L’anesthésie, un risque pour les patients ?
L’anesthésie-réanimation a atteint en 20 ans un niveau de risque faible dans les pays développés. Pourtant il existe encore des coins dans le monde où elle constitue un risque non négligeable pour les patients. Ce risque est pratiquement méconnu des différents acteurs aussi bien des pays concernés que du reste du monde en l’absence de données épidémiologiques fiables. Pourtant, chacun des professionnels de santé travaillant dans cet environnement de sous-développement dispose aujourd’hui d’une ou de plusieurs histoires à conter concernant un membre de sa famille, un proche parent ou un ami qui aurait succombé des suites d’une intervention chirurgicale parfois bénigne, urgente ou programmée, chez des sujets jeunes ou vieux. Des scènes encore plus dramatiques concernent des couples dont l’époux rentrera seul à la maison car sa femme enceinte venant donner naissance à leur premier enfant ne sortira plus jamais du bloc opératoire des suites d’une complication anesthésique et ou chirurgicale. L’époux désemparé attendrait parfois en vain sa femme à la sortie de la salle d’intervention, ne trouvant personne pour lui annoncer la mauvaise nouvelle. Toutes ces scènes sont nombreuses et se multiplient mais le plus dramatique c’est qu’elles rentrent dans les habitudes et il ne faut surtout pas en parler.
Voici une histoire anecdotique banale ailleurs mais rituelle dans certains environnement comme le notre : un ami devait faire opérer sa mère d’une hystérectomie (ablation de l’utérus). L’intervention a été reportée plusieurs fois, la famille ayant peur de l’intervention. Quand celle-ci devenait inévitable (la femme saignait de plus en plus), le fils après une réunion de famille, commanda une messe de prière quelques jours avant l’intervention, et priait pour que sa maman sorte saine et sauve de l’intervention chirurgicale. Ce qui fut fait avant que la vieille ne soit admise à l’hôpital. On ne comprendrait pas cette famille, si on ne vit pas le côté imprévisible et aléatoire des suites d’une intervention chirurgicale dans cet environnement.
Pourquoi une telle situation ? C’est une question à laquelle on ne peut répondre sans faire « à tort » de politique. La réponse fataliste consiste à dire qu’on fait le mieux qu’on peut en fonction des moyens dont on dispose. Mais le problème c’est qu’avec les mêmes moyens, on peut faire mieux et mieux encore. On devrait pouvoir faire mieux que les pays développés dans les mêmes situations, notre développement devrait être plus rapide en s’inspirant du parcours dans le temps et non instantané de ces derniers, en évitant les difficultés que ces derniers auraient rencontrés. L’instantané consisterait à vouloir avoir en temps réel les moyens matériels que des pays ont pris plus de 20 ans de leur histoire à mettre en place. La durée de vie d’un tel projet est de 2 ans maximum sans améliorer ou plutôt en produisant l’effet contraire de l’objectif qui lui était assigné. Ces moyens matériels vont de paire avec le facteur humain et le premier sans le deuxième est voué à l’échec sans véritable vis versa. L’une des véritables réponses à cette situation se trouve dans ces slogans de l’OMS : « unknowledge is the ennemy of safe care », « better knowledge save lives », « safe care, save live », …
Un problème ORGANISATIONNEL ? Aujourd’hui, quel est l’effectif des praticiens travaillant dans ton unité, service, hôpital, ministère ? De combien de lits disposes-tu ? Combien de patients reçois-tu chaque semaine, mois ou année ? Quel est le taux de mortalité dans ton service, hôpital, pays ? Dans les 5 prochaines années, que deviendras-tu ? Quel est ton projet de service ? Si les premières questions peuvent parfois trouver des réponses balbutiantes, la dernière est très difficile à répondre, parcequ’on n’y pense pratiquement jamais. C’est là le véritable problème : LE PROJET DE SERVICE. Car penser à l’avenir, consiste à faire le récapitulatif des évènements passés, à faire le point de la situation présente, le bilan, bref à TRAVAILLER POUR DEMAIN.
D’une meilleure organisation et d’un projet pour l’avenir on peut arriver à des résultats satisfaisants en fonction des moyens dont nous disposons. Nous devons parfaire notre monde en faisant des choses utiles non seulement pour nous mais aussi pour la société à laquelle nous appartenons.
Lomé, le 11 mai 2009
Docteur Fataou Ouro Bang'na Maman
obaf2000@yahoo.fr
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