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MIJIYAWA Moustafa - Service de rhumatologie CHU-Tokoin de
Lomé, Togo
J. afr. chir. Digest., 2001, 2, n°1
La rédaction d’articles biomédicaux obéit à des normes qui
ont fait l’objet d’ouvrages spécialisés [1, 2, 3, 4, 7]. Des
recommandations ont été élaborées en 1978 par les rédacteurs
de grandes revues biomédicales. Il s’agissait de recommandations
dont le caractère uniforme visait à assurer une meilleure
diffusion de l’information médicale [5]. Cette harmonisation
était d’autant plus nécessaire que la documentation médicale
connaît une croissance exponentielle : 40.000 références provenant
de 4.300 revues biomédicales sont ajoutées chaque mois au
fichier du Medline. Fait important, cette prolifération de
la documentation médicale contraste avec le caractère inextensible
du temps dont dispose le médecin pour s’informer. La maîtrise
des normes rédactionnelles devient ainsi un impératif ; elle
s’avère indispensable aussi bien à la rédaction qu’à la lecture
d’articles biomédicaux.
La rédaction médicale scientifique a pour objectif fondamental
la transmission et la diffusion de l’information médicale.
Tout doit concourir à rendre le message intelligible et accessible.
Trois principes régissent ainsi le style scientifique : la
précision, la clarté et la concision. Ces principes traduisent
respectivement la rigueur et l’intégrité, la simplicité et
l’intelligibilité, et l’accessibilité et la diffusion [3,
7]. Ces principes sont valables quelle que soit la langue.
Fait important, on ne peut se faire comprendre sans respecter
le code de la langue. C’est pourquoi la rédaction médicale
scientifique se fait dans le strict respect des règles de
grammaire, d’orthographe, de conjugaison et de syntaxe.
Le style scientifique s’oppose par différents aspects au
style littéraire [2, 3,7] :
- le style littéraire est avant tout un art véhiculant un
message dont l’accessibilité n’est pas toujours une priorité ;
il peut être complexe, énigmatique et réservé aux seuls
initiés ; par contre, le style scientifique est avant tout
une technique répondant à des normes qui assurent l’accès
du plus grand nombre à l’information véhiculée ;
- le style littéraire est personnel et pratiquement spécifique
à l’auteur auquel il s’identifie. Le style scientifique
est universel, impersonnel, et dénué de toute finalité esthétique ;
- la diversité d’interprétation et de compréhension fait
la richesse d’un texte littéraire dont le style laisse libre
cours à la méditation et à l’imagination du lecteur. Par
contre, le style scientifique vise à assurer la même compréhension
du message par tous les lecteurs.
La précision
La précision consiste à ne laisser place à aucune indécision
dans l’esprit du lecteur. Elle traduit la rigueur scientifique
des auteurs et trouve sa pleine expression dans le chapitre
“Matériel et méthodes”. Elle est à la base de la reproductibilité
de l’étude rapportée. Elle impose de quantifier tout ce qui
est mesurable et de “rendre mesurable ce qui ne l’est pas”.
Le manque de quantification des résultats est la première
source d’imprécision.
La précision réside avant tout dans le choix du mot juste.
Les mots susceptibles de revêtir plusieurs sens sont à éviter
au profit de mots univoques. De même, il faut éviter l’emploi
du sens figuré et recourir au sens propre des mots conformément
à la définition du dictionnaire. L’imprécision peut résulter
de l’utilisation inadéquate de certains mots. Il peut s’agir
de termes ayant un sens différent en français formel et familier.
Par exemple, “méthodologie” (étude des principes et des méthodes
scientifiques) est souvent utilisée à tort à la place de “méthodes”
(ensemble des étapes permettant d’arriver aux résultats) ;
“pathologie” (étude des maladies) est régulièrement utilisée
à la place de “maladie” ; “empirique” est compris par certains
comme “vague, fondé sur des impressions non confirmées” alors
qu’il a trait à “ce qui s’appuie sur l’expérience ou l’observation”
[7].
Les adverbes et les adjectifs sont à remplacer par des données
chiffrées : “amaigrissement de 20 kg” au lieu de “amaigrissement
important”, “douleur résiduelle à 10%” au lieu de “malade
très soulagé”. La précision impose de définir de façon chiffrée
des concepts aussi courants que “obésité”, et “fièvre”. Certaines
comparaisons sont à éviter car sources de confusion et d’imprécision :
la taille d’une tumeur se mesure en centimètre et non en fruit
(orange, mandarine, petit pois) [3, 4, 7].
Les chiffres doivent être vérifiés à plusieurs reprises afin
de s’assurer de leur cohérence. Le total des pourcentages
doit strictement être égal à 100. La discordance des chiffres
est une importante cause de discrédit des articles. Les références
doivent faire l’objet de plusieurs vérifications : numérotation
de toutes les références, appel de toutes les références dans
le texte, présence de toutes les références dans la liste
des références, transcription correcte des noms des auteurs
et des revues, absence d’interversion des références, idée
des auteurs fidèlement rapportée [7].
Le passif de modestie est une autre source d’imprécision.
“Les questionnaires de qualité de vie étaient remplis au troisième
jour” est plus réservé mais moins précis que : “Au troisième
jour, un psychologue a rempli les questionnaires de qualité
de vie”. Des auteurs hésitent aussi à utiliser le “je” ou
le “nous”, qui sont perçus comme prétentieux. Le “je” a pourtant
l’avantage d’indiquer avec précision ce qui a été fait par
l’auteur [7].
Dans une étude expérimentale, la méthode doit être décrite
avec le maximum de précision afin de rendre l’étude reproductible.
Dans une étude clinique, les critères diagnostiques ou de
classification doivent être décrits. Il peut s’agir d’une
maladie dont on dispose de critères élaborés, publiés et validés.
Dans ce cas, les auteurs doivent préciser que leurs malades
répondaient à ces critères dont ils mentionneront la référence.
Dans le cas où l’on ne dispose pas de critères connus et validés,
il revient aux auteurs de préciser les paramètres diagnostiques
utilisés. Il importe également de décrire avec précision les
caractéristiques de la population étudiée en recourant à
des données chiffrées. Le critère de jugement est aussi à
préciser.
La clarté
La clarté assure la lisibilité du texte. Elle impose une simplicité
de style permettant au lecteur de comprendre aisément le message.
Une bonne organisation du texte en favorise la clarté. Chaque
idée est constituée d’un ou de plusieurs éléments. Chaque
élément fait l’objet d’un phrase ou d’une proposition subordonnée
dotée d’une unité de sens. Toutes les phrases d’un paragraphe
doivent constituer un ensemble cohérent. Le paragraphe est
délimité par un retour à la ligne et généralement par un alinéa.
Il faut recourir à des mots simples, courts, vivants, et concrets.
Les phrases doivent être courtes et de structure simple. La
mémoire à court terme retient en moyenne 15 mots. Des phrases
de plus de 15 mots sont à éviter. Les mots courts allègent
l’effort de mémorisation et sont également les plus courants.
Il faut éviter des phrases passives et négatives. Le mot le
plus important doit être placé en début de phrase (position
forte) [3, 6, 7].
Le respect des règles de ponctuation contribue à la clarté
du texte . Le point sépare deux phrases (une phrase contient
au moins un verbe conjugué). Le point d’interrogation est
admis dans les textes scientifiques alors qu’il est exceptionnel
d’y trouver un point d’exclamation. Les deux points sont utilisés
à la place d’un point pour éclaircir ou développer une notion
avec un minimum de mots, ou encore pour annoncer une énumération
ou une citation. Le point virgule est moins catégorique que
le point mais plus que la virgule. Il soutient une énumération
ou sépare deux avis opposés. La virgule sépare les éléments
constitutifs d’une phrase. Les tirets sont destinés à isoler
plus nettement un élément du reste de la phrase, soit pour
le mettre en valeur, soit pour faire un rappel. Les guillemets
encadrent un titre d’ouvrage ou une citation de texte. Les
parenthèses isolent dans une phrase une indication particulière
qui n’est cependant pas à mettre dans une phrase séparée.
Les crochets sont utilisés dans le même but mais seulement
lorsque le texte contient déjà des parenthèses. Les crochets
sont insérés à l’intérieur de la phrase mise entre parenthèses.
Les crochets servent aussi à isoler une citation bibliographique
[2, 6].
L’usage de la virgule comporte une particularité dans le
style scientifique : dans l’énumération de trois éléments
et plus, il faut mettre une virgule avant le “et”. L’omission
de cette virgule peut être source d’ambiguïté. Dans la phrase :
“Les trois patients souffraient respectivement de douleurs
épigastriques, de nausées et de vomissements et de diarrhées”.
Le lecteur se poserait la question de savoir ce dont souffrait
le deuxième patient (de nausées seulement ou de nausées et
de vomissements ?) [3, 4].
Il faut utiliser le moins possible d’abréviations et y recourir
seulement pour des expressions ou des mots trop longs revenant
très souvent dans le texte. Si l’on y fait appel, il faut
les expliquer. Toutes les abréviations, même celles d’usage
courant comme HTA (hypertension artérielle) doivent être expliquées
lors de leur première apparition dans le texte. Les noms des
micro-organismes seront écrits en entier la première fois,
Corynebacterium diphteriae. Dans la suite du texte, le premier
nom ou nom générique pourra être représenté par l’initiale
(C. diphteriae). Quand les abréviations sont utilisées dans
un tableau, il faut les expliquer dans les notes au bas du
tableau. Quand elles sont présentes dans une figure, il faut
les expliquer dans la légende qui accompagne celle-ci, même
si leur explication figure dans le texte. Les abréviations
ne sont jamais utilisées dans le titre et le résumé, à moins
que l’expression abrégée ne revienne au moins trois fois dans
le résumé. Il n’est pas nécessaire d’expliquer les abréviations
internationales d’unités de poids et de mesure [3, 4].
La clarté impose d’éviter le recours à des synonymes (variation
élégante) dont la compréhension exige une certaine maîtrise
de la langue. Il faut exclusivement utiliser les mots présents
dans le dictionnaire, éviter les impropriétés (recours à un
mot qui existe mais auquel on prête un sens qu’il n’a pas),
le barbarisme (emploi d’un mot n’existant pas en principe
dans la langue) et les néologismes (création de mots nouveaux
en utilisant les ressources propres de la langue, en particulier
les préfixes et les suffixes). Le mot “décade” (période de
10 jours) employé à la place de “décennie” (période 10 ans)
est une impropriété. Le mot “urgemment”, absent du dictionnaire,
relève du barbarisme. Le mot “bilanter” est un néologisme
[6].
Le souci de clarté impose d’éviter l’ellipse et le sous-entendu,
de même que les points de suspension et l’expression “etc”.
Ces éléments qui laissent libre cours à la méditation et à
l’imagination du lecteur pêchent à la fois par imprécision
et par ambiguïté [3, 4, 7].
Le temps des verbes est un élément à prendre en compte dans
un souci de clarté. Deux temps sont utilisés dans le style
scientifique : le passé concerne les événements et les découvertes
dans le domaine étudié ; le présent est par contre utilisé
pour les généralisations et pour les affirmations se rapportant
à des états de fait et des connaissances reçues. Le présent
de narration (présent de l’indicatif utilisé pour rapporter
un fait passé dont on veut mettre en relief le caractère inattendu
ou rapide) n’a pas sa place dans le style scientifique car
source possible de confusion [1-4].
La concision
La concision consiste à exprimer les idées en peu de place,
sans détours ni détails inutiles. Les phrases longues nuisent
à l’efficacité du texte et à son expressivité, de même que
les détails superflus nuisent à sa cohérence et en font perdre
l’objectif. Une phrase n’est jamais longue si elle ne comporte
qu’un sujet, un verbe et seulement des compléments informatifs.
La subordination rallonge une phrase. Elle ne doit être envisagée
que si l’intégration de deux idées dans une seule phrase permet
un gain notable de clarté.
La concision implique le recours exclusif à des mots informatifs.
Les “expressions bois mort” et les mots creux dont l’omission
ne change pas la compréhension de la phrase sont à supprimer :
“il est évident que”, “il est intéressant de noter que”, “un
interrogatoire soigneux et un examen minutieux”, “contribution
à l’étude de”, “il paraît utile de remarquer que”, “il va
sans dire que”, “il est opportun de signaler que”. Les tournures
lourdes sont des expressions qui peuvent facilement être remplacées
par un seul mot : “de façon appréciable” par “beaucoup”, “l’ensemble
des” par “tous”, “de manière à, de façon que, afin que” par
“pour”, “il est indispensable” par “il faut”, “fournir une
indication” par “indiquer” [3, 7]
Les expressions émotionnelles et les formules de politesse
allongent inutilement les phrases. Les expressions émotionnelles
expriment généralement ce que les auteurs ont ressenti lors
de la survenue d’un événement (“nous avons eu à déplorer dix
décès”) ou d’un résultat (“il est important de noter que”)
mais qui n’apportent aucune information utile eu lecteur.
Les compliments que certains auteurs lancent à leurs maîtres
ou les clins d’œil à leurs collègues ne sont pas utiles au
lecteur [3, 4, 7].
Les répétitions allongent le texte et nuisent à la concision.
Les répétitions inutiles les plus habituelles sont : la reprise
dans les résultats d’éléments des méthodes ; l’utilisation
de la même phrase pour décrire de nombreux résultats similaires
qui auraient pu faire l’objet d’un tableau ; la répétition
de certains résultats, dans la discussion, dans la synthèse
des faits marquants ou dans la mise en perspective de ces
résultats ; la description détaillée, dans la discussion,
d’études qui ont déjà été largement évoquées dans l’introduction ;
double emploi entre le contenu des tableaux ou des figures
et le texte [7].
L’historique et la pulsion pédagogique nuisent à la concision.
L’historique trouverait sa place dans un article d’histoire
de la médecine dont il existe des revues appropriées. Les
pulsions pédagogiques sont à l’origine de développements étrangers
au travail rapporté.
Conclusion
Les relectures du document avant son envoi pour publication
sont indispensables. Elles permettent de vérifier que les
règles de la rédaction médicale scientifique (logique, précision,
clarté et concision) ont été respectées [7]. L’attention des
auteurs portera sur les points suivants : tous les résultats
importants ont été évoqués ; tous les résultats évoqués sont
importants ; les méthodes et les résultats sont concordants ;
le résumé et le corps du texte sont concordants ; les titres
et les premières phrases forment un ensemble intelligible ;
tous les résultats sont quantifiés ; les incertitudes dans
l’objet et le mode passif sont évités ; les abréviations sont
peu nombreuses et toutes définies ; tous les mots sont simples
et présents dans le dictionnaire ; tous les termes importants
ont été définis ; les ellipses et les doubles négations ont
été évitées ; aucune phrase n’est trop longue ; les mots creux
et les tournures lourdes ont été enlevés ; aucune information
n’est répétée.
Références :
1 - Benhamou CL, Giraudet-Le Quintrec JS, Dougados M. La
rédaction médicale. Une technique de communication scientifique.
Sandoz Editions, 1989.
2 - Bénichoux R. Guide de la communication médicale et scientifique.
Sauramps Editions, Montpellier 1997.
3 - Farfor JA. Enseigner la rédaction médicale . Chapitre
III. Le style. Cahiers médicaux 1976 ;1-2 :1053-1059.
4 - Huguier M, Maisonneuve H, Benhamou CL, de Calan L, Grenier
B, Franco D, Galniche JP, Lorette G. La rédaction médicale.
De la thèse à l’article original. La communication orale.
Paris, Doin, 1992.
5 - International Commitee of Medical Journal Editors. Uniform
requirements for manuscripts submitted to biomedical journals.
Br Med J 1988 ;296 : 401-405.
6 – Le Lay Y. Savoir rédiger. Paris, Larousse Bordas, 1997.
7 - Salmi LR. Lecture critique et rédaction médicale scientifique.
Comment lire, rédiger et publier une étude clinique ou épidémiologique.
Paris, Elsevier, 1998.
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