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Burkina FasoVaccin RTS,S associé à la chimio-prévention du paludisme saisonnier « Nous avons obtenu des resultats formidables », Jean Bosco Ouédraogo, spécialiste en parasitologie

Sidwaya | Burkina Faso | 11/01/2022 | Lire l'article original

Une étude des chercheurs de la direction régionale de l'Ouest de l'Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS) du Burkina et leurs homologues du Mali sur la vaccination saisonnière contre le paludisme, notamment le vaccin RTS,S avec la Chimio-prévention du paludisme saisonnier (CPS) réduit significativement les cas graves et de mortalité dus au paludisme chez les enfants de moins de 5 ans… Dans cet entretien, le Pr Jean Bosco Ouédraogo, spécialiste en parasitologie et du paludisme, l'un des principaux investigateurs de l'étude, nous parle des conclusions de l'étude et de son importance dans la lutte contre le paludisme.

Sidwaya (S) : Vous avez restitué une étude sur la vaccination saisonnière contre le paludisme avec la chimio-prévention qui s'est déroulée entre 2017 et 2020 à Houndé au Burkina et à Bougouni au Mali. Pourquoi, le choix de ces deux localités ?

Jean Bosco Ouédraogo (J.B.O.) : Le paludisme est un véritable problème pour le monde parce que c'est la première pathologie parasitaire qui a existé et qui pose des problèmes au monde entier. Avec toutes les stratégies mises en place par l'OMS, jusqu'ici, il y a des pays qui n'arrivent toujours pas à juguler le problème du paludisme. Actuellement, nous savons que dans le monde, il y a 11 pays qui contribuent à plus de 70% du fardeau du paludisme. Et, le Burkina Faso en fait partie ainsi que le Mali. Et lorsqu'on regarde pour le cas du Burkina, nous sommes peut-être même le troisième ou le quatrième contributeur mondial du fardeau sur le paludisme parce qu'on a beaucoup de cas de paludisme qui surviennent par rapport aux autres pays. Quand vous prenez le Nigéria qui est le premier pays en Afrique de l'Ouest, ou la République démocratique du Congo (RDC), ce n'est pas comparable au Burkina. Mais ce sont ces deux pays qui sont devant nous. En termes de population, ils sont 10 fois plus peuplés que nous, mais, c'est normal qu'ils aient plus de cas que nous. Mais pour nous qui sommes un petit pays de 20 millions d'habitants, nous avons enregistré en 2021 près de 10 millions de cas de paludisme. C'est ce qu'on recense dans les formations sanitaires.

S : Pourquoi le choix de Bougouni ?

J.B.O. : Bougouni est une ville semi-rurale ou urbaine au Mali qui peut être comparée à Houndé. Nous avons déjà l'expérience de travailler dans ces deux localités. Donc nos partenaires du Mali travaillent avec nous sur plusieurs années sur les mêmes localités. Et compte tenu du fardeau du paludisme dans ces localités, nous avons pensé qu'utiliser cette stratégie dans ces localités nous permettrait de pouvoir bien conclure si on réussit ou pas.

S : Comment les études ont été menées sur le terrain et quels sont les partenaires qui étaient concernés ?

J.B.O. : Sur le terrain, c'est effectivement un travail de partenariat, et collaboratif. Parce que c'est un consortium qui regroupe une équipe du Burkina, du Mali et de la London School en Angletterre. Les partenaires financiers, y en a eu plusieurs. Premièrement nous avons le MRSI (organisme public de l'Angleterre qui finance la recherche, qui a financé les trois premières années) et le PAF (organisme de Bill Gates qui a soutenu une année). Au niveau du terrain, dans chaque équipe à Bougouni comme à Houndé au Burkina, nous avons des équipes de chercheurs de différentes spécialités, des techniciens, des enquêteurs qui interviennent. Pour l'équipe de Houndé, on compte à peu près 110 personnes et qui sont payées régulièrement.

S : Pourquoi, votre cible était particulièrement les enfants ?

J.B.O. : Quand on dit recherche, si on a la solution, ce n'est plus de la recherche. Si on mène des recherches, c'est parce qu'on ne connait pas la solution et qu'on la recherche. Donc, nous nous posons des questions. Et nous, la question que nous nous étions posé est, comment se fait-il que malgré le fait qu'on applique toutes les mesures de lutte contre le paludisme au Burkina, on a toujours un nombre élevé de cas ? Comme mesures, nous avons les moustiquaires imprégnées, la CPS, les traitements rapides, la protection des femmes enceintes avec le TPI. Or, le plus grand fardeau se trouve chez les enfants de moins de 5 ans, mais on a appliqué la CPS. Malgré la mise en œuvre de la CPS, cela ne marche pas. Donc, nous nous sommes posé la question à savoir, si on ajoute le vaccin à la CPS, est ce qu'on n'augmenterait pas le bénéfice ? Et, c'est pourquoi, nous avons voulu associer le vaccin à la CPS et nous l'avons appelé « vaccination saisonnière » parce que c'est comme la chimio-prévention, on l'appelle chimio-prévention du paludisme saisonnier. Donc, si on ajoute le vaccin, on pourrait dire que le vaccin est saisonnier. Car, on le fait par saison parce que le pic du paludisme chez nous ne sévit que pendant la saison des pluies ou du moins le pic se trouve pendant la saison des pluies. Pendant la saison sèche, il y a moins de cas de paludisme. Voilà pourquoi, nous l'avons appelé saisonnier, et lutter contre le paludisme saisonnier, c'est faire de la stratégie saisonnière. C'est pourquoi, nous l'appelons vaccination saisonnière.

S : Pourquoi, la combinaison avec le vaccin RTS,S ?

J.B.O. : Parce que c'est le premier vaccin qui a été validé par l'OMS et qui a prouvé son efficacité (même si l'efficacité reste discutable parce qu'elle est autour de 39 à 40%). Pour nous scientifiques, 40% de réduction de taux de décès, 40% de l'incidence du paludisme, c'est important. Faire éviter à près de 40% d'enfants de ne pas mourir du paludisme, c'est très important pour nous. Même si, c'est un seul enfant qui ne meurt pas, c'est très important. C'est le seul qui existait pour le moment, c'est pourquoi, nous l'avons associé. Mais comme nous sommes toujours en recherche, nous avons d'autres types de vaccins que nous sommes toujours en train d'expérimenter aussi bien à Nanoro qu'a Dandé, à Bougouni, en Tanzanie et au Kenya. Et, peut-être en fin 2022, nous aurons peut-être un vaccin qui va remplacer le RTS,S. Mais pour le moment, c'est le seul qui est validé par l'OMS.

S : Après trois ans d'études, quels sont les résultats auxquels vous êtes parvenus ?

J.B.O. : Le premier résultat, le plus important est qu'on arrive à réduire l'incidence de plus de 60%. En plus, nous arrivons à réduire la mort due au paludisme chez les enfants de plus de 70%. On réduit également les hospitalisations à peu près de ce même ordre de grandeur, c'est très important. Tout comme l'anémie qu'on arrive à réduire de près de 50% chez les enfants. Nous avons eu des résultats formidables.

S : En êtes-vous satisfaits ?

J.B.O. : Oui, nous en sommes satisfaits. Nous nous étions donné comme objectif d'ajouter le vaccin à la CPS dans un but de réduire la mort due au paludisme, les hospitalisations et également les décès, toutes causes confondues. Nous sommes arrivés à atteindre cet objectif. Toute l'équipe est vraiment enthousiaste. Nous avions été invités par l'OMS plus de 3 fois pour présenter le résultat. Nous sommes vraiment très satisfaits.

S : Comment l'OMS a apprécié les résultats de l'étude ?

J.B.O. : L'OMS était le plus grand demandeur. Parce qu'elle était déjà au courant de nos résultats dès février 2020. Elle avait déjà les résultats provisoires, parce qu'elle était au courant de l'étude. La première chose que nous avions fait lorsqu'on a eu l'idée, c'est à elle que nous avions demandé des financements pour faire l'étude. Elle ne nous a pas donné l'argent en disant qu'elle-même veut faire l'étude sur la phase 4 du RTS,S. C'est ce qu'elle a fait justement au Ghana, au Malawi et au Kenya sur plus de 200 000 enfants. Donc, elle était certaine qu'elle allait avoir des résultats avant nous. Mais, c'est l'OMS, c'est l'administration, et nous connaissons sa vitesse. Donc, cela met beaucoup de temps. Quand nous avions eu nos premiers résultats, l'OMS les a acceptés. Ce sont nos résultats qui ont également permis à l'OMS de dire aux pays qu'on peut maintenant utiliser le vaccin RTS,S pour prévenir le paludisme. Et, tous les pays maintenant peuvent le faire, il reste à pouvoir les approvisionner.

S : Avec le gouvernement du Burkina, aviez-vous eu des échanges sur cette étude ?

J.B.O. : Bien avant qu'on aille en parler à l'OMS, nous avions pris les devants pour aller en parler d'abord à notre gouvernement. Comme les résultats ne sont pas encore publiés, en science, il faut être très discret. Mais, ces résultats ont été présentés en conseil des ministres. Le gouvernement était au courant et attendait que l'OMS puisse prendre compte de ces résultats.

S : Est-ce que vous envisagez l'utilisation à l'échelle dans le PEV par exemple ?

J.B.O. : C'est un autre sujet parce que nous avons démontré en utilisant une stratégie de campagne. C'est la recherche que nous avons faite. Maintenant la question qui se pose, c'est quoi la meilleure manière d'offrir ce vaccin, est-ce sous forme de vaccin lié avec le Programme élargi de vaccination (PEV) ? Auquel cas, il faut tenir compte du calendrier du PEV ou il faut le faire sous forme de campagne comme nous l'avons fait, ou il faut le faire de façon mixte. Ce sont des questions de recherches  d'implémentation pour la mise à l'échelle. Actuellement, nous sommes en discussion avec l'OMS pour pouvoir faire ces études et dire voilà la meilleure façon d'utiliser le vaccin. Pour le moment, nous pouvons dire qu'en utilisant la campagne, voilà les résultats qu'on peut avoir.

S : Quelle est la collaboration que vous avez avec les chercheurs de Nanoro ?

J.B.O. : Il faut savoir que Nanoro a été le site d'expérimentation de la phase 3 du vaccin RTS,S. Il y a à peu près 10 ans. Cette phase avait impliqué plus de 11 sites en Afrique dont Nanoro. Ils ont travaillé sur 16 000 enfants. Nanoro, en son temps, faisait partie de la direction régionale de l'IRSS à Bobo-Dioulasso, dont j'étais le directeur régional. C'est à cause de RTS,S d'ailleurs qu'on a pu construire Nanoro. C'est la même équipe parce que les deux équipes sont de l'IRSS. Mais je suis le chef d'unité paludisme et maladies non négligées de l'IRSS, donc toutes les études qui sont sur le paludisme en font partie.

S : Avec ces résultats extraordinaires obtenus, quelle sera la suite de l'étude ?

JBO : Il y a déjà la question sur comment introduire le vaccin, par le PEV ou autre voie. Mais, il n'y a pas que cela. Il y a aussi beaucoup d'autres questions que nous nous posons. La CPS, on le fait sur les enfants de moins de 5 ans. Donc, à 59 mois, c'est l'âge limite. A 5 ans, ce n'est plus possible d'en faire partie de la CPS. La question que nous nous posons, si, nous arrêtons à 5 ans, est ce qu'on ne met pas les enfants à risque vis-à-vis du paludisme ? C'est une question qu'on peut se poser. Et, nous nous la sommes posée. Nous avons d'emblée voulu avoir la réponse en initiant un projet qui est actuellement en cours pour que d'ici à 2024, nous puissions répondre à cette réponse. L'autre question, est-ce que si, nous arrêtons la vaccination et la CPS à 5 ans, est ce que l'immunité vis-à-vis du paludisme ne va pas non plus baisser. Et, cette question également fait partie des réponses qu'on pourra avoir d'ici à 2024 parce que ces études aussi sont en cours. Ce qui n'est pas encore mis en œuvre, c'est la question sur la stratégie pour introduire le vaccin. C'est la seule chose qui nous reste.

S : A l'issue de la recherche, qu'est-ce que vous avez à dire à tous ceux qui sont sceptiques, doutent toujours que le vaccin contre le paludisme peut venir de l'Afrique ?

J.B.O. : Ce sont les afro-pessimistes qui pensent que de l'Afrique rien ne peut sortir. Ce sont ceux qui ne croient pas à la recherche, qui pensent qu'il faut être un grand pays pour pouvoir faire de la recherche. Alors qu'un petit pays peut se baser sur la recherche pour se développer. Sans la recherche, le développement que vous faites, c'est un développement qui est appuyé sur d'autres recherches faites par d'autres pays. Mais, si vous avez des chercheurs compétents chez vous, fabriquer un vaccin, ce n'est pas compliqué. C'est une question de compétence, de formation dans le domaine. Et, si vous avez les hommes formés dans le domaine, ce qui leur manque, c'est les infrastructures. Sinon, ce ne sont pas les idées. Les chercheurs ont des idées. Fabriquer un vaccin surtout avec l'avènement de la COVID-19 qui a permis qu'on accélère maintenant dans la production du vaccin aussi vite, ce n'est plus un gros souci. On n'a pas besoin de construire de grandes cuves pour faire des fermentations et autres. On peut le faire rapidement. C'est très possible que les Africains trouvent un vaccin propre à l'Afrique par des Africains pour des Africains. En Afrique, nous avons beaucoup de compétences dans ce domaine. L'Académie africaine des sciences existe avec toutes les compétences de l'Afrique qui peuvent s'unir pour le faire. Déjà l'Afrique du Sud s'est lancée dans cette voie et va commencer à produire des vaccins.

Abdel Aziz NABALOUM
emirathe@yahoo.fr

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