| Le transfert des tâches en matière de santé
Le terme « transfert des tâches » est utilisé dans le secteur de la santé pour décrire une situation dans laquelle une tâche normalement assurée par un professionnel de santé hautement qualifié et expérimenté est déléguée à un professionnel de santé dont le niveau de formation et d’expérience est moindre ou à une personne spécialement formée pour effectuer une tâche donnée sans posséder la formation médicale officielle. Le transfert des tâches existe à la fois dans les pays confrontés à une pénurie de médecins et dans ceux non confrontés à une telle pénurie.
Selon l’OMS, en 2006 ce déficit se chiffrait à 4,3 millions d’agents de santé dans le monde : médecins, sages femmes, infirmières et personnel d’appui. L’Afrique subsaharienne accusait un déficit de 1 million de soignants. Ce déséquilibre est accentué par la mauvaise répartition des ressources humaines concentrées dans les villes au détriment des zones rurales, une inadéquation entre les compétences des professionnels et les besoins locaux sur le plan de la santé.
Au Mali, comme dans tous les pays au sud du Sahara la politique de santé est fondée sur les stratégies de soins de santé primaires (SSP) définies lors de la conférence d’Alma Atta en septembre 1978. La mise en œuvre des SSP a été renforcée par l’adoption de l’Initiative de Bamako (IB) en 1987, dont l’un des objectifs majeurs est de réduire la mortalité maternelle et infantile par la mise en place des médicaments essentiels tout en les rendant accessibles à toutes les couches de la société.
Il existe aussi des associations professionnelles et des organisations non gouvernementales (ONG) dont une grande majorité est présente dans le domaine de la santé. En plus du secteur public, le secteur privé a pris un certain essor.
Les raisons justifiant le transfert des tâches varient d’un pays à l’autre et les solutions convenant à un pays ne peuvent donc pas être appliquées automatiquement à un autre.
Le transfert des tâches en matière de santé est lié à l’insuffisance de ressources humaines qualifiées et a eu pour conséquence du fait des approches verticales et réductrices adoptées, de fragmenter les services et d’en compromettre l’efficacité. Il doit exister au préalable des effectifs de professionnels de la santé suffisants pour encadrer la sélection, la formation, la direction, la supervision et la formation continue du personnel auxiliaire.
Les pays confrontés à une pénurie grave de professionnels de la santé doivent s’efforcer d’améliorer les possibilités de formation professionnelle et d’introduire les mesures susceptibles de retenir les professionnels de la santé.
Quelque que soit la stratégie retenue, le transfert de tâches ou task shifting ne remplace pas l’instauration de systèmes de soins de santé durables et pleinement fonctionnels. Cette pratique bénéfique au niveau coût - efficacité ne saurait être une médecine dévaluée et nécessite le renforcement de capacité des personnels de santé pour une amélioration de la qualité des soins et une meilleure couverture sanitaire des populations.
L’OMS et l’Association Médicale Mondiale (AMM) en font une grande préoccupation à l’heure actuelle.
Professeur Alhousseini AG MOHAMED, le 8 avril 2009
alhousseinia@yahoo.fr
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