| Mis en ligne
le 22 octobre 2007
Auteurs : L. KARBOUBI; L. HESSISSEN
Centre Hospitalier Universitaire Rabat - Salé
L’activité professionnelle de santé génère
plusieurs types de déchets qu’on peut classer
en deux groupes : des déchets domestiques assimilables
aux ordures ménagères et des déchets
d’activité de soins. Parmi ces derniers, les
déchets piquants et tranchants (DPT) souillés
de sang sont classés comme dangereux.
Dans le cadre du programme national de lutte contre les IST
/SIDA, le ministère de la santé a élaboré
un guide de gestion des déchets piquants et tranchants
en milieu de soins. Son objectif principal est de contribuer
à la réduction du risque de la transmission
du VIH et des hépatites virales B et C, aux niveaux
de toutes les formations sanitaires.
I-Les déchets d’activité de soins
et les objets piquants et tranchants
Les déchets produits par les établissements
hospitaliers se définissent comme l’ensemble
de substances ou de matériaux résultants d’un
processus de production, de transformation d’un ou plusieurs
produits, dont la détention ou le dépôt
risque de nuire à la collectivité et à
son environnement.
On distingue deux catégories de déchets produits
par les établissements de soins :
- Les déchets ménagers ou assimilables
:
Ils sont issus des activités non médicales,
ils sont constitués des ordures ménagères,
des emballages de conditionnement, des déchets administratifs,
de balayage, de jardinage, des travaux…cette catégorie
représente environ 75-90% de l’ensemble des
déchets produits par les établissements de
soins.
- Les déchets d’activité de
soins à risque :
Ils sont issus des activités de diagnostic, de suivi
et de traitement préventif, curatif ou palliatif,
des activités d’enseignement, de recherche
scientifique ou des laboratoires d’analyse et de production
industrielle dans les domaines de la médecine humaine
et vétérinaire. Ces déchets sont dangereux
et représentent environ 10 à 25 % de l’ensemble
des déchets produits par les établissements
de soins.
La transmission des micro-organismes à partir des
déchets se fait soit :
- Directement par le manu portage ou par projection à
partir des produits contaminés?
- indirectement à travers un matériel souillé
entraînant des blessures et piqûres ou à
travers le milieu extérieur (eau, air sol, aliments)
- existence d’un réservoir (patient, porteur
sain, déchets, animaux tels des chats ou rats).
II- Les risques liés aux déchets piquants
ou tranchants
Les DPT peuvent générer plusieurs types de
risques, ces derniers peuvent être ressentis par la
population et les acteurs de santé.
- Risque infectieux :
Les agents infectieux transmissibles par les objets piquants
et tranchants sont représentés essentiellement
par les virus, il s’agit notamment du virus de l’hépatite
B, du virus de l’hépatite C et du virus de
l’immunodéficience humaine (VIH).
Après piqûre transcutanée, la probabilité
de transmission du virus B est en moyenne de 30%, elle est
de 2.1% pour le virus C, et de 0.32%pour le VIH.
Les bactéries sont rarement transmises par les DPT,
mais le risque doit toujours être présent à
l’esprit.
En ce qui concerne le parasite et champignons, très
peu d’études ont été faites pour
évaluer le risque de leur transmission.
Le risque de transmission de prions vient d’être
démontré expérimentalement chez la
souris.
- Risque traumatique :
Les DPT peuvent entraîner des piqûres et des
blessures dont la taille et la gravité sont variables
en fonction du type d’objet et en fonction des circonstances
de l’accident.
Sont exposés les professionnels de santé qui
manipulent les objets piquants et coupants souillés,
les éboueurs manipulant des déchets mal conditionnés,
les récupérateurs et les chiffonniers au niveau
des décharges publiques.
- Risque psycho-émotionnel :
C’est un risque ressenti qui traduit la crainte du
public, des professionnels de santé ou des agents
lorsqu’ils reconnaissent du matériel de soins
usagé, souillé ou non par du sang ou par du
liquide biologique. L’impact est d’autant plus
considérable si survient un contact cutané
ou encore plus une effraction cutanée.
- Risques ressentis par la population :
Ces risques sont multiples :
- La transmission des maladies,
- la contamination et l’infection individuelle
notamment suite aux piqûres avec les aiguilles
souillées,
- l’épidémie ou la contagion,
- la collecte, le ramassage et la manipulation.
- Risque lié à l’hospitalisation
des patients : L’infection nosocomiale
Les risques des DPT résultent de trois paramètres
:
- Le caractère intrinsèque du déchet
: contamination biologique, caractère agressif
qu’il soit piquant, tranchant ou coupant, pouvoir
fermentescible,
- l’environnement dans lequel se trouve le déchet
: ainsi à l’hôpital les déchets
de soins constituent un risque d’infection nosocomiale
envers les patients particulièrement vulnérables
aux infections. Hors de l’hôpital le risque
biologique concerne les personnes pouvant entrer en
contact avec les déchets (agents responsables
de la collecte du transport ou de l’élimination),
- son système de gestion : toute défaillance
au niveau des différentes étapes d’élimination
que ce soit la désinfection, le conditionnement,
le transport ou l’incinération remet en
cause l’hygiène et la sécurité
de l’ensemble de la filière.
III-Les accidents d’exposition au sang (AES)
On appelle accident d’exposition au sang tout contact
avec du sang ou liquide biologique contaminé par du
sang et comportant une effraction cutanée (piqûre,
coupure) ou une projection sur une muqueuse ou une peau lésée
(eczéma, excoriation, plaie).
La prévention des AES est une priorité absolue
pour la sécurité des personnels, l’analyse
des conditions de survenu de ces accidents montre que 40 à
50 % d’entre eux sont évitables par des règles
simples.
Au Maroc, la majorité des 80 formations sanitaires
visitées ont rapporté en moyenne 9 piqûres
accidentelles par personne et par an.
L’injection est un des gestes médicaux les plus
courants. Chaque année on en administre quelques 16
milliards dans les pays en développements. On estime
que les injections à risque provoquent chaque année
1.3 millions de décès prématurés.
Le recours aux injections doit être donc un geste pesé
sure et rationnel, pratiqué dans de bonnes conditions
et dans le respect des règles d’hygiène.
IV-Prévention de la transmission d’agents
infectieux par des objets piquants et tranchants
La prévention repose sur le respect des précautions
« standards », qui sont destinées à
limiter tout contact avec le sang et les autres liquides biologiques.
Les règles de prévention passent essentiellement
par :
- Le port de gants : il contribue de façon efficace
à la prévention de la transmission des germes
en cas d’un AES, il retient 30 à 60% du volume
sanguin contenu dans l’aiguille,
- le lavage des mains : il doit se faire avant et après
tout acte exposant au sang ou à un liquide biologique,
même en cas de port de gant,
- la vaccination du personnel soignant contre l’hépatite
B,
- l’organisation de la gestion des déchets
à l’intérieur de l’hôpital,
- la Sensibilisation du personnel soignant à l’importance
hygiénique d’une bonne gestion des déchets
médicaux,
- l’organisation des actions de formation et de recyclage
des professionnels de santé.
Par ailleurs, la gestion correcte des déchets piquants
et tranchants permet d’éviter le risque de blessures
infectantes ; les DPT doivent être :
- Triés au niveau de leur production,
- ramasses dans des récipients rigides, de forme
et de couleur spécifique,
- stockés dans un endroit clos réservé
à cet effet,
- traités correctement par un procédé
valable à savoir : incinération, stérilisation
ou encapsulation.
V-Conduite à tenir après un accident
d’exposition au sang
Malgré toutes les précautions, le personnel
soignant peut faire l’objet d’un AES ; des mesures
simples doivent être entreprises immédiatement,
elles doivent être connues de toute personne exerçant
dans une structure de soin ou un laboratoire. Des affiches
sur les lieux de travail, doivent rappeler ces mesures.
Immédiatement après l’exposition au sang,
il faut nettoyer la plaie abondamment à l’eau
et au savon et dans un deuxième temps, procéder
à la désinfection pendant au moins 5 minutes
avec de l’eau de javel à 12° dilué
au 1/10e ou avec de l’alcool à 70° ou avec
de la polyvinyle iodée à usage dermique.
L’évaluation doit être faite par un médecin
expérimenté qui doit s’enquérir
de la profondeur de la blessure, du type d’instrument
qui a occasionné l’accident, de l’état
du malade source s’il est connu, et du statut immunitaire
du soignant vis à vis de l’hépatite B
et C. Au terme de cette enquête, le médecin évaluera
le risque de séroconversion et décidera de l’éventualité
d’un traitement prophylactique.
Ainsi pour l’infection HIV, la prophylaxie sera recommandée
en cas d’exposition « massive » telle qu’une
piqûre profonde avec une aiguille de gros calibre ou
en cas d’exposition « intermédiaire »,
surtout si le malade source est au stade de Sida et / ou sa
charge virale élevée.
Pour l’hépatite virale B, si la personne exposée
est correctement vaccinée et / ou le taux des Ac anti
HBs connu et supérieur à 10 UI/ l, la prophylaxie
post exposition est inutile. Si la personne exposée
n’est pas connue, l’indication de prophylaxie
dépend du résultat de l’Ag HBs du patient
source. S’il est positif, le risque de séroconversion
est important, on recommande alors une séroconversion
contre l’hépatite B. S’il est négatif,
le risque est faible mais il faut profiter de l’occasion
pour proposer au soignant la vaccination contre l’hépatite
B.
Pour l’hépatite virale C, il n’y a pas
de prophylaxie post exposition, le devenir de la personne
exposée dépend de la surveillance du patient
source ; si elle est positive ou inconnue, un risque de séroconversion
existe, on recommande alors une surveillance des transaminases,
de la sérologie VHC et de la PCR afin de diagnostiquer
précocement une éventuelle hépatite C
aiguë et de la traiter.
Par ailleurs la personne exposée doit faire une déclaration
de l’accident de travail aux services compétents
de l’institution. Dans les 8 jours qui suivent l’AES,
elle doit faire les sérologies VIH, VHB et VHC pour
prouver sa séronégativité. Ces sérologies
seront refaites après 3 et 6 mois, éventuellement
après 12 mois pour s’assurer de l’absence
de séroconversion.
La lutte contre les AES est l’un des éléments
déterminants de l’amélioration globale
de la prévention de la transmission du VIH et de l’hépatite
B et C, et de la diminution des risques liés aux accidents
en milieu hospitalier. Cette initiative s’inscrit dans
le cadre d’orientation du gouvernement en l’application
des recommandations techniques de l’OMS.
Pour en savoir plus :
1 - Guide de gestion des déchets piquants et tranchants
en milieu de soins. Direction de l'épidémiologie
et de lutte contre les maladies. Royaume du Maroc ministère
de la santé.
2 - Gestion des déchets hospitaliers : réglementation,
risques, organisation et traitement - www.efe.fr
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