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SénégalCoronavirus : l'hypothèse d'une immunité collective prend forme

Le soleil | Sénégal | 27/11/2020 | Lire l'article original

Le président Macky Sall a fait sonner le tocsin jeudi en alertant sur l'éventualité d'un regain de vitalité du coronavirus au Sénégal. Le Sénégal et son économie ne pourraient pas supporter une seconde vague. Mais le plus dur semble derrière, selon certains spécialistes. Ils soulèvent l'hypothèse d'une immunité croisée (collective) pour expliquer les bons résultats face à l'épidémie.

Après neuf mois d'épidémie de coronavirus, le Sénégal a enregistré 15 981 cas de coronavirus dont 15 569 guéris, 332 décédés et 78 patients encore sous traitement. Ces chiffres pourraient être multipliés par 100 (notamment pour le nombre de morts) si l'épidémie avait suivi les mêmes courbes qu'en Europe. Une immunité collective en serait la résultante plus qu'une stratégie de riposte face au coronavirus.

La stratégie gagnante sénégalaise

Dès les premiers cas, le Sénégal a fermé ses frontières, ses écoles et ses mosquées, et imposé un couvre-feu nocturne, dispositions aujourd'hui levées. Les patients ont été pris en charge et les cas contacts isolés dans des hôtels. Le Sénégal, « c'est l'un des pays modèles en termes de mise en œuvre des mesures de prévention du Covid-19 et ils en ont récolté les fruits », a récemment reconnu un responsable pour l'Afrique de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Nsenga Ngoy.

Pour Abdoulaye Bousso, un des responsables de la riposte au Sénégal, ce sont effectivement les stratégies d'endiguement qui, dans un premier temps au moins, ont permis au système de santé sénégalais de ne pas s'effondrer. Mais depuis, une « fatigue » s'est installée et plus grand monde ne porte le masque ou ne garde ses distances.

Immunité pour 60% de la population

Les Sénégalais ont célébré fin juillet la « Tabaski » et, deux mois après, le « Magal », autre grande fête musulmane brassant les foules. Or, ces rassemblements n'ont pas déclenché de vagues de contamination, et c'est donc « peut-être la question de l'immunité qu'il faut mettre en avant », estime le Dr Bousso. « On se rend bien compte qu'en Afrique en général et au Sénégal en particulier, on n'a pas les morts qu'on aurait dû avoir », confirme un spécialiste de terrain, Massamba Sassoum Diop, président de l'organisation SOS Médecins Sénégal.

L'urgentiste avance qu'une « immunité croisée » a vu le jour au Sénégal. Il l'explique par les infections respiratoires qui sévissent régulièrement à travers la population en mai-juin et septembre, périodes où les climatisations tournent au maximum. Relativement bénignes, elles sont dues à quatre types de coronavirus. Les résidents du Sénégal développeraient donc une immunité contre cette famille de virus, qui se serait également montrée efficace lorsque le Covid-19 est apparu en mars, estime le Dr Diop.

Le nouveau coronavirus se serait ensuite répandu massivement, d'avril à août, au sein d'une population majoritairement jeune et qui n'a généralement pas développé de symptômes graves. Sans faire de bruit, « environ 60% de la population » aurait acquis cette immunité, dit-il. Le fait de vivre en Afrique a joué un rôle bien plus prééminent que l'origine ethnique ou la génétique, dit-il.

Corollaire létal ?

Il en veut pour preuve que les populations noires meurent de manière disproportionnée en Europe ou aux Etats-Unis, tandis que les Européens, Libanais ou Chinois vivant au Sénégal meurent beaucoup moins que dans leur pays d'origine. L'immunité croisée ou collective a « un support scientifique en virologie et en immunologie ». Elle demeure cependant une hypothèse non encore prouvée, admet toujours Dr Diop.

Une étude sérologique en cours devrait fournir de premières indications sur sa validité dans les prochaines semaines, dit-il. Le ministre de la Santé, Abdoulaye Diouf Sarr, se veut plus réservé. Si les chiffres sont si bas, « nous pouvons dire sans risque de nous tromper que c'est dû à l'efficacité de la riposte parce que l'immunité collective ne peut pas être une stratégie de riposte. Si l'immunité collective était LA stratégie de riposte, le corollaire serait un nombre de morts extrêmement important parce qu'on ne ferait rien », tempère-t-il.
Pour les spécialistes sénégalais, comme pour l'OMS, pas question en tout cas de céder à l'euphorie qui pointe dans les médias locaux, ne serait-ce que parce qu'on ignore la durée d'une immunité si elle existe.

Transposer l'hypothèse à des régions où les populations sont plus âgées et plus à risque est dangereux. « Si on l'applique directement en Europe, c'est 3 ou 4 millions de morts supplémentaires, et aux Etats-Unis, peut-être 8 ou 10 millions », avertit Massamba Diop.

En attendant, le président sénégalais Macky Sall exhorte à observer strictement les gestes barrières, « seule thérapie pour l'instant contre la Covid-19 ». « Le virus circule encore. La bataille n'est pas tout à fait gagnée », a-t-il dit jeudi, « ne souhaitons pas avoir une seconde vague qui sera insupportable pour notre pays, pour notre économie ».

M. DIOP avec l'AFP

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