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Entretien avec… Abdoul Aziz Kassé, cancérologue : " J’ai diagnostiqué un cancer du sein chez une fillette de 13 ans " - 24/09/2011 - Walfadjri - SénégalEnvoyer cette page par e-mail Ajouter cette page à mes favoris

Le cancer du sein prend une envergure inquiétante au Sénégal. Le faible taux de dépistage précoce a poussé le professeur Abdoul Aziz Kassé, chirurgien, cancérologue et président de l’association ‘Prévenir’ pour la lutte contre le cancer, à encourager les femmes à se faire dépister très tôt ; dépistage qui, selon lui, peut aider à prévenir 75 % des décès.Il parle, à travers cet entretien, de cette maladie dans toute sa complexité.

Wal Fadjri : Comment voyez-vous l’évolution du cancer du sein au Sénégal ?

Abdoul Aziz KASSE : Il y a trop de cancers au Sénégal. Cela fait à peu près une trentaine d’années que je travaille sur le cancer. J’ai vu arriver, au début de mon activité, beaucoup de malades ravagés par des cancers à un stade incurable. 75 % de nos patients étaient à un stade très avancé de l’évolution de la maladie contre lequel nous ne pouvions pas faire grand-chose. A l’Institut du cancer de Le Dantec, nous travaillions avec les maigres ressources matérielles et humaines qui étaient disponibles. Très vite, j’ai compris qu’il fallait organiser la lutte contre le cancer.

Nous avons d’abord commencé par un programme de formation. Je suis donc allé me faire former en France, aux Usa et en Israël de 1986 à 1998. J’ai ensuite essayé de transférer ces formations aux ressources humaines locales. La deuxième partie de mon action a été d’informer les Sénégalais à travers les médias et les actions associatives. L’étape suivante a été de participer à l’élaboration d’un Programme national de lutte contre le cancer que j’ai contribué à faire valider par le ministère de la Santé publique. J’en suis actuellement à la phase d’implémentation de programmes de dépistage et de soins de qualité en clientèle privée et dans les milieux à faibles ressources.

Si mes programmes continuent à me donner la satisfaction que j’en tire actuellement, je crois que nous demanderons aux autorités politiques et administratives nationales et internationales de se les approprier pour les porter à un niveau institutionnel.

C’est quoi le cancer du sein ?

Le cancer du sein est une maladie du sein, une tumeur maligne, qui est caractérisée par une prolifération de certains constituants du sein qu’on appelle les cellules. Malheureusement, cette prolifération, arrivée à un certain stade, se dissémine et se propage dans le tissu qui entoure le sein et parfois à distance de cet organe.

Est-ce que vous avez des chiffres ou des statistiques concernant l’évolution de la maladie ?

Personne au Sénégal ne dispose de chiffres fiables sur la magnitude du problème. Il a existé jusqu’en 1974 un système d’enregistrement des cancers qui colligeait tous les cas diagnostiqués dans la région du Cap-Vert. Avec l’aide d’institutions internationales, il existe depuis 2005, au ministère de la Santé du Sénégal, un projet de mise en place d’un système d’enregistrement des cancers. Tant que ce système ne sera pas fonctionnel, nous ne pourrons connaître la magnitude de ce problème de santé publique, encore moins, planifier les actions à mener.

Quels sont les symptômes de cette maladie ?

Le premier conseil à donner est de dire aux femmes de ne pas attendre d’avoir des symptômes pour consulter un médecin, car beaucoup de cancers du sein ne donnent aucun symptôme. Il nous arrive, pendant le dépistage, de découvrir des cancers du sein sur des mammographies de patientes qui n’avaient aucun signe. Il faut donc encourager toutes les femmes âgées de plus de 40 ans à se faire dépister, même si elles n’ont aucun signe d’appel.

Certaines femmes non dépistées découvrent leur maladie parce qu’elles ont noté une boule dans le sein : c’est la situation la plus fréquente. D’autres formes se révèlent par un écoulement par un des mamelons, une rétraction de la glande ou, au contraire, une augmentation de volume d’un sein, une altération de la peau qui peut aboutir à une ulcération bourgeonnante, hémorragique et très nauséabonde.

D’autres femmes consultent pour des anomalies d’autres parties de l’organisme qui nous permettent de constater des métastases. Et, c’est en recherchant le point de départ de cette dissémination, que l’on découvre l’origine mammaire. Il n’est pas rare que les professionnels de la santé, à l’occasion d’une consultation découvrent un signe évocateur de cancer du sein. C’est pourquoi, l’examen du sein est au programme de formation de tous les médecins, infirmiers, sages-femmes et agents sanitaires. Nous conseillons à toutes les femmes de demander, à chaque consultation, l’opportunité de se faire examiner les seins.

Généralement, il se dit que le cancer du sein ne concerne que les femmes adultes. Et l’on a tendance à voir des jeunes filles infectées qu’est-ce qui explique ces cas ?

Le cancer du sein est plus fréquent chez la femme de plus de 50 ans, dans les pays occidentaux. Malheureusement, en Afrique cet âge de 50 ans dont on parle beaucoup dans la presse internationale devra être revu à la baisse. L’âge de la plupart de nos malades tourne autour de la quarantaine. Il existe également une proportion croissante, inexpliquée, de formes de cancers chez des femmes beaucoup plus jeunes. Dans nos consultations, nous notons une proportion non négligeable de femmes âgées de 20 à 40 ans. Une fois, j’ai diagnostiqué un cancer du sein chez une fillette de treize ans.

Concernant les traitements, on parle tantôt de radiothérapie tantôt de chimiothérapie jusqu’à l’ablation. Quand faut-il procéder à l’ablation ?

Avant de traiter un cancer, il faut disposer d’un diagnostic de certitude, d’une preuve irréfutable. L’interrogatoire du patient et l’examen clinique, même par un spécialiste expérimenté, permettent tout juste de suspecter le cancer. La mammographie (radiographie comparative des deux seins) peut rajouter un argument supplémentaire en montrant la où les lésions, d’un ou des deux seins. Cette radiographie peut ne pas être concluante du fait de seins trop denses. Le praticien devra se faire aider par d’autres outils de diagnostic comme l’échographie et/ou l’Irm du sein. Une technique nouvelle et très innovante appelée élastographie permet d’apporter des arguments supplémentaires au diagnostic. Pour affirmer avec certitude le caractère cancéreux, une biopsie (prélèvement d’une ‘carotte’ de tumeur) devra être faite sur les lésions jugées ‘suspectes’. Ce prélèvement sera lu au microscope et permettra d’affirmer le diagnostic du cancer et en précisera la nature, l’agressivité et le potentiel évolutif.

Au terme du diagnostic, un double bilan s’impose : bilan de la maladie, bilan du malade. Le bilan de la maladie, encore appelé ‘bilan d’extension’ cherchera à savoir si le cancer ne s’est limité qu’au sein ou s’il a atteint d’autres organes du corps. Ce bilan d’extension utilisera les informations obtenues par le praticien au cours de son examen, les résultats de la mammographie, de l’échographie, de l’élastographie et de l’Irm (taille de la tumeur, extension de la tumeur dans le sein et les tissus avoisinants, nombre de tumeurs, présence d’une autre tumeur dans le sein controlatéral, présence de ganglions).

Pour rechercher une extension à distance du sein, le praticien prescrira d’autres radiographies qui comprendront au moins des examens du thorax (radiographie ou scanner), de l’abdomen (échographie sous scanner), du pelvis (échographie ou scanner) et des os (scintigraphie et/ou radiographie). L’ensemble des résultats du bilan d’extension sera résumé par le praticien dans une des classes de la maladie appelée ‘stade’. Cette classification permettra une meilleure communication entre spécialistes, et de planifier le traitement.

Que se passe-t-il généralement quand il y a métastase ?

Si le cancer du sein est disséminé à d’autres organes (métastase), la plupart des spécialistes s’accordent pour accepter qu’un traitement curatif n’est plus possible et que le patient relève d’un traitement palliatif dont le protocole peut varier selon l’état du malade, ses désirs et ses moyens. S’il ne s’agit que d’un cancer unique, isolé dans un sein, n’envahissant ni la peau ni les muscles pectoraux, de toute petite taille (inférieure à deux centimètres) il est licite de proposer une conservation du sein. Cette conservation ne se fera que si la patiente est demandeur et si elle en accepte les éventuels résultats inesthétiques (modifications de forme et de coloration) et troubles fonctionnels (modifications de la consistance et de la sensibilité). La chirurgie conservatrice seule s’accompagne de 30 % de récidive. Pour les éviter, il est indispensable de proposer une radiothérapie complémentaire.

Pour des cancers plus avancées (tumeurs multiples, taille supérieure à 2 cm et/ou envahissement de la peau ou des muscles pectoraux), il est recommandé de commencer par une chimiothérapie pour réduire le volume de la maladie. Si, après quatre cures de chimiothérapie, la maladie résiduelle devient inférieure à 2 cm, une conservation pourra être proposée à la malade. Dans tous les autres cas, l’ablation du sein devient fortement recommandée.

‘En moyenne, un cancer du sein sur cent est diagnostiqué chez un sujet de sexe masculin. Pour des raisons encore inconnues, cette proportion semble plus élevée dans certains pays comme l’Egypte.’

Est-ce qu’il existe une prévention contre le cancer du sein ?

S’ils étaient prévenus à temps, 75 % des décès par cancer auraient pu être évités et 40 % des cancers n’auraient pas existé. Une très faible proportion de femmes a une susceptibilité particulière à faire un cancer du sein. Cette prédisposition peut être suspectée si plusieurs membres de la famille ont eu un cancer du sein et parfois à un âge jeune. Ces formes génétiques peuvent être confirmées par un test très onéreux qui ne peut se faire au Sénégal. Les femmes saines, présentant cette anomalie génétique, risquent, dans 80 % des cas, de faire un cancer du sein à un moment donné de leur existence. Pour réduire ce risque de moitié, certains spécialistes préconisent de leur administrer un médicament d’un comprimé quotidien de tamoxifène pendant cinq ans. D’autres oncologues suggèrent l’ablation des deux seins qui pourront être remplacés par des prothèses mammaires.

En dehors de ce cadre spécifique, il n’existe pas encore de méthode de prévention scientifiquement prouvée. Les patients ont plus de chance de guérir, si la maladie est diagnostiquée à un stade précoce. Nous conseillons donc à toute femme de pratiquer un diagnostic précoce, l’autopalpation mensuelle, l’examen clinique annuel par un professionnel de la santé et la mammographie annuelle, le dépistage après l’âge de 40 ans. La mammographie de dépistage reste, à ce jour, le seul examen qui a permis de réduire la mortalité par cancer du sein. Elle n’est pas très utile chez les femmes âgées de moins de 25 ans, car elle est d’interprétation plus difficile à cet âge et ne montre de lésion significative qu’exceptionnellement.

Le cancer du sein chez les hommes est-elle une réalité ?

En moyenne, un cancer du sein sur cent est diagnostiqué chez un sujet de sexe masculin. Pour des raisons encore inconnues, cette proportion semble plus élevée dans certains pays comme l’Egypte. Le sein de l’homme étant plus petit, le cancer mammaire du sujet masculin se propage plus rapidement.

Pourquoi, selon vous, le traitement est aussi coûteux ?

Les coûts directs et indirects de la recherche, de la mise au point, du développement des médicaments anti-cancéreux semblent expliquer leur prix de vente élevé. La solution que les ambassadeurs de la lutte contre le cancer, dont je fais partie, ont proposée aux Nations unies est de les inscrire sur la liste des médicaments essentiels et de doter un Fonds mondial pour subventionner une liste de médicaments génériques.

Quel conseil donnez-vous aux femmes ?

Si je devais prononcer un seul mot ce serait : ‘Dépistage’. Le dépistage idéal se fait par mammographie annuelle après l’âge de 40 ans. Les femmes, qui ont des ressources limitées, peuvent recourir aux moyens visant le diagnostic précoce (autopalpation mensuelle et examen clinique annuel).

Gogo Fatou Kane THIELLO (Stagiaire)

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