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Septembre 2007 - Editorial du docteur Fataou Ouro-Bang'Na Maman

Comment on est soigné dans certains pays d’Afrique

Depuis Août 2000, Edmond Bertrand de « Jeune Afrique » a écrit un éditorial intitulé « Comment on est soigné en Afrique ». Je vous laisse en prendre connaissance. - 29 août 2000 - par EDMOND BERTRAND (Jeuneafrique.com)

« Mon père n'a pas été soigné parce que je ne pouvais pas payer. » « Mon frère n'a pas été opéré parce qu'il n'y avait pas de matériel. » « Il a fallu que j'aille acheter du savon, des compresses, du fil pour pouvoir accoucher... » Les journaux d'Afrique subsaharienne rapportent les plaintes désolantes de familles de malades. Elles sont corroborées par les exposés faits devant l'Académie de médecine. Un professeur parle de « dysfonctionnements du système de santé, de frustrations, de désarroi du personnel, de précarité sanitaire des populations, en toile de fond, parfois, des dérives gestionnaires ». Pour un autre universitaire, le fonctionnement des structures de santé « pose problème » : équipes souvent inefficaces, plateau technique déficient ou obsolète, médicaments insuffisants ou manquants. Tout est à la charge du patient et de sa famille (médicaments, alimentation, petites fournitures). En fait, « l'argent, la corruption, la prévarication ont miné le système » et « seuls les gens aisés peuvent se faire soigner correctement ». Ces constats, établis par des collègues africains très expérimentés, sont alarmants et introduisent un nécessaire débat.

Comment est donc conçu le système de santé dans les pays subsahariens ? À la base, dans les villages : des dispensaires. À un niveau supérieur : des hôpitaux régionaux comportant des services de médecine, chirurgie, obstétrique et parfois quelques spécialités. Au sommet : des hôpitaux de référence nationale, souvent des CHU, avec de nombreuses spécialités. Dans la plupart des pays existent aussi des services de santé publique ou de prophylaxie. Enfin, selon les directives de l'OMS, la plupart des pays ont créé un service de soins primaires « animé » par des volontaires formés à l'hygiène et aux premiers soins.

A côté de ce système public existent, surtout dans les grandes villes, des cliniques privées, parfois remarquablement équipées, parfois beaucoup moins. En tout cas : payantes et souvent très coûteuses. Pourquoi le système public est-il si souvent défaillant, alors que les médecins et les spécialistes sont de plus en plus nombreux et que de multiples « plans d'action », «programmes », « aides au développement » sont engagés ?

Un chiffre d'abord : environ 80 % des médecins sont concentrés dans une ou deux villes, laissant les villages déshérités - un prêtre africain me disait récemment qu'il en était de même dans l'Église ! Alors, les villageois font d'abord appel aux tradipraticiens, dont certains sont des gens sérieux et d'autres des charlatans. Ensuite, ils vont dans les dispensaires, souvent tenus par un infirmier disposant de quelques médicaments et de peu ou pas de matériel. Quant aux volontaires des soins primaires, ils sont rarement pourvus de leur trousse d'urgence... et, après quelques mois ou années, beaucoup souhaitent être rétribués.

Les malades qui ne sont pas guéris - et ont survécu - vont alors jusqu'aux hôpitaux régionaux, souvent éloignés. Ils n' y trouvent pas toujours place. Dans la plupart des pays, ils doivent payer l'hospitalisation... et parfois quelques intermédiaires. Et aussi acheter à la pharmacie des médicaments, des bandes, des compresses, du sérum et parfois le bistouri.

Alors, me direz-vous, emmenons le malade au CHU de la capitale où, théoriquement, tout, ou presque tout, est possible. Hélas, souvent aussi, le manque de médicaments et de matériel limite les possibilités. Là aussi, le malade doit tout acheter. En outre, il doit payer les journées d'hospitalisation. Certes, les prix de ces dernières sont parfois très bas, mais ils paraissent élevés à ceux qui n'ont pas d'argent et ont été habitués autrefois à la médecine gratuite. La « participation aux frais » n'est couverte par une assurance sociale que pour les fonctionnaires (et pas toujours) et par des sociétés privées.

Ajoutons à cela que les structures et le matériel hospitaliers sont souvent détériorés parce que la maintenance est insuffisante ou nulle. D'où des appareils en panne pendant des mois... Mal payés par leur administration, les médecins doivent faire des consultations privées, généralement en clinique. De ce fait, un grand nombre d'entre eux ne sont dans leur service hospitalier que quelques heures dans la journée. D'autres, il faut le dire, s'y dévouent entièrement.

Les services de prévention, de vaccination, de santé publique sont très efficaces dans certains pays, nettement insuffisants dans d'autres. Dans tous les cas, les conditions socioéconomiques et parfois les guerres réduisent ou annulent leur efficacité. Si la variole a disparu après cinquante ans de vaccination, on voit dans certaines régions réapparaître la maladie du sommeil, la fièvre jaune ou la tuberculose.

Ainsi, le slogan de l'OMS « La santé pour tous en l'an 2000 » semble n'avoir couvert que de bonnes intentions. Le résultat est qu'aujourd'hui, de nombreux malades pauvres ne sont pas correctement soignés et que, parfois, même les urgences curables ne peuvent pas être prises en charge ! Que faire ?

Chaque pays, chaque gouvernement a ses propres contraintes et ses propres solutions. Celles-ci sont souvent étudiées par des médecins de qualité. Des plans sont faits, mais ne peuvent être appliqués faute de moyens ou de volonté. En réalité, le problème le plus urgent est le suivant : que faire pour que les malades pauvres puissent être soignés dans la majorité des cas ? On peut retenir trois objectifs simples :

  • D'abord, permettre le traitement sans frais ou à peu de frais, et ce dans tous les hôpitaux, des situations vitales, qu'elles soient médicales (paludisme grave, déshydratation du nourrisson, etc.) ou chirurgicales (appendicite, hernie étranglée, césarienne, occlusion, etc.).
  • Ensuite, mettre en permanence à la disposition des malades - à très bas prix -, d'abord cent médicaments indispensables, et, progressivement, les trois cents médicaments essentiels dont la liste est établie et mise à jour par l'OMS.
  • Enfin, assurer la prévention par les vaccinations et des campagnes médiatiques efficaces et régulières d'éducation sanitaire.

Au-delà de ces activités de base peuvent et doivent exister des services spécialisés où les médecins les plus qualifiés aient la possibilité de recevoir des malades présentant des affections complexes et faire des recherches d'un grand intérêt. Il doit s'agir de centres universitaires disposant des structures, du personnel, des bibliothèques (structurelles ou informatiques), des possibilités de travail suffisantes. Et non pas de faux CHU où s'affairent de très nombreux professeurs sans moyens de travail.

En ce qui concerne cette médecine « de pointe », il est évident qu'on ne peut pas créer, en quelques années, des services hautement spécialisés dans toutes les disciplines et dans chaque pays. D'où l'idée qui ressurgit périodiquement d'une organisation interétatique des centres de référence. Cela permettrait aux spécialistes africains de se rassembler, de progresser, d'enseigner et d'organiser des recherches dans de bonnes conditions. Des aides publiques ou privées devraient probablement soutenir ces pôles d'excellence.

J'ai conscience que ces réflexions ne concernent que quelques aspects d'un vaste problème. Il faudrait discuter aussi de plusieurs points essentiels :

  • La formation des médecins : le président Houphouët-Boigny, médecin lui-même, souhaitait que les facultés africaines forment des médecins ayant une expérience pratique analogue à celle dispensée dans l'ancienne École de médecine de Dakar (on ne dira jamais assez les services rendus par ces médecins « africains ») avec le niveau scientifique des meilleures facultés européennes.
  • L'activité privée des médecins publics : elle pourrait avoir lieu dans le cadre hospitalier afin d'assurer une permanence des médecins dans leur service.
  • La nécessité d'organiser les hôpitaux régionaux (par des concours professionnels de sélection) avec de possibles passerelles avec les hôpitaux universitaires.
  • L'intérêt d'une formation permanente obligatoire pour tous les médecins ; il n'en existe pratiquement pas en dehors des réunions organisées par des sociétés pharmaceutiques.
  • L'indispensable obligation d'une maintenance efficace du matériel, sans laquelle le gaspillage d'argent est considérable.
  • Les rapports avec les tradipraticiens.
  • La politique du médicament.
  • L'organisation d'une éducation sanitaire efficace dans les programmes scolaires et les médias.
  • La coopération avec les pays développés.

Dès maintenant, les populations africaines savent par les médias tout ce que la médecine peut apporter aux malades des pays développés... et aux malades favorisés de leur propre pays. Leur aspiration à être mieux reçus, mieux soignés, ne fera que croître.

D'où la nécessité de répondre d'abord aux besoins les plus évidents : soigner toutes les urgences, disposer à bas prix des médicaments essentiels et informer clairement et correctement la population. Et envisager aussi les systèmes sociaux d'une protection efficace...

...Commentaires du Docteur Fataou OURO-BANG’NA

Depuis bientôt 8 ans, les constats n’ont pas changé d’un iota, quand on sait que les choses s’empirent et que des patients sont amenés dans certaines structures sanitaires à s’acheter l’oxygène à un prix exorbitant. Quelle horreur ? Cela revient à soigner un individu comme un mécanicien qui réparerait un engin dans son atelier. Peut-on parler encore « d’éthique médicale » dans notre environnement ? Toutes les structures sanitaires sont devenues même plus chères que les cliniques privées dans lesquelles le malade paye tout et parfois à des prix différents d’un endroit à un autre puisque chacun étant maître de son royaume. Que fait l’autorité de réglementation ? Il n’y a donc pas de place pour les urgences puisqu’elles sont toujours différées (fautes de moyens et même quand moyen il y a pas de compétence rapidement disponible), pas de place non plus pour la réanimation puisque le patient ne peut même pas se procurer d’O2 (élément incontournable de la prise en charge des patients critiques). Notre médecine actuelle se retrouve à deux vitesses et là encore il faudrait que ceux qui ont les moyens puissent se faire soigner correctement. Si les problèmes sont connus, les solutions sont faciles à trouver ; reste la volonté de mise en oeuvre.

Je pense qu’il y a urgence et l’urgence est par définition « la qualité de tout ce qui n’est pas différable ». Mais attention, les bonnes solutions ne sont possibles qu’après avis non pas d’un seul individu mais d’un comité de travail pour des solutions durables, adaptées à notre environnement, avec une restructuration progressive et non de simple « copie-coller » ou parachutage de ce qui se fait ailleurs.

Lomé, le 21 septembre 2007
Docteur Fataou Ouro Bang'na Maman en réponse à l'éditorial intitulé « Comment on est soigné en Afrique » - 29 août 2000 - par EDMOND BERTRAND (Jeuneafrique.com)
obaf2000@yahoo.fr


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