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Ahmadou Moustapha Sow, professeur de médecine interne et spécialiste du diabète : «On mange beaucoup et on ne bouge pas» - 23/11/2012 - Sud Quotidien - SénégalEnvoyer cette page par e-mail Ajouter cette page à mes favoris

Sage et s’inspirant d’une vie pleine de rencontres, le professeur Amadou Moustapha Sow allie aujourd’hui le langage scientifique à l’imaginaire culturel africain pour parler de l’infection qui a fait sa réputation de médecin : le diabète. Il se veut homme simple malgré la médaille de chevalier de l’Ordre national du Lion que lui a remise le président Abdou Diouf, le 9 mars 1994. Jamais lassé, le Pr Sow partie à plus de 80 ans, de ces docteurs en médecine encore au chevet de ses malades. De ses activités à l’Académie nationale des sciences et techniques, à la poursuite de la formation continue d’anciens élèves, l’homme garde le sens du partage du savoir au nom du serment d’Hippocrate.

Est-il vrai que le fonio est une céréale intéressante pour la santé ?

Le fonio est une céréale bien plus intéressante pour la santé que beaucoup d’autres produits. Seulement, il y a un inconvénient ; car si les femmes ont préféré le riz, c’est parce qu’il ne faut plus piler pour le débarrasser de l’écorce. Or le fonio, pour le préparer, cela demande beaucoup d’efforts. Ce n’est pas que cultiver le fonio qui est difficile, mais les conditions de sa préparation. C’est en cela que les travaux du Dr Drabo, (un Burkinabé qui a beaucoup de recherches sur ce produit), ont été intéressants. Mais surtout, il a fait comprendre que la céréale est intéressante d’abord par sa composition chimique ; malheureusement le Sénégalais qui produit peu de riz s’est mis à importer cette céréale alors que le fonio est à sa portée.

Le fonio est proposé dans l’alimentation des personnes sujettes au diabète, une maladie qui se développe de plus en plus au Sénégal. Peut-on connaître les raisons de cette recrudescence ?

Avant l’ouverture du centre diabétique de Dakar, il y a eu les travaux faits par mes maîtres, et en particulier, le professeur Oumar Bao (pour rendre à César ce qui est à César) avec un texte cosigné par mes maîtres à l’époque, et qui montrait au moins trois choses : on avait vu à travers la recherche que le diabète frappait trois catégories de personnes : 1-les citadins. En particulier les Saint-louisiens. Beaucoup de diabétiques étaient d’origine saint-louisienne à cause de l’exiguïté de la vieille ville avec son mode de vie emprunté très tôt aux Européens. 2- un autre groupe était composé des personnalités comme les chefs de canton. Et encore les maisons de marabouts et les chefs religieux.
Là, on pouvait dès lors cibler le mode d’alimentation et l’occidentalisation du régime qui influençait pour beaucoup la survenue du diabète. On mange beaucoup et on ne bouge pas. On a mangé plus gras, plus sucré. On a fait moins d’activité physique et on est devenu sédentaire et gros. Et c’est comme ça que ces maladies sont apparues.

La question génétique qui était sans doute le troisième facteur que vous vouliez évoquer plus haut dans votre énumération, est aussi à ne pas négliger. En quoi, peut-elle devenir grave et être un problème. A la limite, c’est comme quelque chose, à vos trousses, qui vous ne lâche pas.

Si vous prenez le diabète le plus fréquent, (celui de type 2) qui, en général est précédé effectivement par une prédisposition héréditaire, l’hérédité seule ne suffit pas à l’expliquer. C’est comme un quadrilatère ; un rectangle sur lequel vous tracez une diagonale avec la partie inférieure qui marque l’hérédité et la partie haute qui représente le mode de vie. Ce mode se résumant à ce qu’on mange. De ce point de vue, deux choses sont essentielles : la question de l’hérédité : ainsi, si papa seul ou maman seule est diabétique, cela diminue le risque de contacter la maladie. Le risque existe certes, mais il est réduit pour le diabète de type 2. L’autre risque vient à partir du moment où vous devenez obèse ; ce qui est un état pré diabétique. Si les deux le sont, le risque est plus grand. Principalement, c’est la mère qui risque d’être entre guillemets, diabétogène. Je veux dire par là comme elle nourrit sa famille. Si c’est une famille où on ne mange pas gras, si on est sportif, il n’y a pas de risque.

Maintenant, si la maman aime beaucoup manger et faire manger, comme une mère nourricière… Là, le risque est grand.

Quand on observe les facteurs aggravants de la maladie, la manière de se nourrir et ce qu’on mange sont pointés du doigt. Mangeait-on mieux avant ? Et comment ? Quel type de nourriture en dehors du gras, a pu accélérer la survenue du diabète dans nombre de foyers ?

Si c’est moi qui décidais, j’aurais réfléchi dans l’expérience que nous avons vécue. Prenons, le Mboum, il se cuisinait avec le thiéré (couscous) issu de la variété de mil souna qui contient beaucoup de fibres. On le faisait avec des composants purement tirés des vieilles recettes de la cuisine africaine tant pour le couscous que pour la sauce appelée Mboum. Il y avait le lalo mbep (tiré de l’arbre qui s’appelle mbep). Il y avait aussi le lalo ngouye fait de feuilles de baobab séchées et transformées en poudre.

Cette feuille de baobab contenait beaucoup de choses très riches. Aller simplement réfléchir sur le contenu d’une feuille de baobab… Prenez simplement le fruit, c’est ce qu’il y a de mieux pour traiter les diarrhées. Mais restons à la feuille. Ce qu’elle contient comme calcium, et comme autres richesses. L’autre particularité de ce plat bien africain était la feuille de nébédaye. Ce qui s’est passé, c’est qu’on a remplacé progressivement le couscous avec le souna, par la graine de blé. La feuille de nébédaye également, a été remplacée par le chou bien moins riche.

Au lieu de vous parler de choses théoriques, voilà que j’ai préféré vous donner un exemple pratique. Si vous voulez des choses très savantes, interrogez des gens savants. Mais dans ce domaine-là, «bougnou retourné won» à des choses simples, ce serait une solution. Prenons par exemple, ce qu’on appelait «gar», c’était toujours le même mode de nourriture avec toutes les fibres qu’il y avait dedans. Et des tas d’exemples existent. Il s’agit simplement de rendre à César ce qui est à César. Quelqu’un qui s’appelait Thianar Ndoye, un médecin africain a un successeur qui s’occupe encore de ce genre de questions.

Cet homme rendrait beaucoup de services. Thianar Ndoye était resté maigre comme un fil ; mais très utile parce qu’il s’occupait de ces questions de nourriture. Egalement dans ce domaine, est-ce que le gouvernement s’intéresse à ce qu’était par exemple l’Orana*. Qu’est devenu cet organisme panafricain qui décrivait la manière de manger des Sénégalais et qui aurait encore servi à influencer le marché. Mais, on importe n’importe quoi. Vous aurez compris par là que la santé des populations ne dépend pas toujours des médecins, mais aussi des décideurs. Il y a des questions pour lesquelles, je n’ai pas d’autres réponses.

J’ai retenu dans ce que vous dites que par rapport aux vieux citadins de Saint-Louis, le profil des malades a bien changé. Quelle est aujourd’hui la nouvelle sociologie du diabète et de l’obésité ?

Je vous ai effectivement donné les statistiques de Saint Louis, d’il y a quelques années. On savait que les premiers diabétiques venaient surtout de là. Mais il y en avait probablement à Gorée et à Dakar. Mais, Saint-Louis attirait l’attention parce que l’essentiel des travaux y étaient menés. Si je veux maintenant aller plus loin, il faut simplement expliquer que ces populations étaient les premiers occidentalisés d’Afrique de l’ouest dès 1659. Ensuite, prenez l’île de Saint-Louis, vous savez quelle est sa largeur ? Elle ne dépasse pas 400 mètres. Et vous savez quelle est la longueur ? 1,8 km. Comment vous pouvez vous promener dans cet espace ? Ils n’étaient pas gros. Ils mangeaient bien, ils étaient occidentalisés, mais ils ne marchaient pas beaucoup. Les marabouts et les chefs de canton également étaient dans une situation identique. Et donc, tout ce que j’avais dit était sujet à des changements. Et, ce n’est qu’à l’issue de l’enquête demandée par madame le ministre qu’on aura en définitive, une idée de la situation dans certaines parties du Sénégal. Mais aussi de tous ceux qui sont des personnes à risques pour les affections de longue durée qui dépendent essentiellement de deux choses: l’hérédité et l’environnement.

Alors professeur, faut-il avoir peur du diabète au point que quand on vous l’annonce, vous voyez tout de suite la mort ? Comment rassurer les malades?

Alors là, on va encore revenir à des choses simples. C’est un écrivain sénégalais qui disait, «mon père était marchand de sable ; un coup de vent l’a ruiné.» Si vous savez que votre père était diabétique, faites attention. Si vous savez que votre mère était diabétique, allez voir un médecin. Qu’est-ce-il mangeait, mon père ? C’était un Saint-louisien qui aimait manger gras (rire), (oui mais je n’ai pas trouvé plus simple). Il faut vraiment dire aux gens qu’un médecin a beau être un savant, s’il ne sait pas parler de manière très simple… Et là, j’aimerais que vous reteniez encore la formule qui n’est pas de moi encore une fois, avec quelqu’un qui disait «ce qui est simple est faux ; ce qui ne l’est pas n’est pas utilisable…» Donc, quand on veut s’occuper de ces affections de longue durée, il faut simplifier le langage. Peut-être même dans la langue du pays, trouver une image simple pour que les gens comprennent. Maintenant, quand ils ont compris, on améliore la connaissance. Si j’aime parler, moi aux journalistes, ce n’est pas pour faire le malin, c’est parce que «dama bagne ken wahou mako won…( Personne ne me l’a dit)».

Parlez-nous du centre antidiabétique de Dakar et des raisons qui ont poussé à sa création.

Pour en venir à l’histoire du Centre antidiabétique de Dakar (Cadd) de Dakar, il faut être reconnaissant comme le demande d’ailleurs la médecine, envers mes maîtres, mais cette reconnaissance va même bien plus loin que cela. Surtout à l’endroit d’hommes que je ne peux pas oublier dans ma vie. Je veux parler du professeur Maurice Payet, un de mes maîtres. du professeur Marc Sankalé, un autre de mes maîtres. Et un exemple de ce que fut l’Ecole africaine de médecine le Docteur Signaté. Voilà pour le Sénégal. Nous aurons sans doute à remercier d’autres personnes qui sont des Français par devoir de reconnaissance. Le professeur Maurice Payet ayant vu que beaucoup de malades étaient consultés à l’Hôpital Le Dantec, pour une maladie de longue durée avait fait le constat que cela ne pouvait durer…
Car, même quand ils sortaient de l’hôpital, ils étaient obligés de revenir tout le temps pour des consultations. Et, c’est en accord avec le Dr Marc Sankalé qui était à l’époque, un de ses assistants, avec un autre médecin, (mais qui ne faisait plus de la médecine depuis un bon moment, je veux citer le docteur Samba Guèye, devenu par la suite maire de Dakar), et encore avec d’autres émanations de l’Ecole africaine de médecine de Dakar, dont le docteur Sako Signaté, que le centre anti diabétique de Dakar a démarré ses activités en juin 1965, avec 23 malades. A la fin de cette année 1965, nous nous sommes retrouvés avec plus de cent patients dans le centre.

Et, si vous racontiez un peu Ahmadou Moustapha Sow. Qui, trouve-t-on derrière le professeur de médecine que vous êtes ?

Vous savez, on ne peut pas parler de son métier de médecin (les mots n’arrivent pas…un bref coup d’émotion)… sans savoir qui on est soi-même. On est un jeune saint-louisien qui a commencé par l’école coranique. Et, il était de notoriété publique, que tous ceux qui avaient commencé l’école coranique, (même s’ils n’ont pas récité tout le Coran), que cela facilitait le renforcement de la mémoire. Donc, à partir de 7 ans, on fait cette école; c’est à 9 ans à peu près, qu’on entrait à l’école française. Où l’on trouvait des maîtres merveilleux.

Des instituteurs ou des moniteurs qui étaient vraiment des orfèvres. Je ne peux pas manquer, et j’aurais pu citer plusieurs éminents hommes parmi eux. Mais, j’en prends seulement un. Parce qu’il est connu à Dakar : Madièye Sall qui fut mon instituteur. Et là, je vais vous raconter une histoire, «Un jour, toute la classe était endormie. Alors brusquement, le maître dit, «Ay wo, kan mo may wakh bou nag yi diogué thia fagnou nekon ci all bi lan la selou yi di wakh»? (Qui peut me répéter ce que disent les veaux quand le troupeau rentre à la bergerie ?) Certains se mettaient à imiter le cri des vaches et la classe était subitement réveillée. Maintenant, il fallait nous faire rire aussi. «Hamoulen dara» (vous ne connaissez rien, nous répétait le maître). «Sellou yi dagnou naan kounec na dem ci yayam…) «Que chacun rejoigne sa mère…» Voila ce que nous racontait beaucoup de nos vieux instituteurs, c’était des histoires de ce genre et c’est à eux que nous devons beaucoup. Et à partir de là, on prend le goût d’apprendre. Pour dire que chacun a son trajet. Et, pourquoi j’ai choisi la médecine, peut-être que parce que j’ai été influencé par des gens proches de moi. Et puis, on arrivait à l’Ecole normale William Ponty et en principe, c’était pour être des instituteurs.

On a eu la chance à l’époque, que parmi ceux qui arrivaient au baccalauréat en science expérimentale, il y avait un lot qui pouvait être affecté à l’Ecole africaine de médecine. Et, on a eu la chance de rencontrer de grands maîtres. Et par devoir, le serment d’Hippocrate nous recommande cette reconnaissance envers nos maîtres. Que ce se soit ceux d’ici où ceux d’ailleurs (de France surtout). Mais finalement, un médecin n’existe que par rapport à ses malades. Nous leur devons beaucoup. C’est leur maladie qui nous fait vivre et qui est notre raison d’être. A partir de ce moment, quand on vieillit, et entre hier (mercredi 14 novembre : ndlr) et aujourd’hui, j’ai reçu d’anciens élèves que j’ai formés. Et parmi eux, il y en a un qui est venu me remercier. Je leur dis toujours, vous savez, je n’ai fait que transmettre ce qu’on m’a donné. Et je ne suis qu’un de ces médecins là tout banalement. Pas plus…

Quel âge avez-vous aujourd’hui?

Je suis né à Saint-Louis en 1931. Enfin, je vous le répète, je suis très reconnaissant à l’Ecole normale William Ponty où je suis passé ; mais aussi je suis très fier du métier que j’ai choisi. Et, pour cette raison-là justement, accompagnant un de mes patients malades en Roumanie dans un centre réservé aux personnes âgées, j’ai rencontré un vieil instituteur, qui m’a dit que quand on se consacre à un métier comme le vôtre, comme le mien, comme celui d’instituteur, les métiers de l’esprit pour résumer, on vieillit moins vite que les autres.

par Mame Aly KONTE

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