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Septembre 2002 - Editorial du docteur Fataou Ouro-Bang'Na Maman
Pénurie ou absence de drogues anesthésiques de première nécessité sur le marché togolais

Quatre drogues communément utilisées par les anesthésistes font défaut sur le marché togolais.
Pourtant elles sont reconnues comme faisant partie des drogues de première nécessité pour la bonne pratique de l'anesthésie réanimation.
Certaines comme la célocurine, l'éphédrine, la morphine base, sont de connaissance purement théorique par les jeunes praticiens formés sur place ; et d'autres comme la kétamine alors qu'elles faisaient partie en permanence du plateau technique des infirmiers anesthésistes de l'Afrique Francophone au Sud du Sahara, font leur disparition progressive du marché.

Qu'est-ce qui explique la pénurie ou l'absence de ces drogues dans notre pratique quotidienne alors qu'elles sont accessibles aux pays en développement par rapport à leur coût ?
Telle est la question à laquelle nous sollicitons la contribution des uns et des autres afin de déterminer les barrières et par là des éléments de solution. Un grand nombre de praticien d'anesthésie ne connaissent ou n'ont jamais utilisé un curare d'action rapide : la célocurine.
Pourtant, cette drogue qui permet de faire une induction rapide particulièrement dans les chirurgie d'urgence réduirait les taux de mortalité péri opératoire. Car dans une étude sur la pratique anesthésique au CHU de Lomé, 57% des patients opérés le sont en urgence et 10% des décès péri opératoires observés sont survenus par inhalation du contenu gastrique (Syndrome de Mendelson).
Il est donc d'une nécessité absolue de vulgariser l'utilisation de cette drogue dans nos milieux.
L'éphédrine est un vasoconstriteur périphérique utilisé contre le choc vagal observé au cours de l'anesthésie rachidienne (Rachianesthésie, Anesthésie péridurale).

Au TOGO, seule la rachianesthésie est de pratique courante bien qu'à faible taux : 8,20% dans la même étude sur la pratique anesthésique au CHU de Lomé.
L'un des facteurs entravant la vulgarisation de cette technique est la pénurie du matériel. L 'éphédrine est quasi inexistante des pharmacies du TOGO.
Celle-ci réduirait également les taux de morbidité et de mortalité anesthésique car la plupart des complications observées dans nos milieux au cours de l'anesthésie rachidienne sont liées à la toxicité des anesthésiques locaux, toxicité qui est l'origine des complications cardiovasculaires dont l'éphédrine jouerait un rôle important dans la prise en charge .

Concernant la prise en charge de la douleur péri opératoire, par les morphiniques, la péthidine reste encore la seule connue des anesthésiques togolais.
La morphine base, on en parlera pas assez, est un médicament de coût relativement faible, 10 fois plus puissante que la péthidine, très efficace dans la prise en charge de la douleur post opératoire.
Moins qu'un luxe, il s'agit d'une nécessité pour les pays en développement.

La Kétamine est une vieille molécule souvent utilisée en situation d'exception, que ce soit pour les temps de guerre ou les catastrophes. Elle reste la plus utilisée en pays sous développés en raison des nombreux avantages qu'elle procure.
Très employée, chez les enfants, elle reste la référence pour l'anesthésie du brûlé ou du patient choqué. Alors qu'elle retrouve un regain d'intérêt dans les pays développés en raison de la possibilité d'analgésie profonde qu'elle procure (autrefois on la connaissait par une analgésie superficielle), cette drogue devient de plus en plus rare sur le marché togolais depuis environ 3 mois.

Que ferons nous si la Kétamine disparaît totalement de nos milieux ?
La présence de célocurine, d'éphédrine, de morphine et de kétamine sur notre marché ne serait pas un luxe mais une nécessité absolue, gage de la bonne pratique anesthésique dans nos hôpitaux.
Vous êtes préoccupé par la sécurité anesthésique de vos patients ? Alors réagissez !

Lomé, le 18 septembre 2002

 

Docteur Fataou Ouro Bang'na Maman
obaf2000@yahoo.fr


 
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