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Septembre 2001 - Editorial du docteur Efua Ginette Johnson
Le marché du médicament au Togo aujourd'hui

Le marché du médicament au Togo aujourd'hui est tellement désorganisé que l'on se pose plein de questions qui restent sans réponse.
Les notions d'initiative de Bamako et de médicaments essentiels sont intégrées chez nous comme voulant dire que tout le monde peut acheter et revendre des médicaments.
Le médicament est devenu une denrée comme du maïs ou du riz et on entend de plus en plus parler d'insuffisance rénale.
Le phénomène concerne beaucoup plus les femmes et à cet effet, je livre à votre réflexion, des extraits du livre de Andrew CHETLEY intitulé "Médicaments à problèmes" édité par ReMeD (Réseau Médicaments et Développement).
Qu'est-ce qu'un médicament à problèmes? A chaque médicament sont associés des risques.
On ne peut imaginer une substance chimique qui serait totalement dénuée de tout risque, qu'elle soit donnée à un homme ou à une femme, qu'elle soit prise par voie orale, nasale, rétinienne, cutanée, transcutanée, rectale ou vaginale.
Ce qui transforme un médicament en médicament à problème n'est pas tant le risque pharmacologique qui lui est inhérent, que la façon dont il est prescrit et utilisé.

Entre de mauvaises mains ou au mauvais moment, le médicament le plus soigneusement contrôlé en termes de qualité peut menacer une vie au lieu de la sauver.
Des médicaments d'utilité contestable ou inutilement chers.
L'analyse du marché pharmaceutique privé dans les pays d'Afrique francophone montre que le principe des médicaments essentiels est loin d'être entré dans la pratique.
Parmi les 50 spécialités les plus vendues, en termes de valeur monétaire, 19 ne répondent pas aux critères O.M.S. de médicament essentiel.

Quelle place occupe le médicament dans l'offre de soins faite à une femme africaine?

Les programmes de santé prennent en compte la femme en tant que telle, uniquement lors de la maternité. Ils considèrent qu'en dehors de son rôle procréateur, la femme a les mêmes besoins, les mêmes attentes, les mêmes moyens que les hommes. C'est oublier qu'en Afrique la femme ne détient pas le pouvoir.
Le plus souvent, elle ne dispose pas d'argent alors que les soins médicaux et les médicaments ont un coût. Elle a une autonomie réduite, le droit d'aller consulter dépend d'un mari ou d'une belle-mère. Elle est soumise aux pressions socioculturelles, aux tabous et rumeurs: Le choix d'un médicament est plus souvent lié au bouche à oreille ou à une promotion séduisante qu'à une prescription ou à un conseil avisé.

Les femmes manquent d'informations sur le médicament, en raison d'un taux d'alphabétisation minime et de peu de temps dont elles disposent.
La femme a une place prépondérante au quotidien: C'est elle qui subvient de plus en plus à l'alimentation de la famille par les travaux agricoles, elle s'occupe des tâches ménagères qui la conduisent souvent au marigot, l'exposant à différentes affections.
Avec des journées de travail de 14 à 17 heures, elle n'a pas le temps de s'occuper d'elle même et souvent les premiers signes d'une affection ne sont pas prises en compte.

Les femmes se tournent fréquemment vers les ventes illicites de médicaments qui présentent l'avantage de se trouver dans les lieux qu'elles fréquentent: Les marchés.
Les produits sont disposés à l'air libre ou stockés dans de grands flacons. Aucune mention ne figure sur ces flacons, ni le nom du médicament, ni la date de péremption, ni l'indication. Les posologies et durées de traitement ne semblent pas constituer une préoccupation pour les vendeurs.

Selon l'enquête réalisée au Mali, les vendeurs proposent des produits pour soulager à la fois les rhumatismes, l'impuissance, la fatigue générale, les démangeaisons, les hémorroïdes, les MST et les maladies des yeux.
Ces médicaments sont dangereux: " les malades se font perfuser par des aide-soignants peu qualifiés avec des produits que les malades, même sans ordonnance, vont se procurer au marché.
Dieu sait combien de personnes, d'enfants, cette libre automédication a déjà envoyés dans l'achéron, l'autre monde.
Plusieurs facteurs contribuent à cette dérive vers l'automédication:
Les états consacrent de moins en moins de ressources au financement de la santé dans le secteur public,
les services de santé sont chers, peu accueillants, éloignés,
les ruptures de stock sont fréquentes,
et dans le secteur privé, les médicaments sont trop onéreux.

Les médicaments vendus sur les marchés, qui échappent à tout contrôle au niveau de leur qualité, de leur utilité face aux symptômes et à l'état de la patiente, peuvent exposer d'autant plus à des effets indésirables.

Lomé, le 30 septembre 2001

Docteur Efua Ginette Johnson
Johnson@santetropicale.com


 
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