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Novembre 2001 par le docteur Laila Hessissen

Le traitement du cancer chez l'enfant a fait des progrès considérables dans les 20 dernières années, en grande partie grâce à l'amélioration des moyens de diagnostic et à l'essor de la chimiothérapie.

Même s'il ne représente que 1 à 3% de l'ensemble des cancers, le cancer de l'enfant dans les pays développés est très important sur le plan de la santé publique puisqu'il constitue la 2éme cause de mortalité chez l'enfant après les accidents. L'incidence est évaluée à 150 nouveaux cas par million d'enfants de moins de 15 ans et par an. Ces données épidémiologiques proviennent essentiellement des registres nationaux des cancers qui existent dans plusieurs pays, en particulier d'Europe et d'Amérique du Nord.

Dans certains pays d'Afrique et d'Asie, il n'existe que des registres basés sur des populations hospitalières. Le Maroc fait partie de ces pays d'Afrique où il n'existe pas de registre national des cancers ; les données qui existent sont principalement hospitalières. Il existe 2 centres de références hospitalo-universitaires et 2 centres privés, à Rabat et à Casablanca prennant en charge les enfants cancéreux.

L'Unité d'Hémato-Oncologie Pédiatrique de l'Hôpital d'Enfants de Rabat est l'un des 2 centres de référence. Cette unité a pris en charge, entre 1986 et 2000, 2648 nouveaux cas de cancers chez l'enfant. Le nombre de nouveaux cas par an a augmenté progressivement pour atteindre un plateau d'environs 300 nouveaux cas par an. L'unité draine des patients de tout le Maroc, dont 48% de la région Nord, 25% de la région est, 13% du sud et 14% de la région de Rabat-Salé.

L'incidence est plus élevée pour la tranche d'age de 0 - 5 ans ( 56%) que pour les tranches d'age 6 - 9ans (28%) et 10- 15 ans (16%). Il existe une prédominance masculine avec un sexe ratio de 2.

Les tumeurs les plus fréquentes sont les leucémies et les lymphomes : 1957 nouveaux cas (74% des cancers), les données rapportées par d'autres registres donnent un pourcentage de 40% pour ces tumeurs. Viennent ensuite le néphroblastome : 406 cas (15%), les tumeurs osseuses : 211 cas (8%), le neuroblastome : 211cas (8%), le rhabdomyosarcome : 183 cas (7%) et le rétinoblastome : 115 cas (4%).

D'autres tumeurs sont relativement plus rares : carcinome indifferencié du naso-pharynx, hépatoblastome, tumeurs germinales malignes, histiocytose. Les tumeurs cérébrales qui représentent 20% des cancers dans les pays développés, sont suivies et traitées au Maroc, essentiellement dans des services de neurochirurgie adulte.

Le nombre de cas vus en unité d'hémato-oncologie ne reflète donc pas l'incidence réelle. Le cancer de l'enfant pose un problème important de prise en charge du fait de l'absence de couverture sociale pour la plupart des malades, de la durée trop longue du traitement et de l'éloignement par rapport aux structures hospitalières.

Un autre problème de taille reste le coût élevé de la chimiothérapie : les assurances ne fournissent que 15% environs de la chimiotherapie. Pour les patients indigents, l'association d'aide aux enfants atteints de cancer "l'avenir" procure 70% de la chimiothérapie et l'hôpital 10% et 5% des patients achètent leurs médicaments.

A tous ces problèmes s'ajoutent l'analphabétisme et le fatalisme avec lequel les parents prennent l'annonce du diagnostic de cancer. Le parcours fait par les parents et l'enfant cancéreux, depuis l'annonce du diagnostic jusqu'à la fin du traitement est un véritable "parcours du combattant" qui fait que plusieurs parents abandonnent en cours de route et que l'on se retrouve avec des patients ²perdu de vu².

Rabat, le 30 novembre 2001

Docteur Laila Hessissen
hessissen@santemaghreb.com


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