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Depuis plusieurs années, l'organisation mondiale de la santé
(OMS) a pris conscience du problème posé par l'anémie nutritionnelle
dans le monde. Elle a alors recommandé d'investir dans tous
les domaines pour comprendre les mécanismes et de déterminer
les différents facteurs associés à l'installation de l'anémie
nutritionnelle.
Les premières recherches dans ce domaine ont démarré en 1955
(1), et la première réunion internationale a eu lieu en 1958.
L'ensemble des efforts a permis de comprendre la pathogénie
de cette anémie, de déterminer la prévalence, et d'établir
une stratégie de contrôle.
L'anémie nutritionnelle, se définit comme toute condition
dans laquelle, l'érythropoïèse est incapable d'assurer un
taux normal d'hémoglobine, par déficit ou non disponibilité
d'un ou plusieurs nutriments nécessaire à sa réalisation.
Inversement, la disponibilité de ce nutriment permet de corriger
l'anémie (1-2)
Chez l'enfant l'anémie se définit comme un taux d'hémoglobine
inférieurs à 2 g/dl par rapport à la moyenne pour l'âge, Ceci
sous entend la connaissance de la moyenne d'hémoglobine et
un bon état d'hydratation (2).
La carence martiale est la carence nutritionnelle la plus
répandue dans le monde. Chez l'enfant le pic d'incidence est
à l'âge préscolaire ; spécialement entre 6 mois et 3 ans.
Le fer est l'oligo-élément le plus important dans l'organisme,
il remplit plusieurs fonctions vitales. Arbitrairement, il
existe dans l'organisme sous trois classes : la forme métaboliquement
active, essentielle au fonctionnement de la cellule qui représente
75% de la quantité totale du fer sous forme d'hémoglobine,
myoglobine, cytochromes et flavoprotéines. La forme de transport
du fer, la transférrine représente moins de 1% du fer total
de l'organisme et la forme de réserve la férritine et l'hémosidérine
(3).
Etiologies :
La carence en fer chez le nourrisson est le plus souvent
tributaire d'un problème nutritionnel ; néanmoins plusieurs
facteurs peuvent contribuer à l'installation du déficit martial,
tel que :
- La diminution des réserves à la naissance, elle se voit
chez les prématurés, au cours des hémorragies du cordon
ou du placenta et au cours de la transfusion fœto-fœtale
ou fœto-maternelle. Les nourrissons de petit poids de naissance
sont susceptibles d'épuiser leurs réserves à l'âge de 2-3
mois surtout si la mère est déjà carencée en fer.
- La diminution des apports en fer est un facteur entretenant
l'anémie. En effet, le lait est une source faible en fer,
le lait maternel contient 0,07 - 0,15 mg/100 g, et le lait
de vache 0,01 - 0,38 mg/100 g. L'introduction retardée d'une
alimentation riche en fer chez le nourrisson est une cause
importante d'anémie par carence martiale.
Par ailleurs la quantité du fer présente dans l'aliment n'est
pas le facteur déterminant, la qualité apparaît être un élément
essentiel conditionnant l'absorption du fer. Le fer héminique
correspond au fer des hémoprotéines, hémoglobine et myoglobine,
il est présent seulement dans les poissons et les viandes.
Sa biodisponibilité est bonne et peu influencée par d'autres
facteurs. Le fer non héminique sous forme de complexe ferreux
et ferrique présent dans tous les aliments a une biodisponibilité
faible et influencée par les aliments qui inhibent l'absorption
du fer (maïs, légumes, grains de soja, thé et café). Ces aliments
constituent le régime de base dans de larges couches de populations
des pays en voie de développement. Les pertes physiologiques
du fer sont relativement limitées et bien déterminés. La perte
aiguë ou chronique de fer peut être secondaire à l'infestation
par les parasites intestinaux hématophages (2,4).
De la carence à l'anémie :
La diminution des réserves qui n'est pas compensée par l'alimentation
peut donc conduire à une anémie, mais au terme d'une évolution
qui se fait en trois phases. La première phase, les stocks
en fer (foie, rate, moelle) sont diminués mais l'apport du
fer aux érythroblastes est suffisant. La deuxième phase, le
transfert du fer aux hématies est diminué, il y a une déficience
de l'érythropoïèse .La troisième phase, ce stade correspond
à l'anémie ferriprive.
La prévalence de l'anémie
carentielle dans une population :
L'appréciation du statut en fer est essentielle pour apprécier
l'importance de la carence en fer dans une population, et
pour mettre en place des mesures de santé publique efficaces.
L'idéal serait de pouvoir mesurer les différents compartiments
du fer de l'organisme. La ferritinémie le paramètre le plus
souvent dosé, il reflète la diminution des réserves en fer.
Le fer fonctionnellement actif permet de mesurer la gravité
de la carence après que les réserves aient été épuisées et
avant que l'anémie franche n'apparaisse.
Les mesures du fer en circulation comprennent le dosage du
fer sérique, de la transferrine et de la capacité de saturation
de la transferrine moins sensible que la ferritinémie. Le
taux de protoporphyrines érythrocytaire (PPE) augmente quand
le fer est indisponible pour se lier aux protoporphyrines
dans les érythroblastes pour former la molécule d'hème .La
mesure du PPE et le VGM sont plus fiables que les mesures
du fer en circulation. La mesure du taux d'hémoglobine évalue
le dernier stade de la carence en fer. Les valeurs de l'hématocrite
sont moins sensibles. Les érythrocytes de la carence martiale
sont caractérisés par l'hypochromie et la microcytose.
D'autres marqueurs biochimiques ont été développés récemment,
le pourcentage d'hématies hypochromes et le contenu en hémoglobine
des réticulocytes et récemment le dosage des récepteurs cellulaires
de la transferrine dans le sérum dont le taux élevé traduit
une carence en fer cellulaire. Ces tests sont coûteux et ne
sont pas réalisable en routine clinique (5). En somme, la
carence en fer doit être définie sur la base de plusieurs
indices. La coexistence de deux paramètres anormaux doit suffire
pour poser le diagnostic. Dans une vaste enquête menée aux
Etats-Unis, quatre paramètres ont été mesurés : la férritine
sérique (remplacée ensuite par le VGM), la saturation de la
transferrine, la PPE et le taux d'hémoglobine.
Ont été classés comme carencés en fer , les sujets dont au
moins deux de ces dosages étaient anormaux, et comme atteints
d'anémie par carences en fer ceux qui en outre présentaient
un abaissement du taux d'hémoglobine. Dans les conditions
des pays en voie de développement, on s'en tient souvent au
dosage de l'hémoglobine et de l'hématocrite.
Données de prévalence :
L'anémie ferriprive représente un problème de santé publique
majeur à l'échelle nationale (tableau I)
Tableau I : Prévalence de l'anémie selon les
catégories de population et les milieux de résidence, Ministère
de la Santé en 1994 (6).
| Catégories |
National % |
Urbain % |
Rural % |
| Enfants de 6 mois à 5 ans |
35 |
34,8 |
36 |
| Femmes en âge de reproduction
(FAR) |
30,8 |
29,5 |
32,3 |
| Femmes enceintes |
40,5 |
42,4 |
48 |
| Hommes |
9,9 |
9,6 |
13,3 |
L'OMS a réalisé en 1997 une estimation de la prévalence dans
le monde des anémies par carence en fer dont les résultats
sont donnés dans le tableau II (7).
Tableau II : Prévalence de l'anémie en fonction
des régions OMS dans différentes populations en 1997
| Régions OMS |
Enfants |
Femmes
(15-59 ans) Enceintes |
Hommes |
Ensemble |
| 0-4 ans |
5-14 ans |
| Taux (%) |
n (million) |
Taux (%) |
n (million) |
Taux (%) |
n (million) |
Taux (%) |
n (million) |
Taux (%) |
n (million) |
| Afrique |
33,1 |
35,5 |
52 |
85,2 |
46,9 |
9,6 |
37,9 |
57,6 |
28 |
41,9 |
| Amérique latine |
22,9 |
13 |
36,9 |
39,5 |
39 |
3,8 |
31 |
44,9 |
11 |
15,8 |
| Asie du sud-est |
52,7 |
93,8 |
63,9 |
207,8 |
79,6 |
22,2 |
60 |
218,6 |
42,4 |
184,8 |
| Méditerranée Orientale |
38,3 |
28,1 |
30,8 |
37,9 |
63,9 |
8,8 |
51,1 |
60,6 |
32,7 |
41,5 |
| Pacifique |
14,7 |
19,7 |
56,9 |
156 |
38,5 |
9,4 |
33,8 |
152,9 |
36 |
172,5 |
| Total |
34 |
190 |
53 |
526 |
56 |
54 |
43 |
535 |
34 |
456,5 |
Stratégie de lutte :
Le traitement de choix est le traitement oral par le fer.
La dose recommandée est de l'ordre de 3à 5mg/kg de fer élément.
Il est préférable d'administrer le fer à jeun en deux prises,
la tolérance digestive peut être un facteur limitant. Après
l'institution du traitement martial, l'activité érythropoïétique
se restaure rapidement avec un pic réticulocytaire une à deux
semaines après le début du traitement. La normalisation du
compartiment plasmatique et des réserves sera plus longue
et un traitement de quatre à six mois est recommandé.
La prévention de l'anémie ferriprive peut être assurée par
un régime alimentaire adéquat, le traitement de la cause des
pertes de fer, la supplémentation en fer et l'enrichissement
des aliments en fer. Aucune de ces mesures n'exclut l'autre.
Idéalement, la carence en fer devrait être évitée en assurant
un régime contenant une quantité adéquate en fer dont la biodisponibilité
est satisfaisante. Cette condition est remplie en ce qui concerne
les aliments d'origine animale ou le fer est présent surtout
sous la forme heminique (viande). L'ingestion d'aliments qui
favorisent l'absorption du fer tels les viandes (boeufs, volaille
ou le poisson ) ou qui contiennent des quantités élevées d'acide
ascorbique (fruits et leurs jus) doit être encouragée. Il
importe de déconseiller l'ingestion concomitante d'aliments
contenant des substances inhibant l'absorption de cet élément
(thé, café, infusions d'herbes divers, jaune d'œuf, etc...).
Pour la même raison, l'allaitement doit être conseillé et
poursuivi au moins jusqu'au 6ème mois compte tenu de la haute
biodisponibilité du fer du lait maternel. Les modifications
d'un régime dépendent en premier lieu de l'information et
de l'éducation assurée au sein d'une population pour changer
certaines habitudes alimentaires, et en deuxième lieu des
prix et du pouvoir d'achats des individus. Le traitement étiologique
s'avère évidement nécessaire (déparasitage, un régime sans
gluten...). La supplémentation médicamenteuse en fer concerne
en premier lieu les groupes les plus vulnérables comme les
femmes enceintes ou allaitantes, les nourrissons , les enfants
d'âge préscolaire et les femmes en âge de reproduction. La
supplémentation préventive concerne les femmes enceintes à
raison de120 mg en une prise par semaine pendant 30 semaines.
La suplementation curative pour les enfants anémique - dans
le cadre de la PCIME - est de 8 à 10 mg/ kg/j quelque soit
l'âge de l'enfant pendant une durée de 2 mois.
La mère doit ramener son enfant tous les 15 jours ; pour
recevoir la quantité nécessaire de fer et pour la réévaluation
de son état clinique. L'Académie Américaine de Pédiatrie (8)
recommande la prescription préventive du fer pendant la première
année de vie, à partir de l'âge de 4 mois chez les nourrissons
nés à terme (1mg/kg/j) ; et au plus tard, à partir de l'âge
de 2 mois chez les nouveaux nés prématurés (2mg/kg/j). La
dose maximale étant 15mg/j.
Par ailleurs l'enrichissement des aliments en fer est l'un
des moyens les plus pratiques par le biais d'aliments les
moins coûteux et le plus consommé par la population concernée
.A l'échelle national la farine a été choisie parce qu'elle
constitue l'alimentation de base de la population , principalement
sous forme de pain, pâtes ,biscuits .Un projet de fortification
de la farine industrielle par le fer en collaboration avec
la Fédération Nationale des Minotiers est actuellement en
cours et est prévu d'être mis en application. Cette farine
fortifiée sera reconnaissable par un logo spécifique. La lutte
contre la carence en fer a reposé sur l'utilisation prédominante,
voire exclusive selon les pays, de l'une ou l'autre de ces
stratégies, avec des résultats dans l'ensemble décevants.
La diversification alimentaire ne produit des effets que très
lentement car elle est liée à l'amélioration des conditions
économiques et de la sécurité alimentaire.
Références :
1- BACHER SJ, DE MACYER EM Nutritional anemia : its under
standing and control with special reference to the work of
the wold health organization The AM J Clin Nutr, 32 : Feb
1979 (368-417)
2- GHIAR OP, CHOUDHRY VP Nutritional anaemia in children
Paediatrician 9 : 113-126 (1980)
3- F MECHAINAUD LA CROIX Métabolisme du fer, anémies hypochromes
Hématologie de l'enfant, Flammarion Edition 1995 (57-71)
4- HOFFRAND A.V AND HERBERT .V Nutritional anemias Seminars
in hematology, vol 36, N° 4, suppl (7) october 1999, pp :
13-23
5- S NATHANSON, G DESCHENES, A BENSMAN Les outils biochimiques
et hématologiques de l'exploration du métabolisme du fer Arch
Pediatr 1999 ;
6 : 1199-1204 6-Ministere de la Sante Publique Les carences
en micronutriments : Ampleur du Problème et Stratégies de
lutte Programme de lutte contre les troubles dus aux carences
en micronutriments Avril 2001
7-United Nations ACC/SCN - Third report on the world nutrition
situation . Geneva ,1997
8- MANNEL OLIVARES, MD Anémies nutritionnelles Nutrition
du jeune enfant, vol 2, Nestec SA, vevey j Paven Ltd NY 1995
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