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Revue de presse

Opération du coeur : Une chirurgie bien implantée à l’hôpital de Fann - 28/06/2007 - Le soleil - SénégalEnvoyer cette page par e-mail Ajouter cette page à mes favoris

Dans l’enceinte du Centre hospitalier universitaire national de Fann se trouve la Clinique de chirurgie thoracique et cardiovasculaire où officient trois professeurs agrégés : Oumar Kane, responsable du service d’anesthésie et de réanimation, Ibrahima Bara Diop, responsable de l’Unité de cardiologie et Mouhamadou Ndiaye qui chapeaute l’Unité de chirurgie. Un ensemble de services concourant à prendre en charge, entre autres, les personnes souffrant des affections cardiaques, des affections thoraciques, des maladies vasculaires et les interventions chirurgicales à cœur ouvert. Des patients sont au rez-de-chaussée du bâtiment central. A travers les portes entrebâillées, on voit les praticiens dans leur tenue verte ou dans leur blouse blanche. Ils se préparent. Ils entrent et ressortent des bureaux avec un air de fierté et avec un souci de gagner du temps. Sur la porte du fond de couloir est inscrit « Réanimation ».

A l’intérieur, deux malades affaiblis sont allongés sur leur lit sous la surveillance des infirmiers. Une porte sépare la salle de réanimation de celle qui accueille les patients à leur sortie du bloc opératoire. Elle est équipée de lits, de charriots d’urgence, de système de surveillance, d’unité de monitorage (un système permettant de prendre en compte les constances vitales de respiration, l’activité rythmique du cœur et des respirateurs et tant d’autres matériels intervenant dans la bonne prise en charge du patient après l’opération). « Les malades que nous opérons restent au moins un ou deux jours totalement dépendants des machines », indique le professeur Mohamadou Ndiaye.

Nous retournons pour se plier aux conditions d’accès au bloc opératoire comportant deux salles qui sont bien équipées pour la chirurgie d’une manière générale et la chirurgie à cœur ouvert, en particulier. Dans chacune des salles, tout autour de la table d’opération, gravitent, entre autres, un appareil d’anesthésie, des boîtes d’instruments pour le geste chirurgical et surtout la pompe de circulation extracorporelle qui est au centre de l’opération à cœur ouvert. « Au cours de cette chirurgie, le cœur doit être arrêté pour les réparations nécessaires. Pendant cet arrêt, il faut que la fonction respiratoire puisse être maintenue. La pompe de circulation extracorporelle permet de suppléer le cœur dans la chirurgie à cœur ouvert », explique Pr Ndiaye.

Ce bâtiment central comportant, entre autres, des unités de soins intensifs, de stérilisation, des salles d’hospitalisation au premier étage. Ici, déjà aux environs de 8 heures du matin, une équipe d’au moins 5 praticiens passe en revue les internés allongés sur leur lit. Ces derniers peuvent, en cas de besoin, à partir d’un clic sur un bouton, alerter l’infirmier ou le médecin. Au 1er étage, deux infirmières suivent la télé et l’appareil qui centralise les informations sur les malades qui font l’objet d’une surveillance particulière aussi bien par les appareils branchés sur leur corps que par les infirmiers qui ne les quittent pas d’un pas. C’est, donc, à juste raison qu’ici, on réclame une augmentation des ressources humaines qualifiées.

Augmentation de la prévalence

Entre avril 2004 et mars 2006, plus de 608 personnes ont bénéficié des actes chirurgicaux dans cette clinique et 583 ont été hospitalisées. Ces chiffres n’ont rien à voir avec les statistiques globales des consultations « Nous avons, de plus en plus, de malades cardiaques nécessitant la chirurgie et depuis, en plus des personnes atteintes de maladies thoraciques dominées par les séquelles de la tuberculose pulmonaire qui ont aussi besoin de chirurgie et des maladies vasculaires et surtout les ischémies c’est-à-dire l’arrêt de la circulation sanguine au niveau des jambes qui si on ne peut pas faire des amputations au niveau des jambes doivent bénéficier d’une chirurgie de reconstruction, c’est-à-dire de réparation des artères ou de remplacement par des prothèses vasculaires », fait savoir Pr Mohamadou Ndiaye.
A l’intérieur d’une salle, les palpitations du cœur d’un nourrisson sont visibles sur l’écran de l’échocardiographie manipulée par un médecin. La dame reçoit 15 à 20 patients par jour. L’échocardiographie de l’enfant, dit-elle, requiert une certaine patience si ce dernier s’agite. Le tapis roulant de la deuxième salle aide les praticiens selon, Dr Cissé, à connaître de façon plus exacte la fréquence cardiaque et la pression artérielle du malade à l’exercice.

C’est un examen complémentaire destiné à fournir aux praticiens de la santé des données devant servir à déterminer le type de traitement approprié, selon les cas. « Nous recevons des malades au repos, cela ne nous permet pas parfois de déceler certaines pathologies. L’épreuve d’effort sur tapis roulant ou bicyclette nous aide à détecter des anomalies que nous ne pouvons pas voir au repos notamment des problèmes liés aux artères coronariens qui amènent du sang au cœur », explique Dr Cissé.

Cette équipe de praticiens affichant l’entrain dans les couloirs ou dans les salles, ce dispositif de matériels performants et les technologies les plus avancées cachent l’insuffisance de personnel qualifié, la fuite des « cerveaux », le problème de maintenance du matériel de la clinique. La formation de ressources humaines et des étudiants occupe une place de choix dans ce service du Centre hospitalier universitaire national de Fann.

Une dizaine de nourrissons de moins de 10 kilos opérés avec succès

L’opération du cœur n’est pas un geste chirurgical facile. Et elle est plus complexe, lorsqu’on intervient chez les sujets jeunes. Au mois d’avril dernier, une équipe de l’hôpital de Prespitariam de New York, l’un des rares aux Etats-Unis, à avoir un service de chirurgie cardiaque de pédiatrie et leurs collègues de la Clinique de chirurgie thoracique et cardiovasculaire de l’hôpital Fann ont réussi à opérer des enfants dont le poids est compris entre 5 et 10 kilos. « Avec l’équipe américaine, nous avons pu opérer avec succès dix enfants dont un avait moins de 5 kilos. La chirurgie à cœur ouvert chez les enfants de moins de 10 kilos est difficile à prendre en charge parce que l’intervention requiert des matériels spécifiques, mais surtout le petit volume fait qu’au niveau de la circulation extracorporelle, il y a des difficultés de les prendre en charge », relève Pr Mouhamadou Ndiaye. Un des sujets a succombé du fait de la complexité de sa cardiopathie. Ce n’est pas tous les jours que les spécialistes réussissent ces interventions chez les sujets jeunes pour diverses raisons. La clinique est ouverte à ce genre d’échange et d’enrichissement d’expérience.

Les praticiens à l’œuvre

Chirurgiens, anesthésistes, infirmiers et assistants sont suspendus à la chirurgie à cœur ouvert dans une atmosphère détendue du Bloc opératoire de la Clinique de chirurgie thoracique et des maladies cardiovasculaires. La séance a durée toute la matinée.
Le malade est allongé sur un lit. Il est endormi par les docteurs Bèye, Asmaâ Khaled et Marième Ndiaye de l’équipe d’anesthésistes. Le docteur Bèye se lève et d’un signe de main fait savoir à ses collègues qu’il a déjà fait son travail. C’est le tour des autres spécialistes. Le premier pas décisif vers le début de la chirurgie est franchi. « On endort le patient. Il ne doit pas sentir la douleur et doit aussi être relâché pour que l’opérateur n’ait aucun problème », explique Asmaâ. Le docteur Gabriel Ciss prend le relais. Aidé par un assistant, il couvre le corps inerte avec une couverture. Coly fait approcher une table remplie de ciseaux, de lames, bref d’instruments stérilisés. Gabriel pointe une aiguille branchée sur une machine et ouvre la partie supérieure du thorax. Il sera bientôt rejoint par le docteur Diarra et d’autres assistants. Ils sont au nombre de 6 autour du lit d’opération. Après des dizaines de minutes, l’échancrure s’est élargie. Et le cœur est visible à travers celle-ci. Les docteurs, Diarra et Ciss changent régulièrement de pinceaux et de ciseaux.

Ils ont les yeux rivés sur la région du cœur. Avec beaucoup, de concentration, de dextérité, ils branchent des canicules sur les cavités cardiaques. Cette phase prend beaucoup de temps. L’équipe s’active. La diminution progressive du fonctionnement du cœur se lit sur les écrans des appareils qui font ici office de tableau de bord de l’équipe. Il faut arrêter son fonctionnement pour le réparer. Marième Ndiaye et Asmaâ centralisent les données de façon régulière et les transmettent aux chirurgiens. Ces données servent de base à l’application des injections ou d’orientation à l’équipe qui s’affaire autour du malade. « Des doses initiales sont calculées en fonction du poids du malade. Ces produits sont éliminés par la suite. On remet les hypnotiques pour que le malade ne se réveille pas, ne bouge pas, ne sente pas la douleur au cours de l’intervention. Ce qui justifie les doses répétitives d’anesthésiques. Parfois, ils réinjectent pour corriger des désordres. Parce que soit le pouls est lent, on met pour l’accélérer, soit il est rapide, il faut le baisser. Il en est de même pour la tension », explique Pr Oumar Kane.

Travail collégial

De concert, avec les anesthésistes et les infirmiers se trouvant de l’autre côté du lit, les deux médecins arrêtent le fonctionnement du cœur. Celui-ci ne bat plus. Celui-ci est relayé par la pompe de circulation extracorporelle connectée aux cavités cardiaques. Cet appareil reçoit et envoie du sang dans l’organisme du patient. Les chirurgiens procèdent maintenant à la réparation du cœur. « Lame de bistouri », réclame Dr Diarra. Plusieurs instruments sont intervenus pour extraire la particule affectée. Avec des fils et aiguilles, et avec le réseau de petits fils, les deux chirurgiens fixent la prothèse. Après la réparation, les praticiens s’affairent à donner un coup de pouce au cœur. A travers l’ouverture, le muscle moelleux reprend très timidement ses activités. On le voit battre doucement. « On va aider le cœur petit à petit à reprendre son activité », déclare l’infirmier Chérif Sané. Le choc électrique des palettes tenues par le docteur Diarra s’est inscrit dans le sens. C’est une phase décisive. Il y a beaucoup de combinaison, de concertation, de coordination entre les chirurgiens, l’infirmier major, Chérif Sané d’une part et d’autre part avec les anesthésistes. « La température est à combien », demande-t-on à l’infirmier. « Remplis la racine », dit un chirurgien. « Vide-le », entend-t-on dire quelques minutes plus tard. « Mets un peu de magnésium », lance un praticien.

Ce sont ces ajustements et coordinations et exécution des gestes qui rythment alors les actions des praticiens jusqu’à ce que le cœur commence à reprendre ses activités. La pompe est mise à l’arrêt. Les courbes se dessinent encore sur les écrans. Le cœur a repris son fonctionnement. Mais, les praticiens continuent de s’activer jusqu’au moment où nous quittons les lieux à 13 heures passées de quelques minutes. Après la fin de l’opération, les anesthésistes s’occuperont de réveiller le malade. C’est une autre paire de manche qui réussit le plus souvent.

Lutte contre la pathologie : Les conseils préventifs du Pr Ndiaye

La modération de la consommation des matières grasses, le sevrage tabagique, la lutte contre le surpoids sont des conseils pour celui qui veut éviter les cardiopathies ischémiques. Pour les cardiopathies de naissance, la baisse de son taux de prévalence passera impérativement par le découragement des mariages consanguins.

Les maladies cardiovasculaires touchent toutes les couches de la population. Elles caracolent en tête des maladies les plus mortelles à travers le monde. Les méthodes de prévention sont pourtant à portée de main. La personne qui veut éviter les cardiopathies ischémiques doit entre autres modérer sa consommation de matières grasses, avoir un régime alimentaire un peu austère. En outre, elle mènera une vie active, et ne fumera pas. « Prévenir les cardiopathies ischémiques c’est mener une vie saine, une vie active. Il faut faire attention au régime alimentaire, manger peu et surtout ne pas fumer, et mener une vie calme et peu stressante », conseille le chef de service de la Clinique de chirurgie thoracique et cardiovasculaire. En effet, les cardiopathies ischémiques sont dues à l’insuffisance d’apport du sang au cœur consécutive à l’obstruction ou au rétrécissement des artères. Le sujet a toutes les chances de développer les artérites si ce sont les artères des jambes qui sont affectées, l’insuffisance coronarienne, si ce sont des artères coronaires qui sont touchées. Avec le rétrécissement des artères coronaires et l’épaississement des dépôts de matière, l’individu s’expose à l’infarctus du myocarde.

Le dépistage précoce et la prise en charge de l’angine mal soignée sont indiqués pour les cardiopathies rhumatismales. « La cardiopathie rhumatismale se manifeste soit par les vulves qui ne s’ouvrent pas : dans ce cas on a une sténose, soit des vulves qui ne ferment pas complètement : dans ce cas nous avons une insuffisance qui peut être aortique ou pulmonaire. Si on traite les angines avec les antibiotiques le nombre de cardiopathies rhumatismales vont diminuer voire disparaître », avance le professeur, Mohamadou Ndiaye qui reconnaît le peu de temps que les spécialistes consacrent à la sensibilisation.

Pr Oumar Kane, chef de l’Unité d’anesthésie et de réanimation : « Le challenge, c’est de gérer le malade du début à la fin de l’intervention chirurgicale »
Le professeur Oumar Kane a déploré l’insuffisance des anesthésistes au Sénégal et décliné les défis de l’anesthésiste tout au long de l’intervention chirurgicale.

Quelle est la place de l’anesthésie dans la chirurgie à cœur ouvert ?

« Il faut d’abord savoir qu’on ne peut pas faire une chirurgie sans anesthésie. Parce que l’objectif de l’anesthésie c’est d’endormir le malade et de faire de telle sorte que le malade ne sente pas la douleur, ne supporte pas l’agression chirurgicale. Il n’y a pas de chirurgie sans anesthésie. C’est vrai, dans le cadre d’une chirurgie cardiaque, il y a une réanimation hémodynamique derrière c’est-à-dire on endort des malades qui ont des cœurs fragiles, il faut obligatoirement faire une réanimation de ce cœur fragile, le gérer du début à la fin de l’intervention. C’est le challenge. C’est là où se trouve le problème. Endormir le malade, lui envoyer des drogues pour qu’il s’endorme, c’est très facile. Mais, le gros problème c’est de pouvoir gérer le malade du début jusqu’à la fin de l’intervention ».

Est-ce que le Sénégal dispose d’un nombre suffisant d’anesthésistes ?

« Le nombre d’anesthésiste est loin d’être suffisant. Aussi bien à la Clinique de chirurgie des maladies thoraciques et cardiovasculaires qu’au niveau national. Il y a une trentaine d’anesthésistes spécialistes au Sénégal. Ce qui est largement insuffisant, vu le nombre de blocs, vu aussi les activités chirurgicales qui se développent de plus en plus. On ne peut pas concevoir une unité de chirurgie, un bloc opératoire sans un médecin anesthésiste. Pourtant, il y a des hôpitaux dans les régions qui fonctionnent sans anesthésiste. Il faut former le maximum de jeunes. Il faudrait, peut-être, mettre des bourses à la disposition de ces jeunes pour qu’ils puissent s’intéresser à cette spécialité. A l’hôpital Fann, je suis le seul médecin anesthésiste avec une équipe en formation. Dans un an, il y aura 4 anesthésistes qui sortiront et gonfleront l’équipe des anesthésistes. Nous insistons sur la formation et les possibilités d’avoir les moyens de former les jeunes ».

Qu’est-ce qui explique ce nombre insignifiant d’anesthésistes ?

« Les médecins après leur sortie, ils ont un certain âge après leur formation, ils sont des soutiens de famille. Ils préfèrent aller travailler au lieu de faire 4 ans de plus sans bourses, ni revenus. Nous pensons que si on leur accorde une bourse, cela va les inciter à faire cette spécialité. En plus, l’autre particularité, c’est une discipline jeune et peu connue. Mais, elle commence à être connue et pourrait être intéressante vu l’augmentation des activités chirurgicales ».

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