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Burkina FasoLutte contre le coronavirus au Burkina : Un suicidaire désarmement sanitaire

L'Observateur | Burkina Faso | 03/05/2020 | Lire l'article original

Puisque nous sommes en guerre, nous dit-on, contre un ennemi invisible à l'œil nu, c'est à un véritable désarmement sanitaire que nous assistons depuis la semaine dernière. Un véritable détricotage de la batterie de mesures prises dès l'officialisation, le 9 mars 2020, des premiers cas de coronavirus au Burkina.

Coup sur coup pour freiner, à défaut de stopper la propagation du Covid-19, les autorités politiques et sanitaires avaient en effet, rappelons-le, interdit les rassemblements de plus de cinquante personnes ; décidé de fermer les frontières terrestres et aériennes ainsi que les écoles, les lieux de cultes, les marchés, les bars et restaurants ; mis sur cale les compagnies de transport de passagers ; décrété un couvre-feu sur toute l'étendue du territoire et déployé un cordon sanitaire autour des villes qui enregistrent au moins un cas en les mettant en quarantaine.

Plus que les restrictions des libertés individuelles et collectives qu'entraînent ces décisions, c'est surtout leur impact social et économique désastreux sur les entreprises et cette armée de petits travailleurs du secteur informel qui va s'avérer le plus insupportable. Pour les petites gens qui vivent « from hand to mouth » comme disent les Anglais, entendez au jour le jour, l'équation est simple : mourir à coup sûr de faim avec femmes et enfants en restant terrés à la maison ou courir le risque incertain de choper en sortant une maladie dont le taux de létalité est, somme toute, très bas. Le choix est vite fait.

En vérité, la puissance publique, qui n'a guère plus de puissance que le nom, n'a jamais pu faire respecter intégralement ses propres dispositions. Paradoxalement, c'est au moment où on avait le plus besoin d'Etat que l'Etat semble ne plus exister.

Plus ou moins clandestinement, la bière a continué de couler à flots dans les maquis, le couvre-feu a été allègrement violé et les commerçants ont souvent joué à « Tom and Jerry » avec les forces de l'ordre. Leur pression était d'ailleurs devenue si forte que la mairie de Ouagadougou, après le test de Rood-Woko dont on ne sait même pas s'il fut concluant, a été obligée de rouvrir 27 autres des 36 marchés et yaars qui avaient dû fermer boutique. En réalité, l'exécutif local n'a fait qu'entériner le mouvement des occupants qui avaient commencé à rouvrir échoppes et étals sur fond de manifestations qui pouvaient, il est vrai, très vite tourner aux émeutes de la faim comme on en a vu dans des pays tels l'Afrique du sud ou le Nigeria.

Quoi qu'il en soit, cette reculade face aux marchands est potentiellement suicidaire et ce verrou commercial ayant sauté, on ne voyait pas trop comment d'autres ne se seraient pas engouffrés dans la brèche. A l'image des musulmans qui, en cette période de ramadan, réclamaient à cor et à cri, pour ne pas dire à l'appel du muezzin, la réouverture des mosquées. Après une matinée houleuse samedi dernier au siège de la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB), le ministère chargé des cultes a fini par céder. Le couteau sur la gorge. Une fois de plus. Du reste, les mahometans de Bobo n'auront pas attendu cette « autorisation » gouvernementale pour reprendre le chemin du missiri puisque certains y ont prié dès vendredi.

A dire vrai, les disciples de Mahomet n'ont pas tort. Car si on peut ouvrir des sites marchands, symboles par excellence de désordre où on ne respecte rien ni personne, où donc les indispensables gestes-barrières et la distanciation sociale ne sont que pure chimère, il n'y a aucune raison de ne pas en faire autant pour les lieux de culte.

Et cette semaine, ce sont les sociétés de transport qui reprendront la route, ne serait-ce que dans la perspective de la reprise des cours programmée pour le 11 mai, la rentrée pédagogique devant avoir lieu aujourd'hui même. Ailleurs, si on projette de déconfiner progressivement et si, pour la première fois depuis deux interminables mois, on a permis aux Espagnols par exemple de prendre une bouffée d'air frais, c'est au regard de la baisse tendancielle du nombre de personnes contaminées et de morts. Ici, rien de tel. Brique après brique, on détruit la digue sanitaire censée nous protéger de la vague mortelle alors même que les chiffres, au demeurant sous-estimés, n'incitent pas forcément à l'optimisme.

Jusque-là en effet, l'Afrique semble relativement à l'abri des visions apocalyptiques qui prédisaient que la bombe virale exploserait sur le continent noir, du fait notamment de notre mode de vie et de nos « systèmes » de santé en état de mort clinique mais personne ne peut dire si la menace est vraiment écartée.

Il faut au contraire craindre que les réouvertures tous azimuts n'aient un effet démultiplicateur d'un risque qui aurait été contenu dans des proportions raisonnables si on était resté tous disciplinés et que ça reparte en vrille comme au Ghana voisin où 1032 nouvelles contaminations ont été enregistrées après la levée du déconfinement des grandes villes comme Accra et Kumasi. Et si tel devait être le cas, l'Etat, qui a déjà montré combien il est incapable de se faire respecter, pourrait-il encore imposer quoi que ce soit à qui que ce soit dans ce si mal-nommé « Pays des hommes intègres » où tout le monde a des droits sans que personne ait de devoirs ?

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