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Janvier 2007 - Editorial du docteur Fataou Ouro-Bang'Na Maman

Il faut faire quelque chose pour nos médecins

Je suis ravi de savoir que bon nombre de compatriotes s’intéressent aux problèmes de santé dans leur pays et y attachent une attention particulière. Les réactions suscitées par notre éditorial intitulé « les médecins devenus comme des stars de football » en témoignent.
Les uns m’ont reproché de ne proposer aucune solution. Je tiens à leur dire que ce n’est pas à moi d’en proposer une. Ce n’est pas non plus aux responsables sanitaires qui ne voient plus les problèmes en réalité car aveuglés par les routines de la faire.
C’est à nous tous de proposer des solutions. Chaque individu doit émettre son idée en tant qu’acteur, et du rapprochement des opinions sortiront une solution intéressante. Mais le problème n’est pas d’aboutir à des recommandations qui relèvent le plus souvent du « copie coller », non adaptées au contexte et de ce fait difficilement praticables. Les vrais solutions passeront sine qua none par un travail individuel intérieur, travail au bout duquel chacun de nous comprendra que :

  • on doit faire confiance en nous-même : c’est à dire que les africains et particulièrement le togolais sont capables de réussir
  • la clé de la réussite est le travail et le travail bien fait
  • nous devrons donc refaire notre propre éducation qui autrefois était axée sur la dépendance vis-à-vis de l’autre et évoluer vers l’autonomie (l’originalité de ses pensées, l’esprit créatif, l’adaptation des situations d’ailleurs à notre contexte et non leur simple application). Cette éducation doit être axée à la base préparant les jeunes générations déroutées par la recherche des facilités et qui devront désormais apprendre à affronter les choses difficiles
  • il ne faut pas se comparer au voisin dernier plutôt qu’au voisin premier…..

Le jour où nous comprendrons que nous devons nous unir pour construire ensemble notre propre avenir et que nous accepterions de nous sacrifier pour les générations futures nous trouverons spontanément les solutions à tous nos problèmes. En fait tout serait problème d’organisation si les mentalités changeaient car ce n’est pas les bonnes volontés qui manquent.
Les autres diront que c’est parce que les médecins sont mal payés. Ils ont raison. En fait quand on apprend un métier, on veut vivre de ce métier ; surtout quand les structures n’ont aucun programme réel de formation et que les individus sont obligés de se prendre en charge tout en rendant des services réels à ces mêmes structures ; quand à la fin il faut faire mea culpa pour trouver un job par lequel on ne pourra pas prendre en charge les besoins de base (se déplacer, se loger, se soigner bien que du corps médical…) ; c’est normal de se chercher par d’autres moyens. Et quand il faut chercher d’autres moyens de subsistances on ne fait plus bien son travail. Mais seriez vous contents d’être payé pour un travail non fait ?

C’est là où d’autres encore ont raison en disant que l’absence d’épanouissement professionnel est à l’origine de la fuite de cerveaux. Quand on aime son travail, on est content de le faire, on le fait bien, le rendement devient productif, les bénéfices deviennent importants et de ces bénéfices seront améliorées les pratiques en terme d’équipement, de rémunérations...
Mais là encore, il faudra des gens qui comprendront le sens de leur mission qui devrait être le développement, la promotion de leur structure, du groupe dans son ensemble car du rayonnement du groupe rayonnera chaque individu.
D’autres encore fuient la frustration, celle engendrée par le nombre d’années passées sur les bancs de l’école au détriment de leur parent qui mourront sans avoir tiré profit de leur souffrance de façon directe par leur propre épanouissement ou indirecte par l’épanouissement de leur fils et de leur famille. La frustration engendrée par le diplôme le plus élevé de tous les pays et la considération sociale disproportionnée pousse certains à l’exil à la recherche de ce qu’ils ne pourront obtenir que chez eux.
Certains diront que « les exilés » constituent une richesse. Et ils ont raison. Mais il s’agit d’une richesse de secours et les secours n’ont pas de sens sans le primitif. Je pense que la plupart d’entre nous qui optent pour d’autres pays, le font avec beaucoup de regret, de nostalgie, de remord et qu’ils aimeront un jour intervenir au premier plan.

Il n’y a donc pas de meilleures solutions à proposer. La meilleure solution est celle d’une prise de conscience individuelle avec des gens qui à un moment donné de leur évolution seront capables de faire leur propre bilan. Il faut au bout d’un certain temps faire son autocritique, se remettre en cause, chercher à identifier sa contribution à l’édifice commune, avoir l’humilité de demander de l’aide ou même de céder la main face à des résultats non escomptés sans attendre que l’on vous le demande. C’est de cette façon qu’individuellement, on pourra construire une société organisée, riche et solide ; société à laquelle chacun sera fière d’appartenir.

Ce travail individuel donnera sans doute des résultats à long terme mais pour l’instant :

  1. Les différentes structures doivent être autonomes et justifier de leur rentabilité à tous les niveaux de la pyramide : de l’aide soignant au médecin, du chef d’équipe au chef de service, des directeurs des hôpitaux au ministre de la santé. Chaque responsable dans son noyau doit veiller à l’effectivité des missions de chacun avec donc une concordance des ressources humaines aux activités des structures, une concordance des rémunérations au service rendu. Si bénévolat ou bénéfices il y a, ils doivent être sans discrimination. Elles pourront de ce fait identifier leur besoin en ressources humaines, contribuer à leur formation, à leur valorisation t à l’implication non pas comme spectateurs ou suppléants mais comme acteurs. La formation doit être planifiée, doit avoir aussi un coût qu’il faudra rentabiliser…
  2. Les individus à soigner doivent également accepter de se prendre en charge en le planifiant. Mais des solutions seraient donc la promotion des assurances aux soins de santé avec des prélèvements à la source de tout travailleur et égalité d’accès aux soins aussi bien du riche que du pauvre. Et si tel est le rôle des caisses de sécurité sociale, il faudra renforcer ces structures ou créer complètement de nouvelles pour éviter de tomber dans les mêmes routines qui font que nous n’avançons pas.

Affaires de tous, les problèmes sanitaires doivent nous faire penser plus loin en évitant des solutions de rechange qui consistent à mettre à la place d’un médecin par exemple des compétences en deçà qui ne feront que dégrader le niveau de sécurité de nos populations, sécurité sanitaire qui doit être le principal soucis de tous.
Des réactions pèle mêle, on aboutira un jour à quelque chose de plus intéressant. L’espoir fait vivre dit on. De peur de ne pas être lu, je m’arrête là pour l’instant…

Lomé, le 31 décembre 2006
Docteur Fataou Ouro Bang'na Maman
obaf2000@yahoo.fr


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