inattendus ou indésirables résultant
de l’utilisation thérapeutique des produits sanguins
labiles et d’en prévenir l’apparition.
Elle comprend également le suivi épidémiologique
des donneurs.
Les principaux outils de fonctionnement de ce système
sont : la traçabilité des produits sanguins
labiles, la prévention des incidents transfusionnels,
leur signalement et leur analyse ainsi que l’information
des patients transfusés et leur suivi post-transfusionnel.
La traçabilité désigne l’enregistrement
du circuit et des opérations qui intéressent
un PSL tout au long de la chaîne transfusionnelle et
permet l’établissement d’un lien entre
le donneur, le don, les produits et leur devenir qu’ils
aient ou non été utilisés.
L’hémovigilance repose sur :
- l’entretien médical systématique
précédant le don ;
- le respect des bonnes pratiques de prélèvement,
de qualification biologique du don, de préparation,
de conservation et de transport des PSL ;
- le respect des règles de prescription adaptées
aux caractères spécifiques de chaque receveur
;
- la collaboration entre les établissements de soins
(ES) et de transfusion sanguine ;
- la surveillance transfusionnelle et le suivi post transfusionnel
du receveur.
Au Maroc, les institutions sanitaires nationales ont pris
conscience de la nécessité de se doter d’une
structure dans le but de régir le domaine de la transfusion
sanguine. Dans cette perspective, l’établissement
d’un réseau national d’hémovigilance
qui assure entre autre la sécurité et la qualité
de la chaîne transfusionnelle, constitue un des piliers
de la stratégie poursuivie par le ministère
de la santé.
1- Organisation réglementaire de la transfusion
au Maroc
Le Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS) est placé
sous la tutelle du Ministère de la santé et
relève hiérarchiquement de la direction des
hôpitaux et des soins ambulatoires. Le système
National de Transfusion Sanguine est composé de 16
Centres Régionaux de Transfusion Sanguine (CTRS), de
13 Banques de Sang (BS) et 24 Antennes de Transfusion, regroupés
sous le nom de Centre de Transfusion Sanguine (CTS) qui sont
sous la dépendance du CNTS.
2- Réseau National d’Hémovigilance
Le CNTS transmet au ministre de la santé les informations
de nature épidémiologique qu’il recueille
dans l’exercice de sa mission d’hémovigilance.
Dans chaque région, un coordonnateur de l’hémovigilance
est chargé de suivre la mise en œuvre par les
établissements de soins et de transfusion sanguine
des dispositions réglementaires relatives à
l’hémovigilance et à la sécurité
transfusionnelle.
Dans chaque ville, un comité veille à la mise
en œuvre des règles et des procédures d’hémovigilance
et contribue par ses études et ses propositions à
l’amélioration de la sécurité des
patients qui y sont transfusés.
Dans ce cadre, au sein de chaque établissement public
ou privé et de chaque CTS, un correspondant est chargé
d’assurer pour le compte de l’établissement,
le recueil et la conservation des données de traçabilité
des PSL ainsi que le signalement et le suivi de tout effet
inattendu ou indésirable survenu après un acte
transfusionnel.
- La traçabilité doit être réalisée
juste après avoir commencé la transfusion.
Ses données doivent être conservées
dans le dossier transfusionnel, qui est une composante du
dossier médical.
- Déclaration d’un incident transfusionnel
: « tout médecin, pharmacien, chirurgien-dentiste,
sage-femme, infirmière ou infirmier qui a connaissance
de l’administration d’un produit sanguin labile
à un de ses patients et qui constate un effet inattendu
ou indésirable dû, ou susceptible d’être
dû à ce produit, doit le signaler sans délai
au correspondant de l’hémovigilance de l’établissement
dans lequel a été administré le produit.
» [art. I-21 textes législatifs]
L’hémovigilance au service de transfusion
sanguine et d’hémovigilance du CHU Ibn Sina de
Rabat
Créé en février 1997, le service de
transfusion sanguine et d’hémovigilance (STSH)
est situé au sein de l’hôpital Ibn Sina.
Ce service est chargé, depuis juillet 1998, sous la
responsabilité d’un médecin ayant reçu
une formation en transfusion sanguine de commander et stocker
les PSL préparés et livrés par le CTRS
et de fournir aux malades les PSL nécessaires après
avoir effectué les examens pré-transfusionnels
des receveurs. Ce service gère 3 hôpitaux : hôpital
Ibn Sina (HIS), Hôpital des spécialités
(HER), institut national d’oncologie (INO) soit 60%
de la consommation du CHU de Rabat.
1- Mise en place de l’hémovigilance
au STSH Ibn Sina
Le STSH a mené différentes actions visant
à l’amélioration de l’hémovigilance
et la sécurité transfusionnelle au CHU Ibn Sina
:
- Sensibilisation des médecins-chefs des hôpitaux
et chefs de services afin d’éviter la consommation
excessive de sang et faire appliquer les pratiques transfusionnelles
en vigueur.
- Formation des médecins prescripteurs sur les indications
des PSL, l’organisation des pratiques transfusionnelles
et de l’hémovigilance dans les ES ; ainsi que
la formation des médecins-correspondants d’hémovigilance.
- Formation des infirmiers-chefs et surveillants-généraux.
- Formation du personnel infirmier en matière de
sécurité transfusionnelle.
- Formation du personnel du bloc opératoire sur
la pratique du contrôle ultime pré-transfusionnel.
- Organisation du circuit de la demande de sang.
- Création du comité de transfusion et d’hémovigilance
du CHU (1997).
- Validation de documents élaborés et présentés
par le STSH : recommandations aux utilisateurs, fiche transfusionnelle,
fiche de déclaration d’IT.
- Elaboration et mise en circulation de différents
supports entre :
- Le CRTS et le STSH : bons de commande de stock anonyme
et fiches de retour d’information sur les PSL
livrés.
- Le STSH et les ES :
- Ordonnance de commande des PSL ;
- registre de demande de sang dans les ES ;
- registre navette pour l’INO et l’HSR
;
- registre des demandes du STSH ;
- carte de groupe sanguin ;
- bon d’attribution des PSL ;
- bon de traçabilité ;
- bon d’incinération ;
- fiche transfusionnelle ;
- fiche de déclaration des incidents transfusionnels.
2- Organisation de la gestion des Incidents Transfusionnels
(IT)
- Le STSH recueille les déclarations d’IT
:
- La fiche de déclaration doit être dûment
remplie, signée et cachetée par le médecin
; elle est accompagnée des prélèvements
du patient et de la poche incriminée.
- Un bon d’incinération est envoyé
avec les poches non entamées.
- Les IT sont explorés :
- Un groupage ABOD de la poche et du receveur est réalisé
ainsi qu’une Recherche d'Agglutinines Irrégulières
(RAI) et un Coombs direct sur un prélèvement
post transfusionnel.
- Une réponse et un conseil adapté sont
envoyés au médecin déclarant après
analyse de l’IT
- L’IT est déclaré au CRTS
3- Bilan des incidents transfusionnels au STSH
Depuis sa création, le STSH a recensé 284
déclarations d’IT pour 148708 PSL livrés.
Conclusion
L’ensemble des actions menées a abouti à
l’établissement d’une relation de confiance
entre le STSH et les services de soins. Ceci a permis d’atteindre
plusieurs objectifs :
- La rationalisation de l’utilisation des PSL.
- La prescription plus adaptée des CGR (Concentrés
de Globules Rouges) et des CP (Concentré de Plaquettes).
- La conformité de l’ordonnance et des prélèvements.
- Le conseil transfusionnel.
- Cependant il persiste des difficultés :
- La sous-déclaration des IT,
- La traçabilité assurée dans
un faible pourcentage,
- L’exploration n’est pas toujours faite,
- La déleucocytation des PSL,
- Les IT retardés sont méconnus,
- Les sérologies virales pré et post-transfusionnelles
sont rarement réalisées,
- La prescription des Plasma Frais Congelé (PFC)
n’est pas toujours adéquate,
- Démotivation des médecins-correspondants
d’hémovigilance.
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